La presse, 2 novembre 2008, L. Lectures
[" LECTURES ENTREVUE JEAN-PAUL DUBOIS, L'AMÉRICAIN PAGE 5 ENTREVUE KATHY REICHS À TRACADIE PAGE 3 sur cyberpresse.ca Michel Tremblay a reçu La Presse dans son appartement du Plateau-Mont-Royal pour parler de son nouveau roman, La traversée de la ville, qui se déroule dans le Montréal des années 10.ELSA PÉPIN COLLABORATION SPÉCIALE Dans La traversée du continent, Michel Tremblay racontait le voyage de Rhéauna, inspiré de celui de sa mère, la Nana de ses romans, qui a réellement traversé le Canada au début du siècle.Dans le second volet de cette suite sur la diaspora des Desrosiers, le romancier met en scène deux traversées de Montréal.En 1912, Ma ria, la mère de Nana, qui avait laissé la Saskatchewan, quitte cette fois les manufactures du Rhode Island pour retrouver sa famille à Montréal.En parallèle, on suit sa fille, qui, deux ans plus tard, cassera sa tirelire pour acheter des billets de train dans le but de ramener sa famille en Saskatchewan.Deux trajectoires tracées par deux fugueuses issues d'un même clan de nomades.«Ces gens ont besoin de se déplacer.Pour eux, c'est toujours mieux ailleurs», explique Tremblay, évoquant la nostalgiedes francophones du Canada pour le pays d'où ils viennent.«Née en Saskatchewan, Maria ne connaît pas du tout le Québec et s'en fait une idée mythique.Sur un coup de tête, elle part pour Montréal pour tenter un retour au bercail», explique l'auteur.Les deux traversées de la ville du roman ne sont pourtant pasmotivées par le même but.Maria retrouve sa famille dans un ailleurs inconnu, alors que Nana veut rentrer chez elle, en Saskatchewan.Tremblay a mis ces deux voyages en opposition en les inscrivant dans des registres différents.«Le voyage de Maria est très réaliste, alors que celui de Nana est onirique, un vrai conte de fées.Je l'habille en Petit Chaperon rouge et lui fais vivre des épreuves: elle rencontre un dragon (le tramway), un grand méchant loup (l'agent de sécurité chez Dupuis Frères) et une belle fée qui va la sauver», raconte-t-il.La traversée de Nana, d'est en ouest, est le prolongement de celle de sa mère, de la gare Windsor jusqu'à Ville-Émard.De génération en génération, les femmes filent sur des coups de tête à la recherche d'une vie meilleure.Genèse des Québécoises Après avoir décrit des femmes assez vieilles dans le cycle des Belles-soeurs, Tremblay a voulu remonter dans le temps avec les Chroniques du Plateau Mont-Royal.Dans cette nouvelle suite romanesque, il remonte jusqu'au début du siècle et peint des femmes butées, qui refusent la réalité et préfèrent «regarder ailleurs », «relever la tête et rire », écrit-il.Les deux soeurs de Maria, qui travaillent et n'ont pas d'homme dans leur vie, sont des «curiosités».«Elles sont marginalisées parce qu'elles ont osé vivre des choses défendues aux femmes à l'époque.Les femmes qui gagnaient leur vie étaient des femmes de mauvaise vie», raconte le romancier, tenté, avec l'âge, de retourner à la source.«J'ai eu envie de prendre le personnage de Nana et de faire la genèse de la genèse.J'ai fait vieillir ces femmes pour expliquer ce qu'elles sont devenues.» Si les femmes de ses premiers romans étaient prisonnières de leur condition, celles-ci sont actives.«J'ai beaucoup décrit des femmes qui pouvaient nommer leur malheur mais qui n'avaient pas les clés, dit-il.En vieillissant, j'ai eu envie de leur donner ces clés, une conscience.Si les femmes de la génération de ma mère n'avaient pas la force de se révolter, certaines femmes de la génération d'avant avaient des personnalités et voulaient vivre autre chose qu'être mères de famille, quitte à être marginalisées.» Le Montréal des années 10 Avec ce roman, Tremblay saisit un morceau de vie du Montréal des années 10, avec tous ses traits géographiques, culturels, culinaires.Sur la couverture, des chevaux rencontrent un tramway, image de la collision entre deux mondes.«C'est une génération qui a vécu la rencontre du modernisme et de l'ancien, note Tremblay.C'est aussi l'époque où le joual est né, par la volonté des femmes », ajoute-t-il.Il explique que, à la fin du XIXe siècle, quand Montréal est devenu la métropole du pays, les hommes ramenaient à la maison des mots anglais que les femmes traduisaient oralement.Ainsi, «on a francisé les mots anglais, on en a fait des verbes, des adverbes.On est des inventeurs», clame-til, toujours aussi fier de la langue qu'il a fait entrer dans la littérature il y a plus de 40 ans.Pour le dernier volet de cette trilogie qu'il s'apprête à écrire, Tremblay prévoit un livre plus introspectif sur la relation mèrefille.Pour la suite de sa propre traversée dans le temps, on peut imaginer une remontée encore plus loin vers l'origine, mais pour les personnages qui l'occupent actuellement, l'errance se termine au Québec.La traversée de la ville Michel Tremblay Leméac/Actes Sud, 240 pages, 23,95$ ENTREVUE / Michel Tremblay LA TRAVERSÉE DE TREMBLAY PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE Du haut de son appartement du Plateau-Mont-Royal, Michel Tremblay embrasse toute la ville qu'il a placée au coeur de son oeuvre.Sur la couverture, des chevaux rencontrent un tramway, image de la collision entre deux mondes.«C'est une génération qui a vécu la rencontre du modernisme et de l'ancien », note l'auteur.JEUNESSE FORMIDABLE INDIA PAGE 4 DOSSIER Retrouvez notre dossier sur le livre de Geneviève Jeanson sur cyberpresse.ca/jeanson CHRONIQUES Retrouvez les chroniques littéraires de Chantal Guy sur cyberpresse.ca/guy Kathy Reichs 3579350A LECTURES MATHIEU PERREAULT Depuis une dizaine d'années, Riccardo Petrella a fait de l'eau son principal cheval de bataille.Le politologue et économiste calabrais, qui a fondé en 1991 le Groupe de Lisbonne pour réfléchir sur la redistribution de la richesse des pays riches vers les pays pauvres, était cette semaine de passage à Montréal pour présenter son Manifeste de l'eau pour le XXIe siècle.Disons-le tout de suite, M.Petrella n'est pas un admirateur du capitalisme.Il estime que la croissance économique chinoise est une «illusion» basée sur l'exploitation à outrance des ressources naturelles de ce pays, qui s'écroulera sous son propre poids.Pour lui, les composantes de base du bien-être des individus, comme l'eau ou les terrains nécessaires à l'habitation, sont «sacrées» et devraient être de propriété publique, voire gratuites.«Le grand problème de la monétarisation, c'est qu'elle efface la notion de sacralité », explique M.Petrella en entrevue dans un hôtel du centre-ville.«L'eau est nécessaire à la vie et chaque être humain devrait avoir accès à ce qui est nécessaire pour sa survie.L'idée que le prix de l'eau devrait varier en fonction des circonstances de chaque pays et des désirs des différents individus qui composent sa population est une thèse aberrante.Tout le monde devrait avoir accès à l'eau, indépendamment de son pouvoir d'achat.» Pour autant, M.Petrella n'est pas opposé à la tarification et au «paternalisme mou », qui vise à encourager de manière imperceptible les comportements individuels bénéfiques pour la société.«L'Organisation mondiale de la santé estime que chaque personne a besoin de 50 litres d'eau potable par jour.Je pense que cette eau devrait être gratuite, que son coût devrait être supporté par la fiscalité générale.Ensuite, on pourrait avoir une tarification inférieure au coût de production pour une consommation allant jusqu'à 120 litres, une quantité acceptable pour le bien-être existant dans les pays riches.Jusqu'à 250 litres, il pourrait y avoir un tarif progressif, et audelà l'alimentation serait coupée.» Cette limite de 250 litres pourrait être relevée dans certains pays en fonction de la capacité des ressources aquifères.La Ville de Montréal estime que la consommation dans les résidences est de 460 litres par jour par habitant.C'est trois fois plus que la moyenne française, si on se fie à un rapport de l'École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg.L'agriculture, responsable de 70% de la consommation mondiale d'eau (contre 20% pour l'industrie et 10% par les ménages), devrait elle aussi bénéficier de la gratuité d'une certaine quantité.«Le Programme alimentaire mondial estime que toute communauté humaine devrait avoir environ 200 litres par personne par jour, tous usages confondus.Ça devrait être pris en charge par la communauté.» M.Petrella cite en exemple la ville de Paris, la seule au monde à avoir un réseau d'eau indépendant pour les industries, les pompiers et le nettoyage des rues - ce qui évite des frais importants d'assainissement.L'économiste italien s'oppose d'une manière générale au dessalement de l'eau, à moins qu'on ne parvienne à installer les usines en pleine mer, pour que l'eau chaude qu'elles rejettent n'endommage pas les fragiles écosystèmes côtiers.Et il pense que le tourisme n'est jamais bénéfique pour les pays en voie de développement, notamment parce qu'un touriste d'une station balnéaire consomme jusqu'à 1100 litres par jour.Ce prélèvement d'une ressource naturelle non renouvelable ne compense pas les maigres gains qu'amènent les emplois touristiques.D'où vient cet intérêt pour les inégalités ?