La presse, 2 décembre 2007, P. Plus - Lectures
[" ILLUSTRATION PHILIPPE TARDIF, LA PRESSE PLUS LECTURES GRANDS REPORTAGES, ANALYSES, LIVRES MAMAN S'EN VA-T-EN GUERRE LE TÊTE-À-TÊTE DE RIMA ELKOURI PAGE 5 SARA DANIEL LECTURES LE GRAND RETOUR DES CONTES ET LÉGENDES DU QUÉBEC PAGES 6 ET 7 LA MACHINE À FABRIQUER DESPRÉSIDENTS L'Iowa et le New Hampshire jouent un rôle disproportionné et pittoresque dans la course à la Maison-Blanche.Les deux États seront encore parmi les premiers, cette année, à exprimer leur choix.L'Iowa est le théâtre des premiers caucus, le 3 janvier, et le New Hampshire accueille les premières primaires, le 8 janvier.Deux étapes cruciales.Les nombreux aspirants à la présidence américaine sillonnent actuellement ces États avec une frénésie qui n'a d'égale que celle de leurs partisans, ont constaté nos envoyés spéciaux.À LIRE EN PAGES 2 ET 3 LAMACHINE À FABRIQUER DES PRÉSIDENTS JANVIER Coup d'envoi de la campagne Les Américains choisissent le candidat de chaque parti, État par État, au cours d'élections primaires et de caucus.Cette année, voulant avoir leur mot à dire dans cette sélection, plusieurs États ont devancé la date de ces rendez-vous électoraux.Les caucus de l'Iowa, qui donnent traditionnellement le véritable coup d'envoi de la campagne, auront lieu le 3 janvier.Les premières primaires, au New Hampshire, auront lieu le 8 janvier.La course démarre donc sur les chapeaux de roues et se déroulera plus que jamais à la vitesse de l'éclair.FÉVRIER Le mardi du tsunami Des caucus et des primaires auront lieu le mardi 5 février dans plus de 20 États américains.On qualifie déjà cette date cruciale de «Tsunami Tuesday».Il est fort probable qu'on connaisse, ce jour-là, les noms des deux candidats qui s'affronteront en novembre.Si c'est le cas, les primaires et les caucus des semaines suivantes auront fort peu d'importance.AOÛTSEPTEMBRE Conventions C'est aux conventions que chacun des partis désigne son candidat.Cette année, la convention démocrate aura lieu du 25 au 28 août à Denver au Colorado.La convention républicaine se tiendra du 1er au 4 septembre à Minneapolis-St.Paul, au Minnesota.Chacun des candidats y prononce une allocution remarquée.COURSE À LA MAISON-BLANCHE 2008 IOWA Caucus et câlins ALEXANDRE SIROIS ENVOYÉ SPÉCIAL EN IOWA DES MOINES \u2014 Comment est-ce possible ?La question nous traverse l'esprit sitôt le pied posé à l'aéroport de Des Moines, capitale et métropole de l'Iowa.Il est 9h du matin et l'aéroport, de taille plus que modeste, est presque désert.De quoi donner l'impression que celui de Dorval souffre de surpopulation.C'est que l'Iowa, avec ses trois millions d'habitants, est presque insignifiant à l'échelle nord-américaine.Si bien que, au centre de la capitale, on peut voir le bureau de plusieurs candidats à la présidence, mais on croise fort peu de passants.Comment est-il possible, alors que cet État rural, agricole et blanc à 93% pèse aujourd'hui si lourd dans le choix du dirigeant de la première puissance mondiale ?Un premier élément de réponse nous est fourni par Scott Carlson, propriétaire de la Court Avenue Restaurant and Brewing Company.Une brasserie située dans le seul quadrilatère relativement animé de Des Moines, au pied du palais de justice.Les clients, tous les lundis, peuvent y voter non pas pour leur équipe sportive préférée, mais pour le candidat de leur choix, tous partis confondus.Les résultats sont affichés bien en évidence, au-dessus du bar.Barack Obama est en première position avec plus de 25% des voix.Scott Carlson, un colosse jovial, nous explique que la politique est un sport national en Iowa.Que «tout le monde s'intéresse aux caucus», ce rendez-vous électoral folklorique qui donne le coup d'envoi à la course à la Maison-Blanche.Les caucus de l'Iowa occupent la première place dans le calendrier électoral américain depuis 1972.Quatre ans plus tard, on y a célébré le triomphe d'un obscur gouverneur de la Géorgie : Jimmy Carter.Cette brillante performance allait lui donner l'élan nécessaire pour se rendre jusqu'à la Maison-Blanche.Et allait rendre ce petit État du Midwest incontournable.Depuis le début de l'année 2007, selon un décompte réalisé par le Washington Post, les candidats des deux partis ont participé à 1784 activités politiques en Iowa.En comparaison, il y en a eu 305 en Californie et 105 au Texas, les deux États les plus peuplés du pays.Au fil des ans, on s'est rendu compte que le phénomène, malgré ses défauts apparents, était avantageux pour plusieurs raisons.«En Iowa, les candidats peuvent rencontrer une bonne partie de la population.Ce qui serait impossible dans un État comme la Californie.Et quand on voit quelqu'un en personne, on a une meilleure idée de sa personnalité», explique Scott Carlson.«Les participants aux caucus de l'Iowa sont probablement les électeurs les plus informés et les plus actifs du pays sur le plan politique », renchérit David Redlawsk, qui enseigne les sciences politiques à l'Université d'Iowa.«Ils prennent leur rôle très au sérieux, ajoute l'expert.Et ils forcent les candidats à travailler très fort pour obtenir leurs votes.Les candidats doivent venir ici et véritablement répondre aux questions qu'on leur pose.» Au sérieux, vous dites?Judy Aycock, qui s'est déplacée à West Des Moines pour entendre Michelle Obama - la très charismatique femme du candidat démocrate Barack Obama -, est tellement concentrée qu'elle a l'air d'être au beau milieu d'une partie d'échecs.C'est que l'heure est grave, déclare cette femme de 60 ans aux cheveux blancs.Son coeur balance.«Au départ, je voulais voter pour Hillary Clinton, mais je pense maintenant que je vais appuyer Obama.» Ce jour là, votre humble serviteur a aussi pu faire l'expérience de la spécificité de ce petit État du Midwest.Après que j'eus posé quelques questions à Michelle Obama, première dame potentielle du pays, elle m'a serré dans ses bras.Un vrai câlin.Un peu plus tôt, quelques partisans avaient eu droit au même traitement.Sans même le savoir, Michelle Obama venait à son tour de nous faire comprendre pourquoi, politiquement, l'Iowa est unique.Et tout sauf insignifiant.PHOTO REUTERS Hillary Clinton (à gauche) et Michelle Obama. LAMACHINE À FABRIQUER DES PRÉSIDENTS SEPTEMBREOCTOBRE Sprint final Les deux derniers mois de la campagne se déroulent à un rythme d'enfer.Débats, apparitions publiques et autres activités électorales se succèdent.Les candidats parcourent le pays sans relâche, en mettant tout particulièrement l'accent sur les États indécis.D 4 NOVEMBRE Jour du scrutin Le jour a généralement lieu le premier mardi de novembre.Le président n'est pas élu au suffrage universel mais par un collège électoral.Le jour du vote, les Américains désignent donc 538 grands électeurs (chaque État en possède un nombre proportionnel à sa population).Le candidat gagnant doit obtenir l'appui de 270 d'entre eux.De nombreux autres votes ont lieu en parallèle ce jour-là.Les Américains choisissent aussi, entre autres, de nombreux membres du Congrès.20 JANVIER2009 Entrée en fonction George W.Bush cédera officiellement sa place au gagnant de l'élection, qui deviendra le 44e président du pays.La course à la Maison-Blanche a carrément débuté au lendemain de la réélection de George W.Bush en 2004.Mais le véritable coup d'envoi à la campagne aura lieu dans un mois.Les caucus de l'Iowa et les primaires du New Hampshire, étapes cruciales et déterminantes, auront lieu au début du mois de janvier.La Presse se penche aujourd'hui sur le fonctionnement du système et sur les diverses étapes qui mèneront à l'élection du prochain président américain, en novembre 2008.RICHARD HÉTU COLLABORATION SPÉCIALE MILFORD, NEW HAMPSHIRE \u2014 Micro à la main, Jane Mc Gettigan plante son regard dans celui de John Edwards et lui demande, de but en blanc, ce qu'il a «dans le ventre».«Je veux savoir si vous avez ce qu'il faut pour résister aux attaques des républicains », précise l'infirmière de 57 ans.Environ 300 personnes entourent John Edwards dans une salle communautaire de Milford, petite ville du sud du New Hampshire.L'aspirant démocrate à la Maison-Blanche profite de cette énième question pour flatter l'amour-propre de ses interlocuteurs.«La plupart des électeurs du pays ne verront les candidats que dans des spots télévisés de 30 secondes, alors que vous avez la chance de les regarder dans les yeux et de les interroger pendant une heure.C'est pourquoi les primaires du New Hampshire sont si importantes.Il incombe aux gens d'ici de décider quel genre d'être humain entrera à la Maison-Blanche», dit l'ancien sénateur de la Caroline du Nord et candidat malheureux à la vice-présidence en 2004.John Edwards exagère à bon escient.Car même si leurs choix ne sont pas toujours décisifs, les électeurs du New Hampshire jouent un rôle disproportionné - et pittoresque - dans la course à la Maison-Blanche.Ce rôle est dicté par la tradition, qui accorde à ce petit État de la Nouvelle-Angleterre le privilège de tenir les premières élections primaires de la campagne présidentielle.Cette année, le Michigan, un État beaucoup plus populeux et représentatif, a voulu défier la tradition en tenant ses primaires avant celles du New Hampshire.Mais le Granite State a répliqué en devançant la date de son propre scrutin, qui aura lieu le 8 janvier, soit cinq jours seulement après les caucus de l'Iowa.Résultat: depuis plusieurs mois déjà, le New Hampshire est le théâtre d'un va-etvient incessant de candidats démocrates et républicains.Suivis par quantité de journalistes, ils sillonnent l'État et multiplient les rencontres avec les électeurs dans des centres communautaires, des écoles, des restaurants et des cuisines.C'est ce que les Américains appellent la «politique au détail ».«J'adore ça », dit Ed Rohane, qui prend part aux primaires du New Hampshire depuis 1976.«Je me fais toujours un devoir de voir plus d'un candidat avant de faire mon choix.» Après avoir regardé John Edwards et Bill Richardson dans les yeux, le retraité d'Amherst penche sérieusement du côté du sénateur de la Caroline du Nord.La plupart des démocrates du New Hampshire préfèrent la sénatrice de New York, Hillary Clinton, et son collègue de l'Illinois, Barack Obama, selon les derniers sondages.Chez les républicains, l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney est en tête devant le sénateur de l'Arizona, John Mc Cain, et l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani.La victoire au New Hampshire n'est évidemment pas la garantie d'un déménagement à la Maison-Blanche.Si c'était le cas, Pat Buchanan et John Mc Cain auraient été élus à la présidence.Une troisième place peut, en revanche, être interprétée comme une victoire, comme ce fut le cas pour Bill Clinton en 1992.Qu'en sera-t-il en 2008?Dante Scala, politologue à l'Université du New Hampshire, n'écarte pas la possibilité que la saison des primaires commence et finisse dans son État.