Amérique française, 1 janvier 1942, août 1942
1ère ANNÉE No.7 Août 1942 AMÉRIQUE FRANÇAISE NATIONAL !:." RENÉE B.LANG.{Deux Epistolières PIERRE BAILLARGEON .Epigrammes WALLACE FOWLIE Paul Claudel (fin) JEAN DU EH ESN E.Du Roman à l'Opéra (fin) ELI ANE HOUGHTON BRUNN.La Volonté du Cubisme JEAN-LOUIS LANGLOIS .Synthèse de l'Ignorance RECITS ADRIENNE CHOQUETTE.Le Sel de la Terre MARGUERITE PLOURDE .Rencontre FRANÇOISE RÉNAC.Histoire Bête LÉO-PAUL DESROSIERS .Souvenir (fin) JACQUELINE MA BIT.Cul de Plomb (suite) NOTES 35 cents MONTRÉ AI; AMÉRIQUE REVUE COMITE DIRECTEUR Pieure Baillargeon, Mme Alfred Paradis, Jean-Louis Langlois, Roxane Beauvais, Eliane Houghton Brunn, Tania Schiffer, Pierre Trudeau, Jean Vallerand, Maurice Mercier, Jean-Papineau Couture, Guillaume Geoffrion, Maurice Cusack, Paul Toupin.Adresser les manuscrits ù Jean-Louis Langlois, 1908, Vnn Home, .Montréal.Les Manuscrits ne sont pas retournés. FRANÇAISE LITTÉRAIRE BULLETIN D'ABONNEMENT.Veuillez m'inscrire pour un abonnement de un an, six mois.Ci-ioint mandat-chèque de $ .Un an (10 nos) : $3.; six mois : $2.Nom .Adresse .A., le.194.Détacher le bulletin et l'adresser : ù Pierre Haillarireon.54fi.avenue Bloumficld.Montréal.Canada. DEUX EPISTOLIERES: Mme DE SEVIGNE ET Mme DU DEFFAND.Mme de Sévigné, Mme du Deffand, toutes deux femmes du monde, raisonnables, fines, cultivées à l'extrême, recherchées pour la grâce de leur esprit et le sérieux de leurs pensées, ornements exquis des salons de leur temps.Toutes deux vives et sincères, avides de savoir, nettes et hardies dans leurs jugements, portées aux problèmes de morale, épistolières achevées dans deux siècles brillants, où la correspondance était le reflet d'une société polie et raffinée.Toutes deux égoïstes et coquettes, manquant d'humilité, peu sentimentales et moins encore sensuelles, jalouses et conscientes de leur supériorité.Même début dans la vie : mariage de raison, foncièrement irraisonnable, et aboutit à une faillite sentimentale qu'il fallait compenser par la suite.Car quel que soit le caractère d'une femme, doux ou autoritaire, humble ou orgueilleux, sentimental ou raisonnable, sa vie n'est que la recherche de l'amour.Qu'on me permette de citer ici le gentil mot de Peter Altcnberg, poète subtil et décadent de la Vienne d'avant-guerre: L'homme n'a qu'un amour : le monde.La femme n'a qu'un monde : l'amour.La jeune Marquise de Sévigné, veuve à vingt-six ans, mesure d'un coup d'oeil les dangers et les tentations que lui offre son état.Elle est pleine de bon sens, de prudence, et sa joie de vivre est sagement administrée par une volonté et un discernement qui tirent de chaque chose l'utile et l'agréable.Son besoin de tendresse ne l'emportera pas sur sa raison et même son imagination, don exquis d'une fée généreuse, est réglée par un esprit imperturbable.Ses idées sont nettes et rangées: elle est bien du siècle où l'inquiétude et le doute n'étaient guère de mise, où la sagesse consistait à s'incliner avec le plus de grâce devant les deux pouvoirs : le roi et l'Eglise.Et Mme de Sévigné leur fait sa révérence agile et légère, parfois rehaussée d'une pirouette capricieuse.Que de vivacité, de pittoresque, d'enjouement dans ses mouvements ! Qu'elle parle de Pascal, de Nicole, du Tasse ou de 1 AMERIQUE FRANÇAISE Virgile, toul devient facile et séduisant sous sa plume.« Je lis Nicole avec un plaisir qui m'enlève,» écrit-elle à sa fille.Les Petites Lettres (Lettres Provinciales) lui sont « une chose entièrement divine» ; « le clinquant du Tasse » la charme et elle est « entêtée » de Bourdaloue ; Montaigne la fait exclamer : « Ah ! l'aimable homme ! qu'il est de bonne compagnie.» La religion, même celle des austères et graves Messieurs de Port-Royal, se convertit pour elle en une croyance aimable et bienfaisante.Se conformer à la volonté de Dieu semble parfois la meilleure façon d'éluder les problèmes.Dieu fait tout, il est le maître de tout, et voici comme nous devrions penser : « Quel trouble peut-il arriver à une personne qui sait que Dieu fait tout, et qui aime tout ce que Dieu jait ?» 1 Non, elle ne connaît pas l'angoisse morale, le frisson chrétien.Son Dieu est aussi aimable et précis que sa propre âme.Quelle sottise de ne point suivre les temps, et de ne pas jouir avec reconnaissance des consolations que Dieu nous envoie après les afflictions qu'il vent quelquefois nous faire sentir !.La vie est trop courte pour s'arrêter si longtemps sur le même sentiment ; il faut prendre le temps comme il vient, et je sens que je suis de tempérament ; e me ne pregio.comme disent les Italiens.Jouissons, mon cher cousin, de ce beau sang qui circule si doucement et agréablement dans nos veines.2 Rarement elle se pose le problème de la mort, et les questions du quand et comment se pressent alors sous sa plumc.3 C'est que sans doute elle vient de lire les Pensées de Pascal, et.parce qu'elle est souple et intellectuellement sensible, ses lettres vibrent encore du souvenir de sa lecture.Mais le plus souvent la pensée de la mort ne représente pour elle que le triste adieu à la bien bonne vie : « Je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle (la mort).» La métaphysique n'est guère de son domaine ; la souffrance encore moins.On aurait voulu parfois que la gracieuse Marquise montrât plus de tendresse envers la misère humaine ; on aurait voulu qu'elle se conformât moins aisément à l'esprit aristocratique et bourgeois de son temps, lorsqu'il (1) Letrre à Coulangcs, 20 juillet 1001.(2) Lettre à Bussy, M mai 1080.(3) Voir Lettre à Mme de Grignan, 10 mars 1072.2 DEUX EPISTOLIERES s'agissait de mesures dont la cruauté révoltera désormais tout homme pensant.Elle qui dans ses jugements littéraires a montré un esprit si hardi, si mûr, si original, pourquoi avoir accepté, sans un frémissement de pitié, les horribles répressions exercées contre les paysans bretons, bien plus, pourquoi les avoir décrites d'un ton égoïste et badin ?Nous ne sommes plus si roués ; un en huit jours seulement pour entretenir la justice : la penderie me parait maintenant un rafraîchissement.4 C'est ici que son imagination aurait dû recréer les déchirements de ces corps écartelés et pendus.Non, Mme de Sévigné n'a pas une âme ardente : elle déploie plus de motion que d'émotion; elle est foncièrement raisonnable et sage, et son imagination exquise, qui l'ait de ses lettres un l'eu d'artifice, un jaillissement de couleurs et d'éclairs, est d'une qualité toute cérébrale, c'est la coquetterie géniale de la plus aimable des épistolières.Mais venons à l'amour.Posons la question qui, selon Sainte-Beuve, est l'unique à se faire en parlant d'une femme : « A-t-elle aimé ?Et comment a-t-elle aimé ?5 La jeune veuve a des enfants.Avec une clairvoyance infaillible elle comprend que c'est là le placement le plus sûr de son capital sentimental ; il la sauvegardera de spéculations futiles et pernicieuses ; il ne peut aboutir à une faillite.Sa fille, c'est presqu'elle-même, c'est son orgueil, son bien, son oeuvre.Et dans celle femme extraordinaire, où le bon-sens préside même à l'amour, l'imagination ne servira dorénavant qu'à parer l'objet de sa passion, afin de le rendre digne d'exclure lout rival.— Mais l'amour, chère Marquise, est l'amour.Ses méandres parfois nous entraînent en des régions inconnues, incontrôlables; on croyait mesurer la route, mais voici que celle-ci offre d'étranges tournants où les pas glissent et trébuchent ; on se relève blessé, déchiré, et las.— C'est ainsi que le pathétique et la rêverie se glissent parfois dans les lettres de Mme de Sévigné à sa fille.Ferveurs dévues, tendresses froissées, angoisses, inséparables de tout amour vrai et profond.Elle n'a « point de robe pour ce froid-là ».(i Elle connaît enfin toute la gamme d'une passion débordante.(4) Lettre n Mme de Grinnan, 24 novembre l(i75.(5) Sainte-Beuve, Causeries du lundi, I, p.125, article sur Mine Récainier.(6) Lettre ù Mme de Grignnn, 1) août 1071.3 AMERIQUE FRANÇAISE Je vivrai pour vous aimer, et j'abandonne ma vie à cette occupation, et à toute la joie, et à toute la douceur, et à tous les- égarements, et à toutes les mortelles inquiétudes, et enfin à tous les sentiments que cette passion me pourra donner.7 Ce n'est toutefois que par surprise et presque par indiscrétion que nous découvrons cette Mme de Sévigné parmi les lettres rieuses, espiègles, intelligentes et lucides de cette correspondance lumineuse.* # # Qu'aurait été la vie de la Marquise du Deffand, si elle avait eu des enfants ?.Mais elle n'en a pas eu, en vain a-t-elle cherché un objet au trop-plein de son coeur, un coeur intense, déçu et fier.Elle, si raisonnable, si indépendante d'esprit, ne pliant ses idées ni aux courants ni aux maîtres de son temps, imposant en reine ses volontés à son entourage, elle se perdait pitoyablement dans la broussaillc de sa vie intérieure.Guidée par une intelligence perspicace et volontaire, elle tranchait d'un mot mordant et juste tous les débats.Elle tenait tète à la manie de prosélytisme de son ami Voltaire.En vain s'efforça-l-il à la gagner à sa cause, en flattant une vanité qu'il surestimait : Pourquoi liuissez-vous les pliilosophes Y Vous devriez être leur reine et vous vous jaites leur ennemie.Elle lui répondit que les philosophes « ou plutôt les soi-disant philosophes » sont île froids personnages dogmatiques, orgueilleux, dominateurs et haineux.