«Arrivé à l'université, j'ai dû m'exiler à Florence, où ma mère était née.J'ai pu constater les inégalités énormes entre le nord et le sud du même pays.» Manifeste de l'eaupour leXXIe siècle Riccardo Petrella Fidès, 94 Pages, 12,95$ HH 1/2 ESSAIS L'eau selon Riccardo Petrella SIGNET CHANTAL GUY Ah non.Pas encore.Eh que j'haïs ça! Un autre livre sur le Canadien.Comprenez-moi, depuis la mort de mon père il y a trois ans, quand je tombe sur un livre concernant de près ou de loin le Canadien de Montréal, cela me rappelle douloureusement que ce sera un autre livre que je ne pourrai pas lui donner en cadeau.Et il y en aura bien d'autres puisqu'on en a pour des mois encore à célébrer le centenaire du Tricolore.Et Noël qui s'en vient.Cette fois, il s'agit d'un livre de mon col lègue André Duchesne, Le Canadien, un siècle de hockey à La Presse.Au lancement cette semaine, j'ai feuilleté ce beau livre, un travail colossal d'André, qui s'est tapé un siècle d'archives du journal, l'un des rares médias à avoir couvert le Canadien depuis ses débuts, puisque La Presse fête ses 125 ans.En exergue, André écrit: « À la mémoire de mon père, Hubert Duchesne, et celle de ma mère, Jeannine Rozon.À ma grande soeur, Diane Duchesne.Comme des millions de Québécois, c'est avec eux, en famille, que j'ai découvert le Canadien de Montréal, devant le petit écran.» Je fais partie de ces millions de Québécois soudés par le hockey, de gré ou de force.Famille nucléaire comme celle d'André ; la fille d'un père qui ne ratait aucun match depuis son enfance, d'une mère veuve-du-hockey et la grande soeur d'un petit frère complètement freak de Patrick Roy.J'avais honte certains soirs d'inviter des amis chez moi.L'année de la Coupe (1993), à chacun des matchs de la série, mon frère s'habillait en gardien de but, installait son filet devant la télé, étalait devant lui toutes les cartes des joueurs et sa coupe Stanley miniature dans l'espoir que cet autel patenté fasse gagner les Glorieux.Il imitait chacun des gestes de Patrick Roy, se figeait intensément dans le style « papillon », sous les yeux ahuris de mes invités.Dans son enthousiasme, il lui arrivait de briser une lampe ou un bibelot avec son bâton.Et si Roy en laissait passer une, mon père faisait descendre tous les saints du ciel, mon frère défendait son héros (ce n'était jamais la faute de Patrick), ça finissait dans les larmes et les cris, et ma mère disait: « Arrêtez, c'est juste du hockey, franchement! » Freak, je vous dis.Mes soupirants, pour la plupart des intellos qui n'avaient jamais regardé un match de leur vie, se demandaient dans quelle famille de fous ils allaient devoir passer la soirée.J'ai souvent haï le hockey.Ça m'empêchait de lire en paix.J'ai compris que c'était vraiment sérieux, voire grave, à la mort de Maurice Richard, en 2000.Papa et frérot, à qui il fallait tordre les deux bras pour les traîner aux funérailles de la parenté, sont allés d'eux-mêmes, sans nous prévenir, se recueillir sur le corps du Rocket à la basilique Notre-Dame.Or, ni l'un ni l'autre ne l'avait jamais vu jouer ! Alors cela ne m'étonne pas que, cet hiver, le professeur Olivier Bauer, de la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal propose le cours: « Le Canadien est-il une religion?» J'attends pour ma part que la faculté de psychologie se penche sur l'importance indéniable du hockey dans la relation père-fils.Combien sont-ils de garçons au Québec à avoir le hockey comme liant affectif à ces pères souvent silencieux qui se montrent soudainement volubiles (et mal engueulés) dès que le Canadien saute sur la glace?Plus qu'à l'église, c'est dans la bouche des pères regardant le hockey que se sont transmis au Québec les « saints sacrements ».Il y a tout cela dans Le Canadien, un siècle de hockey à La Presse, qui fourmille d'anecdotes savoureuses, et ce que nous retrouvons en filigrane, c'est une histoire familiale, au fond.Chaque grand moment du Canadien est associé à un souvenir personnel, on s'en rend compte à la lecture du livre.À Noël, faute de pouvoir donner ce livre à mon père, je vais le donner à mon petit frère, c'est sûr.COURRIEL pour joindre notre journaliste: cguy @lapresse.ca Au nom du père, du fils et du hockey DANIEL LEMAY Présenté comme « le bûcheron canadien », il chantait Ros'mont sous la pluie dans les boîtes parisiennes alors qu'ici, la province duplessiste n'en avait encore que pour la chansonnette française.Drôle de bûcheron, qui s'accompagnait au ukelele et n'entrait jamais en scène sans le chapeau de feutre de nos pères, de la plus urbaine tradition.Raymond Lévesque a grandi dans les escaliers de la rue Saint-Hubert.Grand pataud aux genoux enflés, il était pour ses compagnons « Mayonnaise Raymond, 5 cennes le p'tit pot », du nom d'une marque populaire des années 40.Plus tard, sa belle-mère l'obligera à porter des culottes courtes alors que ses amis s'habillaient « en hommes ».« Pourquoi il boude, Raymond?» À 18 ans, le fils de l'éditeur Albert Lévesque avait perdu deux mères et une oreille.Quant aux relations avec son père, elles resteront toujours difficiles, absorbé qu'était le monsieur par sa propre insécurité face au lendemain.Comment se surprendre que le fils, dans la jeune vingtaine, se promène déjà comme un écorché vif, cherchant dans l'alcool - qui restera son lot quotidien - l'impossible réconfort?Heureusement, il y avait la chanson.Ou est-ce là le malheur?Raymond Lévesque - Une vie d'ombre et de lumière nous fait voir comment ce grand timide à l'accent chuintant s'est fait connaître dans les boîtes de Montréal avant de passer à la radio, où il a été un des premiers à faire dans la « chanson canadienne ».Qu'il emportera dans ses maigres bagages à Paris où il côtoiera les Barbara, Brel, Brassens et autres voix montantes.À son retour au pays (en 1958), c'est la télévision qui le fera connaître au grand public, comme comédien puis comme chansonnier.La grande qualité de la biographie de Céline Arsenault est de nous montrer à quel prix s'est fait ce douloureux cheminement.Dans un style dont la sobriété fait oublier quelques clichés, Mme Arsenault a su mettre à profit la proximité de ses sources, elle qui, après son divorce avec Raymond Lévesque, est restée « son amie », « son accompagnatrice » et la « traductrice » du poète sourd, qui lui a ouvert les carnets où il notait tout.Les contradictions de l'homme Si l'auteure a gardé un parti pris favorable à son « sujet », elle ne cache rien (565 pages !) des ombres contradictoires de cet homme « obsédé par le suicide » qui, disant ne croire en rien, n'en fait pas moins baptiser ses enfants.Il en aura cinq, de trois femmes et sur deux continents, apport vaste à la notion de « famille reconstituée ».Pour la plupart des gens, Raymond Lévesque reste l'auteur de Quand les hommes vivront d'amour (1956), « chanson du siècle » qui, par son caractère universel, survivra justement à son siècle, hymne à l'humanité qu'ont chanté, depuis 60 ans, des interprètes aux horizons aussi différents qu'Eddie Constantine, Gerry Boulet et Luce Dufault.Pour certains, il est le « poète des travailleurs », le militant de toutes les causes, la voix des gagne-petit dont il s'est toujours réclamé : « Toute ma vie, je me suis fait fourrer.» Par la convergence dynamique de cette paranoïa et de la force de manipulation qu'acquièrent tous les gens de scène de talent, cette image de perdant aura plutôt bien servi le « pionnier oublié ».à qui on ne finit plus de rendre hommage.Icône du mouvement nationaliste - Raymond Lévesque a écrit Bozo-les-culottes pour les militants du FLQ -, il représente pour d'autres un naïf aux horizons dépassés qui soutient encore que « le problème, c'est les Anglais ».« Les soldats seront troubadours », écrivait Raymond Lévesque, le troubadour devenu soldat.« Chaque homme porte en lui son ciel et son enfer.» Raymond Lévesque- Une vie d'ombre et de lumière Céline Arsenault Ed.de l'Homme, 587 pages 4,95 $ HHH BIOGRAPHIE Bozo dans la lutte des jours PHOTO ARCHIVES LA PRESSE Raymond Lévesque a une part d'ombre que sa biographe, Céline Arsenault (ex-femme du chansonnier), n'hésite pas à évoquer dans Une vie d'ombre et de lumière. LECTURES SYLVIE ST-JACQUES TRACADI E-SHEI L A , N.-B.\u2014 «Quand j'étais jeune, les gens parlaient tout bas de la lèpre.Maintenant, il y a des voyageurs de l'Australie et de l'Europe qui viennent ici pour visiter le musée de Tracadie.Onn'a jamais eu un auteur international qui a mis le Nouveau- Brunswick dans une phrase», lance fièrement Andrea Léger.Mme Léger nous a invités à manger de la poutine râpée.Et pour «bavasser, ricasser pis tout le reste».Dans sa cuisine de Moncton, nous faisons connaissance avec les membres de sa famille et avec ses invités d'honneur: l'auteure Kathy Reichs et son compagnon de vie, l'odontologiste Robert Dorion.Un peu plus tard en aprèsmidi, l'alter ego de Temperance Brennan rencontre le club de lecture du festival littéraire Frye et répond aux nombreuses questions sur la série télé Bones, sur son quotidien d'anthropologue judiciaire à Montréal, sur ses interventions au Rwanda ou au Guatemala.Devant une salle bondée de fans de ses livres et de la série télé, elle relate les événements qui lui ont inspiré le récit de Terreur à Tracadie.Il y a d'abord eu ces ossements d'enfants trouvés sur le bord d'une autoroute près de Rimouski, qui dormaient dans une boîte de son bureau de Montréal.Encore fraîche à son esprit était aussi l'histoire de Raoul Léger.