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Titre :
Amérique française
Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. [...]

Publiée principalement de 1941 à 1955, la revue Amérique française est la première grande publication vouée essentiellement à la diffusion de la création littéraire québécoise. D'abord mensuelle, Amérique française se fait plus tard bimestrielle puis trimestrielle. Sa publication est suspendue de 1956 à 1962.

Fondée à Montréal par Pierre Baillargeon et Roger Rolland en 1941, Amérique française est dirigée par Baillargeon jusqu'en 1944. Durant cette période, elle constitue une rampe de lancement originale et moderne qui permettra à plusieurs nouveaux talents de se faire connaître.

Anne Hébert, Yves Thériault, Rina Lasnier, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Ferron, Roger Lemelin, Adrienne Choquette, mais aussi des collaborateurs plus établis comme Léo-Paul Desrosiers, Alfred Desrochers, François Hertel et Guy Frégault participent alors à la revue. Ces collaborations prennent principalement la forme de brèves oeuvres de fiction et de poésie, mais aussi d'essais et de critiques littéraires.

De novembre 1944 à janvier 1946, Amérique française est dirigée par Gérard Dagenais, des Éditions Pascal, qui en profite pour mettre en avant les auteurs qu'il publie, dont Gabrielle Roy et Carl Dubuc. La littérature inédite cède un peu de place à l'essai sur l'art et aux questions sociopolitiques, à la chronique de livres et à la publicité. Chaque numéro de la revue contient maintenant 80 pages plutôt que 56.

Le polémiste François Hertel prend la barre d'Amérique française en 1946 et donne à la revue un ton spirituel qu'on trouve plus communément dans les revues d'idées à cette époque. La portion littéraire est toutefois toujours présente; on y publie des contes, des nouvelles et de nombreux courts poèmes. Les jeunes auteurs Félix Leclerc, Yves Thériault et Andrée Maillet y contribuent.

La publication d'Amérique française est interrompue à l'été 1947 lorsque François Hertel en quitte la direction. Elle reprend en 1948 grâce au rachat de Corinne Dupuis-Maillet, qui lui donne une facture matérielle remarquable.

Une ligne plutôt traditionnelle est donnée dans les essais qui y sont publiés sur l'art, mais Corinne Dupuis-Maillet permet à quelques jeunes auteurs, dont plusieurs femmes, de collaborer à Amérique française. De nouvelles collaboratrices comme Judith Jasmin, Solange Chaput-Rolland et Françoise Loranger ajoutent à la participation féminine à la revue.

En janvier 1952, Andrée Maillet publie son premier numéro comme directrice d'Amérique française; une aventure qui se poursuit jusqu'en 1955. C'est la période la plus prolifique pour la revue qui s'impose comme un terreau de création et de liberté primordial pour la littérature québécoise moderne.

On y trouve entre autres des poésies de Roland Giguère, de Gaston Miron, de Fernand Ouellette, de Cécile Cloutier et d'Anthony Phelps ainsi que des textes d'Andrée Maillet, de Jacques Ferron et de Jean-Jules Richard. Durant cette période, Amérique française donne aussi un nouvel élan à la critique littéraire.

En 1956, Amérique française laisse la place libre à Écrits du Canada français, principale revue littéraire concurrente. Sa publication est suspendue jusqu'à de nouvelles tentatives de la raviver qui s'avéreront infructueuses en 1963 et en 1964.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1985, vol. VII, p. 228-229.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1941-
Contenu spécifique :
Vol. VIII, No 4
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Références

Amérique française, 1950, Collections de BAnQ.

