La presse, 9 janvier 2001, B. Actuel
[" 2LP0101B0109 2LP0101B0109 ZALLCALL 67 08:41:21 01/10/01 B 2LP0201B0109 B-2 MARDI actuel 2LP0201B0109 ZALLCALL 67 00:52:11 01/09/01 B B 2 L A P R E S S E MONT R É A L MA R D I 9 J ANV I E R 2 0 0 1 BANDE À PART NOUVEAU Suite de la page B1 Nouvelle chronique L'ARCHITECTURE est-elle soluble dans l'humour ?L'urbanisme a-t-il une âme ?Le design est-il capable de mettre en colère ?La journaliste et historienne de l'art Sophie Gironnay a prouvé que oui.Principalement dans la page Formes du quotidien Le Devoir, page du samedi qu'elle a fondée en 1994 et signée jusqu'en 1998.Dans la chronique qu'elle inaugure aujourd'hui, dans le cahier Actuel, Sophie Gironnay se propose d'aller plus loin : « Je prends la construction d'une tour de 20 étages qui cache le mont Royal comme une attaque personnelle et je considère le concepteur d'un bon essore-salade comme un bienfaiteur de l'humanité », affirme notre nouvelle collaboratrice.« Chacun d'entre nous est directement concerné par la laideur ou la beauté du monde physique qui nous environne.Quelle décision politique, quel créateur, quel phénomène de mode va contribuer à nous saccager ou à nous embellir le paysage ?Ce n'est pas en spécialiste que j'en parlerai, mais en être humain et en citoyenne, peut-être un peu plus sensible à l'esthétique que la moyenne et avec plus de temps pour enquêter.» On a pu lire ses reportages dans Châtelaine, ses chroniques littéraires dans L'actualité, ses portraits et entrevues dans Madame au foyer, ses récits de voyages dans en Route.Devenue journaliste en 1980 « par hasard et nécessité », elle s'est, parallèlement, spécialisée en histoire de l'art.Sa maîtrise a été couronnée, en 1993, par le prix Edmond-de-Nevers, décerné par l'Institut québécois de recherche sur la culture.Invitée à faire partie de plusieurs jurys de design et d'architecture, elle agissait, l'année dernière, comme commissaire invitée pour deux expositions, l'une (à la Biennale de Montréal) portant sur le concours de la GBQ et l'autre, toujours visible au Musée du Québec, racontant le parcours de la designer Madeleine Arbour.« Comme quoi le journalisme mène à tout.à condition de ne pas trop en sortir ! » Ils ont une influence sur tous les designers de la planète.Même son de cloche de la part d'Annie L.Horth, qui considère que l'an 2000 a posé les assises d'un nouveau mouvement dans son domaine.« J'ai le sentiment que nous sommes présentement à un tournant dans le milieu de la mode.C'est incroyable à quel point l'attitude est en train de changer.Il y a une nouvelle génération de créateurs, de photographes, de mannequins et de stylistes qui sont en train de faire éclater les barrières.Une foule de nouveaux critères de beautés surgissent et chamboulent tout.Le beau se retrouve dans des endroits inattendus et je trouve ça formidable.Ça ouvre les horizons.» Annie L.Horth va jusqu'à faire un parallèle entre l'effervescence créatrice du moment et celle de l'avantgarde artistique du début du siècle, marquée par les Cocteau, Picasso et consorts.« Je considère que c'est une révolution globale qui touche toutes les formes d'art.Mais plus que jamais, la mode aura une place déterminante à l'intérieur de ce grand bouleversement.C'est un domaine qui a gagné ses lettres de noblesse et qui fait maintenant partie intégrante du domaine artistique.Sur papier C'est dans une panoplie de nouveaux magazines de mode européens comme Crash, Self Service ou Tank que ces nouvelles idées prennent forme.Des publications qui, au fil des pages, donnent l'impression de feuilleter un magazine d'art contemporain plutôt qu'un magazine de mode traditionnel.« La mode s'intellectualise, elle devient plus artistique, explique Annie L.Horth.Tout est moins facile.» Un avis qui est partagé par le jeune photographe québécois Martin Laporte, qui a lui-même été publié dans un de ces magazine nouveau genre, le Purple d'Angleterre : « Pour moi, l'année 2000 aura été marquée par l'arrivée de ces nouvelles publications plus jeunes, plus fraîches, qui proposent de nouvelles idées.Les séances de photos sont plus ouvertes et ça permet aux jeunes talents de se faire les dents.» À titre d'exemple, prenons le magazine anglais Tank qui est presque totalement exempt de publicités et qui réserve une place importante à la