À la demande de la famille Léger, elle a pratiqué une autopsie sur ce missionnaire trouvé mort au Guatemala en 1982.«Andréa est un véritable pitbull.Elle m'a envoyé une centaine de courriels », raconte Kathy Reichs.Les soeurs Léger ne connaissaient ni d'Ève ni d'Adam l'anthropologue judiciaire la plus célèbre au monde - ses romans sont publiés dans 35 pays - lorsqu'elles ont pris contact avec elle pour l'autopsie de Raoul Léger.Reichs travaillait alors sur le site de Ground Zero et venait de compléter l'écriture de Bare Bones, dont l'intrigue tourne autour d'une fosse commune au Guatemala.Elle a accepté de faire l'autopsie de Raoul, exhumé 20 ans après sa mort dans la guerre civile guatémaltèque.Un événement qui lui a fait découvrir la générosité et la ténacité des Acadiens.« C'est comme ça que j 'ai décidé d'imaginer une histoire qui se passerait au Nouveau- Brunswick.Pour écrire, j'a i besoin de sentir l'air, l'atmosphère d'un lieu.J'ai pensé que la famille Léger serait une ressource formidable pour m'aider dans mes recherches», résumet- elle, passant de l'anglais à un français très correct.Le silence de la lèpre Quelques années après l'autopsie, Kathy Reichs a donc repris contact avec les soeurs de Raoul Léger pour nourrir l'écriture de son 10e roman.En séjournant au Nouveau-Brunswick, Kathy Reichs a fouillé un pan méconnu de l'histoire acadienne : l'épidémie de lèpre qui a sévi pendant plus d'un siècle.«J'ai trouvé fascinant d'apprendre qu'il y a eu, à Tracadie, une léproserie qui a fermé ses portes en 1964», dit celle qui, dans son dernier roman, relate l'amitié d'enfance entre Tempe Brennan et deux soeurs acadiennes prénommées Évangéline et Obéline.En compagnie de Kathy Reichs et des frangines acadiennes Andréa et Cléola Léger, nous retournons sur les lieux des recherches de Kathy Reichs et, bien sûr, d'une tragédie qui a longtemps été l'objet de douleur, de honte et de silence.Au musée h is tor ique de Tracadie-Sheila, tenu par les soeurs hospitalières de Saint- Joseph qui ont soigné les lépreux pendant un siècle, la religieuse Zélica Daigle parle des visiteurs qu'elle rencontre, qui découvrent des années plus tard qu'une grand-mère ou un oncle ont été emportés par la lèpre.«À Tracadie, l'histoire de la lèpre a toujours été cachée.La jeune génération découvre ça aujourd'hui et ça devient quelque chose du patrimoine.Il y a encore des gens qui sont réticents à dire que le grand-papa ou la grand-maman sont morts de la lèpre.» Terreur à Tracadie révèle aussi que, jusqu'à récemment, on devait mentir sur le lieu d'origine des produits provenant de Tracadie- Sheila parce que la seule évocation de ce nom terrifiait les gens.En visita nt le musée, on apprend notamment que les soeurs hospitalières ont soigné des lépreux venus de partout au Canada et dans le monde.Et en marchant dans le cimetière - qui offre une vue imprenable sur la résidence d'un autre Acadien dévoué à vaincre une épidémie : le Dr Réjean Thomas - on reconnaît des noms acadiens, mais aussi des patronymes chinois, russes, islandais.De retour sur les traces d'Évangéline et Obéline, Kathy Reichs a reçu un accueil royal de la population de Tracadie, lundi dernier.On lui a déroulé le tapis rouge à la mairie, au musée historique du lazaret et au club de curling, où les jeunes de la ville avaient organisé un souper-bénéfice en son honneur.C'est à croire que tous les citoyens de Tracadie avaient lu le livre, à voir tous ces gens qui voulaient se faire dédicacer leur exemplaire par Kathy Reichs.Une tâche dont l'auteure s'est acquittée avec une grande amabilité.«Bien sûr, il y a eu la douleur des lépreux.Mais c'est incroyable, aussi, de se rendre compte des énormes sacrifices qu'ont faits les soeurs pour prendre soin des malades.Pendant que j'écrivais Terreur à Tracadie, cette idée n'a jamais quitté mon esprit.C'est incroyable de revenir ici et de voir à quel point cela les a rendus heureux que le monde apprenne leur histoire.C'est le deuil collectif d'une communauté, d'une histoire qui a été enterrée.» En d'autres termes, la fiction a réconcilié un peuple avec son passé meurtri.Terreurà Tracadie Kathy Reichs traduit de l'américain par Viviane Mikhalkov Robert Laffont, 380 pages ENTREVUE / Kathy Reichs Kathy à Tracadie Passer par le Guatemala pour se rendre à Tracadie ?Dans son dernier roman, Kathy Reichs a arrimé le destin du missionnaire Raoul Léger, tué dans la guerre civile au Guatemala en 1982, avec celui des lépreux de Tracadie.La semaine dernière, Kathy Reichs était de passage au Nouveau-Brunswick pour parler de Terreur à Tracadie et pour rencontrer ses nombreux lecteurs acadiens.La Presse l'a suivie dans son périple.PHOTO ROBERT B.J.DORION, COLLABORATION SPÉCIALE Au cimetière des lépreux du lazaret de Tracadie-Sheila (fermé en 1964), où l'on voit ici Kathy Reichs, des familles entières emportées par la lèpre sont réunies.RÉGINALD MARTEL La citation liminaire décourage toute attente d'autofiction.Elle est empruntée à François Mauriac.«Les pélicans de la littérature, qui distribuent leurs entrailles, à mon âge ne me touchent plus.» Voire ! On ne m'abusera pas, vieil ami qui connais Jacques Folch-Ribas depuis bientôt 40 ans.Vrai, Les pélicans de Géorgie n'offre rien du déballage de tripes et autres entrailles dont se gavent beaucoup de liseurs.Ce roman est pourtant le plus révélateur de l'esthétique et, un peu, des opinions du romancier.Le plus risqué aussi, car il reprend, heureusement sans les épuiser et sans redites, les valeurs qui traversent l'oeuvre tout entière.En peu de mots : l'art, la connaissance et l'amour.Tout était dans Une aurore boréale (1974), une jeune fille et un Amérindien y échangeant amour et savoir.L'Amérique, dont la nôtre, est devenue le territoire de prédilection de l'écrivain, né dans une Europe écrasée par la guerre.Il a un faible pour le Sud des États- Unis, qu'il fréquente depuis longtemps.Il y trouve, je suppose, ces extrêmes ethniques, culturels et même climatiques qui sont le picotin de qui sait observer la réalité sans s'y dissoudre, sans surtout en faire un drame.Le protagoniste des Pélicans, qui est aussi le narrateur et ce n'est pas un choix innocent (ce n'est pas moi, mais.), va à Savannah, «la plus belle ville des États-Unis », pour affaires.Il est peintre, il est faussaire, il est marchand de tableaux.Il est alcoolique aussi, manière peut-être pour l'écrivain, qui boit à peine, de verser un peu de ce bourbon qu'on ne trouve que dans le Sud et les polars.«L'art n'est-il pas d'abord une parole, sans laquelle il n'existerait pas?» Voilà une colle, les parades se dérobent.Ce que donne à comprendre le roman, c'est que l'écriture est ici bien proche de la peinture.Sous la discrète ou violente apparence des formes et des couleurs se cache non pas un message, Dieu merci ! mais un appel au déchiffrement de la beauté, autrement dit à l'intelligence du monde.Parmi et entre les mots, même quête.Ce n'est pas rien et ce n'est pas tout.Ben oui, l'amour.Celui de l'inaccessible Mary, camarade de classe au temps des études en architecture, maîtresse alors indifférente qui maintenant , retrouvée à Savannah, refuse toute allusion au passé et veut cacher une carrière assez fabuleuse de coureuse d'hommes fortunés.Celui d'Ada, chauffeur de taxi et prostituée, jeune Noire dont la perfection physique fait d'autant plus mal que notre héros ne parvient pas à la traduire en quelques traits de crayon.Mary, «ce n'éta it pas de l'amour, je le vois bien, ce n'était que du bonheur (.)».Il en reste une incurable nostalgie, et une curiosité maladive.Avec les ressources de recalés comme lui, l'amoureux impénitent finira par savoir quelle vie a menée Mary, sans arriver pour autant à la connaître mieux.Ada est moins secrète, qui dit tout ce qu'elle pense et qui ne pense pas bête du tout.Quand le faussaire voyageur subit le choc du désir et fait d'Ada sa maîtresse d'occasion, on devine que c'est par rage contre lui-même et par dépit, étant incapable de s'emparer par le dessin de l'essence même de la jeune femme.Ainsi va la vie du narrateur, qui reprendra la route en emportant de nouveaux souvenirs, une sagesse capricieuse et inquiète, une pensée dont les arcanes restent intacts.On se souviendra de la vivacité de son style, de son talent pour les dialogues, de la pertinence de sa célébration de l'amour et de l'art.LITTÉRATUREQUÉBÉCOISE Pour l'art, pour la beauté Ce roman est le plus révélateur de l'esthétique et, un peu, des opinions du romancier.Les pélicans de Géorgie Jacques Folch-Ribas Boréal, 152 pages, 19,95 $ HHHH COOL, L'ANTHROPOLOGIE JUDICIAIRE.Invitée à parler de son travail d'anthropologie judiciaire et d'auteure de romans policiers à un club de lecture de jeunes de Moncton de 16 à 18 ans, Kathy Reichs a été bombardée de questions sur sa passionnante «double vie ».«En effet, la popularité des émissions comme CSI a créé un engouement pour mon métier chez les jeunes», confirme celle qui, depuis 1987, travaille pour le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de la province de Québec, en plus de travailler fréquemment avec le FBI et le Pentagone.Invitée d'honneur du Frye Festival de Moncton pour parler de son dernier roman, dont l'intrigue se déroule en Acadie, Reichs a bien sûr rencontré de nombreux fans de la série Bones (diffusée en anglais sur le réseau Fox et en français à Séries +), qui s'inspire des intrigues de Temperance Brennan.Et à tous ceux qui lui ont demandé comment on peut devenir anthropologue judiciaire, Kathy Reichs n'avait qu'un conseil à donner.