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75 cents Montréal AMÉRIQUE FRANÇAISE Revue trimestrielle Directrice : Corinne Dupuis Maillet PHILIPPE LA FERRIERE.Noël de vjueux CARMEN ROY.Sculpture sur Pomme CLAUDE DELMAS.Paul Valéry et l'Univers spirituel SUZETTE DORVAL.A Madel eine MICHEL SIMON.Au petit Bonheur CLAUDE MATHIEU.Poème ANDREE MAILLET.La Consultation PERE HYACINTHE-MARIE ROBILLARD.O.P.' L'Automatisme surrationnel et la Nostalgie du Jardin d'Eden COLIN-MARTEL .La Mise en Boîte (hors-texte) L'Egérie du poète hermétique JEAN LEONARD.Mes Oiseaux EDMOND ST-AMOUR.Sous la Gouttière SOLANGE CHAPUT-ROLLAND.La Critique des Livres 4 NOS COLLABORATEURS Pierre Baillargeon Harry Bernard Etienne Blanchard, p.s.s.Adrienne Choquette Robert Choquette Colin-Martel Cordovani, o.p.Annette Décarie Claude Delmas Simone Denechaud Rex Desmarchais Paul Y.Desjardins Alfred DesRochers Neib-Neib-Dedat Suzette Dorval Martine Hébert Duguay Marcel Dupré David O.Evans Jean-Charles Faucher Clarence Gagnon Gratien Gélinas Hélène Grenier Germaine Guèvremont Charles E.Harpe Adrien Hébert Anne Hébert Jacques Hébert François Hertel Roger Viau Judith Jasmin Philippe La Ferrière Pierre-Paul Lafortune Gustave Lanctot Osias Leduc Jacqueline Mabit Corinne Dupuis Maillet Andrée Maillet Séraphin Marion Claude Mathieu Mgr Olivier Maurault Ruth Elizabeth McDonald Jean Mozart Claude Picher Damase Potvin Jean-Jules Richard René Ristelhueber Lucette Robert Hyacinthe-M.Robillard, o.p.Adrien Robitaille Solange Chaput Rolland Roger Rolland Paul Roussel Michel Carmen Roy Jean Simard Edouard Fabre Surveyer Raymond Tanghe DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS Georges Goyat Nad ia Labarre Roger Laflamme Andrée Maillet O.Matthey Carmen Roy Michel Si mon J.-B.Boulanger Etc. BULLETIN D'ABONNEMENT Veuillez m inscrire pour un abonnement de 1 an.• Ci-joint mandat-chèque de $.Un an (6 numéros) : $3.00 Nom.Adresse .A .le .19.Détacher le bulletin et l'adresser ainsi : AMÉRIQUE FRANÇAISE 5535, avenue Lome Montréal CONCOURS LITTERAIRE Le programme d Amérique Française pour I année compor- tera, entre autres choses, un concours littéraire dont le sujet : « Conte .drolatique » ne manquera pas d éveiller I intérêt de nos auteurs humoristes et de nos lecteurs en quête d un moment de bonne détente.1er prix: $300.00 2nd prix: $150.00 Conditions : Le conte ne doit pas dépasser dix pages dactylographiées.Il doit être inédit.La revue se réserve le droit de publier toute conte admis à ce concours moyennant un cachet de $15.00 versé à l'auteur, à la parution.Les gagnants seront choisis en décembre 1951 par un jury compétent dont la composition paraîtra dans le prochain numéro de la revue.Chaque numéro de la revue, en 1951.comprendra un ou deux de ces contes.L anonymat des auteurs, préférant signer d'un pseudonyme, sera rigoureusement respecté, Il laudrn cependant donner le vrai nom et (adresse complète à In rédaction de la revue •< Amérique Française».Seuls les manuscrits accompagnés d'enveloppes adressées et affranchies seront retournés n leur auteur.•< Amérique Française » se réseve les droits exclusifs de publication des contes acceptés pour la durée du concours. • Tél.: MArquette 5495 qui achète ' / L'AIDE AUX INFIRMES Atelier de Reprisage Invisible 4347, rue Saint-Denis ~-> Montréal PF.nleau 5938 J.