poésie, à l'architecture et à l'illustration.Une dizaine de pages sont consacrées à de jeunes Japonaises au look « cartoonesque » photographiées en gros plan.Leur particularité : elles ont toutes de l'acné.Dans le magazine bisannuel Purple, 30 pages sont vouées à celle qui est certainement l'égérie de ce mouvement, l'actrice Chloë Sevigny.Celle-ci pose sur un fond blanc, dans différentes postures et accoutrements.y compris avec un sac à ordure vert lui couvrant la tête.Une autre publication, le Pil, présente une série de photos intitulées « Between the Folds » (Entre les plis), dans laquelle les mannequins sont placés exactement au centre, dans le pli du magazine.Le ton est à l'humour, à l'expérimentation et à une certaine désacralisation de la mode.Une mode underground?Ce nouveau langage ne serait-il qu'une toquade de plus dans cet univers où on se « shoote » à la nouveauté ?A-t-on affaire à un mouvement parallèle qui n'a d'importance que pour la clique qui la compose ?Annie L.Horth a son idée là-dessus : « Il est certain que ce mouvement aura des répercussions sur le milieu de la mode en général et qu'il deviendra un phénomène mainstream.Tout ce qu'on voit dans ces magazines plus pointus sera rapidement récupéré par une campagne de pub d'une grande maison comme Gucci, par exemple.Bien sûr, il y aura toujours le Vogue américain et le Harper's Bazaar qui feront une mode plus léchée, mais je crois que cette nouvelle école prendra de plus en plus de place.» Pour conclure, Annie L.Horth ajoute : « Durant la dernière décennie, on a revisité une foule d'époques.Ce phénomène de rétrospective a été accompagné d'un courant très fort, le minimalisme.C'est comme si on avait fait un grand ménage avant de repartir sur des bases nouvelles.» Reste à voir si cette nouvelle ère laissera aux idées le temps de s'épanouir et de s'imposer.Les magazines TANK, SELF SERVICE et CRASH sont disponibles au Point Vert, 4040 St-Laurent, Montréal, (514) 982-9195-30.Photo PIERRE McCANN, La Presse © Sophie Gironnay signe à compter d'aujourd'hui une nouvelle chronique dans ces pages.Une tenue imaginée par le jeune designer Nicolas Ghesquière pour la collection printemps-été 2001 de Balenciaga. 2LP0301B0109 2LP0301B0109 ZALLCALL 67 00:55:50 01/09/01 B LA PRESSE MONTRÉAL MARDI 9 JANVIER 2001 B3 2LP0401B0109 B-4 mardi 2LP0401B0109 ZALLCALL 67 00:50:10 01/09/01 B B4 LA PRESSE MONTRÉAL MARDI 9 JANVIER 2001 La console Xbox, un bon investissement à long terme À LA REMISE des oscars, à Hollywood, le film Traffic du réalisateur Steven Soderbergh sera sûrement couronné, que ce soit le réalisateur lui-même ou ses acteurs, Benicio Del Toro, Michael Douglas ou encore Catherine Zeta-Jones.Mais malheureusement, il n'y aura pas encore de catégorie pour récompenser le meilleur site Web d'un film.Dommage car le site de Traffic (www.trafficthemovie.com) remporterait les honneurs haut la main.Il y a longtemps que je scrute les sites Web conçus à Hollywood et, dans la plupart des cas, les producteurs font preuve d'imagination pour produire un bon hameçon qui accrochera les cinéphiles et les internautes et les incitera à aller voir leur film.Mais dans le cas de Traffic, c'est autre chose.C'est littéralement une métaphore du film.Un seul mot pour qualifier ce site : génial ! Pour en profiter pleinement, assurez-vous d'avoir installé le logiciel Flash.n n n PARLANT DE cinéma, le réalisateur français Jean Jacques Beineix est l'invité du site Wanadoo (www.wanadoo.fr) à midi pour une session de clavardage.Je vous le rappelle, Beineix, c'est entre autres 37,2 le matin, Diva et IP5.Alors pour partager avec lui vos commentaires sur son oeuvre ou connaître ses nouveaux projets, vous savez où vous rendre aujourd'hui.n n n BILL GATES a finalement dévoilé le weekend dernier la Xbox de Microsoft, cette nouvelle console de jeu qui détrônera, à coup sûr, la compétition.Si vous désirez avoir des renseignements sur la console qui sortira l'automne prochain et même assister à une démonstration, Microsoft (www.microsoft.com) vient enfin de mettre de l'info en ligne.D'ailleurs, si j'avais un conseil à vous donner, ce serait celui-ci : laissez passer la folie de la console Play Station 2 et gardez plutôt votre argent pour acheter cette nouvelle console.La Xbox sera beaucoup plus puissante et représentera un bien meilleur investissement à long terme à cause de sa conception et de sa flexibilité.n n n LES ASTRONOMES amateurs vont être ravis de pouvoir suivre en direct la première éclipse totale de lune du nouveau millénaire : le Soleil qui donne rendez-vous à la Lune, sur le Web.On pourra suivre cette rencontre en toute sécurité à partir d'un site Web spécialement réalisé pour l'occasion : Live ! Eclipse (www.live-eclipse.org).Le tout commence vers 12h45 et se poursuit jusqu'à 17h56.Le moment fort aura lieu autour de 14h50.