«Faites vos sciences pures.Étudiez la chimie, la biologie.» - Sylvie Saint-Jacques LECTURES PRIX CANADA-JAPON André Duhaime et André Girard ont remporté le prix littéraire Canada-Japon pour Marcher le silence - Carnets du Japon, de la collection Ici l'ailleurs de Leméac ; MM.Duhaime, directeur littéraire du site Haïku sans frontières, et Girard, Prix Robert-Cliche 1991 pour son premier roman Deux semaines en septembre (VLB), se partagent la bourse de 10 000$.Du côté anglophone, le prix est allé au romancier albertain Darcy Tamayose pour Odori, qui traite de la diaspora d'Okinawa au Canada.Le journal de voyage des Québécois, lui, est un «haibun composé de courts textes en prose et de haïkus » dans lequel « fine poésie et prose de précision habitent avec le réel ».LA BD AU SLM Hachette Canada, en collaboration avec la librairie Planète BD de la rue Saint-Denis, aura un stand entièrement consacré à la bande dessinée, au cours du prochain Salon du livre de Montréal.Du 19 au 23 novembre à Place Bonaventure, les fans du genre pourront y rencontrer l'invité européen Olivier Dutto (Les p'tits diables, éditions Soleil) et plusieurs bédéistes québécois dont Djief (Le crépuscule des dieux, Soleil), Kan-J (Blackwood, Soleil) et Eva Rollin (Mademoiselle, Glénat Québec).DEUXMOTS\u2026 Olivier Rolin, auteur du roman Chasseur de lions, un des titres favoris des grands prix littéraires de l'automne, est à la librairie Monet aujourd'hui à 14h; la rencontre est animée par Tristan Malavoy-Racine\u2026 Demain, le Goethe- Institut Montréal (418, rue Sherbrooke Est, 19 h) présente une lecture de poésie trilingue avec la Québécoise Denise Desautels, l'Ontarien Ken Babstock et le poète allemand Lutz Seiler\u2026 Dans un tout autre ordre d'idée, lundi marque le retour du cabaret « littéraire» Bio Dégradable, où des comédiens lisent des extraits des autobiographies de vedettes québécoises telles Mario Pelchat, Chantal Pary et André Montmorency ; à 20h à l'étage du chic Café Cléopâtre (1230, boulevard Saint-Laurent) ; apportez votre 20$.AU PIED DE LA LETTRE DANIEL LEMAY Eva Rollin PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE Pas étonnant que les ados l'adorent.India Desjardins est aussi irrésistible que son héroïne Aurélie Laflamme dont les aventures, qui seront bientôt portées à l'écran, se poursuivent cette année dans un cinquième tome intitulé Championne.JADE BÉRUBÉ COLLABORATION SPÉCIALE Le succès retentissant de la série Aurélie Laflamme semble là pour le prouver: India Desjardins a touché le coeur des adolescents avec son héroïne de 14 ans, dont le père est décédé et dont la mère est incapable de donner à sa fille une image de la mort.«En 2005, je me suis posé énormément de questions sur la mort, sur mes croyances, indique l'auteure, qui a dû se relever d'une embolie pulmonaire.Je me suis demandé par le fait même comment les jeunes d'aujourd'hui vivent ces questionnements existentiels sans les repères spirituels qui pouvaient exister à d'autres époques.«Les jeunes sont nourris de films où le héros est parfait et où tout finit bien alors que, dans ma propre enfance, je me rappelle que les dessins animés finissaient toujours mal, poursuit- elle.J'ai réfléchi à un moyen de faire un sain mélange des deux: un personnage qui traverserait plein d'obstacles mais avec humour, avec sa façon toute personnelle de répondre à ses questions existentielles.Autant les héros des romans fantastiques combattent des monstres et des dragons, autant j'avais envie ici d'un personnage qui combat ses démons intérieurs et les monstres du quotidien, que ce soit une araignée, l'échec d'un devoir de maths ou la remarque d'un professeur.Le quotidien, c'est aussi une aventure.» Le succès de ses romans est tel (275 000 livres vendus) que l'on qualifie déjà l'auteure de «J.K.Rowling du Québec ».Certains éditeurs commencent à vouloir profiter de la vague, avec plus ou moins de succès.«En tant qu'auteure pour les jeunes, il faut surtout être responsable des valeurs que l'on veut transmettre, fait remarquer India Desjardins.J'ai écrit pour les jeunes dans diverses publications et je caressais depuis longtemps l'idée d'écrire un roman pour eux, mais je ne l'ai pas fait avant d'avoir trouvé quoi leur dire.Pour moi, c'est un aspect primordial.J'ai eu envie de leur dire que l'on peut se relever après être tombé et que c'est juste une autre sorte de happy ending.» Le saut de l'ange L'ancienne journaliste a choisi un jour de tout laisser tomber pour se consacrer à l'écriture d'un premier roman intitulé Les aventures d'India Jones.«Je ne me voyais pas journaliste toute ma vie », explique celle qui n'a alors gardé que quelques contrats, question de payer le loyer et l'épicerie.«Je n'avais aucune assurance d'être publiée.D'ailleurs, mon premier manuscrit a été refusé partout avant que la deuxième mouture ne soit finalement acceptée.Mais ce n'était pas grave, car je savais que c'était ce qu'il fallait que je fasse.Ce n'était même pas un rêve, c'était réellement un besoin.» Forte d'un retentissant succès, l'auteure a accepté la proposition de Film Vision 4 (Mademoiselle C) de porter au grand écran le premier tome du Journal d'Aurélie Laflamme.Le fondateur de Kino, Christian Laurence, en signera la réalisation.« Je suis bien sûr emballée, mais j'ai aussi eu beaucoup de deuils à faire, avoue Desjardins, qui a coscénarisé le projet.Il a toujours été clair pour moi que tout le monde est Aurélie.Et les lecteurs, à ma grande joie, continuent de me le confirmer.Je reçois tellement de courriels de jeunes qui se reconnaissent en elle, de la jeune Chinoise qui est au Québec depuis cinq ans aux garçons qui m'écrivent qu'ils s'identifient à elle ! Je n'ai pas appelé le premier tome \"Extra-terrestre ou presque\" pour rien.Le dénominateur commun, c'est le sentiment de ne pas être comme les autres.La définir dans un film m'a fait un peu peur.» Difficile de ne pas percevoir l'attachement qu'éprouve India Desjardins envers les ados.«Avec mon expérience au magazine Cool, je crois avoir acquis une capacité de me connecter à eux et de les décrypter.Peut-être parce que lorsque j'étais ado, je souffrais de me sentir si incomprise des adultes.On parle toujours du faible pourcentage d'ados qui vont mal et moi, j'avais envie de parler des jeunes qui sont beaux, motivés et intéressants, si l'on s'intéresse à eux.» L'auteure confirme que l'aventure Aurélie Laflamme prendra fin dans un huitième tome dont la conclusion semble déjà écrite.«Je me laisse le droit d'y déroger, mais il y a un destin dans tout ça.» Un destin que l'auteure garde bien caché derrière son sourire canaille.Mais pas de panique.Il reste encore trois tomes avant qu'Aurélie ne coiffe la toge et le mortier.Le journal d'Aurélie Laflamme, t.5, Championne India Desjardins Les Intouchables, 295 pages, 14,95$ ENTREVUE/ India Desjardins Formidable India PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE India Desjardins remet sa plume au service d'Aurélie Laflamme, en attendant que les aventures de sa jeune héroïne soient portées à l'écran.MATHIEU PERREAULT Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, et Conan ont des destins étroitement liés.Et pourtant, le personnage du barbare cimmérien n'a pas attendu le célèbre acteur pour épater la galerie.Le monsieur muscle préhistorique imaginé par l'auteur américain Robert Ervin Howard dans les années 30 a toujours compté un fan-club bien garni.Pour célébrer les 75 ans de Conan, la maison d'édition Bragelonne publie cet automne une anthologie des 14 nouvelles de la série.C'est la première fois qu'elles sont publiées dans l'ordre où Howard les a écrites.«Howard a imaginé les histoires de Conan comme si elles étaient racontées par un vieux guerrier au crépuscule de sa vie, explique l'éditeur de l'anthologie, Patrice Louinet, professeur d'anglais parisien qui s'est hissé depuis une quinzaine d'années au sommet de la «conanologie» mondiale.Le problème, c'est que, dans les années 50, un éditeur a décidé de les rééditer de manière chronologique en fonction de l'âge de Conan.Il a écrit de nouveaux épisodes et a empêché pendant 50 ans toute réédition qui ne suivrait pas le modèle qu'il avait tracé.» Cet éditeur, Lyon Sprague de Camp, est mort en 2000, laissant le champ libreàM.Lounier.En2003, il a publié, avec un éditeur britannique, une version anglaise des 14 nouvelles originales, dans l'ordre prévu par Howard.Il a ensuite pu lancer la même anthologie aux États-Unis, et vient de tout traduire pour le marché francophone.Sprague de Camp est honni par plusieurs sites internet consacrés à Conan.M.Lounier, lui, pense qu'il n'a pas que des défauts.«C'est tout de même grâce à lui que Conan est devenu si populaire.Il a lancé la première série de poche, ce qui a suscité l'intérêt de Marvel.La série en bande dessinée a popularisé Conan, ce qui a mené à la sortie du film avec Schwarzenegger en 1982.» Howard est mort en 1936 à l'âge de 30 ans.Sa disparition, jointe aux aléas géopolitiques mondiaux, a repoussé à la fin des années 40 la première édition complète des nouvelles de Conan.C'était une série de luxe, qui n'a pas fait de malheur en librairie, selon M.Lounier.Le créateur de Conan s'est suicidé.