« Le New Hampshire pourrait avoir le premier et le dernier mot, surtout chez les démocrates, dit-i l .Si Hillary Clinton remportait la victoire ici après avoir gagné les caucus de l ' Iowa, ce serait la fin de cette course.» NEWHAMPSHIRE «Qu'avez-vous dans le ventre?» John Edwards PLUS DESOH! ET DES BAH! Envoyez-nous vos commentaires et suggestions à ohetbahlapresse.ca Avec l'AFP, Associated Press, Reuters, BBC et Libération.DES CHIFFRES QUI FRAPPENT 250 En roubles, la somme distribuée aux participants à un meeting du parti ultranationaliste russe LDPR (proche du pouvoir), vendredi à Moscou.C'est l'équivalent d'une dizaine de dollars par personne.ICI ET AILLEURS ÉTATS-UNIS Vous avez dit nerveux ?Un juge américain n'en pouvait plus d'entendre un téléphone cellulaire sonner dans sa salle d'audience où il était question d'une affaire de violence conjugale.À qui appartient ce téléphone?a-t-il lancé à la ronde.En faute de réponse, le magistrat n'a fait ni une, ni deux: les 46 personnes présentes ont été envoyées en taule! Le juge vient d'être suspendu par la Commission de conduite judiciaire de l'État de New York, pour «délire inexplicable ».ILS, ELLES ONT DIT Historique «On va faire du Koutouzov.» \u2014 Le chef du Parti libéral STÉPHANE DION expliquant sa stratégie face à Stephen Harper, dans une entrevue avec le journaliste Patrice Roy à Radio- Canada.Mikhaïl Koutouzov était le commandant russe qui a défendu Moscou contre Napoléon.Donc, si on suit sa logique, Harper égale Napoléon?Patient «Cette date a été fixée à Annapolis, mais celle de 3008 aurait tout aussi bien pu être retenue.» \u2014 AVIGDOR LIEBERMAN, chef d'un parti de l'extrême droite israélienne, au sujet de l'engagement pris à Annapolis de résoudre le conflit israélo-palestinien d'ici la fin 2008.Orwellien «Ce rapport vient appuyer ce que notre gouvernement répète encore et encore - à savoir que les changements climatiques sont l'un des plus grands défis auxquels fait face la planète».\u2014 Le ministre de l'Environnement, JOHN BAIRD, commentant le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement, qui fustige le Canada pour sa mauvaise performance en matière d'environnement.Prophétique «Le 2 décembre, les Russes ont choisi le président Poutine comme leader national de la Russie.» \u2014 C'est ce qu'a annoncé le mouvement de jeunes pro-Poutine Nachi\u2026 deux jours avant le vote ! EN HAUSSE, EN BAISSE GÉRARD BOUCHARD Le commissaire en matière d'accommodements Gérard Bouchard.Cette semaine, a constaté La Presse, il a pris le premier repas chez Tim Hortons de sa vie.Comme quoi on n'en finit jamais d'élargir ses horizons.LE SÉNATEUR MARCEL PRUD'HOMME Il a reçu la plus haute distinction russe, l'Ordre de l'amitié, des mains mêmes du premier ministre russe Viktor Zoubkov, qui était de passage à Ottawa cette semaine.Pas le prix de la démocratie, toujours ?La chronique ironique qui voit et entend tout\u2026à sa façon Stéphane Dion PHOTO PC John Baird PHOTO PC FRANÇOIS CARDINAL ENVIRONNEMENT L'écologie est lanouvelle religiondu XXIe siècle et Kyoto, le texte sacré qui chante ses louanges, selon les écosceptiques.Or la communauté internationale fait fausse route en misant sur ce genre de traité aussi inefficace que coûteux.Tour d'horizon d'unmouvement dont on parle peu.Leur mort a été annoncée et pourtant, les sceptiques des changements climatiques sont toujours bien vivants.Seulement, le consensus scientifique a eu raison de leur entêtement: ils ont été obligés de réorienter leur discours.Au cours des derniers mois, Bjørn Lomborg, Claude Allègre et Christian Gerondeau ont tous publié un livre pour vilipender la religion écologique, ses dérapages et les désastreuses solutions qu'elle propose, Kyoto étant considéré comme la pire.On reproche aux «éco-intégristes » (Allègre) d'avoir «imposé une vision tragique de notre monde» (Gerondeau) et de traiter les rares personnes qui osent encore s'interroger tout haut de «parias» et d'«irresponsables» (Lomborg).Mais on ne nie plus l'existence du réchauffement planétaire, pas plus qu'on n'évacue totalement la responsabilité de l'homme dans cette situation.Le glissement n'a rien de rhétorique: il confirme que le vaste consensus scientifique sur la question a eu raison des doutes, des incertitudes et du débat alimenté par les rares négationnistes.Les néo-sceptiques que sont Allègre et Gerondeau font ainsi partie d'un courant de pensée largement inspiré des idées de Lomborg: on ne s'attaque pas aux changements climatiques comme tels, plutôt à la façon de les contrer.«Loin de rejeter le progrès et de promettre à nos héritiers des conditions de vie spartiates imposées par la contrainte, nous voulons démontrer que la stratégie doit être inversée», écrit l'ancien ministre français Claude Allègre dans Ma vérité sur la planète.«Il n'y a plus de débat à faire sur l'existence du réchauffement planétaire, renchérit le statisticien danois Bjørn Lomborg.Ce qui mérite d'être débattu, par contre, c'est la pertinence d'avoir comme unique réponse l'hystérie et la réduction à grands coûts des émissions de CO2.» Dans Cool It, la suite de son best-seller mondial The Skeptical Environmentalist, Lomborg soutient à l'instar d'Allègre que la facture de la lutte contre les changements climatiques est disproportionnée par rapport à des gains minimes et incertains à long terme.La communauté internationale aurait plutôt intérêt à réorienter ses dépenses vers le tiers-monde.À l'heure actuelle, 150 000 personnes meurent chaque année des effets des changements climatiques, rappelle-t-on en citant l'Organisation mondiale de la santé.Or plus de 4 millions meurent annuellement de malnutrition, 3 millions du SIDA, 2,5 millions de la pollution, etc.Favorable à une taxation des émissions de carbone et à une intensification de la recherche technologique, Lomborg s'oppose toutefois à un prolongement de Kyoto au-delà de 2012.Il suggère plutôt d'abolir les subventions occidentales en agriculture, de restaurer les milieux humides pour réduire les dégâts causés par les inondations, d'assurer à tous une couverture médicale adéquate, demieux prévenir le sida et la malaria, etc.Dans Écologie, la grande arnaque, Christian Gerondeau, président de la Fédération française des automobile- clubs et des usagers de la route, déplore tout autant que des «centaines de milliards d'euros ou de dollars» soient «gaspillés sans aucun résultat».La charge de M.Gerondeau s'attarde tout particulièrement aux «mythes fondateurs» du mouvement écolo, l'opposition au nucléaire et à ses déchets en étant un bon exemple.«On sait traiter (les déchets nucléaires) pour qu'ils ne présentent aucun risque pendant des siècles sinon des millénaires, contrairement à ce dont les écologistes ont réussi à convaincre l'opinion planétaire, déplore-t-il.Il s'agit là du type même du faux problème.» Les écosceptiques refont surface Bjørn Lomborg s'est fait connaître mondialement en 2001 avec la publicationde son livre The Skeptical Environmentalist et sa nomination, trois ans plus tard, au palmarès des 100 personnes les plus influentes de la planète du Time.De passage à Montréal à l'invitation de l'Institut Fraser, M.Lomborg s'est entretenu avec La Presse.Q Vous êtes la bête noire des écologistes, qui ne ratent pas une occasion de vous discréditer.Ils affirment par exemple que vous réfutez l'existence des changements climatiques.Qu'en est-il ?R C'est très curieux, car si on lit ce que j'écris et si on écoute ce que je dis, on voit très bien qu'il n'en est rien.Les changements climatiques existent bel et bien et sont en cours.Nous brûlons des carburants fossiles qui émettent du CO2, ce qui participe probablement au réchauffement planétaire.Cela dit, le débat étant actuellement très tendu, je crois qu'il est inévitable que les gens des deux camps, les négationnistes et les écologistes, se servent de moi pour faire valoir leur point de vue.Les premiers en soutenant que je nie le réchauffement et que je rejette Kyoto, les seconds en m'utilisant comme épouvantail.Q Où vous situez-vous dans le débat climatique?R Il importe plus que jamais de regarder le portrait d'ensemble.Et malheureusement, le débat étant à ce point polarisé, il est difficile d'entendre les gens qui, comme moi, ont un message modéré.Il y a quelques jours, le New York Times a présenté mon nouveau livre, Cool It !, comme le nouveau juste milieu (middle ground) du débat autour des changements climatiques.Je ne suis ni un négationniste ni un catastrophiste.Je tente simplement d'aborder le débat le plus rationnellement possible.Q Que pensez-vous du protocole de Kyoto?R Il s'agit d'une tentative ratée de lutter contre les changements climatiques.Je dirais même qu'il s'agit exactement de ce qu'il ne faut pas faire.L'objectif de Kyoto est de réduire immédiatement les émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés.Le coût est donc astronomique et les bénéfices, relativement petits.En effet, même si tous les pays avaient ratifié le protocole, incluant les États-Unis et l'Australie, et même si tous les pays respectaient leur cible, incluant le Canada, on ne repousserait le problème climatique que de sept jours à la fin du siècle ! Et ce, pour une facture de 80 milliards de dollars par année! Pire encore, si on réussissait à prolonger Kyoto jusqu'en 2100, cela ne repousserait le problème que de cinq ans! Q Quelle est votre solution?R La communauté internationale doit investir massivement dans la recherche et le développement (R&D) de technologies qui ne produisent aucun CO2, que ce soit le solaire, l'éolien, les biocarburants de deuxième génération, le stockage de carbone, etc.Cela permettrait à mon avis de réduire les émissions avec beaucoup plus de succès dans l'avenir, à un coût minime.Je propose que l'on mette au point un traité post-2012 non pas basé sur des cibles de réduction, mais sur un investissement de 0,05% du PIB mondial dans la recherche et le développement.Cela est 10 fois moins que le coût de Kyoto, mais 10 fois plus que ce qui est actuellement investi dans la R&D.Q Il s'agit d'une solution à long terme.Mais faut-il rester les bras croisés en attendant que la recherche et le développement donnent des résultats?R B ien sûr que non .L e débat climatique ne tourne qu'autour de la réduction des émissions comme telles, alors que nous aurions plutôt intérêt à nous attarder au mieux-être de l'humanité de façon générale.Nous verrions ainsi à quel point, dans l'immédiat, nos investissements rapporteraient davantage s'ils étaient réorientés vers le tiers-monde, dans la prévention du sida, de la malaria, de la malnutrition, etc.Si notre objectif est de léguer une meilleure planète à nos enfants, nous devrions laisser tomber les solutions à la Kyoto pour se concentrer plutôt sur la recherche et le développement, ainsi que sur les solutions à apporter à des problèmes vieux comme le monde pour lesquels des solutions efficaces existent.Propos recueillis par François Cardinal BJØRN LOMBORG La bête noire des écolos PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, LA PRESSE © «Il n'y a plus de débat à faire sur l'existence du réchauffement planétaire, estime le statisticien danois Bjørn Lomborg.Ce qui mérite d'être débattu, par contre, c'est la pertinence d'avoir comme unique réponse l'hystérie et la réduction à grands coûts des émissions de CO2.» PLUS CYBERPRESSE Voyez les dessins parus, jour après jour, dans La Presse, Le Soleil, Le Droit, La Tribune et Le Nouvelliste, sur www.cyberpresse.ca CARICATURESDE LA SEMAINE La Presse publie chaque semaine une sélection des dessins des caricaturistes de nos partenaires du réseau Gesca.LE DROIT LE NOUVELLISTE LA TRIBUNE «Une femme dans la guerre », dit le bandeau rouge placé en travers du livre Voyage au pays d'Al-Qaïda (Seuil, 2006), passionnant carnet de guerre de Sara Daniel, grand reporter au Nouvel Observateur.Qu'est-ce ça change d'être une femme dans la guerre?Est-ce vraiment différent que d'être un homme dans la guerre?ai-je demandé d'emblée à la journaliste parisienne de passage au Québec pour participer à une conférence sur le terrorisme nouveau (1).Attablée au café Cherrier aux côtés de son mari Yan, Sara Daniel m'explique que lorsque des éditeurs américains l'ont approchée pour qu'elle écrive ce livre, ce qui les intéressait avant tout, c'était ce côté «femme», à savoir comment une femme peut faire ce genre de reportage de guerre, comment une femme ressent ces choses.