La presse, 20 juin 2004, P. Plus
[" Les hommes en trop Avec les progrès de la médecine, de plus en plus de parents choisissent d'avoir des fils plutôt que des filles.Le phénomène est particulièrement marqué en Inde et en Chine, où les hommes risquent d'avoir de plus en plus de mal à se marier.Àl'horizon : un déséquilibre démographique porteur de guerres et de violence.Le point sur une théorie controversée.MATHIEU PERREAULT mperreau@lapresse.ca Qu'ont en commun le barrage hydroélectrique des Trois Gorges en Chine, les attentats antimusulmans en Inde, et la baisse du coût des échographies ?Ces trois phénomènes sont liés au déséquilibre croissant entre le nombre d'hommes et de femmes en Asie.Dans certaines régions de l'Inde et de la Chine, il naît 20% plus de garçons que de filles.En Corée du Sud, plus de 10 000 femmes subissent un avortement parce qu'elles portent une fille, mais veulent un garçon.Or, prévient une politologue américaine, cet excédent de mâles mène tout droit à une explosion de violence, qu'il faudra canaliser avec des grands travaux publics, des bordels.ou des guerres.En 2020 en Inde, 443 millions de personnes auront entre 15 et 35 ans.Parmi elles, il y aura 236 millions d'hommes et 207 millions de femmes.En Chine, il y aura 215 millions d'hommes et 180 millions de femmes de cet âge.Cet « excès de mâles », sans précédent dans le monde moderne, signifie que 29 millions d'Indiens et 35 millions de Chinois auront beaucoup de difficulté à se trouver une femme.Une politologue de l'Utah vient de tirer la sonnette d'alarme sur ce phénomène, qui touche plusieurs autres pays d'Asie : les « excès de mâles » mènent tout droit à une explosion de la prostitution et des crimes violents, et même à des guerres où les gouvernements chinois et indiens chercheront à canaliser la frustration de ces jeunes hommes impossibles à marier.« Nos recherches montrent que les sociétés avec une forte proportion de mâles ne peuvent pas atteindre les mêmes formes pacifiques de gouvernement que les sociétés ayant une proportion normale des deux sexes », explique Valerie Hudson, professeure de sciences politiques à l'Université mormone Brigham Young, en Utah, qui a publié ce printemps Bare Branches: The Security Implications of Asia's Surplus Male Population.Le terme chinois correspondant à bare branches est guang gun, qui se traduit par « arbre sans branche ».Il a une connotation péjorative, qui fait allusion au peu d'attrait des hommes qui ne parviennent pas à se marier.« Certains biologistes ont déjà évoqué ce phénomène chez les primates », dit Mme Hudson en entrevue téléphonique.« Des hordes de célibataires guettent les signes de faiblesse du mâle dominant qui a accaparé toutes les femelles.» Échographies La Chine et l'Inde sont des sociétés où les parents préfèrent généralement avoir des garçons.«Avec la baisse du prix des échographies, et, en Chine, la politique restreignant le nombre d'enfants à un par famille, les parents ont été capables d'augmenter considérablement leurs chances d'avoir un garçon, dit Mme Hudson.Il y a beaucoup d'avortements de foetus de filles en Chine et en Inde, même si le gouvernement l'interdit.» L'un des cas les plus célèbres d'un tel usage de l'échographie a eu lieu en 1980 en Inde : sur 450 échographies de foetus féminins, 430 avaient mené à des avortements, alors qu'aucun des 250 foetus masculins avaient été avortés.«En Inde, le coût des amniocentèses, une manière infaillible de savoir le sexe de l'enfant, est passé de 100 $ à moins de 30 $ en 15 ans, dit Mme Hudson.Certaines cliniques d'avortement font des publicités rappelant qu'il vaut mieux payer 500 roupies maintenant plutôt que 500 000 roupies plus tard, ce qui correspond au coût de l'avortement, comparé au coût de la dot.» En matière de pub, le gouvernement n'est pas en reste.Il a récemment lancé une campagne visant à convaincre la population que les filles prennent mieux soin que les garçons de leurs vieux parents.« C'est vrai au Japon : les femmes aiment maintenant mieux avoir des filles parce qu'elles sont plus fiables pour la vieillesse, dit Mme Hudson.Mais ça ne marche pas dans une société comme la Chine, où les enfants sont encore responsables financièrement de leurs parents.Comme c'est le mari qui gère le budget, il aura tendance à favoriser ses propres parents.» Fin de l'histoire La politologue de l'Utah, qui a grandi dans cet État marqué par le mormonisme, a eu l'idée d'étudier l'excès de mâles en Asie après avoir lu un essai de 1995 de l'historien Francis >Voir HOMMES en page 2 PHOTO ASSOCIATED PRESS © Les politiques natalistes en conjonction avec les avancées technologiques permettent une sélection plus facile du sexe des enfants.Un « progrès » qui favorisera un déséquilibre démographique, craignent certains.