« Ils feraient haïr la philosophie, » conclut-elle.8 Les descriptions de la nature ne sont pas davantage à son goût.Tout cela est bon pour les « dessus de porte ».Connaître les hommes, c'est la seule science qui excite sa curiosité.Le jeu des intérêts, des goûts, et des sentiments ordinaires, quand ils sont bien nuancés comme dans Richardson, suffit pour m'occuper et me plaire infiniment.9 Par ce côté elle semble se rattacher plus encore au siècle de Mme de Sévigné qu'à celui de Voltaire.Aussi Horace Walpole a-t-il su l'apprécier (7) Idem, S avril 1671.(8) Voir lettre à Voltaire, ô janvier 1769.(9) Lettre a Walpole, 8 août 1773.4 DEUX EPISTOLIERES finement lorsqu'il dédia l'une de ses oeuvres à celle « dont les grâces, l'esprit et le goût retracent au siècle présent le siècle de Louis XIV ».En matière religieuse elle ne partagea guère l'attitude de ses com-temporains.Elle s'abstint de toute discussion théologique, elle fuit tout genre de tapage.Elle sentait que la loi aurait pu consoler son triste coeur allant ù la dérive.Elle aurait voulu accepter, ne plus penser.« Moins on réfléchit, plus on est heureux », écrit-elle à Voltaire.Mais le scepticisme, l'habitude d'une cruelle analyse ne lui permettaient plus de partager le catholicisme serein de la Marquise de Sévigné.Quand celle-ci accepte délibérément « la beauté et la solide sainteté de notre religion », Mme du Deffand ne trouve que doute et obscurité.Croyez, dit-OH, c'est le plus sur ; mais comment croit-on ce que l'on ne comprend pus Y Ce que l'on ne comprend pus peut exister sans doute ; aussi je ne le nie pas ; je suis comme un sourd et un uvcuylc-né ; il y a des sons, des couleurs, il en convient ; mais sait-il de quoi il convient Y.Comment peut-on se décider entre un commencement et une éternité, entre le plein et le vide Y 10 La mort n'est point pour elle l'adieu à l'aimable vie, mais bien au contraire la lin de toutes les souffrances : ennui et dégoût, résultant d'e l'inutilité de sa vie.El cependant elle ne peut y songer sans trouble et sans angoisse.Jamais elle n'abandonna les pratiques religieuses et ses lettres mentionnent souvent ses vaines aspirations à la foi.Si la Marquise du Deffand lient du siècle de sa naissance comme de celui de sa mort, elle lient aussi de tous les siècles, conscients de ce que la tradition française représente de meilleur : intelligence, clarté, humanité, et grâce.Quels mots justes et hardis ne sait-elle pas trouver pour juger d'un auteur! Ils sont aussi sûrs qu'originaux, aussi spontanés que profonds.* Voici Montaigne : On y trouve tout ce qu'on a jamais pensé, et nul style n'est aussi énergique : il n'enseigne rien, parce qu'il ne décide de rien ; c'est l'opposé du dogmatisme : il est vain, et tous les hommes ne le sont-ils pas Y et ceux qui paraissent modestes, ne sont-ils pas doublement vains?le (10) Lettre à Wnlpolo, 1er avril 17 juillet 1772.8 DEUX EPISTOLIERES Quelques semaines plus tard : Oh ! ma grand'maman ! je me meurs de peur de ne vous jamais revoir, et moi qui ne peux me passer de l'amitié sans être consumée d'ennui, je suis condamnée à être séparée de tout ce que j'aime !.Cette pensée m'attriste si fort que je ne veux pas vous en parler davantage.21 Et encore : Je ne puis plus sujiporter d'être séparée de vous ; je voudrais détruire, abîmer, anéantir tout ce qui s'oppose à votre retour, jamais je ne vivrai assez pour vous revoir.22 Lorsque d'Alembert, après l'avoir délaissée, lui adresse un petit billet de convenance, qui mo semble bien froid et distant, elle lui répond avec une soif d'affection louchante, avec un renouveau d'espérance qu'il était bien cruel de décevoir : Non, non, monsieur, je ne m'en rapporterai à personne pour vous donner de mes nouvelles, et encore moins pour répondre à la plus char* mante lettre que j'ai reçue de vous.En la lisant, j'ai cru avoir vingt ans de moins, que j'étais à la Sainte-Chapelle, que vous vous plaisiez autant avec moi que je me plaisais avec vous.Enfin cette lettre m'a.rappelé l'âge d'or de notre amitié ; elle a réveillé ma.tendresse : elle m'a rendue heureuse.Partons de là.croyez-moi, et aimons-nous autant que nous nous sommes aimés.Je crois que nous ne pourrions mieux faire : croijez-le aussi si vous pouvez Adieu, mon cher d'Alembert : je suis et serai toujours la même pour vous.N'en doutez point, et aimez-moi à votre tour.23 L'appel resta sans écho.Chaque nouvelle déception, chaque délaissement aggrave sa maladie morale, creuse un peu plus profondément, douloureusement cette âme rongée par l'ennui et le doute.Si, à la tentative que fit Julie de Lespinasse de reprendre les relations avec son ancienne amie, celle-ci réagit avec une froideur et une cruauté absolues, c'est qu'elle avait si intensément espéré s'attacher cette jeune orpheline qui était peut-être sa nièce, c'est qu'elle (21) Idem, 21 août 1772.(22) Idem.31 février 1773.(23) Lettres a d'Alembert, 7 juillet 17G3.(24) Voir Marquis de Ségur, Julie de leRpinaasc, chap.I, Paris, Calmann-Lévy.9 AMERIQUE FRANÇAISE avait cru être nécessaire, indispensable, c'est qu'elle avait rêvé de combler enfin le vide de son pauvre coeur.L'abbé Barthélémy n'avait peut-être pas tort en l'appelant une « mère éternelle ».Le silence qu'elle garda toujours sur « ln demoiselle» et l'académicien, et les remarques cyniques que lui arracha la fin de son ancienne compagne : « Elle aurait bien dû mourir seize ans plus tôt, je n'aurais pas perdu d'Alembert » et « si elle est au paradis, la Sainte Vierge n'a qu'à y prendre garde, car elle lui enlèvera l'affection du Père Eternel ».ne pouvaient provenir que d'un coeur meurtri et sont la revanche amère d'un double amour déçu.Ses espoirs retombent de plus en plus las et l'ardeur de son être ne se trahit plus que par d'impérieuses exigences et des accès de méfiance.A son amie seule.Mme de Choiseul, si douce, si bonne et si égale, elle confie encore la douleur de sa solitude.Que nous sommes loin ici de la sérénité imagée de la Marquise de Sévigné ! du « beau snng qui circule si doucement, et agréablement dans nos veines »! Mme du Deffand elle-même mesure tristement tonte la différence : Malheureusement je ne ressemble en rien à Mme rie Sévigné, je ne suis point affectée des choses qui ne me font rien : tout l'intéressait, tout réchauffait son imagination : la mienne est à la.qlaee.le suis quelquefois animée, mais c'est pour un moment : ce moment passé, tout ce qui m'avait animée est effacé au point d'en perdre le souvenir.2.5 Ceux pourtant qui l'ont vraiment connue, qui l'ont surprise dans les mouvements spontanés de son être, nous ont laissé des impressions très différentes de ce qu'on pourrait appeler un I cm lié ram eut «à la clace».Chaleureuse, emportée, elle l'est chaque fois qu'on touche à une personne qu'elle aime, ou qu'on la froisse elle-même.Mlle de Lespinasse la dépeint ainsi : La passion préside à la plupart de ses décisions : on la voit s'en-goucr d'abord et se dégoûter ensuite à l'excès des mêmes ouvrages et' des mêmes personnes, déchirer ce qu'elle louait il y a quelques jours, huer ce qu'elle déchirait, tout cela sans fausseté dans aucun temps, uniquement pour satisfaire au sentiment actuel qui la déchire, auquel elle se livre de la meilleure foi du monde, et qu'elle croit très fermement avoir toujours été de même.(25) Lettre à Horace Walpole, 9 mai 1759.10 DEUX EPISTOLIERES Plus pertinent encore nie paraît le bref portrait que fit d'elle M.Walpole, cet ami qui devait enfin vaincre l'obstination de son coeur, qui devait changer son ennui, son dégoût, sa méfiance en soumission, humilité et tendresse et qui, à défaut de lui donner le bonheur, lui donna la plénitude d'un sentiment où la raison a perdu tous ses droits.Sow jugement sur tous les objets est aussi juste que possible, et sa conduite sur tous les points n'est qu'une erreur continuelle, car elle est tout amour et toute aversion, passionnée jusqu'à l'enthousiasme pour ses amis, toujours anxieuse d'être aimée, enfin ennemie violente, mais franche.20 Elle avait défini un jour la tragédie de sa vie comme « la privation du sentiment, avec la douleur de ne s'en pouvoir passer », 27 et poursuivant cette indication, nous avons su reconnaître sous la froideur apparente de la Marquise la hautaine rancune d'un coeur qui constamment aspira vers l'amour sans jamais le rencontrer ou sans pouvoir y croire.Enfin, touchée par la baguette magique du plus irraisonnable des sentiments, vieille, si vieille, elle révèle son credo : il vaut mieux être mort que de n'aimer personne.Terminons par une lettre que celte vieille femme aveugle écrivit à celui qu'elle aima, et demandons-nous si elle n'y égale pas l'imagination de la Marquise de Sévigné, transposée en mineur, et si elle n'y dépasse pas sa profondeur.Je pensais l'autre jour que j'étais un jardin dont vous étiez le jardinier; que voyant l'hiver arriver, vous aviez arraché toutes les fleurs (/ne vous jugiez n'être pas de la saison, quoiqu'il y en eût encorc\ qui n'étaient pas entièrement fanées, comme de petites violettes, de petites marguerites, etc., et que vous n'aviez laissé qu'une certaine-fleur, qui n'a odeur ni couleur, qu'on nomme immortelle, parce qu'elle ne se fane jamais ! B.Renée Lang, Columbia University.