«J'avais pas mal de réserves vis-à-vis de ça.Car qu'on soit une femme ou un homme, quand on est dans des situations de guerre, tous les sentiments sont écrasés.C'est des reportages de survie où on est toujours en train de courir d'une chose à l'autre, où on n'a même pas le temps de s'interroger sur ses propres sentiments.Le fait d'être une femme ou un homme, je ne sentais pas en quoi ça changeait quelque chose», dit-elle de sa voix presque timide, qui peut nous faire oublier un moment qu'on a ici affaire à une reporter qui a déjà affronté les coupeurs de tête de Fallouja.Même si on compte de plus en plus de femmes journalistes en zones de conflit, le fait est que le métier risqué de reporter de guerre en demeure encore un à prédominance masculine.«Mais les femmes qui sont là, à la limite, elles sont plus va-t-en guerre que les hommes, note la reporter.Je ne sais pas ce qu'elles ont besoin de prouver.Comme au début du féminisme, on est encore à un moment où il faut prouver que non seulement, il n'y a pas de différence, mais qu'on peut mieux faire que les hommes.C'est peutêtre ça la différence\u2026» Le journalisme, Sara Daniel est tombée dedans quand elle était petite.Son père, Jean Daniel, est fondateur du Nouvel Observateur.Sa mère a longtemps été photographe de presse.Son enfance, elle l'a passée à suivre ses parents en reportage dans les soubresauts de l'après-décolonisation.Le 11 septembre 2001, Sara Daniel était en reportage dans des camps palestiniens en Jordanie quand elle a appris que des terroristes avaient attaqué New York.«Il y avait des manifestations de joie dans les camps, raconte-t-elle.Moi, j'étais prise entre deux feux.J'ai été élevée à la fois beaucoup dans les pays arabes, dont je me sens très proche.Mes meilleurs amis sont soit musulmans, soit juifs sépharades.En même temps, j'ai vécu aux États-Unis et j'aime beaucoup les États-Unis.» Ce 11 septembre 2001, la journaliste est devenue par la force des choses reporter de guerre.Elle sentait que c 'était son «devoir », dit-elle.Elle sentait qu'il fallait à tout prix tenter de comprendre et d'expliquer cette nouvelle fracture.Même si sa fille venait d'avoir 2 ans, la reporter dit avoir «tout de même» décidé de partir pour l'Afghanistan, malgré les risques.Un mois plus tard, deux des camarades journalistes avec qui elle entreprenait le voyage sont morts sous les balles des talibans.Elle les avait quittés le matin même, pour aller écrire son article.Il ne se passe pas une semaine sans que Sara Daniel ne pense à ses camarades morts.Mais ce n'est pas ce qui l'a empêchée de continuer, elle qui a tout de même passé trois ans de façon presque continue à couvrir la guerre, en Afghanistan d'abord, puis en Irak au moment où la guerre a éclaté.Trois ans dont elle n'est pas revenue indemne, raconte-t-elle dans Voyage au pays d'Al-Qaïda.Comprend-elle mieux ce qui peut pousser des gens vers le terrorisme?«Oui , c 'est très compréhensible», dit-elle.Elle ne comprend pas les dérives des massacres.Mais elle comprend l'idéologie.«C'est une idéologie qui, moi, aurait pu me tenter.Pas en tant que femme, puisque c'est assorti de tant de mépris de la femme.Mais autrement, tout le côté révolte vis-à-vis d'un État donné et d'un capitalisme galopant, vis-à-vis du comportement des Américains qui est quand même assez incroyable dans le monde entier, je peux comprendre que des jeunes démunis soient attirés par ça.Ça a remplacé Che Guevera.Les islamistes, c'est des altermondialistes qui sont tombés dans une logique de folie sectaire.Si on met à part la folie sectaire, la religiosité démente, tout le reste, on peut comprendre comment ça arrive, bien sûr.» Mais n'a-t-on pas vu des terroristes de classe moyenne ou aisée, qui n'avaient rien de jeunes démunis?«Les marxistes aussi, observe-t-elle.Les communistes, ce n'était pas juste des gens qui étaient pauvres.Mais le terreau, c'est quand même la pauvreté.Après, les gens qui s'emparent de l'idéologie, c'est des gens éduqués, occidentalisés.» Après un séjour éprouvant avec les insurgés en Irak en novembre 2003, Sara Daniel raconte dans son journal de guerre qu'elle était psychologiquement épuisée.Elle avait besoin de changer d'air.Elle aurait pu avoir envie de rentrer chez elle faire de la soupe\u2026 Mais non.Elle demande à être incorporée («embedded») dans une unité de l'armée américaine! «Il y a un syndrome du reportage de guerre, m'explique-t-elle.On devient complètement accro.À la fin, on ne s'imagine plus qu'il y a autre chose.On est dans l'état d'esprit d'un drogué.On vit des choses tellement fortes, des questions de vie et de mort.À la limite, c'est plus facile de vivre ces choses-là, où on ne se pose pas de questions, que la vie de tous les jours.» Sara Daniel reconnaît les risques de dérapage courus par les journalistes embedded qui, conditionnés par la peur et les liens que crée le danger, finissent par voir le monde comme les soldats qu'ils accompagnent.En même temps, elle reste convaincue qu'on peut conjuguer proximité et regard critique.«Pour le journaliste dont le sens critique n'est pas endormi, c'est un accès phénoménal », dit-elle.Sara Daniel dit s'être parfois demandé si sa vocation de reporter de guerre allait survivre à la guerre en Irak.«Il y a unmoment où tu te demandes à quoi ça sert d'assister à tellement d'atrocités\u2026 J'étais à Fallouja, j'ai vu ces trucs horribles, ces corps.Tu reviens, tu racontes, tu gères le truc.Après, tu te dis: qu'est-ce que je suis allée foutre là?Si ça ne sert à rien, c'est quoi?Du tourisme de l'horreur?» Dans ses grands moments de doute, c'est son mari Yan qui la convainc du bien-fondé de son métier.À ceux qui reprochent à sa femme de ne pas être suffisamment là pour sa fille (ferait-on le même reproche à un homme?), il répond fièrement que leur fille a la chance d'avoir devant elle le modèle d'une femme libre qui s'accomplit.Il a bien raison.(1).Sara Daniel participera à la conférence Le terrorisme nouveau: le plus grand défi du XXIe siècle ?dans le cadre des Rencontres Participe Présent, au Musée de la civilisation à Québec demain, le 3 décembre, à 19h30 (réservation requise au 418-643-2158).COURRIEL Pour joindre notre chroniqueuse : rima.elkouri@lapresse.ca Maman s'en va-t-en guerre Le 11 septembre 2001, Sara Daniel, 35 ans, mère d'une fille de 2 ans, est devenue reporter de guerre.Elle a passé trois ans à couvrir la guerre de façon presque continue en Afghanistan et en Irak.Accumulant les scoops, elle a été la seule journaliste occidentale à assister à la profanation des corps de quatre agents de sécurité américains à Fallouja.Un voyage dont elle n'est pas revenue indemne.PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE Sara Daniel, grand reporter au Nouvel Observateur, a constaté que les femmes journalistes qui couvrent comme elle la guerre sont souvent plus «va-t-en guerre » que les hommes.«Comme au début du féminisme, on est encore à un moment où il faut prouver que non seulement, il n'y a pas de différence, mais qu'on peut mieux faire que les hommes.» RIMA ELKOURI TÊTE-À-TÊTE «Si on met à part la folie sectaire, la religiosité démente, tout le reste, on peut comprendre comment ça arrive, bien sûr.» L'année CHA2P0L0E7AU 120 pages · 19,95 $ Serge Chapleau est caricaturiste à La Presse © Martine Doyon Boréal www.editionsboreal.qc.ca Une année drôle ou une drôle d'année?3520067A PLUS LECTURES SIGNET DOSSIER JADE BÉRUBÉ COLLABORATION SPÉCIALE On ne compte effectivement plus les titres qui semblent vouloir redonner vie à l'imaginaire québécois.De la biographie de Jos Montferrand au livre des Créatures fantastiques du Québec, en passant par les nombreux livres de contes et légendes du terroir, les lecteurs québécois plongent dans leur passé.Comment expliquer ce retour aux sources?«Ce sont étrangement les jeunes qui se tournent aujourd'hui vers le folklore », note tout d'abord Bryan Perro, auteur de Créatures fantastiques du Québec publié chez Trécarré.«Dans les années 60, toute une génération a décidé de créer un Québec moderne en évacuant la religion et le folklore.C'était une étape nécessaire.Mais la nouvelle génération se retrouve aujourd'hui coupée de ses racines, coupée de son propre imaginaire.À mon avis, elle tente instinctivement, dans ce contexte de mondialisation, de savoir qui elle est.» Pour Michel Savage, coauteur du livre Le Québec en contes et légendes publié chez Modus Vivendi, il s'agit plutôt d'un retour au ludisme.«Je suis un fanatique de fantastique, d'ambiances à la Twilight Zone et d'émissions comme Au-delà du réel, affirme-t-il, amusé.J'adore quand on joue avec le temps, quand des créatures apparaissent.Pour moi, les légendes font donc partie de cet univers et nous sommes tout simplement en train de les redécouvrir avec étonnement et amusement.«Notre première réaction face à ce retour aux légendes québécoises est de croire qu'on y retrouve nos origines dans un petit relent de nationalisme mais je trouve ça un peu réducteur, poursuit Savage.Ou alors il faudrait spécifier qu'il s'agit d'un vent de nationalisme culturel.Avec toutes les discussions sur l'immigration, peut-être qu'on essaie effectivement de définir la culture québécoise.Mais les légendes nous renseignent principalement sur notre géographie.En lisant les légendes québécoises, on découvre le territoire.On voyage de l'Abitibi à la Gaspésie, de l'Outaouais aux Cantons-de-l'Est.On y revisite également des moments de notre histoire, comme le procès d'Angélique, accusée d'avoir mis le feu à Montréal, celui de la Corriveau, ou encore l'exorcisme de la possédée du Meunier dont parlent les jésuites dans leurs écrits.» Une question de génétique?André Croteau, auteur du magnifique livre d'art Québec, légendes\u2026 et conteurs, publié chez Henri Rivard éditeur, croit pour sa part que notre amour du conte s'inscrit carrément dans nos gènes.«Nous avons ça dans la fibre profonde, explique-t-il.Et ce n'est pas pour rien! Philippe Aubert de Gaspé, notre premier littérateur québécois, a commencé en écrivant des légendes.Celles-ci sont donc à la base même de toute notre littérature.Nous avons ça dans le sang, dans notre histoire, dans notre génétique.C'est donc tout à fait naturel qu'on y revienne, c'est plus fort que nous.Nous ne pouvons pas l'évacuer.Les gens veulent se faire raconter des histoires.» D'ailleurs, la communication orale aurait toujours été présente, celle-ci ayant tout simplement pris d'autres chemins lors de l'explosion des médias.