«Il a toujours eu des idées noires, on le voit dans sa correspondance, dit M.Lounier.Il a probablement attendu la mort de sa mère - il a toujours habité avec ses parents - pour passer à l'acte.Évidemment, la crise économique n'a pas aidé.» La famille Howard a été plutôt épargnée par la disette, car le père était médecin et recevait des paiements sous forme de vivres.Mais l'écrivain a perdu toutes ses économies dans la faillite des banques locales.«C'est le premier écrivain de Fantasy qui prend un langage proche du peuple.Avant, les auteurs étaient plus littéraires, plus britanniques, dit M.Lounier.C'est probablement à cause de la catastrophe économique.Le monde devient menaçant, violent, et les gens veulent se reconnaître dans les héros.En quelque sorte, ce n'est peut-être pas un hasard, vu les crises géopolitiques et économiques, si les anthologies de Conan ont été republiées ces dernières années.» Les 75 ans de Conan le barbare Héros même sans Schwarzenegger Conan le Cimmérien, premier volume Robert E Howard Bragelonne, 575 pages, 39,95$ HHH LECTURES ANABELLE NICOUD «Êtes-vous un amoureux du Québec?» La question aussitôt posée, aussitôt regrettée en raison de son insignifiance, fait jaillir, chez Jean-Paul Dubois, vague à l'âme et flot de réflexions.Des blessures qui jalonnent l'histoire du Québec, du métissage au poids des églises, Dubois pèse, souspèse, analyse les sentiments que lui inspire la province.Soudain, il s'interrompt: «Ne m'écoutez pas, jedis quedes conneries », se justifie «en fait, je ne suis pas compétent», et constate: «À mon âge, je découvre encore plein de choses et des moments d'histoire.En fait, on n'en sait jamais assez pour comprendre.» Prenez Speak White, auquel le narrateur des Accommodements raisonnables fait référence.«Il y a une dignité incroyable dans ce texte », dit Jean-Paul Dubois.Poème fondamental, éclairant, incontournable dans l'histoire de la province.Un poème souvent méconnu hors de nos frontières.Prenez aussi ces Accommodements raisonnables.Joyaux de la discorde dans la province entière, le concept juridique canadien devient, sous la plume de Dubois, une poésie.«Je trouve ça joli.L'expression inclut de la douceur, une forme de paix, d'apaisement.Ça marche dans la sphère privée: après le conflit, c'est l'apaisement que vous trouvez propice aux accommodements raisonnables.» S'accommoder de la vie, de ses contraintes, de soi-même, «ce n'est pas glorieux, mais c'est terriblement humain», estime Jean-Paul Dubois.Dans ses Accommodements, donc, on retrouve Paul, notre narrateur, sa femme, Anna, frappée de mélancolie, ou encore son père, en plein revirement existentiel.Douze mois feront presque chavirer leurs existences.Douze mois, c'est aussi le temps qu'il a fallu à un président bien connu des journaux à potins pour mettre à mal «une certaine idée de la France ».«Notre mur de Berlin s'est écroulé pendant ces élections.Une époque a fini.On est passés de la tragédie shakespearienne à Desperate Housewives », regrette Dubois.La tendance se maintient puisque, depuis quelques mois, plusieurs personnalités publiques se plaisent à clamer, dans les médias français, qu'ils ne sont pas les pères de l'enfant d'une ministre enceinte et en vue.«On voit les types se comporter comme des acteurs de tele-novela, avec des histoires demari, femmes, amants dans le placard», soupire-t-il.«Ce monde-là, qui est le monde de la fiction, arrive en politique», poursuit Dubois, qui fait le parallèle entre notre époque et ses personnages.«Je n'aime pas la fiction absolue, je trouve que c'est un truc compliqué.Sortir une histoire comme ça, créer des personnages qui n'ont jamais existé, c'est quelque chose que je n'arrive pas à imaginer.» Les accommodements raisonnables se déploient autour de l'élection d'un président-soleil et d'une grève à Hollywood, lieu de fabrique, s'il en est, de la fiction et de l'illusion.Quoi de plus étrange que de faire grève pour quelque chose «qui n'existe pas»?«J'ai souvent l'impression d'assister à de la fiction.Même quand c'est sérieux, je ne peux m'empêcher de me demander quelle est la crédibilité de ce monde.Est-ce que je peux être raisonnable dans ce monde?Plus ça va, plus il m'apparaît que non», affirme Dubois.«Comment prendre un pays au sérieux quand la vice-présidente est créationniste?Comment peut-on raisonnablement, sans être extrémiste, prendre ces gens au sérieux?Quand notre monde fonctionne sur des bases comme ça, je n'arrive pas à le prendre au sérieux», tranche l'auteur.On pourrait lui répondre que lui aussi participe, en écrivant, à la fabrique de la fiction.Il nous devance: «Un jour j'ai pesé mes livres.Ils faisaient 27 cm et 3,450 kilos.J'avais passé 10 ans de ma vie à faire ça.C'est à la fois embarrassant et ce n'est rien.C'est quelque chose et c'est rien, parce que c'est à mi-chemin de la psychanalyse, de la fiction.Si on réfléchit à ça, c'est franchement troublant.» Le succès et les best-sellers, l'auteur d'Une vie française, Kennedy et moi ou Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, s'en moque un peu.«On ne règle jamais les vrais problèmes, les véritables inquiétudes.La véritable inquiétude n'est jamais dans mes livres, elle est dans ma vie », explique-t-il.Une heure a passé depuis la première et insipide question.Jean-Paul Dubois s'excuse presque d'avoir tant parlé, et si peu de son dernier livre.Il justifie son manque d'aisance dans le registre interview: «J'arrive pas à être efficace.Ça m'emmerde, ça me fait chier.» Vous n'êtes pas raisonnable, mais vous êtes tout pardonné, M.Dubois.Les accommodements raisonnables Jean-Paul Dubois Éditions de l'Olivier, 260 pages, 29,95$ ENTREVUE / Jean-Paul Dubois Dubois, l'Américain Les accommodements raisonnables, Sherbrooke et Michèle Lalonde apparaissent dans le nouveau roman de Jean-Paul Dubois, Les accommodements raisonnables.De nouveau au Québec, l'auteur et journaliste français en profite pour faire la promotion de son dernier livre, qui se déroule entre Toulouse, Hollywood et Disneyland.PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE Une fois de plus, l'écrivain Jean-Paul Dubois fait une place au Québec dans l'un de ses romans.MARC-ANDRÉ LUSSIER L'historien du cinéma Yves Lever, qui a notamment codirigé le Dictionnaire de la censure au Québec, s'intéresse dans ce nouvel ouvrage au parcours de Joseph Alexandre De Sève, premier nabab québécois du monde du cinéma et de la télévision.Aucune biographie n'ayant encore été publiée sur cet homme d'affaires redoutable, le lecteur prendra d'abord plaisir à replonger dans une époque où la distribution de films en français en était à ses premiers balbutiements chez nous.Ayant joué un rôle majeur chez France-Film dès les années 30, De Sève commence en effet à importer des oeuvres venues d'Europe, offrant ainsi aux cinéphiles une alternative jusque-là inexistante.Adepte de la convergence à une époque où le concept n'était pas encore identifié, De Sève a aussi été mêlé à la production des premiers films québécois populaires des années 50.Il s'est positionné ensuite avantageusement en fondant au tournant des années 60 la première station de télévision privée francophone, Télé-Métropole (aujourd'hui le réseau TVA).Visiblement bien documenté, l'auteur reconstitue dans ce bouquin «cet immense casse-tête» qu'est la vie de J.A.De Sève, un homme relativement secret, qui brouillait parfois lui-même des pistes à propos de certains éléments de sa propre vie.L'aspect personnel de la vie du bâtisseur, évoqué ici pour mieux comprendre son parcours professionnel, se révèle pourtant moins pertinent dans ce contexte.En revanche, les méthodes de l'homme d'affaires, décrites avec force détails, sont fascinantes.Qu'on pense à la façon avec laquelle De Sève gère ses entreprises, ou à sa manière de composer avec la censure.Par exemple, il n'hésite pas à charcuter les films, les remonter, et même à insérer dans un film français de nouvelles scènes plus moralement acceptables, qu'il fait tourner à Montréal! Lever consacre aussi quelques chapitres à Télé-Métropole, s'attardant notamment à toutes les tractations qui ont mené à sa naissance.On y apprend en outre que le projet a essentiellement été présenté au «Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion» sous le prétexte «d'inculquer aux gens le culte des belles et grandes choses».BIOGRAPHIE Le parcours du premier nabab québécois du cinéma Même quand c'est sérieux, je ne peux m'empêcher de me demander quelle est la crédibilité de ce monde.J.A.De Sève\u2014 Diffuseur d'images Yves Lever Michel Brûlé, 300 pages, 19,95$ HHH Boréal félicite les finalistes des prix littéraires du Gouverneur général 2008 Marie-Claire Blais Monique Proulx Adèle lauzon André Major Camille Bouchard Romans et nouvelles Études et essais Littérature jeunesse·texte Naissance de Rebecca à l'ère des tourments Champagne Pas si tranquille L'Esprit vagabond Trente-neuf LECTURES LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Quatuor en sida Digression inaugurale n'ayant rien à voir avec ce roman de Tristan Garcia: j'ai pensé à Lucien Bouchard! C'est que la narratrice, page 92, se rappelle ceci que disait l'un des personnages du quatuor qui traverse les années sida en France, le philosophe du groupe, Leibovitz: « je me souviens du temps où il affirmait que quiconque emploie le mot \u201cparesse\u201d pour désigner quelque chose de l'humanité est un penseur de droite.» Vlan pour le Lucide! La meilleure part des hommes (on la cherche, on la trouve dans la mort suppliciée, assumée, effaçante, de la figure principale du groupe, Willie, ce n'est pas drôle, c'est assez stupéfiant) est un récit si étonnant, et réussi, qu'on se demande lequel des exploits d'écriture est le plus considérable chez Garcia dès ce premier roman que les jurys retiennent aux sélections (Renaudot, Médicis, Flore, Décembre).Comment ce garçon, né en 1981, a-t-il pu à ce point faire revivre la tornade sida et sa sous-culture sphérique et guerrière qu'il n'a pas pu vivre ?Avec quelle habileté innée s'est-il glissé, à son premier ouvrage, dans la sensibilité du regard d'une femme, narratrice de ce maelström intellectuel et politique que souleva la terrible épidémie en ses débuts et ses évolutions ?