-B.Dupuis & His Ltce Spériafisle on matière d'Assurance 500, Place d'Armes MONTREAL • Spécialité : Reliure de Bihliothcque Reliure d'Art Française COMPLIMENTS Reliure de Luxe Mil est.rue Dorclicsler D'UN CH.3.109 MONTREAL Tél.: DUpont 3545 AMI JEAN MAILLET Fleuriste & Horticulteur Spécialité : Plantes de serre et tributs floraux 2554 est, Boul.Gouin Montréal AMERIQUE FRANÇAISE _~>_ REVUE TRIMESTRIELLE NOEL DE GUEUX Sous l'empire d'un cafard que l'absorption de savants alcools ne parvenait pas à dissiper, Arsène Bourré quitta YEmbassy Bar et, devant la marquise de l'hôtel, huma une bouffée d'air frais.C'était la veille de Noël.II était à peine quatre heures et déjà il faisait nuit.Semblable à un immense vaisseau de cristal, le « Sun Life Building » égayait de ses mille fenêtres étoi-Iées, la place Dominion ensevelie sous une mince couche de glace.Des automobiles roulant leurs pneus lustrés sur l'asphalte miroitante, passaient comme des fantômes le long des trottoirs.Dans la direction du port, barrant l'horizon, émergeaient au-dessus des toits les gratte-ciel, gigantesques panneaux blancs qu'une lumière brutale de cirque mettait en relief dans le ciel noir.Les mains enfouies au fond de ses poches, Arsène Bourré se dirigea vers la rue Sainte-Catherine dont les feux multicolores embrasaient le firmament.Une gaieté inaccoutumée 1 AMERIQUE FRANÇAISE flottait dans l'air et l'on voyait passer des camions chargés de sapin.La foule encombrait les trottoirs aux abords des grands magasins dont les étalages, resplendissant dans leurs cadres fleuris, suscitaient les convoitises.Eprouvant" l'étrange sensation de se trouver tout à coup dans une ville étrangère, Arsène Bourré sentait le besoin de se mêler à elle, comme s'il eût été seul au monde, mais personne ne prêtait attention à lui.Les silhouettes de femmes arrêtées devant les vitrines, attisaient un moment sa curiosité, puis s'éloignaient aussitôt comme « l'oiseau change de paysage ».Ce jour-là, il aurait voulu se confier à un ami, traverser à deux cette période des Fêtes qui lui rappelait, chaque année, d'anciennes joies familiales,.Certes, il aurait pu accepter l'invitation de sa sœur, Madame Lucie Plénasse, mais à quoi bon I il n'aimait pas son beau-frère et se souciait peu de passer, ne fût-ce qu'une heure, parmi des primaires fermés aux choses de l'esprit, à tout ce qui est jeu désintéressé de l'âme.II ne se sentait à l'aise qu'au milieu d'étrangers qu'il n'était pas obligé de subir et à qui il n'avait pas à rendre compte de ses actes.Malgré cette indépendance de caractère, doublée d'un solide égoïsme, Noël était, pour ce misanthrope, une journée de nostalgie, d'angoisse et de vide.II éprouvait un chagrin d'enfant en songeant aux Noëls de son enfance, et les pieux refrains, synonymes d'amour et d'allégresse, chantaient, pianissimo, dans son cœur de célibataire endurci.Autrefois, les Bourré assistaient à la messe de minuit dans un village des environs de Montréal.A cette époque, c'était la coutume d'aller prier I'Enfant-Dieu dans une modeste église de banlieue, pleine de poésie champêtre.Le voyage avait, pour les petits, quelque chose de passionnant comme une excursion en pays étranger.Dans la nuit noire, le traîneau filait, rapide et léger, sur la neige crissante, accompagné des sonnailles de l'attelage jetant une note claire et joyeuse dans la campagne endormie.Le long de la route, les arbres, stalactites phosphorescentes, penchaient leurs branches lourdes et 2 NOEL DE GUEUX argentées ainsi qu'un rideau aérien qu'illuminaient au passage les lanternes de l'élégante carriole.Blotti au fond de la voiture, entre son père et sa mère, Arsène écoutait d'une oreille distraite les conseils de bienséance que distribuent les parents quand leurs petits sont conviés à un repas auquel assisteront les grandes personnes.11 avait les yeux rivés sur le cocher dont la sombre silhouette, dominant la carriole, ressemblait à celle d'un ours à cause de sa large