«La naissance de la radio et de la télévision a écrasé toute autre forme de communication orale.Mais sous les cendres ressort aujourd'hui ce besoin de conter et de s'entendre conter.» D'hier à aujourd'hui Pour Bryan Perro, la légende a toutefois une fonction bien précise: la réappropriation du territoire.Et notre territoire foisonnant nous aurait permis de créer une mythologie fort diversifiée et par le fait même distincte.«En imaginant une créature dans la forêt, on fait sienne cette même forêt, soutient-il.Or il suffit de faire un survol des créatures fantastiques dans le monde pour s'apercevoir que nous sommes très originaux et créatifs.Nous avons imaginé notre territoire de plusieurs façons au Québec selon les différentes régions, ce qui fait que nous avons un éventail impressionnant de créatures fantastiques et de légendes.» La légende québécoise étant majoritairement construite sur un cadre judéo-chrétien, peut-elle toutefois reprendre une place au sein de notre collectivité contemporaine sans être reléguée au statut de relique folklorique?«Bien sûr!» répondent sans hésiter les trois auteurs.«Ce n'est plus la soirée canadienne, lance Perro.Ça s'est changé en autre chose pour répondre à un nouveau besoin identitaire.En musique on le voit bien.La musique traditionnelle est revisitée et ça marche! Je crois qu'il arrive la même chose en littérature.Par exemple, les peurs ne sont plus les mêmes aujourd'hui.C'est pourquoi les légendes se transforment.» «Notre mythologie repose souvent sur une vision passéiste de la morale mais ce n'est pas toujours vrai, ajoute André Croteau.Il y a des légendes qui ont très bien survécu et qui ne se terminent pas sur une morale chrétienne.Par exemple, le conte La femme à l'aiguille est d'une cruauté à faire plaisir aux plus extrêmes des féministes, s'exclame- t-il en riant.Amadou, la légende du rocher Percé, ce sont toutes des légendes qui sortaient elles aussi du cadre judéo-chrétien.» André Croteau accorde également beaucoup d'importance à la relève et aux nouveaux conteurs.«Les légendes, ce sont des contes qui ont perduré.Aussi, ce sont les conteurs d'aujourd'hui qui créent les légendes de demain.Avec l'arrivée des conteurs contemporains, on a aussi accès à un tout nouveau registre, ce qui est intéressant.Parce que le conte, c'est aussi savoir transcender l'actualité\u2026» Dans un souci depréserver lamémoire collective, Bryan Perro invite les gens à participer à la mise sur piedd'unguide exhaustif des créatures fantastiques du Québec à l'adresse suivante: www.lescreaturesfantastiques.com Créatures fantastiques du Québec Bryan Perro, illustré par Alexandre Girard Éditions Trécarré, 158 pages, 24,95$ Québec, légendes et conteurs André Croteau, Sylvie Morin et plusieurs artistes peintres Éditions Henri Rivard, 192 pages, 135$ Le Québec en contes\u2026et légendes Michel Savage et Germaine Adolphe, ill.Marc Mongeau Éditions Modus Vivendi, 228 pages, 29,95$ Depuis quelque temps, on remarque un engouement pour les légendes québécoises.Les contes et récits du Québec envahissant les librairies.Créatures fantastiques longeant le Saint-Laurent, apparitions de carcajou\u2026Serait-on en train de se réconcilier avec notre folklore ?BEAUX LIVRES LE GRANDRETOUR DES LÉGENDESDUQUÉBEC ILLUSTRATION MARC MONGEAU TIRÉE DE LE QUÉBEC EN CONTES ET LÉGENDES ILLUSTRATION MARC MONGEAU TIRÉE DE LE QUÉBEC EN CONTES ET LÉGENDES CHANTAL GUY Deux livres ont atterri en même temps sur mon bureau : Désenchantement de la littérature de Richard Millet et Lavdator Temporis Acti, un petit recueil de citations qui se résument à cette idée que «c'était mieux avant», et où l'on constate que depuis Homère, chaque génération est persuadée que tout fout le camp.C'est un heureux hasard, cet envoi double.Il est utile de se rappeler que chaque époque a généré ses prophètes de malheur - la nôtre n'y échappe pas, j'ai même l'impression que la profession est aujourd'hui contingentée.Et la littérature est la première à se faire enterrer vivante par ceux-là mêmes qui la font.Chronos ne bouffe pas ses enfants pour rien\u2026 Aussi sommes-nous en terrain connu et non dans l'audace lorsque nous lisons le petit essai de Richard Millet, un gras dur du milieu littéraire parisien, écrivain respecté, membre du comité de lecture chez Gallimard, le conseiller de Jonathan Littell pour son manuscrit des Bienveillantes, prix Goncourt 2006.Il nous annonce que «la décadence, il y a longtemps que nous nous y vautrons » (tiens donc !).Qu' «il n'y a plus, dans le monde, d'écrivain dont on puisse dire qu'il est une figure, sinon quelques vieux routiers latino-américains, et surtout Soljenitsyne» (si vous en voyez plus, vous devez accepter que ce ne sont que des faces).Que « la France est morte, vu qu'il n'y a plus nul écrivain pour en déployer le paysage ni en rendre sensible le filigrane historique.La langue française est peut-être parvenue au bout de ses possibilités littéraires» (il n'a certainement jamais lu Victor- Lévy Beaulieu).Que «les grandes narrations de Rabelais, Diderot, Sade, Saint-Simon, Casanova, Chateaubriand, Balzac, Proust, les essais dans le goût de Montaigne, de De Quincey, Borges, Bataille, Magris, rien de tout cela n'aura bientôt plus cours» (En gros, ils nous donne 10 ans).Pourtant «les écrivains ne se suicident presque plus».(Zut !).Enfin, mon bout préféré: «Je me sépare non seulement de l'époque et de mes contemporains (ce qui va de soi, et pourrait en fin de compte définir une posture d'écrivain), mais aussi de l'humanité, dont la fin de l'État-nation et la mondialisation économique ont fait l'unique forme politique, aussi vague que totalitaire.» On dirait que Richard Millet voit en la petite dame qui lit Anna Gavalda dans le métro L'ENNEMIE.La représentation symbolique de cette salope de démocratie, responsable de la perte de la grandeur, de l'autorité, de la loi, de la pureté\u2026 D'avoir lu les plus grands ne le réconforte en rien, voilà qui est curieux.Le meilleur devrait nous rassurer, il me semble, et nous confirmer que peu importe l'avenir, il a existé, et risque de réapparaître.Au sommet, Richard Millet ne regarde pas le paysage qui se déploie devant lui, mais l'absence de spectateurs dans la vallée.Trop de lettrés tombent dans ce travers, qui braillent sur la perte de leur influence, la médiocrité de la critique et l'inculture du peuple, plutôt que de jouir inlassablement de ce qui est à leur portée et de simplement partager ce qui les comble.Je suis beaucoup plus inquiète pour l'avenir de la planète que pour l'avenir de la littérature qui ne mourra pas avec Richard Millet: en bon lecteur égoïste, il veut l'amener avec lui dans la tombe.Il n'y amènera que son propre cadavre - comme nous tous.Pour joindre notre journaliste: cguy@lapresse.ca Encore la fin! HURTUBISE Hélène de Champlain - tome III Nicole Fyfe-Martel - 696 pages - 29,95 $ La conclusion tant attendue.Touchée au coeur, Hélène reprend le combat.Disponible dès le 30 novembre chez votre libraire.Les Portes de Québec - tome I Jean-Pierre Charland - 512 pages - 29,95 $ Une saga familiale.Secrets.Passions.Intrigues.Redécouvrez Québec à travers deux romans historiques 3520708A LE GAROU DU QUÉBEC Le Québec compte plusieurs histoires de garou.Il suffit d'interroger nos aïeuls pour s'en rendre compte.On retrouve certains récits sous la plume de Pamphile Lemay (1837-1918) mais également dans plusieurs de nos légendes un peu partout dans la province.Si l'on se fie aux recoupements, le lycanthrope québécois prendrait la forme d'un gros chien noir, haut sur pattes et\u2026 inoffensif! Il chercherait à entrer en contact avec les hommes en qui il a confiance (afin d'être délivré du sortilège) plutôt que de les attaquer sauvagement .Rassurant, non?Quelques classiques LA BÊTE À GRAND' QUEUE Présente chez Honoré Beaugrand mais aussi chez les Sioux, la hère (ou bête à grand'queue) hantait à l'époque les camps de bûcherons du nord du Québec.On dit que la bête, reconnaissable par sa longue queue fournie de deux mètres, ne se manifeste qu'une fois tous les 50 ans, lors des nuits noires, et qu'elle serait responsable, encore aujourd'hui, de plusieurs disparitions inexpliquées de campeurs.LA CORRIVEAU Tout le monde ou presque connaît l'histoire de Marie-Josephte Corriveau, emprisonnée en 1763 pour le meurtre de son septième mari.Mais les versions diffèrent selon les historiens ou les conteurs.Ainsi, certains historiens prétendent qu'après avoir été exhibée sur la place publique dans une cage en fer, la dépouille de la condamnée à la pendaison aurait mystérieusement disparu exactement sept jours plus tard (un jour pour chacun de ses époux).Selon certains témoins, il semble que son spectre hante encore la rue Wolfe, dans le Vieux-Lévis.Il est alors conseillé aux hommes célibataires de fuir en courant.LA CROIX MAUDITE DE CAUSAPSCAL On trouve, tout près de Causapscal en Gaspésie, une croix plantée dans le sol qui servait autrefois de lieu de culte pour certains habitants de la région réduits à invoquer les forces du mal pour obtenir une vie plus douce.Plusieurs habitants de la vallée de la Matapédia auraient pratiqué ce ritue l , ce qui conférerait à cet te croix, encore aujourd'hui, le pouvoir d'attirer le malheur sur quiconque la touche\u2026 PLUS LECTURES JADE BÉRUBÉ COLLABORATION SPÉCIALE Le conteur d'aujourd'hui ne doit pas être considéré comme folklorique.C'est ce que précise d'emblée Marie-Fleurette Beaudoin, des Éditions Planète Rebelle, une maison qui publie depuis quelques années les oeuvres des nouveaux conteurs les plus en vogue.«Les conteurs sont aujourd'hui des créateurs, ils créent de nouveaux contes.» La distinction est importante.Le renouveau du conte demeure une reprise du conte comme moyen d'expression pour dire des choses nouvelles, un mouvement qui a d'ailleurs pris naissance un peu partout en Europe dans les années 90.«Le renouveau du conte est né du désir de certaines personnes de se réapproprier l'oralité, explique l'éditrice.Il a redonné la parole aux artistes qui y ont découvert un nouveau mode de communication, une façon nouvelle de transmettre des messages ou des valeurs.Avec les exodes ruraux mais aussi les guerres, le conte n'a soudainement plus fait partie des préoccupations immédiates des gens et le genre a été récupéré pour les enfants.C'est devenu le rôle de la mère de raconter aux enfants des contes que les frères Grimm ou Andersen, par exemple, avaient mis par écrit.C'est donc le livre qui a sauvé le conte.Toutefois, l'oralité, elle, s'est perdue.D'où le désir depuis quelques années de la retrouver.» Le renouveau du conte est visible un peu partout, en Irlande, en Angleterre ou encore en France.«Le conte, c'est vraiment un genre à part, loin des autres modes de communication qui bombardent comme la télévision ou le film.Ça fait appel à l'imaginaire comme la littérature tout en y ajoutant une dimension active.Et je crois que les gens éprouvent un besoin d'intimité que la radio, la télé ou l'internet ne comblent pas.» La nécessité de l'oralité Si le conteur d'aujourd'hui reste loin du folklore, au Québec il s'en inspire abondamment.Et l'on comprend pourquoi en examinant notre histoire.Ici, contrairement à la France par exemple, il ne s'est écoulé environ qu'une quarantaine d'années entre la disparition du conteur traditionnel et la naissance du nouveau conteur, ce qui est très court si l'on se compare à la France où le conteur traditionnel a disparu pendant près de 150 ans avant de renaître.