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Titre :
L'Action française.
Publiée de 1917 à 1927 et dirigée par Lionel Groulx, L'Action française est une revue mensuelle montréalaise de combat pour la survivance et l'avancement de la cause des Canadiens français et de la langue française. [...]

Publiée de 1917 à 1927 et dirigée par Lionel Groulx, L'Action française est une revue mensuelle montréalaise de combat pour la survivance et l'avancement de la cause des Canadiens français et de la langue française. Selon la doctrine conservatrice et clérico-nationaliste de ses rédacteurs, la foi catholique se doit d'imprégner l'ensemble des facettes de la vie des individus et de la nation.

L'Action française est une publication de la Ligue des droits du français, qui prend le nom de Ligue d'action française à partir de 1921. La ligue, qui depuis 1915 publie l'Almanach de la langue française (1915-1937), désire élargir son influence avec une nouvelle publication mensuelle plus largement engagée.

Omer Héroux, journaliste au quotidien Le Devoir et proche collaborateur de Henri Bourassa, est rédacteur de la revue de 1917 à 1920. Il y écrit régulièrement sous son propre nom et sous le pseudonyme de Jean Beauchemin. Lionel Groulx prend ensuite la relève de la rédaction jusqu'en 1927.

L'Action française accueille de nombreuses contributions d'hommes d'Église, comme Olivier Maurault, historien et prêtre sulpicien, et Joseph-Papin Archambault, jésuite fondateur de la Ligue des droits du français, qui écrit sous le pseudonyme de Pierre Homier.

Plusieurs des collaborateurs de L'Action française appartiennent aux élites intellectuelles et exercent des professions libérales : on compte parmi eux les professeurs Édouard Montpetit, économiste, et Antonio Perrault, juriste, ainsi que Léo-Paul Desrosiers, journaliste et écrivain, et Marie-Claire Daveluy, bibliothécaire, historienne et auteure.

Tout au long de l'histoire de la revue, l'empreinte de Lionel Groulx est omniprésente. Il y signe des articles non seulement sous son nom, mais aussi sous différents pseudonymes, notamment Nicolas Tillemont et Jacques Brassier.

Pour se dissocier de son homonyme de France, L'Action française devient L'Action canadienne-française en 1928. Elle est dorénavant publiée par la Librairie d'Action canadienne-française, propriété du jeune éditeur Albert Lévesque. La nouvelle publication disparaît après une année et se réincarnera en 1933 sous la forme de L'Action nationale (1933- ), publication de la nouvellement nommée Ligue d'action nationale.

D'année en année, L'Action française publie le résultat d'enquêtes qui reflètent les préoccupations sociales des Canadiens français. En 1917, elle dresse un portrait de la place prise dans l'étiquetage par la langue anglaise. Voici quelques autres dossiers d'enquête : « Nos forces nationales », 1918; « Les précurseurs », 1919; « Le problème économique », 1921; « Notre avenir politique », 1922; « Notre intégrité catholique », 1923; « L'ennemi dans la place », 1924; « Le bilinguisme », 1925, « Défense de notre capital humain », 1926.

Alors que ce sont les presses du quotidien Le Devoir qui ont imprimé L'Action française de 1917 à 1924, ce sont les imprimeurs Arbour et Dupont qui prennent le relais jusqu'en 1928.

La revue a maintenu, durant toute son existence, un tirage oscillant entre 2500 et 5000 exemplaires.

L'Action française est une publication polémique incontournable pour qui s'intéresse au débat public montréalais et à l'environnement socio-économique de l'entre-deux-guerres, à l'histoire du catholicisme au Québec ou à l'histoire du nationalisme québécois.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 200-203.

BOCK, Michel, « "Le Québec a charge d'âmes" - L'Action française de Montréal et les minorités françaises (1917-1928) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 54, no 3, 2001, p.345-384.

HÉBERT, Pierre, « Quand éditer, c'était agir - La Bibliothèque de l'Action française (1918-1927) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 46, no 2, 1992, p. 219-244.

