L'Action canadienne-française., 1 avril 1928, À travers la vie courante
A TRAVERS LA VIE COURANTE EXAMEN DE CONSCIENCE.Sommes-nous toujours logiques?Nous soucions-nous beaucoup de conformer nos actes à nos principes?Bref, vivons-nous nos convictions?Hélas! .Causons un peu.Chaque année, nous éprouvons le besoin de nous retirer dans la solitude pour faire retraite.Là, nous nous retrouvons nous-mêmes.Nous mesurons la distance qui sépare nos idées de nos réalisations religieuses.Nous prenons d'énergiques résolutions.Nous rétablissons l'équilibre dans notre vie spirituelle.Tout cela est fort bien.Mais notre vie nationale, elle, la négligerons-nous donc toujours?Elle est pourtant si intimement liée à l'autre.Ne trouverons-nous jamais quelques instants pour une sérieuse récollection?Nous n 'en doutons pas.Tous nos amis souhaitent comme nous la reconnaissance pratique de nos droits.Comme nous, ils déplorent notre apathie nationale.Comme nous, ils veulent le bilinguisme dans la famille, dans la cité, dans l'état.Ils le veulent.Mais que font-ils pour le triomphe de leur vouloir?Que faites-vous, vous-même qui nous lisez?.Tous les Canadiens français, à moins qu 'ils ne soient de ces « quality niggers » dénoncés par M.Bourassa, désirent, sans doute, la libération de leur langue.Et cependant, par leur faute, elle demeure toujours dans ses chaînes.Quand donc nous aviserons-nous que les bonnes intentions ne - suffisent pas?Faut-il rappeler que l'enfer en est pavé?INDIVIDUALISME NATIONAL.Le mal dont nous souffrons, le mal qui nous tuera peut-être, si nous n 'apprenons à lui résister, c 'est notre épicurisme abstentionniste.Nous trouvons excellent, certes, qu'on affiche en français, mais nous tolérons la raison sociale anglaise de notre vendeur .à moins que ce ne soit la nôtre propre.Nous voulons bien le succès de nos maisons canadiennes-françaises; mais notre tailleur est Juif, notre chapelier, Anglais.« Que mon voisin s'occupe de patriotisme », dit-on ; « Je l'encouragerai, j 'applaudirai même à ses succès.Mais l'on n'a pas besoin de mon aide: un de RÉGIME SCOLAIRE DANS LE QUÉBEC 251 plus ou un de moins, cela ne compte guère.Et puis, moi, je suis habitué à mes fournisseurs étrangers.Que d'ennemis me causerait un changement! D'ailleurs c'est aux sociétés nationales à s'occuper de ces questions.Je donne cinq dollars par an à la Saint-Jean-Baptiste et un peu plus .aux Chevaliers de Colomb.» Mais oui, c 'est bien cela.Bientôt on laissera aux Anglais le soin de revendiquer les droits du français! Notre individualisme, c'est peut-être notre plus grave péché national.Puisqu'on aspire tant, dans nos milieux seleets, à copier les étrangers, que n'imite-t-on la solidarité anglo-saxonne?Mais, j 'y pense, c'est tellement plus facile, pour de petits enfants, de s'assimiler les défauts du modèle.11 y a, dans Montréal, quelque soixante-dix mille Juifs.Regardez comme ils sont unis, agissants.Aussi malgré leur petit nombre relatif, commandent-ils la majorité dans plus d'un domaine.Pendant ce temps, nous Canadiens français, nous dormons imprudemment.Et pourtant, si nous le voulions tous, d 'une manière pratique, comme nous aurions bientôt francisé notre province française du Québec! Se réalisera-t-il un jour ce rêve salutaire de voir tous les nôtres consentir enfin à être ce qu'ils sont?SUCCÈS LOCAUX.Mais, à défaut du nombre, une élite, même très petite, peut obtenir des succès notoires, et ensuite entraîner la masse.De grâce, ne soyons ni pessimiste, ni défaitiste : c 'est là un état d'esprit déplorable et qui conduit fatalement à l'insuccès.Sans enthousiasme irraisonné il faut d'abord, nous semble-t-il, être réaliste; puis ensuite, optimiste par volonté.En somme, il est encore possible de réussir avec un peu d 'adresse et de ténacité.Voyez plutôt ce qu'ont pu obtenir, sans trop de labeur, quelques unités québequoises.Les bateaux traversiers entre Québec et Lévis portaient les noms suivants: Baxter et McKie.Il suffit de quelques réclamations pour qu 'on les rebaptisât sous les jolis noms historiques de Colbert et de Bienville.Et ce n'était pas si facile à réaliser, que vous l'imaginez peut-être.Il ne fallait pas seulement demander à un badigeonneur de changer quelques lettres.On a dû se conformer à maintes formalités administratives assez complexes.Le Club Automobile de Québec, qui jus- 252 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE qu'ici n'avait affiché que des indications anglaises, vient d'y substituer des indications françaises.Dans la banlieue également, nous dit-on, on procède à un pareil nettoyage.Un peu de persévérance a bien été nécessaire pour obtenir ces réformes; mais enfin on a réussi.Nous pourrions également citer plusieurs maisons d'affaires qui manifestent des efforts louables pour favoriser le bilinguisme.Avouons-le, il y a des progrès.On pourrait facilement les décupler pour peu qu'on s'en voulût donner la peine.Il faudrait procéder avec méthode, entreprendre les besognes les plus urgentes.La saison de l'automobilisme commence.Les visiteurs vont affluer dans nos villes par les routes nationales.Va-t-on permettre que le scandale* des années passées se renouvelle?Laissera-ton répéter aux étrangers ces paroles que prononçait M.René Etienne, professeur à l'école des Mines de Paris, lors de