«Les nouveaux conteurs s'inspirent beaucoup des fonds traditionnels, c'est évident, constate Marie-Fleurette Beaudoin.Mais ce qui est intéressant, c'est qu'ils le resituent dans un contexte urbain, moderne, qui parle maintenant aux gens d'aujourd'hui.Le conte est un genre symboliste.C'est le lieu des émotions, des archétypes.Et ceux-ci ont changé.» Redonnant donc une place de choix à l'oralité, Planète rebelle publie des livres-CD offrant à la fois un support littéraire et auditif.«Le conte est un art de la parole, affirme-t-elle.Le conte, c'est la voix, le rythme, la mélopée.C'est très auditif.Traditionnellement, le conte n'était en fait qu'oralité, il n'avait sa place que dans les familles, lors des fêtes, grâce à un oncle qui aimait raconter.Ou alors dans les chantiers pour se distraire.Avec le renouveau du conte, celui-ci retrouve son oralité mais à la différence qu'il a aujourd'hui quitté l'espace privé\u2026 pour devenir public.» Aux Éditions Planète rebelle : Montréal démasquée Jean-Marc Massie Livre-DVD 80 pages, 21,55$ 10ans, ça conte! (collectif de conteurs d'ici et d'ailleurs) Livre-CD anniversaire contenant deux disques 128 pages, 24,95$ Parlure d'Acadie (collectif) Livre-CD 96 pages, 21,95$ La deuxième vie du conte ILLUSTRATION PIERRE GIRARD TIRÉE DE QUÉBEC LÉGENDES\u2026 ET CONTEURS ILLUSTRATION ALEXANDRE GIRARD TIRÉE DE CRÉATURES FANTASTIQUES DU QUÉBEC ILLUSTRATION MARC MONGEAU TIRÉE DE LE QUÉBEC EN CONTES ET LÉGENDES ILLUSTRATION ALEXANDRE GIRARD TIRÉE DE CRÉATURES FANTASTIQUES DU QUÉBEC 3525493A Maintenant en librairie PLUS LECTURES LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Michel Tremblay a créé un monde immense en transfigurant le sien, dans lequel on a reconnu la pauvreté et la vitalité de la condition québécoise.Égaré cette fois dans la recherche des racines de la Grosse Femme d'à côté, le célèbre écrivain en a tiré un roman extrêmement décevant.Y sont évoquées les migrations, vers les États-Unis et l'Ouest canadien, de paysans et de prolétaires qui fuyaient la misère dans l'espoir d'un monde meilleur.On pouvait espérer que ce roman nouveau apportât une dimension nouvelle à la saga d'origine.Tout au contraire, le voyage de l'héroïne vers le pays qui allait devenir le sien est à peine plus qu'une galerie de portraits, ceux des personnes que la Grosse Femme, alors une enfant de 10 ans, a rencontrés pendant son voyage en train de la Saskatchewan à Montréal, en 1913.Elle existe bien peu cette Rhéauna - ou Nana - dont le narrateur investit les pensées avec une grande désinvolture, au risque de la faire passer pour demeurée.«Elle appuie la tête contre la vitre.Dehors, des vaches la regardent passer en mâchant leur foin.Placides.Heureuses.Est-ce que les vaches se posent des questions?Non, les vaches ne se posent pas de questions.Les chanceuses.» En supprimant de tels passages, il serait possible d'amputer le roman d'une centaine de pages, sans être sûr de donner plus de densité à ce qui resterait.M.Tremblay ajoute les mots aux mots et les phrases aux phrases, sans se soucier apparemment de la lassitude que cette vague déferlante risque de provoquer.Isola Robillard, qui accompagne Rhéauna pendant une partie du voyage, n'a rien à lui envier.«C'est un flot incessant de paroles inutiles, une inépuisable logorrhée de clichés éculés, d'une grande bêtise et répétée à l'infini.» Une histoire inventée, avertit l'auteur en page liminaire.Inventée sans beaucoup d'imagination, à tel point que les merveilleux mystères de l'enfance, laborieusement abordés, n'arrivent pas à prendre forme, écrasés sous la lourdeur d'un style qui évacue toute magie.Les personnages, même les plus prometteurs, n'ont pas plus de substance.Ils se résument à leur propre caricature, quand ils ne servent pas à fabriquer des bons sentiments.C'est le cas de cet étudiant en médecine, beau et gentil et tout, autre accompagnateur de la fillette, qui trouve le moyen de lui dire qu'il n'aime pas les femmes.Il n'arrive pas à comprendre pourquoi il a fait ça; le lecteur, éberlué, pas davantage.Mieux vaut retenir le propos central de l'oeuvre, le déracinement d'une fillette qui quitte son petit monde rural et l'amour désintéressé de ses grands-parents pour aller retrouver, dans la lointaine métropole du pays, une mère qui l'a abandonnée et qui maintenant la réclame.Ce drame méritait que M.Tremblay y investît une plus grande part de son immense talent.\u2014 Réginald Martel LA TRAVERSÉEDUCONTINENT Michel Tremblay Leméac, 2007, 26,95$ Pénible, la traversée NORBERT SPEHNER POLARS COLLABORATION SPÉCIALE Considéré comme l 'un des pères fondateurs de la littérature américaine, Edgar Allan Poe est aussi «l 'inventeur » du roman policier.En 1841, il publie Double assassinat dans la rue Morgue, nouvelle policière dans laquelle apparaît le chevalier Auguste Dupin, l'ancêtre de tous les détectives.Personnage haut en couleur, critique féroce doté d'une intelligence redoutable, poète romantique et chantre du fantastique, du macabre, Poe a plus d'une fois défrayé la chronique, pour le meilleur et pour le pire.Sa fin mystérieuse et sordide à Baltimore en 1849 a fait couler beaucoup d'encre.Ce personnage n'a pas fini d'inspirer biographes et romanciers, qui en font parfois un protagoniste de leurs fictions policières.Récemment, Poe est apparu dans deux polars historiques qui lui rendent hommage : L'oeil bleu pâle de Louis Bayard et Noir corbeau de Joel Rose.L'action du premier commence en octobre 1830, à l'académie militaire de West Point.Les dirigeants de cette prestigieuse institution ont convoqué Gus Landor, vétéran de la police de New York désormais à la retraite, pour lui confier une affaire délicate.Un élève officier a été trouvé pendu, mais il ne s'est pas suicidé.Il s'agit d'une mise en scène macabre pour tenter de camoufler un meurtre.La dépouille du jeune homme a été subtilisée pour être mutilée sauvagement.Usé par les années de service et par des tragédies personnelles (sa fille unique s'est suicidée après un viol collectif ), Landor accepte la délicate mission, mais à une condition, celle d'avoir un assistant.Au grand dam des maîtres de West Point, Landor sollicite l'aide d'Edgar Allan Poe, élève de l'Académie aussi brillant qu'indiscipliné, personnage fantasque, imprévisible mais débrouillard et doté d'un grand sens de l'observation.Poe devient l'espion de Landor au sein de l'Académie.L'enquête est ardue.Il y a de nouveaux cadavres.Quant au dénouement, il nous réserve une surprise de taille.Alors que l'affaire est résolue et les coupables identifiés, Poe jette un pavé dans la mare.Toute l'intrigue prend une direction totalement inattendue.Je défie quiconque de voir venir ce revirement plutôt bien imaginé! L'oeil bleu pâle évoque un épisode peu glorieux de la vie du jeune Edgar Allan Poe: le séjour malheureux du poète dans cette académie militaire dont il fut expulsé pour indiscipline et mauvaise conduite.Poe comme suspect L'intrigue de Noir corbeau, de Joel Rose, se déroule une dizaine d'années plus tard.À New York, le meurtre sanglant de Mary Rogers, jeune et belle cigarière qui avait de nombreux soupirants, traumatise la bonne société newyorkaise.Les suspects ne manquent pas, mais le vieux Hays, directeur de la police, soupçonne l'excentrique Edgar Allan Poe, qui connaissait la victime.Après le meurtre, Poe publie une nouvelle intitulée Le mystère de Mary Roget, dans laquelle il prétend expliquer les faits et désigner le coupable.En réalité, il ne fait que renforcer Hays dans sa conviction que Poe est le meurtrier recherché jusqu'à ce que ce dernier lui livre les informations nécessaires qui mèneront le policier au vrai responsable.Dans ce roman touffu, qui fourmille de détails et de personnages, l'intrigue policière est surtout un prétexte pour nous parler de Poe, artiste exceptionnel dont l'auteur nous dépeint les dernières années d'une vie mouvementée: sa misère, son alcoolisme, les affres de la création, le succès du poème Le corbeau, la maladie et la mort de sa femme Virginia, ses amours tumultueuses avec Fanny Osgood et sa fin misérable dans un hôpital minable de Baltimore.Pour Hays, il ne fait aucun doute que Poe a été assassiné parce qu'il en savait trop sur le meurtrier de Mary Rogers.Ce roman est une lecture obligée pour les fans du Corbeau.Et pour les autres, c'est une belle occasion de découvrir un monstre sacré des lettres américaines à travers une intrigue policière.En terminant, je signale aux personnes intéressées qu'elles trouveront sur le site de la revue Alibis (www.revuealibis.com) une liste bibliographique (Le corbeau et le polar) de tous les romans, policiers ou non, dans lesquels Poe est un personnage.De belles découvertes en perspective ! UNOEIL BLEU PÂLE Louis Bayard Le Cherche Midi, 29,95$ NOIRCORBEAU Joel Rose Anne Carrière, 34,95$ Les vies secrètes d'Edgar Allan Poe Auteur mythique et personnage coloré, Poe figure dans deux récents polars historiques qui lui rendent hommage.Juan Gelman, nouveau lauréat du prix Cervantès Le prix littéraire Cervantès 2007, considéré comme le Nobel des lettres hispaniques, a été décerné jeudi au poète argentin Juan Gelman, a annoncé le ministre espagnol de la Culture, César Antonio Molina.L'amour, la mémoire, la douleur et la mort imprègnent la poésie de cet auteur né en 1930 à Buenos Aires, considéré comme l'un des plus grands poètes contemporains en langue espagnole.Descendant d'Ukrainiens, Juan Gelman a lutté, dans les années 70, contre l'impunité des dictatures en Argentine et en Uruguay.Menacé par l'Alliance anticommuniste argentine (Triple A, groupe d'extrême droite actif dans les années 70 auquel la justice argentine attribue 1500 assassinats), il a été forcé à un exil de 12 ans en 1975, d'abord en Italie puis en France et au Mexique, où il réside depuis plusieurs années.En 1976, son fils de 20 ans et sa belle-fille, enceinte de sept mois, ont été séquestrés par des militaires argentins.Son fils a été torturé et assassiné par les militaires et, après 23 ans de recherches, le poète a retrouvé sa petite-fille en Uruguay, où elle avait été élevée par la famille d'un policier.Sa belle-fille fait partie de la longue liste de disparus pendant la dictature.Juan Gelman, dont les poèmes ont été traduits en 10 langues, a reçu de nombreux prix au cours de sa carrière.Selon la tradition, le prix, doté d'une bourse de 90 450 euros (132 000 dollars canadiens), lui sera remis le 23 avril, jour de la mort de Miguel de Cervantès, célèbre auteur de Don Quichotte.\u2014 Agence France-Presse Livres recherchés Étienne Poirier et Mance Bacon, deux bénévoles, sont à la recherche de livres, de CD et de DVD en français pour les remettre aux enfants attikamek de la réserve de Manawan, située au nord de Saint-Michel-des-Saints.La population compte près de 2000 personnes dont 60 % sont âgées de moins de 20 ans.On cherche surtout des dictionnaires, des livres d'histoire, des biographies, des bandes dessinées et des documents de référence.Les donateurs sont priés de regrouper les dons avant de communiquer à cette adresse: mbacon_1@sympatico.ca.La collecte se déroule jusqu'au 15 décembre.