< OLIVIA CHOW LA DAME EN VERT FLUO Nathalie Petrowski PAGE 4 LE RETOUR DE CLINTON Alexandre Sirois PAGE 6 PLUS «Le pays qui fait rêver les Français» LOUIS-BERNARD ROBITAILLE COLLABORATION SPÉCIALE PARIS S'il n'y avait pas eu ce satané Saddam Hussein, le bonheur du Canada aurait été sans nuage le 18 décembre dernier.Ce jour-là, L'Express devait faire sa couverture avec un dossier spécial très fouillé et sérieux sur le Canada.« Mais voilà, explique le grand reporter Jean-Michel Demetz, en charge du dossier : trois jours avant, on avait capturé Saddam Hussein, et la couverture Canada s'est retrouvée en bandeau au bas de la page.» Un large bandeau rouge annonçant « Le pays qui fait rêver les Français » et, à l'intérieur, 24 pages sur un pays de dimension moyenne où il n'y a ni guerre ni crise majeure, aussi tranquille que la Suède ou les Pays-Bas, dont les journaux ne parlent jamais.Sauf cas d'espèce, les pays «moyens» doivent se résoudre à payer au prix fort un publireportage, dans le Monde, le Figaro ou ailleurs, pour obtenir le même volume rédactionnel.Il arrivera que tel grand journal consacre un dossier spécial à certains pays qui ont une cote de sympathie, mais il penchera plutôt du côté culturel ou touristique.Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de reportages très sérieux, mais surtout louangeurs.« Les Canadiens forcent notre admiration, écrit Demetz en ouverture : taux de croissance, décentralisation, intégration des immigrés, hautes technologies.Voyage au pays des réformes réussies.» Indéniablement, le Canada a marqué en France des progrès considérables depuis 10 ou 20 ans.« Il est vrai, dit Jean-Michel Demetz, que Pierre Elliott Trudeau faisait parler de lui dans les années 70.Mais c'était davantage à la rubrique people : parce que c'était un dandy et à cause de Margaret.Dans les années 70 et 80, il arrivait qu'on parle du Québec, mais rarement du Canada.» S'il y a eu en décembre ce spécial dans L'Express, c'est d'abord parce que l'ambassade canadienne avait concentré beaucoup de moyens et d'efforts autour du 400e anniversaire du voyage de Champlain.Mais en fait, la couverture médiatique des affaires canadiennes est plus régulière, indépendamment de ce 400e.Ça n'a l'air de rien, mais une équipe de France 2 a diffusé cinq petits reportages dans la même semaine, en avril, à l'émission Télé-Matin.Ces jours-ci, une équipe de TF1, la première chaîne télé en France, prépare une série de six reportages (l'Acadie, le pétrole en Alberta, les Îles-de-la-Madeleine, etc.) pour le téléjournal à la fin du mois.De petits succès médiatiques que bien des ambassades étrangères à Paris rêveraient d'obtenir, y compris en payant le gros prix.Certes, depuis plusieurs années déjà, le Canada dépense beaucoup d'argent par le truchement de son ambassade parisienne.Le Centre culturel canadien, qui est miraculeusement devenu très dynamique depuis l'arrivée de Robert Desbiens à sa tête, à l'automne 1998, dispose de locaux luxueux et de budgets impressionnants, surtout en comparaison de ceux du Québec.Et le service de presse, comme cela est normal, a largement les moyens d'organiser trois ou quatre voyages de presse par an.La juge Louise Arbour devient pour un temps une vedette médiatique grâce au Tribunal pénal international ?On en profite pour organiser des déjeuners, des interviews à la télé.Lorsque le Nunavut est institué, on comprend également que cela fait partie de l'imaginaire français.Résultat : une série de six pleines pages dans le Monde.En fidélisant peu à peu certains journalistes, on les amène sur des sujets plus pointus et nouveaux : la place de no 2 mondial du Canada dans les biotechnologies, la progression fulgurante du nombre d'étudiants français dans les universités « canadiennes» (aujourd'hui 7000 étudiants, dont 75% au Québec).Enfin et surtout, les succès canadiens pour ce qui est de la réduction des déficits et de la modernisation de l'État.Le message que l'on veut faire passer est le suivant : le Canada est un pays de dimension moyenne, mais qui a réussi des réformes dans bien des domaines qui préoccupent aujourd'hui les Français : déficit, intégration des immigrés, etc.Bien entendu, cette image continue de se confondre, chez la plupart des gens, avec celle du Québec.Le Canada ne s'est jamais privé d'utiliser à ses fins de communication les succès québécois, notamment dans le domaine culturel.Il est parfois assez comique de voir à Paris l'ambassade et la délégation s'arracher Luc Plamondon ou Robert Lepage.Mais en même temps, les succès enregistrés par le Canada finissent tôt ou tard par servir le Québec.Si le Canada a si brillamment réussi dans sa réforme de l'État, cela vaut aussi pour le Québec : celui-ci a eu droit à deux pleines pages élogieuses, le mois dernier, dans le Point.Avec ce titre : « Raffarin s'inspire des recettes québécoises ».