Élizabeth, journaliste à Libération, ne parlant jamais d'elle-même (son histoire n'est pas dite), observatrice du groupe, du débat et du drame, est l'amie indéfectible de Willie, ce garçon monté à Paris avec sa beauté et sa pureté destructrice, l'amante occasionnelle de Leibovitz, philosophe et juif qui passe à la télé avec un «style inimitable comme ses cheveux », et la collègue complice de «Doumé», belle gueule qui fonde le premier mouvement d'émancipation de l'homosexualité en France.Elle est l'oeil, la moraliste et le coeur, quand Willie, «Leibo» et Doumé sont les gladiateurs du forum qui, au tiers des années 80, s'enflamma.Ave Sida: Morituri te salutant.Alors que Doumé devient le nouveau prêtre de la religion de la protection, curé de la capote, Willie, entré dans ce club des idées et discours sans y être assez habile, va, au contraire, être accusé d'être, et le revendiquer, l'apôtre des relations sexuelles non protégées, le sida étant pour lui condamnation et rédemption à la fois, être sodomisé par la mort étant une béatitude.Mais, attention, rien n'est caricaturé et Garcia, via sa narratrice, ouvre et décortique les nuances, les certitudes, les colères; son ami, son amant et son collègue frottent leurs tempéraments l'un aux autres et, dans ces yeux de femme, des hommes se débattent qui vont, l'un mourir, l'un s'assagir avec héritage familial, l'autre devenir ministre.\u2014 Robert Lévesque, collaboration spéciale La meilleure part des hommes Tristan Garcia, Gallimard, 309 pages, HHHH NORBERT SPEHNER POLARS COLLABORATION SPÉCIALE Qu'i l ait été t r istement réel comme Jack l'Éventreur, ou hor riblement f ic ti f comme Hannibal Lecter, le tueur en série, ou serial killer, est devenu un personnage emblématique, une figure mythique, un croque-mitaine des temps modernes qui inspire encore et toujours romanciers, cinéastes et scénaristes de télévision.Et, en dépit du fait que le thème soit maintenant surexploité par nombre de tâcherons en mal d'inspiration, il arrive encore que l'on ait de bonnes surprises.C'est le cas avec Seul le silence, un thriller psychologique éblouissant de R.J.Ellory, et avec Les démons de Dexter, une comédie noire de Jeff Lindsay.Seul le silence est un polar psychologique d'une haute intensité dramatique qui raconte le destin tragique d'un écrivain, de l'adolescence à la vieillesse, une vie marquée dans le sang par les agissements d'un tueur de fillettes.Joseph Vaughan a 12 ans lorsqu'il découvre, dans son village de Géorgie, le corps démembré d'une fillette assassinée.C'est une des premières victimes d'une longue série qui bouleversera la vie des habitants de la région et celle de Joseph, qui est suspecté d'être le tueur.Pendant des années, la police reste impuissante jusqu'à ce que de nouveaux développements mènent à un coupable possible, qui choisit de se pendre.L'affaire semble classée.Des années plus tard, Vaughan est parti à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l'a profondément marqué.Il rêve de devenir écrivain.Mais les meurtres d'enfants recommencent.Joseph Vaughan est piégé par le tueur, qui s'en prend à ses proches.Pour mettre fin à ce long cauchemar, il devra affronter le monstre, dont l'identité ne sera révélée que dans les dernières pages.Seul le silence n'est pas une banale histoire de tueur en série.C'est un récit crépusculaire d'une noirceur absolue, du calibre de Mystic River (Dennis Lehane), qui se distingue par la qualité de son écriture et la complexité des émotions.Un roman formidable, à mettre d'office sur votre liste de lectures prioritaires.Précisons qu'en dépit de ce que suggère la couverture arrière, R.J.Ellory est un écrivain anglais (né à Birmingham) et non pas américain, et que ce livre magnifique est son cinquième roman (le premier à être traduit).Les démons de Dexter Changement de registre avec Jef f Lindsay ! On passe du tragique à l'humour noir, dans Les démons de Dexter, troisième volet des aventures de Dexter Morgan, le petit génie de l'hémoglobine.Connaissez-vous Dexter ?C'est un philosophe amateur, auteur de quelques perles de sagesse populaire comme cette remarque judicieuse: «Durant ces longues années passées à étudier les êtres humains, j'ai découvert que malgré tous leurs efforts ils n'ont encore trouvé aucun moyen d'empêcher l'arrivée du lundi matin.» Dexter Morgan travaille pour la police.Il est technicien de scène de crime, analyste de sang.Et le sang, il connaît, puisqu'il est aussi un serial killer.Mais attention, Dexter ne tue pas n'importe qui.Il a réussi à canaliser ses pulsions meurtrières.Dexter ne s'attaque qu'à des monstres, en particulier les tueurs d'enfants à qui il réserve un traitement de faveur: il les ligote sur une table avant de procéder à leur découpage qui n'a rien de narratif! À part ça, il est sympa, Dexter, sauf qu'il a un problème.À la suite d'un double homicide qui l'a particulièrement choqué, il a perdu sa voix intérieure, son « Passager noir» qui l'aidait à identifier les meurtriers.Ce silence l'angoisse, le rend impuissa nt, alors qu'un tueur retors menace les enfants de sa fiancée Rita.Car Dexter s'apprête à convoler en justes noces et ses problèmes domestiques interfèrent de manière comique avec ses tribulations meurtrières ! Recommandé pour les amateurs de bonnes comédies macabres et les fans de la série télévisée, qui en est à sa troisième saison! COURRIEL Pour joindre notre collaborateur : nspehner@sympatico.ca Seul le silence R.J.Ellory Sonatine, 498 pages, 31.95$ HHHH Les démons de Dexter Jeff Lindsay Michel Lafon, 324 pages, 27.95$ HHH Un silence de mort.Seul le silence n'est pas une banale histoire de tueur en série.C'est un récit crépusculaire d'une noirceur absolue, du calibre de Mystic River, qui se distingue par la qualité de son écriture et la complexité des émotions.NICOLAS BÉRUBÉ LOS ANGELES \u2014 La question peut sembler ridicule.Pour Thomas L.Friedman, elle est loin d'être drôle: l'avenir de la planète, dit-il, est entre les mains des politiciens et des gouvernements qu'ils dirigent.Une perspective terrifiante, qui le garde éveillé la nuit.Chroniqueur au New York Times et lauréat de plusieurs prix Pulitzer, Friedman fait depuis longtemps l'apologie de la mondialisation, du libre marché, de l'internationalisation du savoir et des technologies.Depuis quelques années, par contre, l'auteur n'a plus qu'un seul cheval de bataille : la révolution énergétique verte.Selon lui, aucun enjeu n'est plus important que celui de passer des sources d'énergie fossiles polluantes à l'énergie renouvelable et propre.Et cela ne se fera pas de façon volontaire, ou sans heurts.Selon lui, les solutions individuelles basées sur les choix de consommation et les habitudes de vie sont louables.Mais «voter avec son portefeuille » a des limites.«Il est plus important de changer ses dirigeants que de changer ses ampoules, écrit-il.Les gestes individuels sont nécessaires, mais le problème que nous devons régler est tellement gigantesque que cela ne suffit pas.Le changement doit venir d'en haut, des gouvernements.Ce sont eux qui peuvent orienter le marché de manière à déclencher une révolution verte qui changera la société.» Thomas Friedman est un drôle d'oiseau.Ardent critique de l'administration Bush depuis des années, il semble favorable aux idées du Parti démocrate.Or, il a été l'un des rares commentateurs centristes à appuyer la guerre en Irak, une position qui l'a mal servi dans les cercles progressistes.Friedman est doué pour simplifier les enjeux mondiaux et les défis qu'ils soulèvent.Le titre de son nouveau livre, Hot, Flat and Crowded, fait référence à trois réalités qui façonnent notre planète, selon lui.«Hot » représente le réchauffement climatique.«Flat », l'émergence d'un vaste réseau de communication et d'échange rendu possible par la mondialisation et l'internet.Et «crowded», pour l'explosion démographique qui menace de vider la terre de ses ressources d'ici la moitié du XXIe siècle.Exemples effarants Les exemples rassemblés par Friedman sur la consommation et la pollution sont effarants.La biodiversité disparaît à vue d'oeil.Les émissions de gaz à effet de serre s'accélèrent.Les Chinois commencent à vivre comme des Américains : cette année, la Chine a d'ailleurs ravi aux États-Unis le titre de pays le plus pollueur du monde.