pèlerine et de son énorme bonnet d'astrakan.Puis, il finissait par s'endormir.Dans la vieille église de Saint-Vincent-dé-Paul, émerveillé par l'éclat de la fête religieuse, Arsène revenait lentement à la vie en souriant à quelque rêve intérieur dont les enfants gardent le secret.Bonheur intense ! Mystère insondable que nul ne saurait expliquer mais que tous, tant que nous sommes, avons éprouvé au seuil de la vie.Prologue divin et chaste, précédant le drame de toute existence 1 Epoque bénie entre toutes, où les yeux des enfants ne se sont pas encore ouverts sur les laideurs et la méchanceté des hommes, où l'heure des renoncements, des compromissions, des lâchetés et des bassesses, n'a pas encore sonné.La nuit de Noël, le petit Arsène avait l'impression que le Ciel était descendu sur la terre.L'autel était paré de fleurs d'or et d'argent, auréolé d'innombrables cierges aux flammes ardentes.Embués de givre, les vitraux semblaient des portes ouvertes sur le Paradis, et les saints, demeurés sur le seuil, avaient l'air de l'attendre dans leur paysage de fleurs.A l'orgue, les enfants de la paroisse entonnaient des chants pieux et naïfs, d'une simplicité telle qu'on ne peut les réentendre, plus tard, sans éprouver une indicible émotion.Le réveillon avait lieu chez l'oncle André, un riche cultivateur des environs, maître après Dieu sur son domaine.Cette nuit-là, la table s'allongeait démesurément afin d'y recevoir parents et amis.Et ce qu'il y avait de plus agréable, à ce repas de famille, c'est que les parents s'intéressaient aux tout petits.N'était-ce pas leur fête à eux ? AMERIQUE FRANÇAISE La gastronomie, chez nos paysans, se distinguait, au réveillon de Noël, par la diversité et l'abondance des plats, scrupuleusement préparés selon la tradition.La table était littéralement chargée de mets et de friandises.On y voyait des têtes-fromagées, des filets, des boudins, des ragoûts, des rôtis, dont un petit cochon de lait encadré de choux, de pommes de terre et autres légumes ; enfin des jambons criblés de clous de girofle, et, pour le bouquet, une magnifique dinde, la plus grasse de la ferme.II y avait aussi des tourquières au lièvre, des tartes à la ferlouche, mélange de mélasse et de farine ; de la pontine, 1 une pâte épaisse bouillie dans l'eau ; puis des crêpes arrosées de mélasse ou recouvertes de cassonade ; des croquignoles, ces bons petits beignets, dorés et croustillants, saupoudrés de sucre blanc.Bien entendu, le réveillon donnait lieu à des histoires drolatiques, mais celles de la grand'mère étaient de beaucoup plus charmantes que les autres.C'étaient d'agréables légendes, dont la plupart empruntées au répertoire français.Cependant, Arsène leur préférait celles de notre folklore : par exemple, la Chasse-galerie, les Loups-garous, la Messe de Noël des Trépassés, Y Adoration de nos Frères inférieurs.Autant de contes merveilleux qui peuplèrent, jadis, notre imagination, et que Louis Frechette immortalisa dans ses récits intitulés : « La Noël au Canada ».Heures bénies, où le bonheur était fait de ces mille riens qui vous plongent dans une félicité voisine de la béatitude ! Hélas ! Arsène Bourré avait depuis longtemps dépassé l'âge où l'on aime pour aimer.Il ne connaissait plus que l'isolement et l'amertume de vivre seul, sans foyer, sans amour, emmitouflé dans un confort qui engourdissait sa volonté jusqu'à r anémier.Sans souci du lendemain, grâce à une fortune de tout repos que lui avait léguée son père, il s'enlisait dans un ennui profond, incurable, désespéré.Et cette solitude devenait, pendant la période des Fêtes religieuses et familiales, un 1.POUTINE : déformation du