L'Action française., 1 août 1918, Journaux, livres et revues - deux livres de M. l'abbé Camille Roy
[" JOURNAUX, LIVRES ET REVUES DEUX LIVRES DE M.L'ABBÃ\u2030 CAMILLE ROY M.l'abbé Camille Roy compte parmi nos meilleurs ouvriers d'action française.La littérature canadienne lui doit quelques-unes de s< s plus belles liages, et il ne serait pas exagéré de dire qu'il a inauguré chez nous la critique littéraire.Avant lui, on avait bien, au gré des préjugés ou des passions, critiqué livres et auteurs surtout : d'interminables polémiques s'étaient engagées entre gens de plume, et les horions pleuvaienl drus.Le plus souvent il s'agissait bien moins d'apprécier un ouvrage que de porter aux nues un ami ou d'écraser un adversaire.M.l'abbé Roy a su introduire au pays la saine critique, celle qui juge les idées et la forme, sans autre passion que l'amour du vrai et du beau.En maître plein d'expérience, il a trouvé le genre qui convient.Rempli de bienveillance pour les auteurs et l'Å\u201cuvre entrepris, il sait faire ressortir les beautés, tout en indiquant d'une manière discrète les réserves nécessaires et les défauts qui déparent un ouvrage.On a pu en certains milieux, trouver trop bénins les jugements du critique.C'était sagesse .que de ne pas se livrer à un éreintement facile à l'esprit un peu caustique du professeur.M.Roy préfère encourager, et, dans un pays où la littérature est à ses débuts, n'est-ce pas faire preuve de tact et de prudence?11 y a plus de dix ans, le laborieux professeur de rhétorique avail dressé un tableau de nos principaux écrivains'.Cette année, il nous a donné mieux : un Manuel d'Histoire de la lUiérature canadienne-française2.(\"est le premier essai du genre, et il semble susceptible de rendre de réels services.M.Roy, toul en étant classique, ne réserve pas son histoire de la littérature aux seuls écrivains qui, selon le mot de Nisard, ont exprimé «des vérités générales dans un langage parfait ».3 A ce compte, le 1 TabUau de l'Histoire de la littératuri canadienne-française, in-12, 96 pages (épuisé).2 Brochure in-12, 120 pages.Imp.de {'Action Sociale, 1918.3 Cité par M.l'abbé Hoy dans La Critique littéraire au XTXe siècle, p.87. 378 l'action française manuel aurait été fort mince et l'étude trop succincte.M.Roy a voulu se montrer plus large, et il a fait entrer dans son Å\u201cuvre bon nombre d écrivains, laissant à la postérité d'en abandonner quelques-uns à l'oubli.Dans une introduction remplie d'idées justes, M.Roy analyse l'esprit canadien-français, ses qualités natives et les causes qui l'ont modifié; il étudie notre langue et indique les trois caractères généraux de notre littérature : « Elle est, dit-il, d'inspiration française, d'inspiration nationale, d'inspiration catholique.» En développant ces trois traits essentiels, l'auteur trace, d'une façon très sobre et très nette, un magnifique idéal pour tout écrivain canadien soucieux de ne pas forfaire.L'historien partage ensuite son oeuvre en quatre périodes principales : 1° Les origines (1760-1820); 2° La littérature militante (1S20-1S60); 3° La littérature patriotique (1S60-1900); 4° Le renouveau littéraire (depuis 1900).Il serait trop long d'analyser l'ouvrage.M.Roy étudie dans chaque période les principalis productions littéraires.Souvent il se contente d'indiquer sommairement l'auteur et ses Å\u201cuvres et de donner en quelques lignes une juste appréciation.S'agit-il d'écrivains plus importants, d'hommes dont les écrits ont exercé une influence durable, il ne craint pas de résumer le livre et de porter un jugement d'ensemble.Qui ne parcourerait avec un vif intérêt les pages consacrées à Etienne Parent, à F.-X.Garneau, à Crémazie, à Gérin-Lajoie, etc., etc.A voir ainsi défiler sous nos yeux les écrivains de chez nous, en songeant (me le mouvement littéraire date à peine de 1860, nous sommes agréai ilement surpris de constater le nombre de nos écrivains et la valeur de plusieurs d'entre eux.Nos prosateurs se sont laissé attirer surtout par l'éloquence et le journalisme, nos poètes se sont trop facilement prisés de rhétorique et se sont livrés à l'imitation; mais, dans la plupart des genres, nous trouvons des travaux d'un mérite réel, et nous pouvons entretenir l'espoir que bientôt surgiront d'autres écrivains formés à l'école des maîtres et capables de produire des Å\u201cuvres dignes d'admira-I ion.Le Manuel d'Histoire de la littérature, sous son modeste format, est donc appelé à exercer une heureuse influence.Si Augustin Thierry trouva sa vocation d'historien à la lecture de Chateaubriand, ne pouvons-nous pas espérer que l'étude de notre histoire littéraire inspirera aux plus jeunes le désir de briller au firmament
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