MANN, Susan, Lionel Groulx et l'Action française - Le nationalisme canadien-français dans les années 1920, Montréal, VLB, 2005, 193 p.

Éditeur :
  • Montréal :Ligue des droits du français,1917-1927.
Contenu spécifique :
Nous avons fait un beau voyage
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • L'Action canadienne-française.
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Références

L'Action française., 1927-09, Collections de BAnQ.

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[" NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE « Les voyageurs pour Lille, en voiture !.» C 'était le 6 mai, à huit heures, un beau matin de printemps avec la perspective d'une chaude journée.Et déjà nous étions loin de Paris, appelés dans le Nord par la sympathie d'amis que nous connaissions à peine.Quelqu'un avait dit un jour: «Si nous allions, une dizaine de Canadiens, voir un coin de la province française; et si ce coin était le Nord riche, laborieux, où les meilleures initiatives ont presque toujours chance de réussir, où le mouvement social a pris un merveilleux essor, où les coeurs doivent s'ouvrir larges, comme les mains ?.» Un homme en qui se rencontrent l'activité, l'esprit d'organisation, la générosité et l'enthousiasme, avait de suite compris, préparé, exécuté.Il avait trouvé autour de lui les collaborations précieuses qui allaient lui permettre de transformer une simple visite de jeunes amis en réception triomphale.Quant tout fut prêt, il voulut se tenir à l'écart.Il ne prit jamais la parole, on ne lut son nom nulle part.Nous n'aurons pas les mêmes scrupules, et avant de raconter ce que furent trois jours inoubliables, nous écrirons le nom de M.Achille Glorieux.Serions-nous jamais allés à Lille-Roubaix-Tourcoing si, en juillet 1923, la Providence n'avait mis sur notre route, à Lille même, cet homme infatigable qui aujourd'hui nous attendait dans sa petite patrie?Il ne s'agissait plus de dix étudiants .Nous étions vingt-huit Canadiens et Canadiennes dans le rapide de Lille.A la gare, un autre ami, M.Damez, nous avait NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE 157 donné à chacun le brin de muguet porte-bonheur, et nous allions joyeux, avides de voir et d'entendre, vers tous les bras tendus et tous les francs sourires.Pendant que le train file à toute allure, passant Albert, Arras, Douai â\u20ac\u201d comme ils sont loin les jours de deuil et d'héroïsme! â\u20ac\u201d chacun prend connaissance du programme.Réceptions visites, banquets, vins d'honneur! Il y a de quoi s'occuper pendant une semaine ! 0 mes amis du Train Exposition, vous en seriez certainement jaloux .Les journaux de France, en particulier le Journal de Roubaix, ceux du Canada, ont déjà donné le compte-rendu des fêtes qui marquèrent le passage dans le Nord d'une trentaine de jeunes Canadiens.Pour nous qui étions l'objet de tant de sollicitude, de tant de gentilesse et d'attention, qui avons vécu ces trois jours, 6, 7 et S mai, dans une atmosphère impossible à décrire, pour nous dont les yeux se sont ouverts sur des spectacles insoupçonnés, refaire le récit de ce voyage, c'est encore le revivre, et c'est éprouver, comme si elles étaient d'hier, les mêmes profondes émotions.Onze heures! Les étudiants de l'Université catholique sont venus nous saluer les premiers à la gare de Lille.Avec leur aumônier, l'abbé Léman, et leur président, Robert Dupleix, nous allons d'abord visiter la vaste église aux cinq nefs placée au 15e siècle sous le vocable de Saint-Maurice.Puis, à la Chambre de commerce, nous entendons les premiers souhaits officiels de bienvenue et vidons les premières coupes de champagne avec M.Scal-bert.Après un rapide coup d'oeil sur les travaux de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, oeuvre gigantesque vraiment, nous gagnons à pied, sous un soleil du Midi, les pavillons des Facultés catholiques.Us se sont