Évidemment, tout ça en espérant qu'il fera beau au Japon car c'est là que se trouve la caméra qui transmettra l'image.Bruno Guglielminetti Le « fooding» menace-t-il le « nightclubbing»?KATIA CHAPOUTIER collaboration spéciale À Paris, il n'y a pas que le prêtà- porter ou la haute couture qui connaissent les dictatures de la mode, la gastronomie aussi.Après la « nouvelle cuisine » et ses plats minuscules à des prix exorbitants, après la vague bio, voici le « fooding ».Le fooding, c'est un concept, une tendance et pour certains, une plaisanterie.Le mot est issu de la contraction de food et feeling (une fois de plus, les Français ne sont pas à un mot d'anglais près !).Il fait référence à tous ces nouveaux restaurants qui pullulent, et dont le principal intérêt n'est plus la cuisine mais la déco ou le concept.Farfelu ?Peut-être.Snob ?Sûrement.Ce phénomène est on ne peut plus parisien.Mais comment naît une idée pareille ?Petit saut dans le temps : nous sommes en 1999, trois ou quatre journalistes gastronomiques branchés dînent ensemble.Ils font alors l'inventaire des nouveaux lieux à la mode de la capitale et prennent tout à coup conscience qu'ils ne parlent plus cuisine mais décoration, style, ambiance.La conversation va bon train sur le désormais légendaire « Bar à eaux » de chez Colette, le conceptstore le plus à la mode de Paris.Dans ce bar-restaurant, nombreux sont ceux qui se bousculent pour manger un oeuf dur en choisissant parmi pas moins d'une centaine d'eaux minérales.Idem chez AZ, le restaurant du célèbre décorateur Terence Conran.Personne ne parle du menu, mais tout le monde s'extasie sur la déco.Au fur et à mesure de la conversation, nos critiques gastronomiques réalisent qu'une nouvelle tendance s'empare de la capitale et inventent le mot fooding.Aussitôt inventé, aussitôt utilisé, Alexandre Camas le critique gastronomique le plus branché emploie ce nouveau terme dans un des ses articles.Il est alors repris dans une bonne partie de la presse et la consécration viendra par le magasin Colette, faiseur de modes, qui décidera d'afficher une des phrases de l'article de Camas dans son bar à eaux : « le fooding menace-t-il le nightclubbing ?» Ensuite, tous les nouveaux restaurants vont se réclamer de ce nouveau courant de pensée.Chef de file : Bon, le restaurant de Philippe Starck.Comme il se doit, le designer a privilégié l'enveloppe.Le menu est quasiment une oeuvre littéraire, l'ambiance donne envie de refaire son appartement et les toilettes sont une véritable attraction.En effet, Philippe Starck a inventé le premier urinoir pour femmes.Il fallait oser ! Audace qui lui a quand même valu le fooding d'or des toilettes les plus conviviales.Car, bien sûr, le fooding a ses propres oscars.Décernés au mois de décembre, les prix allaient du meilleur « voir et être vu » au meilleur décor, en passant par la meilleure ambiance musicale.Ce dernier prix n'est pas aussi anodin qu'il paraît puisque non contents de s'arracher les meilleurs D.J.d'Europe, les tables chic lancent à présent leur propre compilation.Avec succès à la clé.Alors si on résume, pour être fooding, il faut une décoration sublime ou audacieuse.Le « menuobjet d'art » (certains sont même numérotés) avec des libellés originaux type « comme chez maman » « à la couleur de votre esprit » .