(2G) Horace Walpole, lettre du 25 janvier 1706.(27) Lettre a la Duchesse de Choiseul, 26 mai 17G5.11 EPIGRAMMES L'écrivain est un homme qui met toute sa vie à rédiger en bonne et due forme son testament.La plupart, trop paresseux pour s'exprimer, se servent, d'expressions toutes faites.Quelques autres s'exercent à écrire ; ils commencent par se fier aux mots, quittes, longtemps après, à se confier.Les écrivains canadiens imitent ou décrivent ; jamais ils ne s'expriment.* L'écrivain, c'est un homme et un milieu ; et l'un sans l'autre : soit une abstraction sans vie, soit une description indifférente.* La critique croit avoir jugé les livres canadiens qu'on lui propose quand elle s'est rappelé les livres français qui leur ressemblent tant soit peu.Elle ne se demande pas d'abord : ce livre fait-il penser, mais seulement : à quoi cela fait-il penser?* L'auteur canadien prononce une conférence ; il fait paraître un article dans une revue ; et il ajoute un chapitre à son livre : le même texte a servi pour tout cela.Les journaux publient des comptes rendus de la conférence, de l'article, du livre.* Le régionalisme, c'est de l'exotisme que l'on consomme sur place.* 12 EPIGRAMMES C'est le savetier qui a le plus de choses à dire sur ses savates.Mais il ne sait pas les dire.Dante, Cervantes, Racine, Shakespeare, Goethe, Baudelaire, Dostoïevski, ces grands noms, Jacques Maritain les jettent comme des cailloux à la tête de Gide.C'est ainsi qu'on élève un monument à la gloire d'un écrivain : en le lapidant.On écrit un roman quand on ne sait pas comment finir.Une nouvelle se fait comme un sonnet : on commence par la lin.* Racine aurait bien pu, comme Euripide, ne pas lire d'Euripide.* L'ordre et l'ornement, c'est la même chose.Pour le savoir, il n'est pas besoin d'un long raisonnement.Les deux mots en question sont de même origine.Le mot grec qui signifie donner ordre signifie aussi donner l'exemple.Devrait-on maintenant donner l'un sans l'autre ?Le village est une excroissance de la route.(Villa, via).« La voile, un pétale, se déroule.» Comparaison forcée, me dit-on.Erreur.C'est un pléonasme involontaire.Car le mot pétale vient d'un verbe grec qui signifie dérouler.On connaît Platon par l'amour platonique ; mais Platon n'a jamais connu pareil amour : rien n'en est plus éloigné que l'esprit de ses dialogues.Machiavel n'a rien de cela qu'on dit 13 AMERIQUE FRANÇAISE machiavélique.Un gratte-ciel s'effondre-t-il ?les reporters, qui n'ont pas lu Dante, parlent de vision dantesque.* La gloire que le monde prodigue à ceux qui sont morts dans l'obscurité, et qui n'en ont guère besoin, a quelque chose de funèbre et d'abominable.'C'est infliger aux leurs un second deuil.Ils écrivent l'histoire de leur vie, quand ils n'ont plus rien a dire, tant ils se veulent historiques.La gloire favorise deux hommes à la fois : le premier est celui qui trouve une idée et le second, celui qui exprime l'idée contraire.Pour faire son autobiographie, il faut être plein de son sujet, et, par conséquent, plein de soi-même.Plus on est a la mode, plus on est extravagant.Il y a des auteurs sans oeuvres.Valéry a écrit les avant-propos de ses oeuvres, qu'il n'a point écrites encore.La gloire pousse dru sur le fumier des morts.* La gloire, ce qu'en-dira-t-on.La gloire est un héritage.Celui qui en jouit la tient d'un autre.14 EPIGRAMMES Sans doute, ce qu'il y a de plus vide, dans un livre, ce sont les derniers mots, la signa lure ; et c'est pour l'y ajouter que l'auteur a écrit tout ce qui précède.* Montaigne se donne volontiers, à rebours des autres, pour un esprit médiocre.La satisfaction d'être original, cette vanité, lui permit de mépriser presque toutes les autres vanités.* Ce que l'on n'ose dire, on le fait dire.Le roman complète l'autobiographie.L'arrière-pensée de l'auteur, c'est le style.Lire bien, c'est traduire.* Traduire mot à mot Virgile, c'est vouloir faire accroire qu'il était un écrivain français du dernier ordre.* Le traducteur ne choisit pas les textes qu'il traduit.C'est un homme d'affaires (l'éditeur) qui les lui impose.S'ils sont mal écrits, doii-il les corriger '.' Faut-il couper les phrases trop longues ?La syntaxe d'un auteur n'iniporte-t-elle pas plus que ses mots ?Cicéron, en petites phrases, serait-ce encore Cicéron ?Les fautes de l'auteur ne lui appartiennent-elles pas aussi bien que ses qualités ?Pourquoi ne traduirait-on pas les unes et les autres ?N'est-ce pas être fidèle que ne pas écrire mieux que l'auteur que l'on traduit ?Mais toutes les qualités, on les attribue à l'auteur ; et toutes les fautes, au traducteur.Pierre Baillargeon 15 PAUL CLAUDEL (Riiiic rt fin ) Après lp secret des poètes survient le symbole de ce secret.Api-ès l'azur de Mallarmé, après l'enivrement de Rimbaud, après la connaissance de Claudel, vient la réussite en art, l'exploitation poétique.L'azur, l'enivrement, la connaissance ne sont pas susceptibles île traduction immédiate : il faut qu'ils soient convertis en un autre langage, un langage symbolique.L'azur de Mallarmé devient une série de symboles concrets : un l'aune, un cygne, un tombeau.L'enivrement de Rimbaud est symbolisé surtout par renier, par le domaine où l'Ame se fait monstrueuse.La connaissance de Claudel, enfin, se traduit par la joie, par le sentiment religieux de la joie.Il n'est pas nécessaire de partager la foi de Claudel pour sentir son expression dans l'oeuvre.La foi est l'expérience pour Claudel, comme le mal l'était pour Baudelaire, comme la passion l'était pour Racine, comme la souffrance religieuse l'était pour Pascal.T'n grand art n'exige pas que nous subissions la même expérience d'où il est sorti; il exige seulement que nous sentions la forme donnée à cette expérience.Claudel a écrit un jour à Jacques Rivière une phrase qui nous a beaucoup guidé dans cette étude : "Tout artiste vient au monde pour dire une seule chose." Nous cherchons, en effet, à travers toute cette élaboration la chose unique révélée dans les vers de Claudel.Nous avons pensé la voir d'abord dans la sanctification du monde mais nous pensons l'avoir trouvée plus véritablement dans la sanctification de la joie.Le inonde n'est jamais prêt pour la joie ; il est toujours surpris par l'apparition de la joie.Et surtout notre monde, notre pauvre monde avec son lourd héritage du dix-neuvième siècle qui lui avait bien appris à oublier Dieu, notre pauvre monde blasé, matérialiste, fatigué des guerres et hanté par la perspective de guerres encore plus vastes : ce inonde que nous connaissons bien et que nous aimons malgré tout parce qu'il est le nôtre, est le décor pour cette joie de Claudel.C'est une joie de surabondance et d'excès qui vivra plus longtemps que l'histoire mesquine et triste de notre âge.La place qu'occupe Claudel, cette place au milieu, la place entre les hommes qui se donnent au monde et les saints qui se donnent à Dieu finira peut-être par devenir la 16 PAUL CLAUDEL place la plus radieuse de notre monde pour les âges à venir.La place du poète grandit avec le temps ; elle finit par offusquer les valeurs moindres d'une époque.Tl faudra me pardonner ce ton de prophétie, mais dans l'oeuvre de Claudel nous rencontrons non seulement la première leçon essentielle du poète, qui est la perte de soi dans la chose aimée, mais en plus nous y apprenons nne seconde leçon, par la sanctification de la joie justement, qui est la perle de la chose aimée en soi-même.Les longues années dans la vie de Claudel passées loin de la France rappellent l'exil de Dante.L'éloignement des deux poètes leur a permis de connaître un amour plus intense pour la chose quittée.L'accent de la joie exprimé à la fin de la Dirinr Comédie et dans certaines pages de Claudel est une passion exclusive d'exilé qui a passé par la souffrance.Cette qualité de la joie qui est exclusive et toute-puissante est la cause de l'irritation que peut susciter l'oeuvre de Claudel.Mais la vérité aussi est une chose exclusive.La joie dont nous parlons est âpre et solitaire.Dans une danse de Martha Graham, oui est à notre avis l'artiste la pins significative aujourd'hui du théâtre américain, nous assistons aussi à une représentation de la ioîe impersonnelle et exclusive.C'est la danse El Pénitente où.