multi- 158 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE plies dans la verdure depuis le jour où la générosité des frères Vrau présidait à la naissance de l'oeuvre.Il y a cinquante ans de cela, et tout récemment, des fêtes grandioses avaient attiré à Lille l'élite intellectuelle de France et de nombreux délégués étrangers.Nous venons â\u20ac\u201d après les autres â\u20ac\u201dâ\u2013  rendre aussi un hommage ému à l'oeuvre et à ses maîtres.Au cercle des Etudiants, avec le vice-recteur, le chanoine Dutoit, avec un ami de vieille date qui nous dira tout à l'heure son émotion et la fidélité de son souvenir, avec quelques camarades, nous déjeunons en famille, comme si nous étions nous-mêmes étudiants à Lille depuis toujours.Dupleix â\u20ac\u201d le sang du conquérant des Indes coule dans ses veines â\u20ac\u201d nous salue au nom de la Fédération qu'il préside.Et Jean-Marie Gauvreau lui répond pour nous, exprimant en termes choisis notre émotion et notre joie.Après les bonnes paroles du vice-recteur, M.Eugène Duthoit évoque son voyage au Canada pendant la guerre.Il raconte ses impressions d'hier toutes fraîches encore comme des fleurs qu'on viendrait de cueillir.Il rappelle des noms et des gestes.Les conversations reprennent, et nous commençons la visite de la belle et prospère université.Dans un des laboratoires, nous serrons les mains du chanoine Délé-pine qui arrive justement du Canada .et, la visite terminée, nous déposons une gerbe de fleurs devant le Monument aux morts des Facultés.A quatre heures, nous nous retrouvons au Cercle des Etudiants où le Comité catholique des Amitiés françaises nous offre un vin d'honneur.Plusieurs professeurs sont là avec les étudiants, et l'éminent recteur, Mgr Lesne, a bien voulu venir nous saluer lui-même.11 faudrait tout un chapitre pour dire ce que font les NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE 159 Amitiés françaises avec Mgr Baudrillart et surtout Mgr Beaupin, pour activer les relations franco-canadiennes .Aujourd'hui que nous sommes les hôtes de leur section de Lille présidée par M.Scrive-Leyer, l'occasion est excellente de le rappeler.Aux mots aimables, aux paroles venues du coeur, nous nous efforçons de répondre de même, nous inclinant à notre tour devant l'oeuvre magnifique de l'Université, « phare distribuant sa lumière aux catholiques de France.» Un étudiant, M.Lucien Boisserie se fait alors l'interprète éloquent de ses camarades.M.Duthoit ne veut pas nous laisser partir sans nous émouvoir une seconde fois, et Mgr Lesne dit l'au revoir plein d'espérance.On nous réclame à grands cris.M.Glorieux vient nous chercher, et il nous faut obéir à la douce insistance de M.Duburcq qui semble bien être ce soir le deus ex machina .Avant de nous entraîner sur la route de Rou-baix, les autos nous déposent à l'Université d'Etat où professeurs et étudiants nous offrent une coupe de champagne.Nous échangeons de cordiales paroles, et vite en route pour Roubaix, par cette belle avenue large, toute droite où les autos filent à vive allure.Où sommes-nous 1 Est-ce bien là Roubaix « ville sombre où peine le labeur » ?Un élégant pavillon, des carrés de verdure, des tennis, des fleurs, un air frais qui sèche la sueur des fronts fatigués! Eh! oui, c'est Roubaix qui nous accueille à son Tennis-Club.Nous trinquons pour la 6 ou 7e fois ; nous parlons.Les présentations se font rapidement.Chacun retrouve son bagage et s'en va dans une luxueuse automobile vers l'hospitalière maison qui s'est ouverte pour lui.En effet, défense aux Canadiens de loger à l'hôtel ! Une liste a été dressée, et chacun des voyageurs passera 160 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE la nuit dans une famille de Roubaix.Demain, ce sera dans une famille de Tourcoing.Quelle meilleure preuve de la sympathie de nos amis du Nord, de leur désir de nous mieux connaître et de faire de notre séjour parmi eux