À cela, on ajoute le service voiturier qui donne l'impression d'être un VIP et des serveurs charmants et aimables (ce qui, mine de rien, est aussi courant à Paris que les palmiers au pôle Nord).Une fois ces ingrédients réunis, vous ajoutez tous les Bobos (bourgeois bohèmes) de la capitale et ceux qui sont en mal de sensations hype (traduisez tous ceux qui veulent être quelqu'un) et vous avez ce qui au départ semble être un feu de paille par excellence.si ce n'est que Londres se convertit aussi au fooding.Les artistes s'en mêlent à leur tour avec, par exemple, la dessinatrice Lucieee dont l'exposition, « Comment faire du fooding avec du pudding ?», a été saluée par la presse française.Alors tendance, concept ou plaisanterie ?Et si la réponse se trouvait, tout simplement, dans le libellé du débat qui a eu lieu le mois dernier au mythique Café de Flore : « Va-t-on au restaurant pour manger les rideaux ?» Photothèque La Presse Tasse et cuillère signées Philippe Starck.Six mois de prison pour avoir arraché le testicule du mari d'une amie Agence France-Presse NEWCASTLE, Angleterre Ð Une femme de 28 ans qui avait arraché d'un coup de dents un testicule du mari de sa meilleure amie, au cours d'une dispute enflammée, a été condamnée hier à six mois de prison ferme, par un tribunal de Newcastle, dans le nord-est de l'Angleterre.« Un blessure infligée en mordant d'une manière telle qu'une certaine force a dû être employée est tellement grave qu'une peine avec sursis ne peut être justifiée », a déclaré le juge Gerard Harkins.Denise Carr, mère de deux jeunes enfants, s'est écroulée en larmes en entendant le verdict.Denise Carr et sa meilleure amie, Shelley Hutchinson, étaient sorties un soir d'octobre 1999 « en filles », laissant leurs époux à la maison pour garder les enfants.À leur retour, Neil Hutchinson, qui avait bu force bières et tequilas au cours de la soirée, avait commencé à se disputer violemment avec son épouse, l'attrapant au cou.Denise Carr avait alors volé au secours de son amie.Neil Hutchinson s'était finalement assis sur elle, pour tenter de la maîtriser.L'avocate de la jeune femme avait expliqué au procès qu'elle avait alors mordu son agresseur « pour essayer de se libérer », sans « se rendre compte qu'elle lui avait arraché son testicule ».La victime, Neil Hutchinson, 30 ans, qui portait un jean, n'avait elle- même pas saisi immédiatement la gravité de sa blessure.C'est uniquement à l'arrivée de la police dans la maison que le testicule manquant avait été retrouvé, caché sous un tableau, dans le salon.Shelley Hutchinson s'était séparée de son mari peu après l'incident.Ils n'étaient mariés que depuis trois semaines.« Je ne peux pas croire que quelqu'un soit envoyé en prison pour avoir défendu son amie », a-t-elle déclaré après le procès.En dépit des efforts des médecins, le testicule arraché n'a pu être recousu. 2LP0501B0109 2LP0501B0109 ZALLCALL 67 00:53:03 01/09/01 B LA PRESSE MONTRÉAL MARDI 9 JANVIER 2001 B5 2LP0601B0109 B-6 MARDI 2LP0601B0109 ZALLCALL 67 00:50:19 01/09/01 B B6 LA PRESSE MONTRÉAL MARDI 9 JANVIER 2001 La crise de l'adolescence se passe dans le cerveau MATT CRENSON Associated Press Tous les parents craignent ce jour.Sans préavis, un enfant doux, enjoué et obéissant devient un monstre grossier enclin à l'imprudence et aux sautes d'humeur imprévisibles.Il ne s'agit pas du film The Exorcist.C'est l'adolescence.Parents et spécialistes ont toujours attribué aux hormones de croissance la responsabilité du sommeil jusqu'à l'heure du midi, la conduite imprudente, l'usage de drogues et autres malheurs de l'adolescence.Mais les recherches récentes démontrent que la source des transformations loge au-dessus des épaules, et non pas dans les hormones déchaînées.Vers l'âge de onze ans, le cerveau subit une reconfiguration majeure de la sphère associée au comportement social et au contrôle des impulsions.Les spécialistes de la neuroscience ont fait cette constatation il y a à peine quelques années.Cette découverte leur a permis de voir en l'adolescence une étape de vie où le cerveau en développement est vulnérable aux traumatismes, à la toxicomanie et aux influences malsaines.« Le cerveau adolescent est différent.Il n'a pas terminé sa croissance », déclare Fulton Crews, spécialiste en neuroscience à l'Université de la Caroline du Nord à Chapel Hill.À une époque pas très lointaine, les spécialistes croyaient que le cerveau cessait de croître à l'âge de la maternelle.Dès lors, estimait- on, presque tous les circuits du cerveau étaient raccordés.Il ne restait qu'à les programmer.Les nouvelles techniques d'imagerie encéphalique ont invalidé cette théorie.L'imagerie par résonance magnétique et la tomographie par positron ont révélé que le cerveau poursuit sa croissance pendant toute l'enfance et même à l'adolescence.Leur cerveau n'ayant pas encore atteint la maturité, les ados ne s'y prennent pas comme les adultes pour faire face aux contraintes sociales, aux pulsions instinctives et aux autres pressions.Cela expliquerait, tout au moins en partie, le comportement parfois déplaisant, voire téméraire des adolescents.