à la fin.après les scènes de lutte d'arronie.les trois personnages, le pénitent,la Vierge et le Christ se dépouillent de leurs vêtements d'acteurs, de leurs masques, de leurs sentiments, pour danser la joie.Tls s'avancent tous les trois, habillés en simple pantalon blanc on en robe blanche, pour danser individuellement et ensemble parce que la joie a éclaté et a dompté le drame.Dans la danse de Martha Graham comme dans tant de passages de Claudel la vertu de la joie survient après la vérité du drame.Xous y trouvons une trace du catholicisme flamboyant, du catholicisme des grandes cérémonies, une trace de la joie totale et déréglée que la foi protestante n'a jamais cohn-prise, je crois."Tl n'est à ce discours parole ou son.pause ou sens.Rien qu'un cri, la modulation de la Joie, la Joie même qui s'élève et qui descend, 0 Dieu, j'entends mon âme folle en moi qui pleure et qui chante !" (Corona, p.49.) La joie même est contre le siècle.Xous connaissons surtout aujourd'hui la caricature de la joie.Comme nous sommes seniles 17 AMERIQUE FRANÇAISE flans le domaine du comique ! Comme nous trouvons implacablement le rire dans les côtés faibles et pervers de la nature humaine ! Le comique est trop près du tragique.Tl est le domaine de Molière et de Proust ; il n'est pas le domaine de Claudel.Le comique est une partie intégrale de l'Enfer de Dante : il n'existe pas dans son Paradis.La joie est si différente du comique ! Elle est éloignée de tout cela, détachée, vivant à part dans une sphère fermée à la faiblesse, à l'ironie, à l'amertume.Nous y accédons par un grand dépassement de nous-mêmes, après notre naissance avec tous les sentiments inférieurs.Claudel nous donne la vision de l'homme qui trouve dans sa joie une meilleure connaissance de lui-même.Chaque oeuvre est une explosion où le poète semble vouloir faire éclater tout un système.Tl rudoie les sentiments les plus austères, il renverse les croyances les plus stables.Mais toute cette démolition il la poursuit pour rebâtir après, pour rassembler, pour réintégrer.El le nouveau système, qui est le vieux système reconslruit.revu, réapparaît sur une assise plus belle.C'est le travail d'un démolisseur et d'un bâtisseur.Claudel est le poète de l'énergie.Gerard Manly Hopkins est de la même race.Nous sommes plus habitués aux poètes à qui le mot "énergie" convient beaucoup moins que le mot "volonté".L'oeuvre de Mallarmé et T.S.Eliot, par exemple, grandit laborieusement et patiemment par la force que nous nommons "volonté" tandis que la force qui anime l'oeuvre de Claudel et Father Hopkins est tout autre.En peinture, les grandes toiles de Picasso nous frappent de la même façon one les poésies de Claudel.L'énergie do Pic:isso.ollo aussi, bouleverse le monde et ce qui reste sur le tableau achevé c'est la joie délirante, une joie si intense qu'elle finit par être la personnalité de l'artiste.La joie est le terme et le but dp Claudel.Elle éclate partout sans qu'on sache exactement de quelle source ou de quelle manière.La joie dans l'oeuvre de Claudel devient le fait qu'on accepte sans l'expliquer.La métaphysique de la connaissance, nous avons vu combien elle est facile à comprendre, combien elle est sereine et complète.— et nous touchons peut-être ici à une formule d'art qui nous apprend que dans la pensée créatrice d'un homme d'énergie, d'un homme vaillant, une métaphysique totale de la connaissance engendre fatalement la joie.18 Wallace Fowlie DU ROMAN A L'OPERA il Si Manon a vu sa mauvaise réputation presque réhabilitée sur la scène, Marguerite Gauthier, "La Dame aux Camélias", que les Américains appellent Camille et l'opéra de Verdi Violetta, est encore plus digne de pitié et d'admiration tant dans la pièce que dans le roman de Dumas.Dès le début, cette touchante histoire de la courtisane rachetée par l'amour eut un succès fou.Quatre ans après sa publication, l'auteur en Taisait une comédie dramatique et, l'année suivante.Verdi faisait jouer /,« Trariata (La Dévoyée) pour laquelle Piave avait tiré un livret concis du drame d'Alexandre Dumas fils.Il va donc eu intermédiaire entre le récit et l'oeuvre musicale.Le t'ait le plus intéressant à noter, c'est que les deux scènes les plus remarquées au théâtre et à l'opéra n'existaient pas dans le roman, ("est d'abord la scène des billets de banque gagnés au jeu qu'Armand Duval jettent à la figure de la pauvre Marguerite.(«Cette femme a vendu tout ce qu'elle possédait pour vivre avec moi.Vous êtes tous témoins (pie je ne lui dois plus rien »).C'est ensuite le dernier acte presque en entier : le pathétique retour d'Armand auprès de Marguerite mourante, mais mourante dans ses bras.Dans le roman, la pauvre fille est encore plus pitoyable.Klle meurt seule et passe ses dernières heures à entendre marcher dans la pièce voisine le gardien que l'huissier a placé chez elle et qui attend sa mort pour vendre les meubles.Quant à l'injure suprême d'Armand envers celle qu'il méprise parce qu'il ignore son sacrifice, elle est d'une cruauté extrême.Au théâtre et à l'opéra, Marguerite garde la promesse faite au père d'Armand de ne plus revoir son fils.Mais, dans le roman elle n'a pas ce courage.Armand la poursuit tellement de sarcasmes partout où il la rencontre, que celle-ci vient chez lui le supplier d'épargner une femme malade.Tout le passé renaît alors entre les deux amants et, au milieu des baisers et des sanglots, ils se reprennent avec une frénésie qui les effraie l'un l'autre.Marguerite dit à Armand, en le quittant, qu'elle sera dorénavant à lui quand il voudra et qu'à toute heure il pourra venir chez elle.Partagé entre 19 AMERIQUE FRANÇAISE son amour et sa jalousie, Armand se demande s'il aura le courage ou plutôt la lâcheté de jouer ce rôle d'amant de coeur qui attend, pour entrer chez sa maîtresse, que l'amant en titre soit parti.Le lendemain, il va frapper à sa porte : on lui répond (pie .Madame a quelqu'un et qu'elle ne peut recevoir.Perdanl toute notion de la réalité, il envoie à Marguerite une somme d'argent avec le mot suivant : «Vous êtes partie si vite, ce matin, (pie j'ai oublié de vous payer.Voici le prix de votre nuit.» III Dans la nouvelle de Prosper Mérimée les amours de Carmen et de Don José y sont différentes de celles qui se déroulent dans le livret de Meilhac et Halévy, écrit pour l'opéra de Bizet.Au premier abord il semble que le récit ne se prêtait guère à la scène.L'atmosphère a dû surtout tenter le compositeur.On ne trouve pas dans le roman les personnages de Micaéla el d'Esca-millo, qui permettent à l'intrigue de l'opéra de se nouer et se maintenir sans faiblesse pendant les quatre actes.Celle gentille Micaëlla qui représente l'enfance heureuse de Don dosé et sa mère aimante, celle courageuse jeune fille (pie dosé aurai! sûrement épousée s'il n'avait rencontré Carmen, il n'en esl pas question chez Mérimée.D'Escamillo, non plus.Le personnage est cependant suggéré par un certain Lucas, picador.Carmen veut le connaître parce qu'elle devine en lui un homme solide l'ail pour la troupe de contrebandiers et de détrousseurs de grand chemin qu'elle commande avec autorité.Car il faut dire que Carmen n'set pas la coquette qu'on nous montre à la scène lyrique.C'est une femme de tête qui sail se faire obéir.Elle n'es! pas insensible aux plaisirs de l'amour, mais à la façon d'un homme occupé qui se permet une passade au milieu de ses soucis.Carmen a un caprice pour José.Son amour ne l'aveugle pas sur le peu de dispositions du déserteur à voler les gens, à vivre d'aventures et à se moquer des représentants de la loi.Aussi dès qu'elle est rassasiée de lui, elle veut le laisser.Si elle tombe plus tard sous son couteau, c'est moins par bravoure méprisante et par un défi plein de fierté, comme dans l'opéra, qu'au cours d'une injurieuse discussion et sans presque voir venir le coup.Dans le roman, Don dosé est traité d'abord comme un jeune homme sans conséquence par Carmen.La première fois qu'el- 20 DU ROMAN A L'OPERA le se donne à lui, c'est simplement pour payer sa dette de reconnaissance envers un soldat qui lui fit éviter la prison.Elle ne l'aniène avec les gens de sa bande que forcée de le l'aire : .José a Iné chez elle un lieutenant de son régiment.Plus tard, dans un autre duel, il tuera le propre mari de Carmen.On ne peut s'empêcher de sourire à l'idée de Carmen mariée.Et lionne épouse encore puisqu'elle l'ait évader son mari de prison et lui redonne sa place au milieu des contrebandiers.Mais elle est bientôt prête à le sacrifier à Don dosé et c'est en riant aux éclats qu'elle propose à son amant de laisser passer son mari immédiatement devant lui au cours de l'attaque qu'elle prépare contre un riche voyageur.L'opéra est bien supérieur à la nouvelle.Le drame qui se joue entre les personnages se dénoue avec logique et les quatre actes s'enchaînent avec intérêt et clarté.La partition est la plus riche qui soit à l'opéra.Elle est sans longueur el se renouvelle constamment.Biscet en a traité magistralement les quatre tableaux et a écrit pour les choeurs et les ensembles vocaux des morceaux qui sont presque tous des chefs-d'oeuvre ne le cédant aucunement en intérêt musical et dramatique aux solos et duos si souvent repris au concert.Si certaines pages semblent avoir vieilli, l'IIabanera ou la Chanson du Toréador, c'est qu'elles ont été chantées trop souvent el par n'importe qui.Ecoutez-les à la scène, entourées des choeurs et dans l'ambiance appropriée, et leur charme opère