\u2014La Presse EN BREF OÙ EST-CE QU'ON S'EN VA ! Tous les jours dans 3525495A 3451153A PLUS LECTURES LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Vassilis Alexakis est la douceur même: voilà la source visible de son inspiration de ces dernières années, celle de ses derniers romans.Dans La langue maternelle (1995) un Grec de Paris, c'est lui, se penche sur sa langue première - et en même temps sur le français.Il obtient le prix Médicis.Dans Les mots étrangers (2002) le voilà qui décide d'apprendre une langue africaine.Pourquoi pas, c'est parfois tordant, et toujours cette tendresse pour ses parents, ses amis, sa famille, et toujours cette douceur des sentiments qui se retrouve dans son écriture.Dans Je t'oublierai tous les jours (2005), il répond aux lettres de sa mère grecque et en profite pour nous faire pénétrer un monde hellène qui nous est tellement étranger qu'il semble d'avant Jésus-Christ \u2026 Et justement, tenez, le voilà qui intitule son dernier roman Ap.J.C.(qui a remporté cet automne le grand prix de l'Académie française).C'est une recherche sur le mont Athos, son histoire, ses icônes, ses légendes, ses moines.Curieux sujet, mais l'ami Vassilis a l'habitude de nous étonner.Le voilà qui invente le roman d'un jeune Grec, étudiant, logé chez une certaine Nausicaa Nicolaïdis.Cette charmante et vieille personne lui demande un jour de se renseigner sur le mont Athos, d'essayer d'apprendre tout ce qu'il est possible au sujet de ses moines et ses monastères.«Je vous rembourserai les livres dont vous avez besoin et je vous dédommagerai de votre peine.» L'étudiant a beau lui expliquer qu'il n'a jamais été vraiment capturé par Byzance et l'orthodoxie religieuse, cela ne fait rien, il semble impossible de résister à une vieille dame qui porte un si joli prénom: vous pensez bien, Nausicaa, cela ne vous rappelle rien?La douceur même de Vassilis et celle de son étudiant ne peuvent qu'être attendries encore par une pareille demande faite par une pareille dame.Nous, les lecteurs, n'apprendrons que peu à peu la raison de cette commande «- Et vous les voulez pour quand, ces renseignements ?- Le plus rapidement possible (\u2026) à mon âge, il n'est pas prudent de remettre les choses à plus tard.» Peut-être veut-elle laisser sa fortune aux moines ?Quoi qu'il en soit, notre étudiant va se laisser prendre au jeu de l'histoire byzantine et orthodoxe, et entraîner à sa suite notre petite tête d'Occidental remplie de tant de folklore et d'exotisme.Rassurez-vous, on ne vous dira rien ici, c'est passionnant à lire et truffé d'aventures et de personnages dont aucun n'est secondaire.C'est surtout passionnant par le côté païen de ce chercheur en religion.Vous vous ferez une idée, si ce n'est déjà fait, sur Dieu et les dieux d'avant Dieu, sur les églises et les politiques\u2026 depuis après Jésus-Christ.C'est le côté roublard du doux Vassilis.\u2014 Jacques Folch-Ribas, Collaboration spéciale Ap.J.-C.Vassilis Alexakis Stock, Paris, 391 pages, 34,95$ Le roman des Grecs depuis Jésus-Christ DANIEL LEMAY Pendant que le Québec et sa métropole essayent de réfléchir à ce Nous à redéfinir et à cet Autre qui semble contenu tout entier sous le voile islamique, les cités françaises retombent dans la violence au moindre soubresaut.Et au Soudan, «la rue » réclame à grands cris la peine de mort pour l'institutrice britannique qui a permis à ses élèves de 7 ans de donner à un ourson de peluche le nom du prophète Mohammed.Le même jour, Oussama ben Laden, le « nouveau calife », exhorte les infidèles (ici, les pays européens) à quitter les terres islamiques (l'Afghanistan) où les a tirés le démon américain.Pendant ce temps, à Bagdad, Kaboul et partout où leur lumineux destin les appelle, des dizaines de jeunes martyrs de l'islam ne vivent que pour le moment où ils actionneront le détonateur qui les enverra au paradis, garanti par les imams à ceux qui font triompher le Bien.Mais qui n'auront connu de la vie que misère et humiliation, « là où l'art est pauvre ».Cet te violence, à laquel le l'islam est souvent réduit, a une histoire, une histoire qui, d'aucuns peuvent le regretter, constitue la principale voie d'accès de bien des Occidentaux vers cette réalité vaste et complexe.À cet égard, La Guerre cachée - Al- Qaïda et les origines du terrorisme islamiste, prix Pulitzer 2007, peut constituer un modèle.Pendant cinq ans, le journal iste Lawrence Wr ight (The New Yorker) s'est promené de Londres à Munich, de l'Égypte à l'Arabie Saoudite à la recherche des faits et des hommes - il a réalisé plus de 500 entrevues - pouvant expliquer le parcours de la pensée islamiste depuis la Deuxième Guerre mondiale.Le tableau, fascinant, s'ouvre sur l'Égyptien Sayyid Qutb, propagateur de cette vision d'un islam «total et sans compromis ».Qutb, un lettré, a étudié aux États-Unis et en est rentré convaincu que la laïcité, le matérialisme, l'individualisme, le mélange des sexes et la démocratie - qui «place entre les mains du peuple une autorité censée n'appartenir qu'à Dieu» - ont contaminé l'islam à travers le colonialisme ».Son message aux musulmans : islam et modernité sont incompatibles et l'homme blanc doit être détruit «à la première occasion ».Les Frères musulmans du Caire vont apporter leur contribution, dans une Égypte que Nasser voyait comme le centre du panarabisme, «moderne, égalitaire, laïc et industriel ».Scénario récurrent au Moyen- Orient, souligne Wright, que ce choix entre une société militaire et une société religieuse.L'année 1967 est cel le de l'Expo, oui, mais c'est surtout celle de la défaite humiliante des armées arabes contre Israël dans la guerre des Six-Jours, «tournant psychologique de l'histoire moderne du Moyen-Orient».Et des musulmans, «jusqu'alors persuadés que Dieu était de leur côté ».«Dans les mosquées, une voix nouvelle, plus stridente » en appelle à un retour à la religion «pure» dont les adeptes se vouent à la restauration du califat tel qu'il existait au VIIe siècle.Au fil des pages apparaissent les personnages qui ont amené l'islamisme à sa stature actuelle.Comme le Dr Ayman al - Zawahiri, dirigeant d'Al-Jihad, un organisme voué à l'instauration d'une république islamiste en Égypte mais qui, au milieu des années 90, se fusionnera à Al-Qaeda dont il deviendra le chef idéologique.D'autres, inconsciemment, ont préparé «le terrain », comme Mohammed ben Laden, entrepreneur illettré à qui le gouvernement saoudien confiera la rénovation de la Grande Mosquée et de la mosquée du Prophète: un contrat de 18 milliards de dollars.Un de ses 54 enfants, Oussama, «le lion », travaille aussi dans son entreprise, ce qui ne l'empêche pas de jeûner deux fois par semaine.Comme le Prophète, dont il suivra la voix jusqu'en Afghanistan où, avec l'aide américaine, il combattra l'envahisseur soviétique à la tête des moudjahidines.Ces «guerriers saints », lit-on dans La guerre cachée, ont peu combattu mais le folklore du jihad en a fait des héros plus grands que nature ; à cet égard, Wright remet Oussama ben Laden, un stratège peu intelligent, à sa juste place au panthéon.Le talent de ben Laden, on le sait maintenant, était ailleurs et a éclaté à la face du monde le 11 septembre 2001.Aucun répit depuis dans cette guerre totale où musulmans et «croisés mondialistes » s'affrontent à coups de bombes «voyantes » et de foi aveugle.LAGUERRECACHÉE - AL-QAÏDAETLESORIGINES DUTERRORISMEISLAMISTE Lawrence Wright Robert Laffont, 440 pages, 34,95$.ESSAIS / La guerre cachée - Al-Qaïda et les origines du terrorisme islamiste La genèse de la violence islamiste PLUS LECTURES BIBLIO LA PERTE EN HÉRITAGE KIRAN DESAI FIDES 29,95$ On la compare à Rohinton Mistry mais Kiran Desai, nouvelle fée de la littérature indienne, possède hors de tout doute une voix singulière.D'ailleurs, là où Mistry dresse un portrait de l'Inde par le biais de personnages fatalement liés les uns aux autres, la romancière de 35 ans, qui a remporté avec ce titre le prestigieux Man Booker Prize, explore plutôt les nouveaux questionnements que génère le choc des cultures.Alors que le tiers-monde et l'Occident s'entremêlent outrageusement plus que jamais, fournissant au premier des rêves et au second l'impression factice d'un décloisonnement, La perte en héritage nous présente des personnages déchirés entre leur envie d'une réussite à l'occidentale et leur identité ancestrale.Ainsi, vivant reclus dans le souvenir apaisant d'une colonie britannique alors que l'Inde de Nehru se voit de plus en plus fragmentée, le vieux Jemu et sa petite-fille Sai vivent en anglais dans de la porcelaine ébréchée pendant qu'à New York, le jeune Biju tente de réaliser le rêve des milliers d'autres Indiens en s'encrassant dans la misère quotidienne des immigrés illégaux.Véritable tableau des temps modernes, La perte en héritage dépeint la quête d'identité de tout un peuple aux prises avec ses nouvelles possibilités.Ici, les époques se confondent, l'histoire prend la forme de réminiscences impromptues comme si l'oeuvre de Desai épousait le mode de vie de ces gens étrangers pour eux-mêmes, nourris de désirs qui viennent d'ailleurs.Portrait d'une société qui cherche la vraie nature de ses rêves, ce deuxième roman de Kiran Desai entre brutalement en collision avec notre perception de la mondialisation.\u2014 Jade Bérubé, collaboration spéciale BIG BANG NEIL SMITH TRADUIT PAR LORI SAINTMARTIN ET PAUL GAGNÉ.LES ALLUSIFS 181 PAGES, 21.95$ Ce recueil de nouvelles a fait du bruit à sa sortie en anglais, plus tôt cette année.Ç'a été le bruit de la collision entre ses personnages, en général des marginaux, de gentils désaxés.Il y a plus d'humour et de tendresse que de violence chez Neil Smith, un Montréalais qui travaille comme traducteur.Souvent ses nouvelles tournent autour de ce qu'on appelle dans le métier une « gimmick », c'est-à-dire un événement ou un phénomène peu probable, mais qui transforme tout.La « gimmick» a une noble histoire.Son plus célèbre exemple est cet homme qui se réveille en bestiole dans La métamorphose de Kafka.Neil Smith met en scène, par exemple, une fille qui s'appelle An, enceinte de Jacob, bien que les deux semblent préférer des partenaires du même sexe.Tout de même, Jacob aide An comme il peut pendant sa grossesse pleine d'angoisse.Dans une autre nouvelle, une fille, au nom peu probable d'Eepie, souffre de la maladie de Fred Hoyle (réelle ou pas ?), qui fait que son corps prend et perd de l'âge à un rythme frénétique.Vous voyez le côté «gimmick» ?Ailleurs dans le recueil, une veuve s'entretient avec les cendres de son défunt mari, qui reposent dans une pierre de curling.Dans Les bénins bénis, un groupe de soutien aux victimes de tumeurs bénignes connaît un moment de drame lorsqu'un des membres tire sur un autre avec un contenant de fluide antibactérien.Voilà la spécialité de Neil Smith: des situations insolites, très bien rendues, où la technique prime sur l'émotion.\u2014 David Homel, collaboration spéciale TREIZE NOUVELLES VAUDOU GARY VICTOR ÉDITIONS MÉMOIRE D'ENCRIER 159 PAGES, 15 $ Puisqu'il s'agit de littérature fantastique, et puisque l'écrivain Gary Victor est haïtien, on a tout de suite envie de comparer l'auteur de ces Treize nouvelles vaudou à l'Américain Stephen King, ne seraitce que pour accoucher de cette plaisanterie facile: «Gary Victor est un King créole» (ce qu'a d'ailleurs déjà fait l'hebdo français Télérama).L'univers de Gary Victor est des plus singuliers, qui mêle habilement l'étrange et l'imaginaire à la vie ordinaire de ce pays où (c'est l'auteur qui le dit) le fantastique se vit au quotidien.