quelque chose d'unique, d'inoubliable! Quelle impression aussi ne laissera pas cet accueil â\u20ac\u201d disons le mot â\u20ac\u201d inattendu ! C 'est la famille qui nous reçoit, comme les enfants de la maison, au soir d'une journée fertile en incidents, remplie d'émotions.Et chacun a vraiment trouvé là, dans ces foyers peuplés d'enfants, riches et dignes, la réalité de la famille française dont le coeur, un moment, a battu pour lui seul.Mais avant d'aller dormir, nous nous réunissons au nombre d'une centaine pour banqueter dans la jolie salle du Tennis-Club.Quel charme ! quelle distinction ! Il y a des dames avec nous, et les meilleurs représentants de la société roubaisienne.Nous avons vite fait connaissance .Les conversations ne cessent que pour faire place aux discours du docteur Diffre qui nous reçoit chez lui, de M.Joseph Dillies, parlant au nom de la Chambre de commerce, de M.Paul Michaux pour les Amis de Roubaix et du chanoine Léman dont la tâche est terminée.Henry-Louis Dubly, qui est déjà l'auteur apprécié de quatre ou cinq beaux ouvrages dont une vie du Cardinal Mercier, nous donne la fraternelle accolade, et Jean Saucier, dévoué secrétaire du Cercle, exprime la reconnaissance émue des voyageurs canadiens.Nos amis ont tous apprécié la délicatesse de notre porte-parole.Et soudain, tous ces hommes se lèvent.Un chant grave emplit la salle .C 'est la Flandre qui nous salue par ce chant émouvant au possible.Des larmes perlent au coin des yeux . NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE 161 Vivat, vivat semper, Semper in aeternum.Qu'il vive, qu'il vive, Qu'il vive à jamais! Ce sont nos souhaits.Qu 'il demeure en paix.Qu 'il vive, qu 'il vive, Qu'il vive à jamais.Les derniers mots sonnent encore à nos oreilles, et nous nous retrouvons dans les salons du Président de la Fédération industrielle et commerciale, M.Delaoutre.Une bonne grâce exquise nous y accueille, et jusqu'après minuit, oubliant toutes les fatigues, Français et Canadiens vont danser joyeusement.Le 7 mai, le rassemblement a lieu au pied du monument Louis Bossut.La journée s'annonce splendide.Point n'est besoin d'échanger des réflexions sur l'hospitalité de la dernière nuit : le sourire qui éclaire tous les visages en dit assez long.Le commandant Bossut !C 'est un héros, un magnifique héros de la grande guerre, un chef, un Roubaisien croyant qui mourut à son poste de combat, c'est-à-dire à la tête d'une colonne de chars d'assaut.Aux Canadiens et aux amis Français groupés autour du monument, le commandant Pierre Vespieren et le docteur R.Amyot rappellent le fait d'armes de 1917.Les belles paroles d'Amyot, faisant naître les plus hautes pensées vont tout droit au coeur de nos amis.Nous déposons des fleurs, l'un de nos prêtres récite le De Profundis, et un peu plus loin, nous répétons les mêmes gestes devant le Monument aux morts de Roubaix.Ce pieux hommage rendu à la mémoire des disparus, nous nous divisons en trois groupes pour la visite de quelques usines caractéristiques.Inutile d'insister sur la richesse industrielle de LiUe-Roubaix-Toureoing.Ceux 162 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE des nôtres qui pouvaient en douter ont vite compris quelle place tient cette région dans l'économie générale de la France.Reçus partout avec la même sympathie, au Peignage Amédée Prouvost, au Peignage Alfred Motte, au Tissage Vanoutryve, nous en repartons, ravis, pour le « Journal de Roubaix ».C 'est une femme admirable qui nous y accueille.Elle est chez elle, puisque ce journal qu'elle dirige avec son fils, lui appartient.Le journal de Roubaix est un journal de province dont le tirage égale presque celui de nos plus grands quotidiens.Les ateliers et les divers services n'ont rien à envier à ceux d'Amérique, et nous aurions même quelques leçons à prendre en passant.Le champagne s'est remis à couler.Mais, vite, on nous attend au Consortium de