toujours.Dans toute la partition il n'y a pas une faiblesse et la musique de Bizet.si descriptive et aux reliefs saillants, exprime avec autant d'aisance la dispute des cigaric-res que la gaîté des gamins de la rue.et aussi bien le charme ensorceleur de Carmen décrivant la vie libre dans la montagne que l'attrait timide de Micaëla évoquant son humble village.Le rôle de Carmen est le plus coloré et le plus vivant qui soit à l'opéra et l'un de ceux qui exigent le plus de l'interprète au point de vue vocal el dramatique.Son personnage demande qu'elle soit tour à tour coquette el brutale, moqueuse et tragique, ivre d'indépendance et résignée au sort fatal qui l'attend.Quel admirable parti les librettistes ont su tirer d'une simple indication dans le roman : «J'ai lu dans les cartes que nous devions périr ensemble» y dit quelque pari Carmen.Et c'est de là qu'est sortie cette merveille qu'est le Trio des Cartes.Et quelle maî- 21 AMERIQUE FRANÇAISE trise dans les deux scènes où Carmen exerce son emprise sur José : libertine et insouciante au premier acte dans la Séguedille, grave et insinuante dans sa description de la vie des siens, «Là-bas, là-bas dans la montagne».Est-il besoin de rappeler l'entrain et la variété du quintette des contrebandiers nu cours duquel Carmen déclare vouloir taire passer l'amour avant le devoir.Rappelons ici les grands noms d'Emma Calvé et de Géraldine Farrar qui toutes deux laissèrent à Montréal un impérissable souvenir dans la mémoire de ceux qui les entendirent interpréter, à la scène ou au concert, les pages immortelles de Georges Bizet.Cependant, Bizet n'a pas sacrifié les autres personnages à Carmen et, malgré les airs splendides qui reviennent à celle-ci, l'attention de l'auditeur n'est pas à ce point captivée par l'héroïne qu'il ne puisse s'intéresser au sort de José, de Micaëla et d'Escamillo.écouter ce qu'ils chantent.L'amant de Carmen est au premier plan dans trois scènes : quand il chante l'Air de la Fleur, lorsqu'il empêche Carmen d'aller rejoindre Escamillo à la fin du troisième acte et enfin dans le duo final où son importance est telle que c'est lui qui dirige l'action autant qu'il amène le dénouement.Tout est là si bien à sa place, si proportionné que les bons chanteurs d'opéra remportent dans les rôles relativement courts de Micaëla et d'Escamillo autant de succès que dans les oeuvres où ils jouent des personnages de premier plan.Prosper Mérimée ne prévoyait pas en 18-47 le sort qui serait fait trente ans plus tard au personnage qu'il n'a probablement pas entièrement inventé.A la vérité son roman n'a servi que de point de départ à Bizet et à ses collaborateurs.La véritable Carmen, c'est bien celle de l'opéra.Jean Dhfresne 22 LA VOLONTE DU CUBISME Depuis le XIXème siècle, la France a tenu le premier rôle dans l'histoire de la peinture.Elle en a été le foyer générateur ; de là toutes les innovations, les expériences les plus audacieuses et les plus radicales.On peut dire qu'elle a été le grand réservoir d'individualités originales, sincères, actives, et, qui plus est, lucides.Il serait intéressant de remarquer qu'au moment où l'art devient de plus en plus volontaire, ce soit, la France à l'esprit déliée! sûr, avec son sens unique de la personne humaine, qui ait, encore une fois, mené le beau combat de la conquête de soi-même.On est bien forcé d'employer le passé, non que l'on doive croire la France écrasée en sa belle vitalité qui a déjà donné une civilisation, mais parce que nous vivons un moment angoissant, où son destin est suspendu.De toute notre espérance et de toute notre foi, nous savons que la défaite ne sera qu'une crise, et de toute la force de notre volonté et de notre rêve, nous savons que la France sera victorieuse, car, en chacun de ses membres, elle a un désir indestructible de vivre et de continuer à offrir au monde le magnifique exemple de son humanité.Nous aimerions donc nous pencher sur un moment de sa généreuse fécondité et suivre avec respect l'effort qui s'est manifesté, comme un exemple, par les essais du Cubisme.* tt * Depuis Cézanne, préoccupé essentiellement du problème du volume, en passant par Seural qui, volontairement, a imposé à ses toiles un système arbitraire et paradoxal.Matisse, dont le seul but est l'expression lyrique (qui a pris des libertés avec la forme et la couleur, tout en gardant encore le sujet), et Picasso de 1912, les éléments vrais de la peinture : formes, couleur, sujet, ont été dissociés et isolés, "et l'on se proposa d'atteindre au lyrisme par les seuls moyens picturaux, ne consentant plus à user des procédés de l'allusion, qui, par le jeu des associations du souvenir, transportent le spectateur dans un autre système d'émotion, lyrique parfois, mais que le littérateur détermine plus aisément.On parle alors de peinture pure et l'on dénonce la littérature comme l'ennemi".(Ozenfant et Jeanneret).Braque, Picasso, Matisse, et même Derain ont essayé de se libérer du sujet, c'est-à-dire, non plus d'une forme débarrassée de l'anecdotique, mais même de toute forme inspirée du réel.23 AMERIQUE FRANÇAISE En 1012.le Cubisme était arrivé à un point de pureté inquiétante de «hiératisme, d'abstraction hautaine et dépouillée».Et les meilleurs exemples sont encore ceux de Picasso : harmonies complexes de formes géométriques de plus en plus morcelées.Après cette exaspération doctrinale, mais belle dans sa rigueur insoutenable, l'atmosphère des grandes altitudes s'est altérée par l'introduction d'éléments cl d'expressions plus individuels: le Cubisme s'est intégré un lyrisme figure humain, beaucoup plus accessible et plus immédiat.* * * L'apparence catégorique du Cubisme pose la question de sa volonté.Bien qu'il soit un mouvement strictement plastique, — peinture et sculpture —.e1 s'appuie sur une tradition, il faut remonter loin, non pas dans le temps, mais dans ses préoccupations, pour en saisir les vrais motifs.Car.tout comme le Surréalisme, il repose sur une prise de conscience nouvelle de réalités humaines, et propose des réponses à certaines questions Urgentes.M a ses idéologues et ses théoriciens.Il apparaît de plus en plus que nous sommes à l'aube d'une nouvelle civilisation.Le machinisme transforme peu à peu radicalement le monde ; ceci peut paraître un plat lieu commun, mais aussi une vérité profondément émouvante au moment où sa compréhension éveille en nous l'orgueil de la dignité humaine, de notre maîtrise toujours plus féconde de la matière, des possibilités imprévisibles d'ordre et de bonheur.La science et son application, la machine, libère l'homme et l'affranchira de plus en plus, dans la mesure où nous aurons le courage de mener à bien notre mission : il est urgent de se rendre compte que notre destin est entre nos mains.Quel est donc le rôle de la peinture ?Les Cubistes répondent : combler nos désirs spécifiques de poésie, et (pie rien d'autre ne saurait satisfaire.Qu'elle joue sur des émotions, par le moyen rie sensations visuelles, non pas rie manière gratuite et frivole, mais qu'elle atteigne en nous ce qu'il y a de plus exigeant, rie plus impératif, qu'elle rejoigne les possibilités de l'héroïsme, qu'elle dénude, justifie et exalte la fonction intelligente et la lucidité constructive, la Raison, revendication française.* * # La Nature représente pour l'artiste l'incohérence multiple et insaisissable.Elle ne nous procure rie joies esthétiques que par un accord insolite avec les tendances combattives de l'esprit à l'ordre et au système.Et ce qui est vrai de la forme l'est aussi de la couleur.La multiplicité 24 LA VOLONTE DU CUBISME inexhaustible et fuyante, l'insoluble frémissement des lumières, désespérantes comme un chaos, sont les ennemis de l'artiste.Il s'affirme insolemment avec son orgueil et sa volonté de puissance, il se pose dans des créations d'unités organiques où éclate son ardent désir d'Unité et de cohérence.L'idéal plastique de l'artiste s'exprime aussi bien dans une nature morte que dans une grande composition.L'émotion sentimentale associée à l'anecdote du sujet relève de la littérature ou du théâtre.Les grands peintres nous émeuvent aujourd'hui encore, par leur puissance de création, par leur volonté claire, par la maturité parfaite de leur découverte picturale.Il y a un monde Greco, comme un monde Vinci, ou Giotto, téméraires et fiercs idéalisations humaines.L'art, épuré par la photographie, le reportage, le journalisme, le cinéma, de toute préoccupation utilitaire étrangère à son destin de poésie, se doit d'être conscient et lui-même acharné à sa libération.L'essentiel n'est pas de copier ou d'exprimer respectueusement la nature, mais de répondre aux exigences constantes du sentiment esthétique.La nature a maintenant perdu son prestige, l'intérêt se dirige délibérément vers ce qui est plus purement humain, vers le Sujet qui pense et qui invente.L'homme nouveau dont nous vivons la naissance depuis quelques dizaines d'années, la naissance laborieuse et dramatique, prenant conscience de vérités nécessaires, se crée un style pictural qui l'exprime dans ses espérances les plus spécifiques.De toute sa volonté de vivre, il cherche à découvrir en lui-même l'équivalent esthétique de la nouvelle civilisation.Les Egyptiens, Phidias, ou Bach ont accompli l'acte magique de créer ou de porter à son point de maturité extrême un style, c'est-à-dire un ordre, une cohérence rationnelle.Nous avons intégré leur découverte, leur leçon ; elles nous émeuvent toujours, mais nous ne pouvons échapper à la réalité de la vie, qui nous talonne de ses questions, de ses perspectives neuves, de ses données inédites.Une religieuse gravité contemplative serait une lâcheté intellectuelle, un refus à la vie.