mot anfjlals : pudding. NOEL DE GUEUX véritable tourment.Pour fuir le malaise qui l'envoûtait, il errait sans but, cette veille de Noël, plus isolé dans cette foule indifférente que chez lui au milieu du décor familier.A cette heure, la foule, plus dense que de coutume, se pressait aux environs de Phillips Square.Les exclamations joyeuses des enfants perçaient son murmure indistinct, dominaient le son strident des klaxons, la sonnerie grêle et persistante des tramways.A l'angle de l'avenue Union, un Napolitain tournait inlassablement la manivelle d'un orgue de barbarie dont les notes métalliques et chevrotantes jouaient la tarentelle.Tout en prêtant une oreille distraite, cet air lui rappelant un voyage récent en Italie, Arsène Bourré s'arrêta devant une vitrine de magasin remplie de jouets, où une femme et ses deux mioches, légèrement vêtus malgré les rigueurs de la saison, s'immobilisaient à leur tour, fascinés, sans doute, par ce Paradis des Enfants.C'étaient des poupées de satin rose ; de gentilles ballerines aux fichus de dentelles pailletées d'or et d'argent ; un vélo aux accessoires nickelés ; des trains mécaniques stationnant près d'une gare flanquée de sémaphores ; puis, tout à côté, des dynamos actionnant une usine en miniature ; des contre-torpilleurs, des canons anti-aériens.Au centre, on voyait une humble crèche surmontée de l'étoile de Bethléem et d'une banderolle sur laquelle on lisait, en lettres d'or : Pax hominibus bonae voluntatis.Sur la paille, l'Enfant-Dieu souriait en tendant les bras.Et, tout autour de Lui, des soldats de plomb, et encore des canons et autres engins de guerre.Les yeux du gamin aperçurent une auto semblable aux voitures entrevues dans un journal illustré.Ce jouet, fabriqué pour les enfants des riches, lui arracha un cri d'admiration : Regarde, m'man ?.Vois-tu la roue, le klaxon ?.On dirait que c'est vrai I.Oh 1 m'man, regarde ?.Et pour mieux se rendre compte, il colla à la vitre son front glacé.Il était tout yeux, son cœur, agité et fébrile, lui faisait presque mal.— M'man.m'man, regarde ?. AMERIQUE FRANÇAISE Elle était vraiment jolie et si élégante, l'auto miniature, un bijou, une vraie de vraie ; elle semblait dissimuler derrière son carburateur de puissants cylindres.Le volant était d'un bois poli ; les roues encerclées par de véritables pneus.Que dire de la carrosserie ?Ne possédait-elle pas une capote réversible ?.Et puis, à l'intérieur de la voiture, ne voyait-on pas un indicateur de vitesse, un manomètre, un levier d'embrayage.Et ce rétroviseur fixé au pare-brise I.On trouvait de tout dans ce bazar merveilleux.Voisinant les jouets de luxe aux prix déconcertants, c'étaient les traditionnelles poupées d'étoffe, des clowns irrésistibles, quelques singes grimaçants, des ours mignons, doux et sympathiques.Enfin, un tas d'objets mécaniques, plus ou moins ingénieux, et « qui vont tout seuls » quand on monte le ressort au moyen d'une clef.Jouets de bois, jouets de fer blanc, jouets de crin, jouets de porcelaine I Créés pour plaire, parés de couleurs fragiles, ils apparaissent aux étalages éphémères pour disparaître aussitôt la fête terminée.Leur existence sera brève comme les désirs qu'ils suscitent.Une fois descendus d'un ciel d'illusion où ils se pavanent, ils subiront leur triste destinée ; ils seront, tôt ou tard, détraqués, brisés, éventrés, puis abandonnés avec dé-dain au fond d'un placard.Rêves d'enfants ! simples bulles de savon reflétant les couleurs de l'arc-en-ciel avant de crever misérablement dans l'espace I Telles étaient les réflexions d'Arsène Bourré, dont l'enfance avait été une fête perpétuelle.Les petits d'aujourd'hui ne raisonnent pas seulement comme les grands ; ils ont les mêmes goûts, les mêmes exigences.C'est un signe des temps.Chacun veut « vivre sa vie », autrement dit la vivre à sa guise, tout connaître, tout aimer, et d'aucuns vont jusqu'à envier ceux qui ont réussi à se lasser de tout.On rencontre des gosses, à peine âgé de dix ans, qui en ont soupe des jouets fictifs et préfèrent à la torpedo du magasin, si belle soit-elle, la huit-cylindres du paternel.