l'Industrie textile, domaine de M.Joseph Wibaux, et à la Chambre de commerce.L'honorable M.Roy est venu spécialement de Paris avec M.Firmin Roz, et c'est lui qui répond aux paroles aimables du président de la Chambre, M.Georges Motte.De la Chambre de commerce, après avoir été de nouveau « victime » des photographes qui nous suivent pas à pas, nous allons au Cercle de l'Industrie, pour assister au grand banquet offert par la Chambre de commerce, les Amis de Roubaix et l'Alliance française.Quels bons moments ! quelle chaude amitié nous unit déjà tous ! Les discours de MM.Georges Motte et Joseph Wibaux auxquels nous répondons de notre mieux en traitant des relations commerciales entre nos deux pays, les textes vibrants, et pour la seconde fois, le poignant Vivat des Flandres: tout nous a rapprochés plus qu'on ne pourrait dire.L'heure avance .Il nous faut remonter dans les au- NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE 163 tomobiles et nous rendre à Tournai.' Tournai, « obstinément française », berceau de la monarchie franque, nous accueille aux joyeux accords de son carillon.Dans la salle de l'Assemblée communale, entouré des échevins et des notabilités de la ville, le bourgmestre, M.Wibaux, nous souhaite la plus cordiale bienvenue.Nous ne pouvions pas ne pas venir en Belgique, dans cette cité qui, fidèle au roi de France, le fut aussi à la Pucelle d'Orléans.Après avoir trinqué, nous allons nous asseoir dans la salle d'honneur où le comte de Haulde, conseiller provincial, nous lit une conférence préparée par le baron Maurice Houtard, ministre des finances de Belgique.A côté de moi s'est assis le jeune Prince Henri de France, fils du duc de Guise,venu de Louvain avec une dizaine de ses camarades d'université.Quelle émotion d'entendre avec le petit-fils de Saint-Louis le récit des relations entre Jeanne d'Arc et Tournai ! Quelle joie profonde de nous pencher en même temps que lui sur le vieux Registre des Corporations où fut consignée, en 1429, la lettre de Jeanne aux « gentils loiaux Franchois de Tournai.» Les étudiants, ayant à leur tête, M.Scheyven de la Fédération belge, et M.Beudin, nous reçoivent aussitôt après dans les salons de leur Cercle.Le Prince Henri est au milieu de nous, le béret à la main, et dans cette salle pleine à craquer, il y a des instants d'émotion intense.Toutes les Frances s'y trouvent réunies : France de Saint-Louis, France d'aujourd'hui, France des Laurentides! Il n'y eut que des allocutions fort brèves mais l'accolade du Prince exilé valait à elle seule les plus beaux discours.Et nous l'avons laissé sur le sol hospitalier de Belgi- i C 'est l'excellent M.Clairbaux, architecte et échevin, qui organisa la réception à Tournai. 164 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE que, à deux pas de cette frontière qu'on lui interdit de franchir.Nous sommes rentrés en France après avoir admiré cette cathédrale Notre-Dame, vieille de neuf siècles, et dont le cardinal Mercier nous disait que c'était la plus belle de toutes ; après avoir déposé des fleurs devant le Monument aux Morts et entendu le vibrant salut à la Belgique de Jean-Marie Gauvreau.Nous avons retraversé l'Escaut aux eaux grises, pour retrouver dans l'accueil d'une charmante famille de Tourcoing, l'apaisement des nerfs, le repos de l'esprit et le calme d'une douce rêverie.Le dimanche, 8 mai, c'est le dernier jour du voyage, et c'est la fête de Jeanne d'Arc.Depuis la veille, alors qu'on nous recevait avec tant de coeur au Cercle catholique, nous sommes entre les mains d'un homme charmant, M.Jacques Masuel-Lepoutre qui habita Montréal pendant trois ans.Nous allons d'abord à l'église Saint-Christophe pour la messe solennelle.Une foule énorme emplit la vaste nef tout ornée de fleurs et de drapeaux.Nos places sont au pied de l'autel, et derrière nous se sont assis les présidents des diverses associations patriotiques et religieuses