* * * La nouvelle civilisation que l'on sent naître au milieu des angoisses, des sacrifices et des souffrances, possède déjà une certaine allure qui permette de l'identifier.L'apparence générale des villes neuves, qui d'ailleurs entraîne certaines habitudes visuelles, suggère une poésie géométrique, sceau spécifique du décor nouveau de l'existence.Que l'on songe aux belles perspectives urbaines, aux complexes industriels, aux travaux d'art industriel : les 25 AMERIQUE FRANÇAISE ponts, les silos, les stations électriques, les gares ! Qui n'n pas compris la délicate élégance d'un mât de transmission radiophonique, fiché sur une pointe, maintenu par des cables d'acier, tranquille en son équilibre prémédité ?Le Cubisme est subordination du sujet (choix de ce qui exalte l'élément rationnel en l'homme) et possession des moyens techniques (jeu plus ou moins exclusif sur les éléments couleur, forme, ou volume pour la sculpture: élaboration de l'intelligence).L'art est un des aspects du pouvoir d'organisation et de systématisation, comme l'écriture ou les mathématiques.Il se crée à lui-même un système de signes et de conventions.Sans s'attarder longuement sur la fonction et les démarches d'abstraction de l'esprit humain, il suffit de regarder un dessin d'enfant ou des représentations d'art primitif pour comprendre combien, au fond, l'art n'est pas une copie, mais la création d'un système de signes, une imperative abstraction de l'esprit humain avec son formalisme et son symbolisme.Et il ne serait peut-être pas inutile de se rappeler la lente marche de la géométrie, vers une géométrie sans contact immédiat avec les images de l'évidence sensorielle, mais qui permet d'intégrer des possibilités plus fines et plus nombreuses de la réalité : "Après avoir formé, dans les premiers efforts de l'esprit scientifique, une raison à l'image du monde, l'activité spirituelle de la science moderne s'attache à construire un monde à l'image de la raison.L'activité scientifique réalise, dans toute la force du thème, des ensembles rationnels." (Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique).# * # Et si l'art se crée à lui-même un système de signes intelligibles, il agit aussi physiologiquement.Les directions des lignes engendrent certaines sensations cénesthésiques.La verticale correspond à notre sens de la pesanteur ; l'horizontale est le point d'appui idéal (le niveau d'eau) ; et l'oblique, par sa multiplicité possible, intervient comme symbole d'instabilité, d'inquiétude, de dépendance, de rupture d'équilibre, de momentané.L'angle droit réalise une pure rationalisation, symbole de sécurité, parmi tous les cas d'angles.* # # L'intransigeance hautaine et pure, l'exaspération cristalline du Cubisme ne peut être maintenue à son tempo de vie inventive que chez les grands 26 LA VOLONTE DU CUBISME maîtres capables de le dominer en le dépassant, en y intégrant toujours de nouvelles données humaines ; et nous pensons surtout à Picasso qui force toutes les portes et barre toutes les routes prometteuses.La révolution qu'il a accomplie dans la conception de la peinture, la forme explosive et rajeunissante, a permis de créer une nouvelle hiérarchie dans les notions picturales.# * # La perspective est une convention, inventée par la Renaissance, un tour de passe-passe, un moyen d'illusion d'optique, une duperie sans valeur esthétique.Pourquoi l'artiste n'aurait-il pas le droit, si le besoin d'expression le lui commande, d'utiliser simultanément plusieurs possibilités d'un même objet (de le représenter, par exemple, éclairé sur un côté, dans l'ombre de l'autre et suivant une autre perspective : création de l'imagination, impossibilité de la nature, mais efficacité poétique.) Il ne s'agit plus de copier la nature, d'en faire une description imitative ou impressionniste, mais de composer sur un plan, avec des éléments géométriques préalablement imposés aux apparences réelles, et par un jeu savant de couleurs harmoniques, une magnification rationnelle et lyrique, une harmonie visuelle : ou plus encore, de juxtaposer, dans une même inspiration, certains aspects du réel, disparates et choisis.Ce procédé se retrouve chez Delaunay (les « Paris »), dans les compositions de de La Fres-naye, de Lhote, de Gromaire, etc., chargées d'un potentiel sentimental, de symboles, d'intentions et aussi de grandeur.# * ?Le Cubisme procéda à l'origine en fragmentant chaque ensemble complexe en formes géométriques, non seulement chaque forme, mais jusqu'aux ombres portées, d'où un morcellement excessif qui nuisait à l'unité de l'oeuvre.L'impression d'unité pourrait être réalisée par la couleur, en recouvrant le plan du tableau par un système de couleurs correspondant au thème, mais dont la raison d'être serait de créer un ordre expressif et frappant, unissant par ses modulations, par l'atmosphère plus clairement intelligible, tous les éléments que l'analyse des formes avait décomposés.L'objet reste donc à sa place, mais la couleur « passe », jusqu'à ce qu'elle produise l'effet recherché.Il y a donc deux modulations harmoniques concourantes : celle de la couleur et celle du dessin.# # # 27 AMERIQUE FRANÇAISE Le Surréalisme et le Cubisme se sont manifestés simultanément.Leur contenu implique non seulement une révolution technique, mais aussi un large sens humain.Il serait peut-être exagéré de parler d'une idéologie solide, mais, et cela est plus important, le Surréalisme et le Cubisme correspondent à deux intuitions profondes et exigentes.L'art oscille entre ces deux moments extrêmes fies possibilités humaines : impulsion intéressée de l'intelligence, effort de création, volonté de puissance rationnelle, d'une part, et, d'autre part, besoin de ne pas renoncer et même de plonger dans les profondeurs insondées de l'inconscient et du hasard, d'ouvrir toutes les portes défendues, de prendre son parti de l'amour.Pouvoir éblouissant de la construction rationnelle et pouvoir magique du monde obscur et trouble de l'angoisse, du désir, existence irritante de l'horreur.« Pourquoi pas ?», « le Cristal », mots d'ordre ou symboles simultanés et tentateurs magnifiques, également convaincants, fertiles et stimulants.Le rêve qui brise l'évidence quotidienne et les beaux espoirs de réalisation spirituelle.Deux horizons qui élargissent singulièrement l'envergure humaine.Aussi faudrait-il peut-être envisager les dernières oeuvres de Picasso comme des tentatives paradoxales de synthèse.Rien n'indique, en effet, que ces contradictions soient irréductibles.Cubisme et Surréalisme, deux antinomies apparentes, atteignent en nous un fonds solide d'espérances : ils manifestent la grande crise intellectuelle et morale.On a souvent voulu en voir le côté mystificateur et amusant.Leurs expériences se passent encore en vase clos, en ont encore un peu la gratuité, car ils ne sont pas sanctionnés par un régime social, par une grande civilisation populaire.Eliane Houghton Bkunn * # # La vanité naturelle à qui tient une plume s'exaspère encore chez celui qui la tient mal.* # * Pareils en cela aux courtiers d'assurances, les romanciers commencent souvent par leur famille.* * # Le véritable auteur d'un livre, c'escl qu'elle aimait tant.Après ce triste récit, la bougie sembla réfléchir profondément, puis son visage s'illumina : « Te sens-tu capable d'un grand sacrifice pour ton roi ?dit-elle en regardant la petite Marie bien en face.— Oh ! oui.répondit celle-ci avec conviction.— Alors, voici ce que je te propose, reprit la bougie.Tu vas l'approcher df4 moi et je vais te brûler une aile seulement.Tu sais, cela te fera très mal.Et demain matin tu iras te présenter ainsi au roi.Cette fois, aucun autre papillon ne te ressemblera.Si le roi a du coeur, il appréciera ton sacrifice et t'épousera, sinon.» Mais la bougie ne put finir sa phrase, car déià le petit papillon gambadait de joie en criant: «Oh, quelle bonne idée!» « Quelle bonne idée ! » Alors, pour être assez haut pour atteindre la flamme, le papillon grimpa sur une boîte d'allumette qui se trouvait sur le bougeoir, et son supplice commença.La petite Marie qui voulait être très courageuse ne pouvait s'empêcher de pousser de temps en temps des cris aigus.Enfin une aile disparut et à sa place il ne lui resta qu'une grande douleur.La bougie, pour qu'elle souffrît moins, mit un peu de cire sur sa blessure et lui proposa de dormir près d'elle pour être reposée le lendemain.Le papillon s'éveilla dès l'aube et prit congé de la bougie en la remerciant pour toute sa bonté.La petite Marie n'arriva que tard au Palais, car elle avait dû marcher 39 AMERIQUE FRANÇAISE bien longtemps.Or, peu de temps avant elle, un extraordinaire papillon s'était présenté au roi.C'était une jeune fille aux ailes d'un bleu rare, e\) étrangement découpées, mais dont le visage était affreux.Le roi fut bierr ennuyé quanti il la vit.car il n'avait jamais vu de semblable papillon et pourtant elle paraissait si désagréable qu'il ne désirait à aucun prix l'épouser.Le papillon triomphait, sachant qu'aucun papillon ne lui ressemblait, et se réjouissait déifi d'être reine, quand un officier du roi vint lui dire quelques mois à l'oreille.