« Le cerveau de l'adolescent n'est tout simplement pas dans le même état que celui de l'adulte, » explique Crews.Cette année, dans la revue scientifique Nature, les chercheurs ont présenté une séquence d'images par intervalle décrivant la croissance du cerveau entre l'âge de trois et 15 ans.Ces images laissent d'abord voir un enchevêtrement de cellules nerveuses prenant forme dans la partie du cerveau située au-dessus des yeux.Par la suite, à l'âge de la puberté, une forme d'émondage se réalise ; près de la moitié des nouvelles fibres sont éliminées pour faire place à un réseau de circuits intégré.Toutes ces mutations se produisent dans une partie du cerveau que l'on nomme le cortex préfrontal.Selon les neuroscientifiques, c'est là que logent les « fonctions de gestion ».Ces fonctions comprennent toutes les habiletés qui font souvent défaut aux adolescents : capacité de fixer des objectifs, de planifier, d'organiser et de réprimer les pulsions.Apprendre à évaluer les risques « À l'adolescence, on prend des risques », déclare Lynn Ponton, psychiatre à l'Université de la Californie à San Francisco et auteure de l'ouvrage intitulé The Romance of Risk : Why Teen-agers Do the Things They Do.« L'adolescence est largement consacrée à apprendre comment évaluer les risques inhérents à une activité », affirme-t-elle.Le développement incomplet du cerveau explique en partie le peu d'habileté des adolescents à prendre des risques.Dans cette perspective, il va de soi que les accidents soient la principale cause de décès chez les adolescents et que ceux-ci soient davantage victimes de crimes que les autres groupes d'âge.On comprend pourquoi l'alcoolisme et le tabagisme s'enracinent à l'adolescence et pourquoi le quart de tous les séropositifs contractent le HIV avant l'âge de 21 ans.Un dossier criminel ou une maladie transmise sexuellement peuvent perturber le cours normal d'une vie, mais les neuroscientifiques ont appris que d'autres scénarios aux conséquences moins graves peuvent avoir des effets tout aussi durables.Les scientifiques utilisent des animaux pour réaliser leurs recherches sur le développement du cerveau à l'adolescence, les règles d'éthique interdisant l'usage de sujets humains.Les animaux n'ont pas tous, comme l'humain, une phase de transition entre l'enfance et l'âge adulte, mais la majorité des mammifères passent par une forme d'adolescence.« Bien entendu, il ne s'agit pas de flâneries au centre commercial ou de coiffures punk, mais leur comportement social et leur structure sociale changent de façon dramatique », explique Linda Spear, de l'Université de Binghampton dans l'État de New York Par exemple, des rats adolescents démontrent plus d'intérêt que des adultes lorsque des objets inconnus sont introduits dans leur cage.Ils se rapprochent davantage de leurs pairs, explorent plus à fond leur environnement et se déplacent d'une activité à l'autre.Craig Ferris, de l'Université du Massachusetts à Worcester, effectue des recherches sur des hamsters sauvages en Syrie.Il estime que ses sujets atteignent l'adolescence vers l'âge de 25 jours.Pendant près de deux semaines, ils errent dans les champs de blé à la recherche d'un nid adoptif ou d'un endroit propice à la construction de leur propre nid.Les expériences de Ferris démontrent que les événements survenant à cette étape de développement peuvent déterminer le comportement des hamsters pour la vie.Un hamster que l'on fait cohabiter une heure par jour avec un hamster adulte agressif deviendra une brute qui intimide les plus petits animaux.Il tremblera de peur, cependant, devant des hamsters de taille comparable à la sienne.À maturité, ces hamsters jadis exposés aux adultes agressifs possèdent dans l'hypothalamus une quantité inférieure de vasopressines, substance chimique associée à l'agressivité.On observe de plus, dans l'hypothalamus, un surnombre de récepteurs de sérotonine, une substance qui bloque les vasopressines.Ferris et ses collègues n'ont pas encore tiré de conclusions au sujet de ces modifications chimiques, mais ils sont persuadés que l'exposition de hamsters adolescents à des adultes agressifs engendre des séquelles permanentes.