de la ville, les représentants de tous les groupements sociaux.Une chorale puissante, sous la baguette du maître Wattine, exécute magnifiquement une entrée tirée de la messe de Gounod, la messe à double choeur de Widor et l'ode à Jeanne d'Arc de Wambach.Du haut de la chaire les mots de bienvenue et d'amitié tombent à l'adresse de ceux qu'on accueillait tout à l'heure au son des trompettes.Après la visite de l'intéressant musée sous la direction de M.Bourgeois nous traversons, entre deux rangs de spectateurs, le quartier central de la ville pour aller ré- NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE 165 pondre aux souhaits de la Chambre de commerce que préside M.Lorthiois, et voir le défilé des sociétés patriotiques, au bruit des fanfares et des sonneries.Un lâcher de 1,000 pigeons-voyageurs termine cette partie du programme; et l'on pourrait croire maintenant que le pigeon trouvé près de Montréal, il y a quelques semaines, était l'un de ceux-là.Avant d'assister au grand banquet que nous offrent les groupements de familles nombreuses, nous devons entendre le beau concert de Gala donné en notre honneur par l'Harmonie municipale, au square de l'Hôtel-de-Ville, devant plusieurs milliers de personnes.C 'est toute la population de Tourcoing qui nous fait fête.Et puis, c'est la dernière réunion, le dernier repas pris en commun.Cent cinquante pères de famille, ayant chacun une moyenne de huit ou neuf enfants, venus de toute la région, les uns riches industriels, les autres simples ouvriers et cultivateurs, sont là autour de nous.Us représentent la famille française, celle qui est restée forte comme la famille de chez nous, celle qu 'on menace de toutes parts et qui ne veut pas mourir.Ce que disent les orateurs, Jacques Masurel, l'abbé Liénart, Charles Dewild, Louis Lorthiois et Paul Maréchal, c'est la louange de la famille, c'est la force des vertus sociales et la nécessité de défendre à tout prix cette famille qui est, suivant le mot de LePlay, « le principe de l'Etat ».Quelle émouvante réunion ! Les yeux se sont mouillés plus d'une fois au rappel des liens qui unissent Français de France et Canadiens français, tous fidèles à la vieille croyance.Pour ramener le rire, il faudra que Letondal â\u20ac\u201d jamais pris au dépourvu â\u20ac\u201d dise des mots drôles avec tout le charme qu'on lui connait.Au Vivat des Flandres, nous répondons par 0 Canada et Alouette___ 166 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Il ne nous reste plus qu'une heure à passer avec nos amis.Lentement, comme à regret, nous nous dirigeons tous vers la gare, et l'émotion nous gagne de nouveau.Trois jours ont passé qui furent une longue acclamation, trois jours pleins de soleil, de chants et de rires! Trois jours d'émotion intense et de joie débordante! Nous avons vu des spectacles qui ne peuvent plus s'oublier.Nous avons serré des mains, et longtemps, longtemps encore nous en sentirons la chaleureuse étreinte.Nous avons reçu et donné de fraternelle accolades.Nous avons entendu les mots venus du coeur ,et nos coeurs ont fourni à nos lèvres les mots qu'il fallait dire.Amis de Lille, amis de Roubaix, amis de Tournai, amis de Tourcoing! Industriels fortunés, pères de famille, journalistes qui, par la plume de Tavernier, nous souhaitiez la bienvenue, avant-hier, « dans la Maison paternelle » ! Petit Prince exilé sur la terre de Belgique, fils de rois dont j'ai senti le coeur battre sur le mien ! Vous tous qui avez accueilli notre jeunesse avec ses rires et ses rêves, pardonnez à celui dont la plume impuissante ne peut qu'écrire pour chacun de vous: « Vivat, vivat semper, Vivat in aeternum! » Paris, mai 1927.