«Prenez garde.Seigneur, ce papillon a tué ce matin sa petite soeur qui lui ressemblait d'une manière étonnante.» Le papillon étrange se doutant de ce que le roi apprenait, se mit à trembler comme une feuille.Le n>i furieux ordonna qu'on jelâl la criminelle en prison.Le roi resté seul, songea qu'il avail été bien orgueilleux en souhaitant une femme unioue en son retire : el il se mit à regretter son désir, ainsi que la jolie petite Marie qui s'était présentée la veille.L'huissier l'interromnit dans sa rêverie en introduisant une nouvelle venue dans la salle d'audience: c'était la petite Marie.Elle était toute émue on entrant et tomba aux pied* du roi sans pouvoir dire un mot.Celui-ci la contempla tendrement, violemment louché par le sacrifice de son aile qu'elle lui avait fail.Tl la releva en disant : «Venez, petite Marie, vous êtes la femme unique en son ?enre que je cherchais.» Pendant longtemps, dans le royaume, on parla de la somptuosité des fêtes qui eurent lieu à l'occasion de ce beau mariage.On raconte même que peu après, l'aile brûlée de la reine repoussa encor plus belle que la.précédente.Françoise Rénac On devient équilibré comme on devient équilibristo.Coin s'obtient moyennant chutes, reprises, rechutes.Le vicieux parle de ln vertu connue d'un vice qu'il n'a pas.Doctorat es lettres à quiconque écrirait une thèse de 300 pages (papier grand foi-mal) sur le week-end de Sainte-Douve en Allemagne.Le demi-artiste pose des demi-problèmes qu'il résout à demi.Paul TouriN 40 SOUVENIR (Suite rt fin) Juin so terminait, lourd do jeunes verdures.Lui, il avait douze ans.11 était pari i pour Québec avec Pauline, de même âge (pie lui e( qui retournai! chez elle.Les fenêtres du wagon béaient sur la (oi'i'idilé de Télé.Tous deux, ils se penchaient au dehors, dans le soleil, pour voir les troupeaux, la campagne riche, une parcelle de forêt.Levées depuis peu, les moissons s'alignaient encore en rangs très fins, rapprochés, d'un vert tendre, distincts encore d'un boni de la pièce à l'autre et tels (pie formés par le semoir.Pauline et lui étaient presque seuls.Tls couraient à droi-te.puis à gauche, pour ne rien manquer du spectacle, ils se précipitaient à l'arrière pour apercevoir les deux rails luisants qui.là-bas, très loin, semblaient se joindre : ils galopaient quelques minutes sur le quai des «rares.Et les noms étranges se succédaient : lia Valtrie, Maskinongé, Les Ecureuils, Portneuf, Pont-Rouge.Pauline était mince et grande.Elle avait une figure longue, un peu étroite, dont le soleil avait basané la blancheur cl qu'encadraient des rouleaux de cheveux très noirs.Ses yeux étaient noirs aussi.Elle portait une robe rose, d'un tissu souple et lourd.Et.vers la fin du voyage, quand le pays plat avait commencé de se soulever, de se tourmenter, de se raviner au bord du fleuve, ils s'étaient soudain assagis tous deux.Vert el frais, le soir s'épanchait dans le wasron par bouffées odorantes.Tout à coup, il avait compris que Pauline était belle.Québec.Qui dira ton charme.Québec, sur les hauteurs, la ville aérienne et sonore qui bourdonne à toute heure du jour des volées de ses cloches et les égrène sur les vallées ?Cette visite, à un âge impressionnable, demeura l'un des émerveillements de sa vie ; il en gai'dn des souvenirs aux proportions déformées et puissantes, comme dans les gravures de Gustave Doré.Au jour le jour, avec Pauline, il visita tout.Tl joua sur la terrasse posée à l'épaule du Cap : il se pencha aux balustrades pour surveiller le fleuve tout en bas.suivre le mouvement des navires, apercevoir les amphithéâtres de campagne semés de village et le cirque des montagnes.Puis à tout moment frappaient dans 41 AMERIQUE FRANÇAISE le clos, dures comme des balles, les sonneries de la basilique prochaine.En se jouant.Pauline et lui avaient grimpé les longs escaliers qui montent et qui montent dans le flanc de la colline.Ils se retrouvaient, ils se reposaient, haletants, aux paliers : puis ils reparlaient : ils s'élevaient, semblait-il, au-dessus du fleuve même qui portait des navires éparpillés.Enfin, ils atteignaient les murs de pierre de la citadelle collée au sommet et le coiffant comme d'une tiare primitive.Tci, s'ouvraient des fenêtres défendues par des barres de fer ou des meurtrières par lesquelles s'al-longaient, au-dessus du vide, des couleuvrines noires, clacées.visant au bord de la falaise les ennemis qui surgiraient, là-bas, au bout du promontoire.Tl se revoyait marchant avec Pauline, la main dans la main, sur les remparts flanqués de fossés, ayant toute la ville, toute la vallée étendues à leurs pieds.Ou bien, ils jouaient dans une rue longeant un précipice dont un mur bas les défendait : ils se bissaient sur d'anciens canons et.à tout instant, ils se penchaient pour distinguer l'embouchure de la rivière Saint-Charles, le chemin delà Oanardière.Limoilou, la Côte de "Reimport.Puis en réponse à une question.Pauline lui jetait tout bonnement un ancien nom délicieux, cellule du passé demeurée vivante : rue du Parloir.Sault-au-Matelot, Xotre-Dame de "Recouvrance.Côte du Palais.Et ce grand paysage se gravait en sa mémoire sous des couleurs bleuâtres, presque violacées.Tl ne verrait jamais autrement en souvenir la lar.ee tranchée profonde du fleuve, l'eau, les moutaenes.les forêts lointaines, les nuages, les replis de terrain, les fonds de vallée : aucune expérience subséquente n'effacerait ces teintes dessinées au crayon indélébile.Et maintenant, il se rappelait encore les plaines d'Abraham, prairies îrazonneuses.ondulantes, étendues sur l'éperon de pierre, entre deux souffres : le fleuve et la vallée de la rivière Saint-Charles.D'avoir vu la fuite des séants, comme dit le poète, elles conservaient mnlgré les allures de parc, une grande majesté triste et grave, une espèce de désolation, ma is en même temps une sérénité semblable à celle des cimetières de campagne sous les derniers rayons du jour.Mais habitué aux terres unies de la vallée, son corps en 42 SOUVENIR formation ne supportait pas sans malaise un changement aussi subit.Les hauteurs et les niasses ébranlaient un peu son système nerveux : elles lui paraissaient plus énormes encore qu'elles ne sont en réalité.La nuit, il subissait des cauchemars sans fin ; ses chutes en bas du Cap duraient pendant de longues minutes angoissantes ; les effroyables poutrelles de fer du pont de Québec s'abattaient sur lui ; des vides l'attiraient de leur vertige.Il se réveillait en nage.Puis, ils avaient visité les chutes Montmorency.Ils étaient arrivés par un après-midi de soleil dolent.Dans la chaleur, les criquets semblaient tourner des crécelles ardentes.Loin de la ville, la campagne poursuivait son existence éniginatique.Les enfants avaient tout d'abord joué près d'une ancienne maison au nom anglais : Kent house.L'édifice vétusté était à moitié fermé.Un serviteur en habit était apparu un moment près delà porte en treillis métallique ; puis, sans dire mot, il était disparu.Pauline avait dit soudain : «allons voir les chutes».Il s'attendait à un long trajet.Et tout de suite la terre s'était ouverte sous leurs pas.Us avaient descendu quelques marches jusqu'à un observatoire de bois.Dans son souvenir, les rives demeuraient hautes, brunes et nues ; peu au-dessus d'eux, à gauche, la plate nappe d'eau se courbait soudain connue une large feuille de métal qui se serait courbée, en mouvement, sur un rouleau et pendue dans le vide.Mais soudain, elle se liquéfiait, elle montrait ses torsades brunes vergetées d'écume, des souplesses félines d'échiné, de surfaces luisantes et dorées.Et le spectacle, il le revoit toujours à l'échelle de sa jeunesse, avec ses immenses dimensions que l'âge n'a pu effacer.Ah.Pauline, qu'es-tu devenue ?En ce teinns-la, à côté de lui, de condition modeste, tu semblais habiter très haut, un paradis où il avait décidé de te rejoindre.Alors il a monté : il a grimpé de peine et: de misère, tous le savent, et sans s'épargner et sans se plaindre.Il a toujours l'amassé toutes ses forces pour l'ascension.Et quand enfin il est arrivé là-haut, tu n'étais plus là.Par un jeu de bascule, lu étais descendue pendant qu'il moulait.Tu était descendue, Pauline, plus bas que tout au monde, plus bas que rien sur la terre.Il n'a trouvé personne, au sommet ; et parce qu'il ne t'a pas trouvée, il n'a plus jamais trouvé personne, personne. AMERIQUE FRANÇAISE Il fallut bien dire adieu à