Écrites dans un style à la fois simple et élégant, ces 13 nouvelles rappellent vaguement, ici et là, Poe, Maupassant ou même Lovecraft.Plusieurs de ces petits contes (car Victor est un excellent conteur) relatent, sous le vernis de l'authenticité, des « histoires vraies» lesquelles ont évidemment le point commun de la magie et du rite vaudou: disparitions mystérieuses, sacrifices, usage de la sorcellerie à des fins de revanche: «Quand on est prêt à tout, même à se damner pour s'en sortir, les portes de l'enfer, une nuit ou l'autre, s'ouvrent toujours devant vous pour vous offrir votre vengeance », dira l'un des nombreux personnages.Victor ne fait pas dans l'exotisme, bien que le lecteur qui ne connaît rien, ou très peu, de Haïti, sera tout de même agréablement dépaysé.Avec ce bouquin fascinant, excitant, grisant, souvent très drôle et saupoudré légèrement ici et là de considérations politiques, Gary Victor, très populaire en son pays, ajoute une petite brique à ce qu'on pourrait appeler le «world beat» de la littérature fantastique.\u2014 Aleksi K.Lepage, collaboration spéciale VALÉRIE LESSARD LE DROIT L'auteur de fantasy Guy Gavriel Kay est bien conscient de livrer, avec Ysabel, un roman atypique par rapport au reste de son oeuvre.L'action se déroule principalement dans la Provence d'aujourd'hui et son personnage central est un adolescent de 15 ans.De plus, l'Histoire, la grande, se fond et se confond avec l'histoire des personnages contemporains, comme un miroir réfléchissant.«Parallèlement aux 2600 ans de violence qui ont façonné la Provence, je voulais travailler sur notre rapport avec le passé, avec notre histoire personnelle, celle de notre famille, fait valoir Guy Gavriel Kay, rencontré à Montréal plus tôt cette semaine.Le but d'Ysabel, c'est justement de réfléchir sur le fait que le passé ne disparaît jamais, qu'il nous affecte tous les jours.J'ai l'habitude d'amener les lecteurs dans le passé.Cette fois, j'apporte le passé aux lecteurs d'aujourd'hui.» L'action d'Ysabel se déroule en Provence, donc, où Edward Marriner, photographe de réputation internationale, et ses assistants débarquent pour en croquer des images inédites.Ned accompagne son père et prend vite conscience que les ruines celtes et romaines qui façonnent le paysage provençal lui font un bien curieux effet.Surtout Pourrières et le mont Sainte- Victoire, où le Romain Marius a «sauvé» Rome d'une invasion de «barbares» celtes bien avant que la ville ne devienne empire (cette bataille peu connue dont Kay fait mention demeure un tournant de l'histoire et 200 000 personnes y seraient mortes).Alors que la nuit de l'antique fête celtique de Beltaine approche, Ned ressent de plus en plus vivement la présence d'étranges personnages, rencontre des hommes, une femme et des bêtes sortis tout droit d'une histoire millénaire et cruelle.Car Ysabel, fille de guerrier celte ayant vécu 2600 ans auparavant, revient hanter les deux hommes de sa vie, une fois de plus, ce soir-là.Quel lien existe-t-il entre Ysabel, ses deux amants et Ned?C'est en creusant dans sa propre histoire familiale que l'adolescent montréalais comprendra d'où lui viennent ces dons surnaturels et pourquoi il se trouve bien malgré lui mêlé à cette histoire d'amour qui ne veut pas mourir.Pour l'aider à traverser la tourmente, Ned pourra compter sur deux anciens personnages de Kay, tirés de sa toute première oeuvre: la trilogie de La tapisserie de Fionavar.L'auteur a «longtemps combattu cette idée» de redonner vie, 20 ans plus tard, à ces personnages.Elle représentait toutefois une solution intéressante à deux problèmes.«Je n'aime pas quand les choses arrivent sans raison, qu'un personnage se trouve mêlé à une histoire qui le dépasse par simple accident, explique Kay.Je devais aussi trouver une raison logique aux dons de Ned.Faire revivre deux personnages de La tapisserie me donnait aussi l'occasion d'incarner au présent la confrontation entre les Celtes, plus intuitifs, et les Grecs et les Romains, plus organisés.Mais Ysabel devait aussi pouvoir vivre sans que les lecteurs aient lu La tapisserie avant, et c'est pour ça que j'ai mis bien du temps à accepter de «ressusciter» ces deux personnages.» D'autres jeunes hommes peuplent les romans de Kay, mais «à 17-18 ans, quand tu étais Viking comme les deux frères du Dernier rayon du soleil, tu étais déjà un homme».Contrairement à Ned, qui écoute autant du Led Zeppelin que du Coldplay sur son i Pod.«Je désirais comparer les jeunes adultes d'hier et d'aujourd'hui, explique-t-il.Il y a aussi le fait qu'en tant qu'auteur, c'était une lorgnette par laquelle je n'avais encore jamais écrit et c'était un défi que j'avais envie de relever.» L'écrivain torontois a aussi dû adapter son écriture.Lui qui manie une plume au style habituellement riche, voire lyrique, se fait ici plus syncopé et utilise à répétition le mot «cool» dans les moindres réflexions de Ned (la traduction d'Élisabeth Vonarburg agacera sûrement plus d'un lecteur, d'ailleurs).«Je sais que j'ai déçu des lecteurs, avec ce roman, à cause de l'i Pod, des téléphones cellulaires, etc., mais il m'a d'un autre côté permis de \"connecter\" avec plusieurs autres, notamment dans les clubs de lecture féminins, où mes romans n'avaient jamais été lus auparavant.» Du haut de ses 15 ans, Ned incarne de toute façon, aux yeux de son «père», l'essence même d'Ysabel.«Il sort de l'enfance, il est sur le point d'atteindre une compréhension plus mûre du monde qui l'entoure.À cet égard, il rend bien l'esprit du roman, car, à l'instar du lecteur, il approche d'une certaine vérité, sans jamais tout comprendre.C'est aussi là notre lien avec les mythes: on en saisit des bribes, sans jamais parvenir à totalement embrasser leur portée, puisque chacun peut se les approprier à sa façon.» YSABEL Guy Gavriel Kay, Alire, 468 pages 15,95$ ENTREVUE / Guy Gavriel Kay Romains, Celtes et i Pod PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE © «Le but d'Ysabel, c'est justement de réfléchir sur le fait que le passé ne disparaît jamais, qu'il nous affecte tous les jours », dit l'auteur Guy Gavriel Kay.JACQUES FOLCH-RIBAS COLLABORATION SPÉCIALE Voilà bien le roman le plus drôle de cette rentrée littéraire française où manquent les occasions de s'amuser sérieusement.Il s'agit de l'histoire d'une chaussure qui se trouve sur le toit d'un de ces immeubles tristes du nord de Paris, du côté de la gare du Nord.Un immeuble où s'est installé un écrivain, fuyant ce monde de vanité et d'insignifiance.Ah ça, que fait-elle là, cette godasse dont nous ne saurons pas grand' chose?D'un appartement, en face, une petite fille l'aperçoit, une nuit, et songe qu'un ange amoureux a dû l'oublier en s'en retournant au ciel.C'est poétique, l'amour.Mais ce n'est guère vrai, évidemment, et une vieille dame, dans un autre appartement, contemple avec rage cette chaussure, elle téléphone à la police, à l'ambulance, aux pompiers ; bref, elle aimerait bien qu'on débarrasse le toit, en face de chez elle, de cet objet unique, laid, qui l'horripile.Peine perdue.Mais un jour, tout de même, un jeune pompier va devenir l'ami de la vieille dame esseulée.C'est touchant, l'amour.Un homme, une autre fois, est devenu amoureux, dans une soirée, d'une jeune inconnue, et il ne restera d'elle que cette unique chaussure qui fait rêver à Cendrillon avec son escarpin de vair.C'est féerique, l'amour.Ainsi de suite.Il s'agit de 10 histoires qui se rapportent toutes à cette damnée chaussure, 10 histoires où les personnages parfois reviennent, de l'une à l'autre, et où s'éclairent (mal) les 10 possibilités.On ne sait trop laquelle croire, elles sont toutes des pistes intelligentes et drôles (très) qui pourraient expliquer la présence sur un toit d'une chaussure unique, intrigante et à vrai dire moqueuse.Elle se fout de nous.On se moque de nous, lecteurs de bonne volonté, en nous faisant chercher nous-mêmes la solution peut-être policière, peut-être amoureuse, peut-être sordide, de cette énigme.En nous faisant écrire à notre tour une fiction, 10 fois différente, à l'intérieur des 10 inventions de l'auteur.Ce qui, vous en conviendrez facilement, est le propre de tout bon roman.En lisant, vous écrivez.Stendhal a dit quelque chose de ce genre.C'est écrit de main de maître.Le sérieux se mêle au farfelu.Comme dans la vie.Ce monsieur Delecroix est un Monsieur.Professeur, nous dit-on, de philosophie.Le bonheur : il n'a pas l'air de se prendre au sérieux, alors qu'il l'est manifestement.Il raconte la solitude, pas seulement celle d'une chaussure mais celle des êtres, il n'accuse personne, il pardonne à tous, il regarde et nous fait sourire à tous les coups.Voilà un roman à lire sous la neige, la pluie et la sloche.Avec un bon verre de porto, ou de ce que vous voudrez.LACHAUSSURESURLETOIT Vincent Delecroix Gallimard.Paris, 218 pages 29,50$ LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE La solitude de la chaussure PLUS LECTURES AU PIED DE LA LETTRE DANIEL LEMAY Jean-Claude Corbeil PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE DE L'ACTION À QUÉBECAMÉRIQUE Jean-Claude Corbeil, directeur éditorial de Québec Amérique et auteur de l'essai L'embarras des langues sur l'évolution des politiques linguistiques, a reçu cette semaine le prix Hommage de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec; à l'occasion de la Journée mondiale de la traduction, l'OTTIAQ souligne annuellement l'apport exceptionnel d'un professionnel du domaine langagier.Par ailleurs, Q.A.s'ouvre aux premiers romans, avec la création de la collection Première Impresssion consacrée à la relève littéraire; Mélanie Gélinas inaugurera la collection, dirigée par Isabelle Longpré, avec Compter jusqu'à cent, un (premier) roman inspiré des événements du 11 septembre 2001.Finalement, Q.A.vient de mettre en ligne le site www.maglecture.com, un magazine littéraire destiné aux 12-17 ans.NUIT BLANCHE Pour son «dynamisme, la qualité et l'originalité de son travail », le magazine littéraire Nuit blanche a reçu cette semaine le prix Ville de Québec dans le cadre de la soirée Excellence des arts et de la culture, au Palais Montcalm.Hommage bien mérité pour le trimestriel fondé par Anne-Marie Guérineau et Sylvie Chaput et qui fête cette année ses 25 ans d'existence.La couverture du numéro d'octobre (# 108) est consacrée à Monique Bosco, disparue en mai dernier.à qui est consacré l'article principal, «La femme meutrie », signé Pierrette Boivin.DEUXMOTS Pour souligner le 170e anniversaire des Patriotes, la Maison Saint-Gabriel organise une table ronde avec l'historien Jacques Lacoursière, le notaire Julien S.Mackay et le Dr Marcel Rheault ; le thème: le rôle des médecins, des notaires et du clergé dans la rébellion de 1838-38; le lieu: Chez Magnan, 2602, rue Saint-Patrick; réservations obligatoires: 514-935-8136.Le magazine Spirale remettra vendredi son prix Spirale Eva le Grand à Victor- Lévy Beaulieu pour son «monumental essai» James Joyce \u2014 L'Irlande, Le Québec, les mots.Sources: Q.A., Nuit Blanche, Spirale.DAVID HOMEL COLLABORATION SPÉCIALE C'est dans l'étonnement général que nous avons appris en octobre dernier que Doris Lessing avait gagné le prix Nobel de littérature.Les choix du comité Nobel sont souvent contestés, mais cette fois, le silence, et non pas la contestation, a accueilli la nouvelle.Pourtant, nous étions nombreux, au milieu des années 60, à lire Le carnet d'or, publié en français en 1976 (prix Médecis étranger de l'année).Les jeunes femmes lisaient ce roman pour affirmer leur féminisme, tandis que les jeunes de l'autre sexe le lisaient pour pouvoir converser avec leurs blondes et afficher leur ouverture.