* â\u20ac¢ * Les feux de la Saint-Jean dans les Flandres Grâce à quelques hommes d'oeuvres dont les coeurs gardent les noms,les idées qui naissent en nombre sous le ciel des Flandres, deviennent bien vite des actes.Le premier et magnifique voyage des jeunes Canadiens n'est pas resté sans lendemain.Les amis généreux que nous avions laissés à Roubaix au soir du 8 mai, ont voulu nous revoir près d'eux.Et cette fois-là, nous sommes partis une dizaine vers les hautes cheminées d'usines qui, de loin, semblent sortir de la verdure.C'était le 24 juin. NOUS AVONS FAIT UN BEAU VOYAGE 167 Il avait plu toute la journée.Mais le soir, un bon vent nettoyait le ciel du Nord, et, heureux, nous nous disions : « Les feux de la Saint-Jean vont s'allumer.» Vers dix heures en effet, nous les avons vus d'un bout à l'autre de la riante vallée de la Marque, depuis Bouvines où Philippe-Auguste consacra la force de la Monarchie française, jusqu'à Marcq-en-Baroeuil.Il y en eut, paraît-il, soixante-dix qui s'allumèrent les uns après les autres, et parfois avec un cérémonial touchant.Ici c'étaient les jeunes filles d'un lycée, là, les Scouts de France, plus loin, les enfants des écoles libres, ailleurs, un groupe de Jeunesse catholique.Un curé conduisit même ses paroissiens, dont plusieurs portaient des fagots, à l'endroit le plus élevé de sa commune, et bénit le feu allumé en notre honneur.De la belle propriété de M.Louis Toulemonde, où plus de soixante personnes s'étaient réunies, nous, petite poignée de Français du Saint-Laurent, nous regardions monter les flammes et les fusées.Et puis, avec nos « cousins », nous avons dansé une ronde effrénée tout autour du feu que nous avions nous-mêmes allumé.Le lendemain, au déjeuner, après une visite au Journal de Roubaix dont les sympathies nous sont depuis longtemps acquises grâce à la directrice, Mme Vve Re-boux et à son fils, Jean, nous étions les hôtes de l'Institut Technique sur lequel il y aurait beaucoup à dire pour l'honneur des admirables prêtres qui le dirigent.A l'Exposition des oeuvres d'après-gurere, coïncidant avec le Congrès National des Combattants, nous étions les hôtes du commandant A.Robyn, et nous ne pouvions, en partant, qu'étreindre avec force deux aveugles mutilés, porteurs de la Légion d'Honneur. 168 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Puis, nous allions à Lannoy admirer les tapisseries de M.Page, avant de donner au Central-Ciné-théâtre,devant huit cents personnes, une conférence sur le Canada avec projections.Les journaux ont dit le succès mérité de Mlles Bernard et Sainte-Marie, et celui de Henri Le-tondal.Les organisateurs de la soirée distribuèrent avec le programme une bibliographie canadienne qu'ils avaient fait imprimer à leurs frais.Le troisième jour, un dimanche, nous nous séparions en deux groupes.Les uns assistaient, avec Jean-Marie Gauvreau, au banquet de l'Effort, revue de la Jeunesse catholique qui fêtait ses noces d'argent.Les autres assistaient à la messe dans le petite église d'Annapes, étaient les hôtes tour à tour du curé, qui a fait une partie de ses études dans les Provinces Maritimes, de Mme Vve Maxime Descamps, et enfin, pour le déjeuner, du jeune et charmant comte de Montalembert, petit-neveu du célèbre Pair de France.Le soir, Madame Reboux nous recevait à dîner avec toute la grâce et la courtoisie possibles.Nous ne savions plus que dire pour remercier.Le Nord familial, social, industriel nous avait pour la seconde fois admirablement accueillis.Pour la seconde fois, nous emportions des regrets et des voeux.Pour la centième fois nous pensions : « C 'est ici qu 'il faut revenir.En disant à nos amis du Nord ce que nous sommes, nous apprenons ce qu'ils sont et ce qu'ils font.Que d'utiles leçons et quel réconfort dans l'accomplissement des tâches quotidiennes ! Il faut des lendemains pratiques à de telles fêtes.Sachons regarder et comprendre.Conservons, pour les redire chez nous, ces noms qui nous sont devenus chers : Glorieux, Toulemonde, Lestienne, Reboux d'Halluin, Masurel, Dubucq, Leclercq.» Montréal, juillet 1927.Jean Bruchesi."]
de

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