«Nous devrions cesser de définir notre époque comme étant \"post-guerre froide \", et plutôt l'appeler \"l'ère du climat et de l'énergie \", écrit-il.La question est de savoir si nous réussirons à prendre le virage vert à temps.» Pour Friedman, les entreprises sont capables d'innover pour trouver des solutions aux problèmes environnementaux.Or, le secteur privé a besoin de cibles à atteindre.C'est ici que le gouvernement entre en jeu.«Les États doivent fixer des normes vertes, et donner un délai raisonnable aux entreprises pour atteindre ces objectifs, écrit-il.Le rôle du gouvernement est de stimuler l'innovation, pas de rester en retrait.Les politiciens sont capables d'influencer l'avenir de la planète bien plus que chacun d'entre nous.» Plus qu'une synthèse Journaliste vulgarisateur, Friedman n'apporte pas d'informations inédites dans le débat.Or, son aisance à faire des liens entre des événements d'actualité et des découvertes scientifiques est remarquable.Son livre est plus qu'une synthèse des informations déjà connues.Il est un véritable appel aux armes.Friedman fait la démonstration par a plus b que notre mode de vie est irresponsable et voué à l'échec.Pour lui, la révolution verte aura aussi pour effet de créer des millions de nouveaux emplois dans les pays occidentaux, dont le leadership sera immanquablement imité par les géants émergents d'Asie.«Une stratégie verte ne signifie pas seulement faire de l'électricité sans polluer, écrit-il.C'est une nouvelle façon de générer de la richesse au sein d'une nation.» Le résultat est un livre brûlant d'actualité, qui se trouve à la rencontre de l'économie, des sciences et de la politique.Et un appel à la «plus grande tâche» de notre génération.Hot, Flat and Crowded Thomas L.Friedman Farrar, Straus and Giroux, 448 pages, 29.95$ EN ANGLAIS Les politiciens pourront-ils sauver la planète? LECTURES BIBLIO ATSA.QUAND L'ART PASSE A L'ACTION COLLECTIF ATSA, 140 PAGES, 25 $ HHH Plus qu'un album souvenir revenant sur 10 ans d'Action terroriste socialement acceptable (ATSA), de la part des fondateurs du mouvement, Pierre Allard et Annie Roy, cette publication prolonge leur demarche.Grace a une superbe conception graphique d'Orangetango, le lecteur se trouve plonge dans une nouvelle intervention de l'infatigable et inventif tandem empecheur de tourner en rond.De nombreuses photos font revivre la vingtaine d'actions citoyennes et les neuf Etats d'urgence crees par l'ATSA.Une entrevue avec les deux createurs resume leur vision de l'art et de l'engagement.Mais 10 ans d'ATSA, c'est surtout 10 auteurs reconnus qui poussent a la roue des changements que veulent provoquer Annie et Pierre.Il s'agit de 10 reflexions sur l'etat du monde et de notre societe qu'il faut voir comme autant de renvois au corpus de l'ATSA.Guy Sioui Durand et Louis Jacob en font une analyse plus serree, tandis que les autres posent leur pierre dans cette nouvelle installation atsaienne.Certains sont visiblement plus inspires que d'autres, mais tous font avancer un peu plus la reflexion sur des sujets comme la surconsommation, l'environnement et l'exclusion.Notamment, Laure Waridel, Steven Guilbeault, Sami Aoun et Louis Hamelin n'utilisent ni le prechiprecha, ni la langue de bois pour denoncer les machinations, la mecanisation et autres maudites machines.Mario Cloutier LES AMES VAGABONDES STEPHENIE MEYER JC LATTES, 617 PAGES, 29,95 $ HHH1/2 Stephenie Meyer fait, avec Les ames vagabondes, son entree en litterature pour adultes.Mais elle est deja une star pour les adolescents.Son roman Fascination, (Twilight en version originale) fait l'objet d'une adaptation cinematographique qui prendra l'affiche le 21 novembre et est parmi les films les plus attendus de l'automne.Quant au quatrieme tome de cette saga romantique .genre de Romeo et Juliette sur lequel aurait souffle le vent de Dracula et qui aurait trempe dans l'atmosphere des Hauts de Hurlevent .il nous arrivera le 14 novembre, s'intitule Revelation.et trone deja en France au sommet des palmares de vente.Alors, ces Ames vagabondes?On y reconnait tout a fait le style de la romanciere.La sensualite a fleur de phrases, alors qu'un simple regard suffit a faire fremir; et, bon, d'accord, les dialogues flirtant parfois avec le gnangnan.On le comprendra: la prose de Stephenie Meyer s'adresse aux romantiques incurables .un mal qui n'est pas fatal pour qui l'assume.Ce qui est pleinement le cas ici, dans cette histoire campee au croisement des X-Files et de Invasion of the Body Snatchers.Nous sommes dans un futur proche.La Terre a ete envahie: les humains sont maintenant habites par des creatures extraterrestres a la personnalite sans relief.Une poignee d'hommes et de femmes resistent encore.Parmi eux, Melanie.Qui, meme possedee, ne laisse pas sa personnalite s'eteindre.Ni son amour pour Jared, lui, encore totalement humain.Amour impossible?Voyons! Impossible n'est pas Meyer.Et ce n'est qu'un debut: Les ames vagabondes est le premier tome d'une trilogie.Vite, la suite! .Sonia Sarfati Un nouveau recueil de nouvelles vient de paraitre aux Editions L'instant meme, il s'agit du joliment bien nomme Je jette mes ongles par la fenetre de Nathalie Jean, qui porte un regard kaleidoscopique sur la ville de Quebec, fragmentant une vision generale en petites coupures.Les vies a peine esquissees s'accumulent pour former un tableau volontairement incomplet, tel l'embrassement fugitif d'un passant presse mais neanmoins curieux.Comme dans les veritables rues de la ville ainsi brossee, certains personnages s'entrecroisent, se frolent sans savoir ou alors marchent en parallele.L'auteure parfois nous indique ces petits chocs invisibles en glissant des noms ou en laissant filer des indices.Il y a Ludovic qui vient d'etre pere, Remi poursuivant une chimere inconnue qui s'enfuit et qui se revele etre Florence, une fille comme les autres.Mais l'auteure fait egalement le choix d'envelopper son recueil de sfumato, laissant le lecteur decider qui pourrait etre qui.On retrouve aussi dans ce recueil des personnages etonnants telle cette etrange fratrie entre un homme et une femme eleves dans la meme famille d'accueil ou encore cet ambulancier haitien qui s'etonne encore de faire tache dans le decor.Aux prises avec les derapages de l'imagination, tous possedent egalement un esprit vagabond.Ici, on planifie une vengeance, on s'empetre dans sa propre memoire, on se bat contre l'echo d'une image violente ou, tout simplement, on s'abandonne a la douce reverie derriere la vitrine d'un disquaire .Jade Berube, collaboration speciale JE JETTE MES ONGLES PAR LA FENETRE NATHALIE JEAN L'INSTANTMEME, 159 PAGES, 20,00$ HHH LITTERATURE QUEBECOISE C'est le recit d'un gars qui voit la quarantaine se jeter sur lui et qui a juste envie de prendre ses jambes a son cou.Ce n'est pas la vieillesse qui l'effraie.Mais on dirait qu'il n'a pas le physique de l'emploi.J'ai presque quarante ans.Je n'ai jamais fait ou dit quoi que ce soit qui ait de l'envergure.() Je n'ai pas d'enfants et personne avec qui en faire.Je ne sais plus du tout dans quelle direction barrer le navire Le narrateur de Presque 39 ans, bientot 100, travaille sans grande conviction dans le domaine de la tele.Il est depressif, alcoolo, probablement afflige du syndrome de La Tourette (si le neuropsychologue qui lui coute une fortune ne fait pas fausse route), dependant aux anxyolitiques et habitue des escortes, putes et clubs prives de jambes en l'air.Suicidaire ?Pas vraiment.Mais parfois plus bas que le niveau de la mer, au pire endroit possible : sans aucune envie de continuer a vivre, mais rempli d'une trouille d'enfer a l'idee de mourir.Je crois qu'errer dans les limbes, ca doit ressembler un peu a ca.Heureusement qu'il y a Marie, qui vient poser quelques touches de soleil sur ce tableau sombre comme la cour arriere d'un bar de danseuses.Fred Dompierre l'a admis dans quelques entrevues publiees dans les journaux, ce narrateur paume jusqu'a l'os, c'est lui.Ce sont ses deboires amoureux, ses abus, ses ameres desillusions, ses periodes de presque decheance, cloitre chez lui avec ses chats, a boire jusqu'a l'effondrement.Fallait-il se donner ainsi a lire ?Peut-etre pas avec autant d'impudeur.Car tout n'est pas d'interet, dans ce recit presente comme une suite de petits bouts de journal intime un peu disparates, a son image, sa vie etant ainsi faite.Je ne travaille que par petits bouts, ecrit-il.J'ai fait des petits bouts de metier ici et la, qui ont donne des petits bouts de resultats.() Dans la vie je n'ai du courage que par petits bouts.