— A marche pas avec de la gazoline I murmura le gamin.C'est un bicycle, y faut pédaler. NOEL DE GUEUX Que l'on compare encore une fois : « je ne doute pas que, moyennant l'abolition des « verboten » en toutes langues, la pointe et jusqu'à la plus asociale du désir ait tôt fait de se résorber.Remarquez bien que nous parlons désir et non licence.C'est la licence qui est fautive ».Mais distinguer entre désir licite et illicite, entre désir et licence, c'est introduire dans la morale la raison discursive et tuer l'automatisme ! Le tout fait une impression assez cocasse et laisse M.Borduas et les signataires du Refus Global dans l'embarras de continuer seuls leur bout de chemin ou de creuser quelque poterne dans le soubassement de leur propre incorruptibilité.S'il faut supprimer la licence, que faire des désirs sauvages, de l'amour retrouvé, du vertige que provoque l'ivresse ?Où aboutira Breton ?Le caractère même de son incor- 15.ANDRE BRETON.La Révolution surréalbte ; d'après M.NADEAU op.cit.p.177.n.a.56 L'AUTOMATISME SURRATIONNEL.ruptibilité ne permet pas de l'entrevoir.Ou aboutiront nos amis du Refus Global ?Je le sais moins encore, eux aussi gardant jusqu'au dernier souffle la liberté de faire machine arrière et d'opérer un salutaire triage au sein de leur Refus.Pour le moment,, toutefois, et pour nous qui ne les connaissons que d'après leur Manifeste, force nous est de !es prendre tels qu'ils se sont montrés là, et de critiquer maintenant en toute objectivité l'attitude qu'ils ont, signature à l'appui, ouvertement déclarée leur.* * * Maintenant que nous avons pris une connaissance suffisante, je pense, des principes fondamentaux du surréalisme, il nous reste à en faire la critique, du point de vue philosophique et théologique, qui sont les seuls auxquels nous puissions-prétendre.Comme, par ailleurs, cette critique doit se restreindre à des points bien déterminés de la doctrine surréaliste, nous allons nous borner ce soir à ces trois ordres de considérations : 1.-~ L'automatisme technique artistique; 2.^-L'automatisme métaphysique de la surréalité ; 3.— L'automatisme mystique du désir libre.La technique automatiste et les conditions d'un art surréaliste Pour pouvoir rejeter sans retour les méthodes et fruits de l'art surréaliste, il faudrait être en mesure de délimiter avec une absolue précision les frontières de l'imagination créatrice, et je pense que nul ici n'a le droit de jouer au bonze ou au dictateur.Par définition, créer — quoi qu'en dise Freud.II y a aussi la « volonté de puissance », comme l'a démontré Adler.II y a aussi, et ce nouveau point va nous retenir, les aspirations religieuses de l'homme, dont témoignent tous les temps et toutes les civilisations, et dont le refoulement peut être aussi dangereux que celui des tendances sexuelles.Sur ce point, — procédant toujours par voie d'argumentation ad hominem, car je n'entends pas prendre à mon compte toutes les affirmations de Freud ou de Jung ou de quelqu'au-tre psychanalyste que ce soit, — Cari Gustav Jung, disciple de Freud, et psychanalyste eminent, a écrit un petit traité, ~ suite des conférences, —• fort significatif, sous la rubrique : Psychology and Religion.II