« L'enseignement de tout cela: le cerveau est en interaction constante avec l'environnement », soutient Ferris.Forte réaction à la nicotine Les recherches sur l'usage du tabac démontrent que la majorité des fumeurs développent l'accoutumance à l'adolescence.Jusqu'à tout récemment, cependant, personne n'avait cherché à comprendre la réaction d'un cerveau adolescent à la nicotine.Lorsque ce type de recherche a été réalisé, des chercheurs de l'Université Duke ont découvert que le cerveau à l'adolescence réagit plus fortement à la nicotine.Les scientifiques ont injecté de la nicotine dans des rats à tous les jours pendant plus de deux semaines, les exposant ainsi au niveau de nicotine d'un fumeur typique.Chez tous les rats, le nombre de récepteurs chimiques dédiés à la nicotine a augmenté Ð un signe de dépendance.Mais chez les rats adolescents, le nombre de récepteurs dédiés à la nicotine a doublé par rapport à ceux des adultes.Les résultats d'études complémentaires publiées dans le numéro d'octobre de la revue Brain Research révèlent que l'exposition de rats adolescents à la nicotine entraîne des problèmes permanents de comportement, surtout chez les femelles.Même après une période de sevrage de deux semaines, ces rates restaient moins actives et s'occupaient moins de leurs petits que celles qui n'avaient jamais été exposées à la nicotine.Il se peut que la nicotine retarde la division des cellules dans l'hippocampe, région du cerveau qui continue à se développer à l'âge adulte chez les femelles, mais pas chez les mâles.Il se peut aussi que les rats exposés à la nicotine aient été déprimés.La nicotine affaiblit la production par le cerveau de norépinéphrine et de dopamine, substances chimiques déficientes chez les personnes déprimées.Des études épidémiologiques démontrent aussi que l'usage du tabac en bas âge augmente le risque de dépression à un âge plus avancé.Cela ne veut pas dire que les personnes ayant commencé à fumer tôt dans leur vie sont condamnées à la déprime et à la dépendance à l'égard de la nicotine.« Les personnes ne sont pas esclaves de leur héritage génétique ou biologique », déclare Ferris.Selon lui, malgré l'état embryonnaire des recherches, la violence et la drogue peuvent transformer de manière permanente le cerveau d'un adolescent.Et ainsi ce temps de la vie, déjà difficile, peut le devenir encore davantage.Des recherches récentes démontrent que la source des transformations à l'adolescence loge au-dessus des épaules.Vers l'âge de onze ans, le cerveau subit une reconfiguration majeure de la sphère associée au comportement social et au contrôle des impulsions.Esclavage domestique: les privilèges des diplomates montrés du doigt Les chiffres de l'esclavage domestique en Europe THÉRÈSE JAUFFRET AFP STRASBOURG Ð Des milliers de femmes en Europe, parmi les victimes de l'esclavage domestique, sont au service de diplomates sûrs de leur impunité, dénonce un rapport du Conseil de l'Europe qui est publié aujourd'hui à Paris.« Trop souvent, immunité est synonyme d'impunité », accuse le rapporteur de l'Assemblée parlementaire des « 41 » John Connor (Irlande, chrétien-démocrate) dans un rapport adopté en commission.Le document, qui sera soumis au vote des parlementaires européens en juin à Strasbourg, fait un état des lieux Ð débordant largement le milieu diplomatique Ð et propose un train de mesures pour lutter contre ce fléau.Les diplomates et fonctionnaires internationaux, explique-t-il, font fréquemment venir leurs domestiques dans le pays où ils sont en fonction, car la coutume internationale veut que les États se reconnaissent mutuellement la « courtoisie » de délivrer au petit personnel un titre de séjour connu sous le nom de « carte spéciale ».Or les privilèges et immunités diplomatiques prévus dans la Convention de Vienne (ONU) interdisent de sanctionner les violations de la loi dans le pays d'accueil.John Connor propose aux 41 pays du Conseil de l'Europe de prendre exemple sur la Suisse : tout étranger qui veut travailler comme domestique dans une ambassade ou une mission consulaire n'est admis sur le territoire suisse que s'il est en possession d'un contrat de travail respectant les lois helvétiques en vigueur.