la ville sonore.Pauline était sur le quai.La fête venait de se clore.Le train était bondé.Il s'était assis sur la banquette, près d'une fenêtre.De jeunes garçons survinrent à la dernière minute.L'un d'eux s'assit à côté de lui.Grand, robuste, d'un blond blanchi par le soleil, il parlait avec des amis à l'arrière ; la nuit passée, ils avaient tous dansé fort tard.Et lui.il écoulait et il admirait.C'est, ainsi qu'il voulait devenir quand il serait grand.Plus tard, le train en marche, l'adolescent s'est tourné vers cet enfant ; il lui a demandé un verre d'eau.Empressé de rendre service, l'enfant est parti.11 voit après tant d'années le robinet de nickel qui suintait des gouttelettes : il a laissé couler l'eau dans le cornet de papier plissé.Puis il est revenu avec précaution en se garant des mouvements du train.Le grand garçon s'était allongé sur toute la banquette pour dormir.Les yeux à demi fermés, il a dit brutalement : — Je n'ai pas besoin de cette eau ; cherche-toi une autre place.L'enfant a pris du temps à comprendre, à pénétrer la ruse.Son visage s'est empourpré.Décontenancé, il est demeuré là un moment.Puis il est parti.Il a échoué dans le fumoir.11 a jeté le gobelet dans un crachoir où mégots et crachats se délayaient aux ressauts du train.Il s'est assis sur la banquette de cuir noir, dans une odeur fade de fumée.Il s'est réfugié là en petit homme qui a soudain reçu une blessure et qui, paralysé par la douleur, la couvre de ses deux mains et souffre, ("était son premier contact avec les âmes fausses et convoiteuses.11 en a vu bien d'autres depuis, cette blessure s'est guérie, mais il lui est restée une cicatrice prof onde, comme d'un coup de poignard, d'une brûlure au vitriol que toute l'éternité ne saurait effacer.Il fait noir maintenant.L'engoulevent d'Amérique s'est tu.Les automobiles filent toujours sur la route.Sur le tapis, la lumière froide des réverbères s'inscrit en carreaux ; soudain, ensemble, les arbres frissonnent.Et d'un poste récepteur une voix nazillarde s'écoule : «Fais dodo mon coeur, — Endors ta douleur, — Par cette nuit chaude ».Leo-Paul Deshosieks 44 CUL DE PLOMB {Suite) — .Et lu Dame, en grand danger, mit en branle le tocsin.«Sire, Dame ('areas sonne»: de là, paraît-il, le nom de la citadelle.Je continue aujourd'hui mon rôle de cicerone.Par crainte de me montrer fastidieux, je m'ennuie: je ressers les anecdotes et les bons mots que se transmettent, avec les clés et l'uniforme, de l'un à l'autre, les guides.Que Madeleine y trouve quelque intérêt nie semble absurde.Je préfère la voir distraite tout naturellement : alors je l'observe tandis (pie mes phrases cheminent seules.Un petit nez en l'air ironique, les cheveux retroussés, elle se tient, pendant toutes nos haltes, debout sur un pied, le regard fixé à terre : mélange réussi de gazelle et d'oiseau.Lorsqu'elle lève les yeux, deux superbes disques verts, j'ai peur : de quelle étonnante lucidité doit jouir son âme qui a jour sur le inonde par ces deux baies ! Soudain intéressée par ce que machinalement je débite, elle s'approche tout près de moi : deux mares vertes s'agrandissent, s'agrandissent.-l'ai perdu le fil de mon discours.— Mais qu'avez-vous ?Continuez ! L'interrogative est aiguë : l'impérative nasille.Et je reste charmé : dans ma tête, parmi tout ce vert, des syllabes sèches bourdonnent connue des ailes d'insectes.Quand je rouvre les yeux, je m'a perçois qu'il est tard, que la cigale chante et que Madeleine est encore sur un pied.Nous dévalâmes par la Porte d'Aude jusqu'à la place de la Préfecture.Le café des « Trois Arrêts » était vide : l'autobus venait de partir.— Pour de la guigne, c'est de la guigne, mon pauvre monsieur Cassagne.Te parie que le car n'a pas encore passé le pont.Vous l'avez raté de peu.— Ce n'est pas une question de chance.Nous n'avions qu'à nous préoccuper de l'heure.— L'heure, l'heure.C'est facile à dire.Mais avec une belle petite comme ça, le temps doit aller plus vite.Pas n'ai.?45 AMERIQUE FRANÇAISE Affalé sur son comptoir, le patron, un bon pros Marseillais à la galéjade facile, clignait de l'oeil du côté de Madeleine.Celle-ci gentiment gênée fixait le bout de ses souliers.Quand elle releva la tête, des plaques roses marbraient son front, son cou.— Il ne nous reste qu'à faire la route à pied.— Elle est bonne la petite ! Dix kilomètres, ça ne lui fait pas peur.Parlez moi des jeunes d'aujourd'hui, c'est court vêtu et ça trotte ! — Vous n'y pensez pas Madeleine, nous en aurons au moins pour trois heures ! — La marche est un exercice excellent.Elle rythme les pensées.— lié.rythmez, bonne mère ! La marche, ça se chante ! «Auprès de ma blonde qu'il l'ait bon, fait bon.» —Alors en route ! Et la route l'ut bonne.D'abord rectiligne.passé le pont aux arches basses, elle multipliail à l'infini les platanes ; il nous semblait avancer dans des miroirs parallèles.Puis les files d'arbres se courbèrent soudain à droite : — Nous voyons là-bas l'endroit où nous allons exactement passer.Aucun imprévu dans notre route, soupira Madeleine.— Considérons-nous donc connue privilégiés, puisque nous savons avec certitude où nous serons dans un temps déterminé.— Triste privilège qui gâte l'instant qui suit ! — Comment ?— L'instant ne m'intéresse que parce qu'il est nouveau, vierge.Il a le goût et la fraîcheur des choses neuves qu'un immédiat destin doit consumer.Un instant d'avance connu est un instant qui a déjà servi : il ne m'intéresse plus.— Vous ne vivez pas, vous brûlez ! — Non, je crois (pie vivre c'est précisément cela.— Et que faites-vous de toutes ces heures entassées ?— Je ne me retourne pas.— Et les souvenirs ?46 CUL DE PLOMB —T'en garde le moins possible.Ma mémoire est complice : j'aime oublier.Aller toujours de l'avant ! Elle marche si résolument fidèle à sa devise ! La tête haute, le pas souple qu'accompagne un grêle son de talon, Madeleine est mélodie.Sa marche semble réglée pour une éternité de jeunesse et de grâce.La gauche de la route rayée par les diagonales d'un vignoble s'empourpre, tandis que la rivière, de l'autre côté, dissout les roseaux et les saules dans une brume bleuâtre.La route, dorée encore, continue par delà l'horizon.— Et les regrets, les remords, ces souvenirs malgré soi, pouvez-vous aussi délibérément les rejeter ?—Te suis jeune encore.— En effet, il faut être très jeune pour parler ainsi.Viendra une époque où tous ces instants dédaignés vous seront chers.— Vous êtes arrivé à cet âge ?— On accumule les souvenirs dans sa vie comme on entasse de l'argent.Le sage est celui qui met peu de temps à les recueillir et qui en profite longtemps.— Le sage ?Plutôt le chanceux.— Vivre vite n'est pas une chance.— Mais atteindre tôt à la sagesse en est une.— Vous souhaitez donc vieillir tout d'un coup ?— Qui vous dit que votre sagesse est la sagesse ?— Ne m'obligez pas à définir.La marche convient peu aux définitions.Elle rythme les pensées, je vous cite, mais ne permet pas de formules statiques.Or une définition est quelque chose de figé, d'inerte.— Hé bien, arrêtons-nous.Ce carré de trèfle d'ailleurs invite au repos.(à suivre) Jacqueline Mabit 47 AMERIQUE FRANÇAISE QUI VENDRAIT .Les faux amis — Koessler et Rocquigny.Tous les « Lancelot* d'Abel Hermant.Pensées d'Anatole France — Laussel et Ledoux — Lebard.Manquements à la langue française — T.Joran.Dictionnaire analogique.— Maquet.Curiosités de la lanatie française — Thomasson.(a) Dictionnaire étymologique (b) Tableau de la langue française (c) Toponymies françaises — Albert Dauzal.QUI ACHETERAIT.Le Passant — Coppée.Les Cantilènes — Moréas, La Plume, 1897.RARE.Harmonies — Lamartine, Hachette-Jouvot, 1886.Promenades subversives— Adolphe Retté, 18%, 1ère édition.RARE.Vice-maman — Wildenbruch, Hatier.Dante, Béatrice et la poésie amoureuse — Rémy de Gourmont, Mercure, de France.L'évolution idéologique de Verhaeren — Georges Buisseret, Mercure de France.Visions d'Hcllas — Claude Cohendy, Pion, 1005.Autographié et provenant de la bibliothèque de Catulle Mondes.Sainte Odile — Jean Variot, Crès.Barrés — Quelques cadences, Sansot.Barrés — Les traits étemels de la France, (autographié).Intérieur d'un couvent de femmes en Italie (Virginie do Leyva) — Phi-larète Chasles, Poulet — Malassis, 1868.RARE.Ibsen — Poésies complètes, trad.Colleville et Zepelin, Editions de la Plume.1902.Péladan — Introduction à l'esthétique.De Parsifal à Don Quichotte.Rapport au public sur les beaux-arts.L'art idéaliste et mystique.La réfutation esthétique de Taine.Le secret de Jeanne d'Arc.La dernière leçon de Léonard de Vinci.Les amants de Pise.L'athlétie et la statuaire antiques.Introduction aux sciences occultes.Origine et esthétique de la tragédie.La doctrine de Dante.Larroumet, G.— Petits portraits et notes d'art, Hachette, 1900.Edouard Schurc — Sanctuaires d'Orient, Perrin, 1912.Paul Morin (Adresser conditions : 546, avenue Bloomfield, Montréal.) 48 Anne Hébert LES SONGES EN ÉQUILIBRE POÈMES Editions de l'Arbre 340 avenue Kensington, Montreal.L'IMPRIMERIE DE LAMIRANDE, 4557 ST-DENIS, MONTREAL - CANADA
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