y montre les traces visibles, chez les patients par lui étudiés, de psychoses religieuses, c'est-à-dire de psychoses et de névroses dues au refoulement multi- 27.Dr SIGMUND FREUD.A General Introduction to Psycho-analysis (Garden City.1943).Transference, p.375.64 I .n Mise- en Boîlr Coi.In-Martei. L'AUTOMATISME SURRATIONNEL.plié des tendances religieuses dans un monde redevenu, non pas païen seulement, mais athée et irreligieux.Je ne ferai pas ici le résumé de ce traité Je me contenterai seulement de rappeler que vous avez là le sens précis de ce que j'écrivais dans mon article au journal Notre Temps : « Nous savons aussi qu'il est un âge dans la vie où le cynisme est de règle, où des centaines d'adolescents et d'adolescentes n'attendent que l'étincelle pour faire sauter à jamais le beau vaisseau de leur jeunesse, de leur innocence, DE LEUR EQUILIBRE MORAL ET MENTAL ».Ce.qui était une façon de rappeler qu'il est toujours dangereux, même du point de vue mental, pour des baptisés, de rejeter trop aisément le contenu entier de leur Credo.Quelqu'un du groupe automatiste, en réponse à mon article, m'a déclaré souffrant d'un complexe d'Oedipe.Qu'il apprenne de la psychanalyse qu'il peut exister de tels complexes dans l'ordre spirituel, et que ce n'est pas vainement qu'on a été entouré à sa naissance des tendresses de sa Mère l'Eglise et signé du caractère des baptisés.Nous, prêtres, religieux, au dire de ces jeunes affranchis, ne sommes que des refoulés, des névrosés, des invertis ; je leur répondrai ici : qu'ils prennent d'abord garde à eux-mêmes, leur propre santé les y invite, sinon le sentiment du respect d'autrui et de la loyauté envers leur propre conscience.Avant de fermer cette section, chers auditeurs, j'ai pourtant un mot à ajouter.Si la psychanalyse ne trouve pas dans une morale du « désir libre » la solution des conflits intérieurs, où la trouvera-t-elle ?Dans la rationalisation des instincts réprimés, dans la réintégration au champ de la conscience des tendances refoulées brutalement et sans discernement.Je cite à nouveau Freud : « Par l'introduction dans le champ de la conscience du contenu de l'inconscient, les refoulements disparaissent, les conditions qui favorisaient l'apparition des symptômes sont abolies, et le conflit pathogène se transforme 38.CARL GUSTAV JUNG.Psychology and Religion (Yale University Press, cop.1938).65 AMERIOUE FRANÇAISE en un conflit normal qu'il appartient à chacun de résoudre dans un sens ou dans un autre » 2°.Cela nous mène à quoi ?Non pas à la destruction, mais bien au contraire à la revalidation de la morale thomiste, toute entière établie sur le principe de la rationalisation des instincts humains par voie de la vertu intellectuelle de prudence, charnière et clé de toute l'organisation des vertus morales.Hélas I rien n'est moins compris aujourd'hui que la morale chrétienne, dont on ne fait qu'un système de prohibitions et de permissions, quand elle est d'abord et avant tout, et je dirai exclusivement, un système de rationalisation consciente de toutes les tendances individuelles, tenant compte de toutes les variantes héréditaires, nationales, raciales, des personnes humaines et ne cherchant que le plein épanouissement de leur être pacifiquement unifié.Sur ce sujet d'importance majeure, je le répète, je citerai une page de Maritain que je voudrais voir lue et méditée par tous nos intellectuels canadiens-français en crise de rupture avec la morale catholique : « On nous dit, comme si c'était une découverte, que dans les actes d'option morale les plus profonds et les plus libres,
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