« Le principe est simple : pas de visa sans contrat de travail », explique John Connor.Le parlementaire irlandais propose aussi d'amender la Convention de Vienne afin de réconcilier le respect des droits de l'homme et les principes nécessaires pour protéger le diplomate contre toutes les pressions que pourrait exercer sur lui le pays d'accueil, notamment pour tous les actes relevant de sa vie privée.Tous les pays du Conseil de l'Europe devraient prévoir dans leur code pénal une condamnation de l'« esclavage domestique », ce qui n'est aujourd'hui pas le cas, selon le rapporteur.La Belgique se sert des lois contre la traite des étrangers pour réprimer l'esclavage domestique, l'Italie et l'Autriche condamnent la réduction en esclavage, la traite et le commerce d'êtres humains (17 plaintes en Autriche en 1997, 18 en 1998, mais pas encore de condamnations).En France, où la traite d'humains et l'esclavage ne constituent pas une infraction pénale, une dizaine de personnes ont pu cependant être condamnées sur la base de lois réprimant la soumission d'une personne vulnérable à un travail non rétribué et à des conditions de travail ou d'hébergement contraires à la dignité humaine.Le rapporteur propose aussi, parmi d'autres mesures, la création d'un fonds d'indemnisation et l'octroi d'un « titre de séjour humanitaire » pour les victimes et l'élaboration d'une charte européenne du travail domestique, à l'instar de la charte sur les jeunes filles au pair qui fonctionne à la satisfaction générale depuis plusieurs dizaines d'années.Agence France-Presse STRASBOURG Ð Plus de quatre millions de femmes sont vendues chaque année dans le monde et sur ce nombre beaucoup sont victimes d'esclavage domestique, selon un rapport du Conseil de l'Europe, publié aujourd'hui à Paris avant d'être soumis au vote de l'Assemblée parlementaire en juin.Les jeunes femmes sont recrutées par des agences (qu'elles doivent rembourser), victimes de trafiquants ou suivent leur employeur (parfois diplomate) à l'étranger.En France, on estime à plusieurs milliers les femmes victimes d'esclavage domestique.La majorité des employeurs sont originaires d'Afrique de l'Ouest et du Proche et du Moyen- Orient, mais 20 % sont Français.Quelque 20 % des employeurs sont protégés par l'immunité diplomatique, parmi lesquels figurent un diplomate italien et cinq diplomates français en poste à l'étranger.Les victimes employées par les diplomates viennent majoritairement de l'Inde, de l'Indonésie, des Philippines et du Sri Lanka.Au Royaume-Uni, l'ONG Kalayaan s'est occupée de 4000 domestiques originaires de 29 pays différents.Parmi elles, 84 % ont subi des violences psychologiques, 54 % ont été séquestrées, 38 % ont été battues et 10 % victimes d'agressions sexuelles.En Belgique, la plupart des victimes sont originaires des Philippines et travaillent pour des diplomates en poste à Bruxelles.En Autriche également, la plupart des cas recensés mettent en cause des diplomates.En Espagne, la majorité des esclaves domestiques viennent d'Afrique, notamment du Maroc, les autres d'Amérique latine.En Italie, l'esclavage domestique n'est pas encore chiffré, mais « on peut s'attendre à de très nombreuses situations d'exploitation proches de l'esclavage », selon le rapport. 2LP0701B0109 b07 mardi 09 janvier 2LP0701B0109 ZALLCALL 67 00:51:28 01/09/01 B L A P R E S S E MONT R É A L MA R D I 9 J ANV I E R 2 0 0 1 B 7 Web thérapie La psychanalyse a 100 ans ; c'est une industrie lucrative présente chez les point.com LUDOVIC HIRTZMANN collaboration spéciale Le psychanalyste n'a plus besoin d'acheter son divan chez Wal-Mart.Il peut désormais sonder votre âme depuis le clavier de son micro-ordinateur.Tout comme les logiciels antivirus, les cyberthérapeutes analysent les tréfonds de votre mémoire avec des résultats différents des thérapeutes traditionnels.Si l'on se réfère aux 21 000 abonnés que compte le bulletin hebdomadaire du site Psychomédia, la psychologie passionne les Québécois.Attention cependant, même sur Internet, le patient est avant tout un client et votre Sigmund virtuel ne l'oublie pas.L'annuaire Psynergie.com recensait au début de cette année 860 sites Internet en français consacrés à la psychologie.Psychomédia, Psychonet, Infopsy.Ce ne sont que