son passage à Montréal?' «J'ai été surpris», disait-il, «d'apprendre que la population, aux deux tiers, parlait français.A regarder l'extérieur de cette ville, je l'avais crue anglaise.» RAISONS SOCIALES, ENSEIGNES.Regardons autour de nous.Nous pouvons certainement exercer de l'influence.Individuellement d'abord.Notre épicier est Canadien français.A la devanture de son magasin on lit en gros caractère: Baptiste Bédard, Grocer.Faisons une visite à ce malheureux.Prenons-le au début par la douceur.Expliquons-lui l'anomalie de la situation.Disons-lui que ce manque de respect pour la plus grande partie de ses concitoyens a probablement éloigné plusieurs clients, tandis que le bilinguisme en aurait amené.Comme preuve faisons-lui observer qu'à Montréal nous ne trouvons plus guère de maison de commerce canadienne-française qui ne mette des enseignes bilingues, à sa devanture, sur sa papeterie et jusque sur ses voitures de livraison.Et l'on agit ainsi parce que l'on sait bien que la clientèle est sensible à ces sortes d'égards.Insinuons alors à notre homme que, dans son intérêt, ses enseignes devraient être bilingues, qu'il devrait annoncer davantage les produits canadiens-français.Et laissons-le réfléchir.Il s'amendera probablement de lui-même, et bientôt.Sinon, qu'on revienne à la charge.Reçoit-il vos remarques avec désobligeance?Menacez-le de lui À TRAVERS LA VIE COURANTE 253 retirer votre encouragement.Au besoin ne craignez pas de réaliser vos menaces.Croyez-nous, nul ne résistera à un tel argument .Ce premier succès-obtenu, entreprenez votre tailleur, Joseph Michauâ, dont la raison sociale anglaise Jos.Michaud and Brothers Co.s'affiche effrontément sur la rue Sainte-Catherine.Là, il faudra plus de patience, plus de doigté peut-être.Mais persistez.Exigez qu'au moins toutes les enseignes soient bilingues.Demandez à votre ami de vous seconder.Après l'action isolée, l'action collective.Obtenez l'intervention de la section de la Saint-Jean-Baptiste dont vous êtes membre, du Cercle de l'A.C.J.C, auquel vous appartenez, ou encore de votre groupement de voyageurs.Demandez le concours de la presse.Nul doute qu 'avez tous ces moyens combinés, vous n 'épuriez l'atmosphère autour de vous.N 'est-ce pas là un beau programme d'action nationale et qui devrait tenter toute âme bien née?Avez-vous un peu la fierté de vos origines, de votre race, de votre langue?Prouvez-le.CORRESPONDANCE.On nous signale un certain M.Eaoul Renault, de Québec, qui édite une revue d'un caractère édueationnel (vous lisez bien) pour les étudiants de langue française.Afin de propager son périodique, il écrit des lettres toutes anglaises portant en-tête exclusivement anglais.Une autre perle nous arrive .de Montréal, cette fois.Elle nous est envoyée par un nommé J.Taylor, du bureau des rebuts au ministère des Postes.Ohl mais elle est très bien, vous savez, pour un officier public de la province française.Lisez plutôt: Montréal, 20 janvier 1928.Mr Québec, Nous avons en main une lettre addressée à Mr , 85, rue Saint-Pierre, venant de Jean Lepine, Lévis.— Causant de Municipalité de Saint-Romuald.Cette lettre serais t'elle pour vous.Si oui, veuillez mentioner le contenu, comme preuve d'identification.S'il vous plait, répondez sur le verso de ces pli.Inclus envelope pour réponse.J.Taylor Spn. 254 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE N'est-ce pas qu'elle est joliment troussée cette lettre?Faut-il ajouter que la dite enveloppe est adressée uniquement en anglais: The clerk in charge, Dead Letter office at Montréal.Nous avons écrit pour protester au ministère des Postes.On n 'a pas jugé opportun de nous répondre.Voilà comment nous traite ce service d'utilité publique.Pourtant, si nous ne faisons erreur, le sous-ministre des Postes est un Canadien français.Le VEILLEUR.NOTES DIVERSES UN CENTENAIRE: le Père TABARET, o.m.i.Voici le texte d'une conférence donnée au Club littéraire d'Ottawa et à la Société historique de Montréal, i C 'est l'oeuvre d'éducation du Père Tabaret, en l'espèce l'Université d'Ottawa, que le Père Simard a voulu raconter.Pour emprunter les paroles même du conférencier, on trouvera là « l'exposé des principes qui ont guidé un éducateur de haut vol dans l'organisation d'une maison d'enseignement érigée à la croisée mouvante et trouble des races et des églises de notre Canada ».Exposer, en effet, les débuts de cette oeuvre, en plein territoire du Haut-Canada, puis, les principes pédagogiques qui ont présidé à sa fondation, orienté son développement, dans un milieu bilingue, et surtout justifier ces principes, c 'est à quoi s'est appliqué le Père Simard.Et il y a grand plaisir à le suivre se débrouillant à travers une histoire quelque peu trouble et discutant pédagogie avec une compétence remarquable.Les programmes de l'Université d'Ottawa constituèrent sûrement, dans notre pays, une initiative pédagogique fort intéressante.Ce fut, comme l'on nous dit, empruntant une citation de Nos Humanités, « la conciliation, l'alliage désirables.de la culture désintéressée et de l'enseignement utilitaire».Nous ne savons toutefois si le Père Simard n 'a pas tendance à reporter l'orientation de nos collèges québécois vers cette « alliage désira- l Brochure 6x9, 40 pp.$0.15.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.