À l'annonce du prix, j'ai retrouvé mon vieil exemplaire du Carnet d'or.Le style et le propos de l'époque ont mal vieilli.Cette auteure prolifique a pourtant ses fidèles, et son dernier roman en français, Un enfant de l'amour, arrive à point, en même temps que le Nobel.Ce roman a comme décor la Deuxième Guerre et la fin du colonialisme.Nous sommes en Angleterre en 1939, et James Reid s'enrôle comme simple soldat.Il a l'étoffe d'un officier, mais il préfère demeurer avec le peuple, malgré un fort penchant pour la poésie.Malgré son titre sentimental, Un enfant de l'amour est un livre sur les classes sociales.Les accents, les bonnes (ou mauvaises) manières, la façon de boire sa bière ou son thé, tout, sous l'oeil de Lessing, trahit la classe sociale de l'homme et, ainsi, son destin.L'autre sujet du roman, c'est le colonialisme.Doris Lessing est née en Perse avant que ce pays ne s 'appelle l'Iran, elle a passé une grande partie de son enfance en Rhodésie - maintenant le Zimbabwe.On dirait qu'elle a vécu toute sa vie sous l'Empire britannique qui s'effritait.Mais il n'y a pas que de la politique dans ce roman.Le soldat James Reid fera un long voyage en bateau, jusqu'en Inde, où il est censé protéger cette colonie contre les Japonais.Le mal de mer, la maladie, la souffrance des hommes, Doris Lessing les décrit admirablement bien.J'ai découvert l'égale de Jack London et de Joseph Conrad pour le récit d'aventure en haute mer.James Reid fait escale au Cap, en Afrique du Sud, et y rencontre Daphne, la belle femme d'un officer absent.L'inévitable passion surgit, et Daphne agit avec un sans-gêne exceptionnel.Résultat: James apprend qu'elle est tombée enceinte de leur liaison et qu'elle a donné naissance à un garçon.Mais trop tard, car il est en Inde.James survivra à l'ennui de la guerre, il rentrera en Angleterre, épousera une fille solide et robuste (la description est de Lessing) et fera un enfant avec elle.Mais le désir de trouver son fils marquera sa vie entière.Il fera des voyages au Cap avec l'espoir de tomber sur lui, sans que la chance ne lui sourie.Lessing garde un oeil cynique sur les sent iments de James.On dirait que l'amour la désintéresse.Elle a créé un livre froid et caustique sur les sentiments, un étrange défi, en effet.UNENFANTDEL'AMOUR Doris Lessing Traduit par Isabelle D.Philippe Flammarion, 187 pages, 26,95$ LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE / Un enfant de l'amour Le dernier-né d'un Prix Nobel MICHEL MAROIS Certaines aventures marquent pour la vie et quand ceux qui les vivent ont des talents de communicateur, elles peuvent marquer une multitude d'individus.La Mission Antarctique, de notre collaborateur Jean Lemire et son équ ipe, es t incontestablement l'une de ces aventures.L'équipage du Sedna IV a en effet passé plus de 430 jours à bord afin de documenter l'effet des changements climatiques sur la péninsule Antarctique.Les lecteurs de La Pre s s e avaient déjà pu admi rer un saisissant cahier spécial tiré de l'abondante documentation photographique ramenée par Lemire et ses collaborateurs.Le livre, magnifique album illustré, on s'en doute, ajoute le texte vibrant du chef de mission, véritable plaidoyer pour les écosystèmes polaires, mais aussi pour la planète et, tout simplement, pour la vie elle-même.Car c'est bien de cela qu'il s'agit.Ceux qui connaissent Jean Lemire savent à quel point il lie le sort de l'humanité aux grands enjeux écologiques telle la survie des mondes polaires.Ses propos sont ainsi empreints d'un lyrisme qui peut en déranger certains, mais l'enjeu ne justifie- t-il pas les moyens ?La démarche de Lemire est aussi très large au plan générationnel.Vers le passé, il se réclame de l'héritage des grands explorateurs et poursuit passionnément leur oeuvre.Vers l'avenir, il se sent investi d'une mission au nom des enfants du monde entier.Il faut avoir vu cet homme au milieu d'une classe ou d'un groupe de jeunes, racontant ses aventures, démystifiant les secrets de la planète, écoutant les questions de tous et chacun.Les enfants forment un public sévère et ils ont de toute évidence adopté Jean Lemire.Mission Antarctique n'est pas un de ces livres de référence avec cartes, infographies et statistiques qui présentent rigoureusement les enjeux des changements climatiques.Mais si vous voulez comprendre pourquoi i l est important d'agir aujourd'hui, c'est celui-là qu'il faut lire.MISSIONANTARCTIQUE Jean Lemire, Les éditions La Presse 160 pages, 39,95$ BEAU LIVRE / Mission Antarctique Un témoignage pour la planète Tous les jours dans À CHACUN SON CHOIX Composez le (514) 285-7274 appels interurbains (sans frais) 1 866 987-8363 celebrites@lapresse.ca Vous a Vez un é Vénement à célébrer ?tous les dimanches dans La Presse célébrités 02-12-07 CÉLÉBRITÉS.PIERRE B.CADIEUX Après avoir fait la marche de Compostelle, tu as marché les 3580 km de l'Appalachian Trail.Nous sommes fiers de ton exploit et admirons ton courage Tes enfants, tes petites-filles et la famille Lanciault JEAN-PAUL LE BLOND Cher Jean-Paul, à l'occasion de ton 75e anniversaire de naissance, nous te souhaitons une très belle journée! Nous t'aimons très fort.Des 4 femmes de ta vie Marielle, Danièle, France et Anne-Marie (ainsi que le reste du clan Le Blond) ROGER POIRIER Félicitations pour ton 80e anniversaire! De ta fille Christiane, ton gendre Marco et tes petits-enfants Francis, Marili, Mathieu et Jérémie AUJOURD´HUI ENTREVUE AVEC LA PERSONNALITÉ: 9h40 R D I EN D I R E C T Avec Louis Lemieux VENDREDI DÈS 5h SAMEDI ET DIMANCHE DÈS 5h 30 DEMAIN MATIN ENTREVUE AVEC LA PERSONNALITÉ: 6h40 C ' E S T B I E N MEILLEUR L E MAT I N Avec René Homier-Roy DU LUNDI AU VENDREDI 5h30 À 9h À RADIO-CANADA RETROUVEZ LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE LA PRESSE/RADIO-CANADA radio-canada.ca 3503143A Michael Richards J'ai appris à jouer à 15 ans, en observant les golfeurs à la télévision et dans les films.Mes premiers exploits sur le terrain: les neuf trous à Shawbridge.Et puis mes premiers bâtons ont été achetés grâce au catalogue Eaton.LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE RETROUVEZ LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE SUR LES ONDES DE RADIO-CANADA ENCORE PLUS QUE DU TALENT, DE L'INTELLIGENCE, MÊME DU GÉNIE, L'EXCELLENCE NAÎT DE L'EFFORT Au mois de septembre 2007, Montréal a reçu l'une des compétitions les plus importantes de l'univers du golf : la Coupe des présidents.Il aura fallu près de cinq ans à Michael Richards pour la préparer et l'organiser.Cette compétition, qui réunit les meilleurs golfeurs au monde, notamment Tiger Woods et Mike Weir, a lieu tous les deux ans depuis 1994.ANNE RICHER En l'occurrence, les 24 golfeurs ont donné tout un spectacle ! Ce fut un grand succès : des retombées économiques évaluées à 65 millions, des millions de téléspectateurs dans 142 pays.Chacun des joueurs a remis sa bourse de 150 000$ à l'organisme ou à la fondation de son choix.Pour cette réussite internationale fondée sur la détermination, La Presse et Radio- Canada décernent à Michael Richards le titre de Personnalité de la semaine.Leadership L'avocat spécialiste du droit commercial et des entreprises, associé au bureau Stikeman Elliott de Montréal, a été à deux reprises président de l'Omnium canadien Royal Montréal.À ce titre, il était naturel que la Coupe des présidents, dont le siège social est en Floride, pense à lui pour organiser la compétition dans notre ville.Il devait s'entourer des bons collaborateurs : «Je suis un homme direct, dit-il, pas compliqué.» Son leadership est motivant.Il a réussi, pour la Coupe, à tenir ensemble 1075 bénévoles dans 11 comités.Il se considère comme une espèce de chef d'orchestre.«Ces gens ont été formidables », insiste-t-il.«Mike», comme il aime qu'on l'appelle, ne fait pas dans la dentelle.Il est très déterminé.Par-dessus tout, les choses dans lesquelles il s'investit doivent réussir.Et ses équipiers, comme les amis, du reste, sont ceux avec qui il irait «en toute confiance à la chasse au lion».Confiance et loyauté sont au coeur de ses amitiés.Toute sa vie, au collège, à l'Université Mc Gill, au travail, il a participé à plusieurs comités, s'est engagé en politique étudiante et a pratiqué en même temps de nombreux sports, dont le hockey, le tennis, etc.Il se rappelle l'époque où, enfant, il chantait dans une chorale d'église, où il a fini comme baryton.Il adore la grande musique et le jazz.On sera peut-être étonné d'apprendre qu'il joue du piano (banal), mais aussi de la cornemuse (plus rare).Golfeur émérite «Je joue au golf le plus souvent possible », dit d'entrée de jeu, comme une boutade, l'avocat montréalais.Né en Saskatchewan le 2 avril 1939, c'est à l'adolescence, au retour de la famille au Québec, qu'il a eu l'occasion de faire du golf.«J'ai appris à jouer à 15 ans, en observant les golfeurs à la télévision et dans les films.Mes premiers exploits sur le terrain: les neuf trous à Shawbridge.Et puis mes premiers bâtons ont été achetés grâce au catalogue Eaton.» Voilà de bons et joyeux souvenirs pour ce sportif.Ce fut semblable pour le droit.«Je lisais des livres d'histoire où les avocats jouaient un grand rôle dans la société.J'avais 14 ans quand j'ai fait le choix de devenir avocat ; une décision basée sur des impressions.» Son père, ingénieur civil, qui avait vécu la Grande Dépression pendant ses études, en avait été réduit à conduire des camions dans l'Ouest.Ses souvenirs d'une vie difficile ont sûrement influencé l'ambition de ses quatre enfants puisque le deuxième s'est imposé très jeune de réussir dans la vie.Et n'a pas dérogé à cette règle.Mais pour y parvenir, il faut faire quelques sacrifices: «Je regrette, dit-il à plusieurs reprises, de ne pas avoir été à la maison plus souvent quand j'avais une jeune famille.» Ses voyages ont été nombreux partout dans le monde, mais il se plaît particulièrement bien en Italie, où le tempérament des Italiens, la bonne bouffe, un certain art de vivre, lui conviennent bien.Il reste silencieux et pudique sur les événements douloureux qui ont marqué sa vie.Rester dans l'action lui semble, à 68 ans, le meilleur choix de vie.«Le cerveau est un muscle que l'on doit entretenir, dit-il, mi-sérieux, mi-badin.J'aime lire tout ce qui a trait aux rapports judiciaires, aux affaires, à l'économie.J'ai entrepris la biographie de 1000 pages de Winston Churchill.» Aujourd'hui, il ralentit un peu le travail mais ne l'abandonne pas.Et il répond «présent» chaque fois qu'on le réclame pour une bonne cause, notamment l'Université Mc Gill, son alma mater, à laquelle il voue une loyauté indéfectible.PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE "]
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