quelquesuns des dizaines de sites Internet consacrés à la psychologie.Tous ont un point commun : ils permettent à nos concitoyens de libérer leurs angoisses à l'abri de leur écran d'ordinateur, de contourner l'angoisse du face-àface avec un psychologue.Contourner l'angoisse Sur Psychomédia, l'un des pionniers du genre, des centaines de personnes se connectent chaque jour sur le Psycho Chat afin d'obtenir une écoute.Les internautes adoptent un pseudonyme et des psychologues répondent à des interrogations variées : manque affectif, harcèlement sexuel, psychose.Les réponses aux questions personnelles suscitent beaucoup d'intérêt.Pychomédia a été fondée en 1996 par deux psychologues, Hélène Lebel et Richard Paquette.Le site est animé par de nombreux professionnels qui répondent aux questions des internautes.« Nous ne faisons pas de thérapie, de consultation en ligne.Le chat n'est pas de la psychothérapie », déclare Hélène Lebel.La thérapeute conçoit d'ailleurs plus la psychologie sur le Web comme une communauté d'entraide.« À l'origine, lorsque nous avons fondé Psychomédia, nous étions plus centrés sur la transmission d'informations.Puis, nous avons très vite changé notre focus pour créer une communauté autour du site », ajoute Mme Lebel.Selon cette dernière, le réseau des réseaux est un excellent médium pour concevoir des groupes d'entraide.Le Net peut ainsi être un bon moyen de contourner la solitude.Pour Noël, Psychomédia a organisé un Chat-o-Thon de Noël de 30 heures pour venir en aide aux personnes seules pendant la période des Fêtes.Beaucoup de gens n'iront jamais consulter un spécialiste ou lire un livre de psychologie.Le simple fait pour eux de découvrir sur un site que les problèmes qu'ils vivent sont connus et traités peut les aider et rendre la psychologie plus accessible.Outre les cas de groupes d'entraide, de prévention du suicide, le réseau des réseaux aurait des vertus curatives spécifiques.Trois psychologues québécois testent ainsi depuis 1999 les vertus thérapeutiques de l'Internet pour soigner l'agoraphobie, la peur des lieux publics.Les consultations se font par courriel.Psycho-escrocs virtuels Malheureusement, tous les sites ne sont pas aussi honnêtes que ceux que nous avons cités précédemment.C'est pourquoi de nombreux psychologues se défendent d'effectuer des consultations en ligne.Le code de déontologie n'est pas encore clair.L'Ordre des psychologues est en plein débat sur la « Web thérapie ».Le principal souci vient de la confidentialité sur la Toile.L'autre interrogation a trait au fait que le psychologue ne voit pas son patient, ce qui, pour certains praticiens, est incompatible avec un bon traitement.Dans un article sur Internet et la relation d'aide, la psychothérapeute et sexologue Josée Leboeuf remarque plus simplement : « Moins une personne est familière avec l'Internet, plus forte sera sa critique.» Ceci expliquerait le refus de certains psychothérapeutes de considérer le Web comme une solution de rechange crédible.Enfin, mais cela vaut aussi pour les consultations traditionnelles : « Le titre de psychothérapeute peut être utilisé par des psychologues et des psychiatres qui offrent des services de psychothérapie, mais aussi par toute autre personne, qu'elle possède une formation adéquate ou non », révèle le site de l'Ordre des psychologues du Québec.Cette brèche juridique permet ainsi à n'importe qui de devenir psychothérapeute et donc de fonder un site Internet avec consultations en ligne.Quelle que soit votre attitude face à la « Web thérapie », la prudence s'impose comme le rappelle le comédien Patrick Timsit : « Il faut se méfier de la psychanalyse.Elle a un effet second : tu deviens pauvre.» Quelques sites pour se faire psychanalyser ou.s'informer : L'Ordre des psychologues du Québec http : www.ordrepsy.qc.ca/ Psychomédia http : www.psychomedia.qc.ca/ L'annuaire de la psychologie http : www.psynergie.com/ Le site d'Alain Rioux http : www.iquebec.com/alainriouxpq/rubriq.htm Infopsy http : www.redpsy.com/infopsy Psychonet http : www.psychonet.fr À la Phobie http : www.alaphobie.com Le Centre de prévention du suicide http : www.prevention-suicide.qc.ca Photo Associated Press Le psychanalyste Sigmund Freud. La Presse 9 janvier 2001 Page B8 manquante "]
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