().Fred Dompierre ne manque pas de talent.Son ecriture a du piquant, de l'allant, d'etonnantes et jolies tournures.Mais quand il se regarde le nombril par le petit bout de la lorgnette, qu'il rale et nous raconte dans le detail ses maux et bobos, ses differends avec ses collegues et ses blondes, nous imposant la position, inconfortable, du voyeur, les risques de nous perdre passent de moyens a eleves.Par contre, quand l'ego s'efface, et qu'il se pose en observateur d'un monde un peu fou, un peu flou, parfois terrifiant, quand il nous fait voir ce monde a travers son regard critique, dur, mais souvent tres juste, il est a son mieux.Marie-Claude Fortin, collaboration speciale Journal d'un jeune homme derange Presque 39ans, bientot 100 Fred Dompierre Boreal, 270 pages, 24,95 $ HHH BORDEL, LE RECIT POIGNANT ET VERIDIQUE D'UNE EX-PROSTITUEE Chaque fois que Camille rencontre quelqu'un qui lui plait, je suis l'assurance qu'il lui manque.Chaque fois qu'elle veut qu'un homme la touche, et que les mots justes refusent de sortir de sa bouche acause de sa nervosite, je suis la sensualite qui lui manque.Ca lui arriveaussi d'avoir envie d'etremoi, j'imagine, et c'est pour cela qu'elle m'asortie du garde-robe et qu'elle me donne carte blanche toutes ces nuits ou je prends les renes de notresurvie.Offert en librairie et sur librairie.cyberpresse.ca 3591901A PALMARES DES VENTES 20 au 26 octobre 2008 Cette semaine, nous avons vendu 21 632 titres differents.Pour une deuxieme saison, Luck Mervil recoit chez lui.SAMEDI 19 H .Coup de coeur Nouvelle entree R Quebecois Un reseau de 24 librairies Service aux entreprises et aux institutions : 1 800 667-3628 renaud-bray.com 1 KILO CARDIO I.Huot, J.Lavigueur R Sante Ed.de l'Homme 2 LA LNH, un reve possible L.Gelinas R Sports Hurtubise HMH 3 DERRIERE L'ETAT DESMARAIS : Power R.Philpot Essai Les Intouchables 4 METIER: INFILTRATEUR A.Caine Biographie Ed.de l'Homme 5 TERREUR A TRACADIE K.Reichs Polar Laffont 6 UN MONDE SANS FIN K.Follett Roman Laffont 7 VIVRE M.Lepine, H.Gagne R Biographie Libre Expression 8 LES RECETTES PREFEREES DE MA FAMILLE C.Taillefer R Cuisine Ed.de l'Homme 9 L'ART DE LA MEDITATION .M.Ricard Spiritualite Edition Nil 10 MILLENIUM, t.1 ., 2 ., 3 .S.Larsson Polar Actes Sud 11 MEMOIRES D'UN QUARTIER, t.2 .Antoine L.Tremblay-D'Essiambre R Roman Guy Saint-Jean Ed.12 GUIDE RESTOS VOIR 2009 Collectif Guide Quebec Amerique 13 LA PROIE M.Ayotte R Biographie JCL 14 LES CHEVALIERS D'EMERAUDE, t.12 .Irianeth A.Robillard R Science-fiction Ed.de Mortagne 15 VIVRE AUTREMENT .M.Proulx R Sante Bayard 16 L'ANGE INTERIEUR C.Widener Spiritualite Ed.Le Dauphin Blanc 17 CHERE LAURETTE, t.2 .A l'ecoute du temps M.David R Roman Hurtubise HMH 18 FASCINATION .S.Meyer Roman Hachette 19 LA SELECTION CHARTIER 2009 F.Chartier R Cuisine Ed.La Presse 20 PARCE QU'ON A TOUS DE LA VISITE .R.Larrivee R Cuisine Ed.La Presse 21 RITOURNELLE DE LA FAIM .J.-M.G.Le Clezio Roman Gallimard 22 LA ROUTE .C.Mc Carthy Roman Ed.de l'Olivier 23 LE TRAVAIL DE L'HUITRE J.Barbe R Roman Lemeac 24 LE POUVOIR DU MOMENT PRESENT .E.Tolle Esoterisme Ariane 25 A QUI FERAIS-JE DE LA PEINE SI J'ETAIS.J.Salome Psychologie Ed.de l'Homme 26 CES PARENTS QUE TOUT ENFANT EST EN DROIT.C.Pimpare R Famille Un monde different 27 ODE A LA JOIE A.B.Winter Science-fiction Un monde different 28 LES FILLES TOMBEES M.Lachance R Roman Quebec Amerique 29 ELECTIONS MADE IN USA : Edition 2008 J.Parisella, D.Cuccioletta Politique Voix paralleles 30 100 MEILLEURS VINS A MOINS DE 25 $, Ed.2009 J.Aubry R Cuisine Transcontinental 31 MANGE, PRIE, AIME .E.Gilbert Biographie Calmann-Levy 32 LE GRAND LIVRE DE LA MIJOTEUSE Collectif Cuisine Broquet 33 LES REVES DE MON PERE .B.Obama Biographie Presses de la Cite 34 PARADIS SUR MESURE B.Werber Science-fiction Albin Michel 35 TOUTES CES CHOSES QU'ON NE S'EST PAS DITES M.Levy Roman Laffont 36 LES PETITES BOUCHES A NOURRIR S.Demeules R Cuisine Quebecor 37 LE GUIDE DE L'AUTO 2009 Collectif Guide Trecarre 38 LE CERCLE BLANC, t.3 .La vallee du silence N.Roberts Roman Flammarion Quebec 39 LE SECRET .R.Byrne Psychologie Un monde different 40 SOUTIEN-GORGE ROSE ET VESTON NOIR .R.Germain R Roman Libre Expression 41 LA PORTE DES ENFERS L.Gaude Roman Actes Sud 42 GIN TONIC ET CONCOMBRE .R.Germain R Roman Libre Expression 43 VOTRE GROSSESSE AU JOUR LE JOUR .L.Regan Maternite Hurtubise HMH 44 LA GUERISON INTERIEURE .Par l'acceptation et leC.Portelance Psychologie Ed.du CRAM 45 CHERE LAURETTE, t.1 .Des reves plein la tete M.David R Roman Hurtubise HMH 3587742A ANNE RICHER Une bosse, même minuscule, fait donc basculer le ça-n'arrive-qu'aux-autres dans l'univers glauque de l'inquiétude: pourquoi moi ?Il faut pourtant regarder de l'autre côté du miroir pour reconnaître les victoires nombreuses des médecins et des chercheurs qui traquent l'ennemi.Le Dr André Robidoux est directeur du Groupe de recherche en cancer du sein (GRCS) du Centre de recherche du CHUM, mis sur pied en 1980.Il réunit 18 chercheurs cliniciens et professionnels de la santé dont la mission est de diminuer le taux de mortalité grâce à un programme de recherche axé sur la prévention et le traitement.La Presse/Radio-Canada ont choisi le Dr André Robidoux, leader de ce groupe dont la compétence dépasse nos frontières, comme Personnalité de la semaine.Un vieil ennemi Ce sont ces médecins du GRCS que Janette Bertrand et sa fille Dominique ont consultés en 2006 lorsqu'on a découvert qu'elles étaient atteintes toutes les deux du cancer du sein.Leur témoignage récent, empreint d'émotion, est d'abord un cri du coeur lancé aux femmes pour qu'elles passent une mammographie.C'est aussi la reconnaissance des soins exceptionnels offerts par le Groupe de recherche en cancer du sein, qui leur a évité notamment des traitements mutilants et douloureux.«Je dois rappeler que c'est grâce aux femmes elles-mêmes que la recherche continue à faire des progrès.Grâce au courage de toutes ces femmes qui posent des questions et nous forcent à donner des réponses », dit le Dr Robidoux.Pour ce chirurgien oncologue qui a consacré toute sa vie professionnelle à la lutte contre le cancer du sein, les petits pas mènent au fil des années à de véritables victoires bien que le nombre de cancers augmente (6000 par année), à cause notamment du vieillissement de la population.«En 10 ans, on a réussi à éviter l'ablation du sein.Après 20 années de recherche, on peut désormais opérer un cancer du sein jadis inopérable.Et durant ce même nombre d'années, on a pu réduire le taux de décès, qui est passé de 50% à 25% des personnes atteintes.Mais il faut, pour assurer la pérennité du Groupe de recherche, le soutien financier de toute la population.» L'objectif de la première campagne de financement du Groupe est de 10 millions.Il faut souligner que l'équipe interdisciplinaire a permis au GRCS de devenir la première au Québec à être désignée «de niveau quatre », qui constitue la plus haute distinction dans les domaines de la recherche, de l'enseignement et des soins.Une lutte inachevée «Les succès se bâtissent progressivement.On va continuer à se battre jusqu'à ce qu'on ait trouvé la cause du cancer.» Au temps des Romains, rappelle le Dr Robidoux en souriant, l'espérance de vie était de 25 ans.Il ajoute : «En 100 ans, l'espérance de vie des femmes est passée de 44 à 80 ans!» Sa mère, une belle-soeur, quelques tantes sont mortes du cancer du sein.Voilà sur le plan personnel une motivation suffisante pour prendre les armes.«J'ai toujours rêvé, même enfant, d'être médecin», confie le Dr Robidoux.L'oncologie l'attirait et, sur le plan professionnel, le cancer du sein, à cause de sa grande diversité biologique.Natif de Sorel, il était l'aîné de sept enfants âgés de 4 à 18 ans au décès de son père, dont il a pris le rôle de chef de famille.«Je tiens de ma mère la persévérance et de mon père la créativité.» Au moment de ses études spécialisées aux États-Unis, il a été inspiré par son mentor, le Dr Bernard Fisher, une sommité mondiale en cancer du sein, qui a changé non seulement les traitements, mais le concept même de cette maladie systémique.Entré à l'Hôtel-Dieu de Montréal au début de sa carrière, le Dr Robidoux y a planté ses racines jusqu'à aujourd'hui.À 60 ans, il a soigné plus de 4000 patientes.Ses yeux ne peuvent cacher sa grande passion, son opiniâtreté, sa sympathie.«Sur le terrain, je suis un homme simple », tient-il à souligner, pour dire d'abord et avant tout qu'une patiente mérite toute sa science, certes, mais aussi sa compassion.«On s'attache aux patientes, qui, en retour, sont reconnaissantes.J'y puise une grande satisfaction.» Les moments où il décroche de sa mission sont rares, et il se consacre alors à la vie de famille, à l'opéra, à la cuisine italienne.Ce qui lui sert de carapace devant l'issue irréversible du cancer chez certaines patientes, c'est la conviction profonde qu'on aura un jour la réponse à toutes les questions.Peut-être même un vaccin pour éradiquer à jamais ce fléau.LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE RETROUVEZ LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE SUR LES ONDES DE RADIO-CANADA ENCORE PLUS QUE DU TALENT, DE L'INTELLIGENCE, MÊME DU GÉNIE, L'EXCELLENCE NAÎT DE L'EFFORT La découverte d'un point dur, d'une bosse même discrète au sein plonge la femme dans un profond désarroi, voire dans la panique.Les statistiques, si elles ne disent pas tout, sont tout de même éloquentes.Le cancer du sein est la première cause de décès chez les femmes de 35 à 54 ans.Une sur neuf recevra un diagnostic de cancer du sein.Une sur 27 en mourra.André Robidoux C'est grâce aux femmes elles-mêmes que la recherche sur le cancer du sein continue à faire des progrès.Grâce au courage de toutes ces femmes qui posent des questions et nous forcent à donner des réponses.PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE AUJOURD´HUI ENTREVUE AVEC LA PERSONNALITÉ : 9h45 R D I EN D I R E C T Avec Louis Lemieux VENDREDI DÈS 5h SAMEDI ET DIMANCHE DÈS 5h30 DEMAIN MATIN ENTREVUE AVEC LA PERSONNALITÉ: 6h40 C ' E S T B I E N MEILLEUR L E MAT I N Avec René Homier-Roy DU LUNDI AU VENDREDI 5h30 À 9h À RADIO-CANADA RETROUVEZ LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE LA PRESSE/RADIO-CANADA Radio-Canada.ca 3575898A "]
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