« Pour l'immense majorité des Français, même renseignés, dit Martine Jacot, ancienne correspondante du Monde à Montréal, le Canada et le Québec se confondent volontiers.Jacques Villeneuve et Céline Dion sont québécois en début d'article et canadiens à la fin.Ou inversement.Quand les gens disent Canada, aujourd'hui, ils veulent essentiellement parler du Québec, éventuellement de l'Acadie.Un gros Québec avec quelques prolongements anglophones autour.» Les hommes en trop HOMMES suite de la page 1 Fukuyama, célèbre pour avoir proclamé la « fin de l'histoire » en 1992.« Son essai affirmait que les rôles sexuels ont des bases biologiques plutôt que culturelles, comme l'affirmait le féminisme, dit Mme Hudson.M.Fukuyama notait que les femmes américaines étaient moins en faveur de la première guerre en Irak que les hommes, et se demandait si un rôle accru des femmes en politique ne mènerait pas à une diminution des guerres.La théorie de Mme Hudson repose sur les recherches de psychologues spécialistes de la testostérone, qui est liée à des comportements agressifs.De nombreux psychologues ont observé qu'elle décroissait avec le mariage, ce qui a mené certains à avancer que le célibat est associé à la violence.Un Torontois, Neil Wiener, a publié l'an dernier un article où il affirmait que les sociétés qui ont connu le plus de guerres dans les derniers 50 ans étaient aussi celles où la proportion de jeunes hommes était la plus élevée.Mme Hudson rappelle aussi que les « sociétés de frontière », comme le Far West de la fin du XIXe siècle ou l'Australie à la même époque, étaient des sociétés très violentes, où florissait la prostitution, et où il y avait beaucoup plus d'hommes.De même, elle cite une rébellion en Chine au milieu du XIXe siècle, la rébellion Mien, qui s'est produite dans une région où il y avait beaucoup d'hommes.Elle cite aussi des études montrant que la taille de l'armée américaine a varié avec la proportion d'hommes dans la société : l'armée était une « éponge » essuyant l'excès de mâles.La Presse a interrogé quelques experts à propos de la thèse de Mme Hudson voulant que l'excès de mâles mène à la violence et à la guerre.Plusieurs se sont dits favorablement impressionnés, même s'ils notaient que la violence interne était plus probable que la guerre entre États.« Son argumentation est très intéressante, puisqu'il y a beaucoup de preuves que les jeunes hommes célibataires sont une source de problèmes sociaux, a dit le politologue Francis Fukuyama en entrevue électronique.Mais il faut voir comment cela se traduira en Chine.» Alarmisme ethnocentrique Par contre, un politologue de l'Université d'Albany, Steven Messner, a averti que l'augmentation de la proportion d'hommes avait eu des effets contradictoires aux États-Unis : d'un côté, elle augmentait la criminalité, mais d'un autre, elle diminuait la proportion de femmes monoparentales, ce qui diminuait l'instabilité familiale, et donc la criminalité.Un sociologue chinois qui enseigne à l'Université de Californie à Irvine, Wang Feng, a pour sa part souligné que la proportion d'hommes « inmariables » demeurait très faible en comparaison à toute la population chinoise.« Mme Hudson fait de l'alarmisme ethnocentrique, a accusé M.Feng.Il y a déjà eu des excès de mâles en Chine par le passé, sans corrélation avec la violence.Même chose en Occident.L'excès de mâles n'explique pas non plus la rébellion Mien.Et de toute façon, un lien statistique entre un excès de mâles et de la violence n'implique pas qu'il y ait une cause.D'autres critiques sont venues de militants des droits de la femme.«Mettre l'accent sur le risque de violence découlant de l'excès de mâles est sexiste », explique Joshua Goldstein, un politologue à l'American University du Massachusetts, qui s'est insurgé dans les médias contre les thèses de Mme Hudson.« On passe sous silence les violations des droits des femmes qui sont sous-jacentes.C'est la guerre qui cause l'excès d'un sexe, et non l'inverse : les guerres ont causé des excès de femmes qui ont mené à la polygamie.Aussi, je crois que le gouvernement chinois a eu beaucoup de succès à assurer la paix depuis un demi-siècle.La thèse de Mme Hudson est un exemple de la paranoïa qu'inspire la Chine.» Mais les tenants de l'équation hommes guerre n'en démordent pas.Le psychologue britannique Satoshi Kanazawa, qui enseigne à la London School of Economics, et dont le travail sur la testostérone est amplement cité par Mme Hudson, a affirmé à La Presse que selon lui, l'une des causes de la « guerre contre le terrorisme », des tensions entre l'occident et le monde musulman, réside dans la tradition islamique de la polygamie.« Plusieurs jeunes hommes peu fortunés ne parviennent pas à se trouver une femme parce qu'elles sont monopolisées par les hommes plus riches, explique M.Kanazawa.Mais personne n'a jamais parlé de ce phénomène comme d'une cause des tensions actuelles, à cause de la culture de rectitude politique.» À tout le moins, la controverse allumée par Mme Hudson permet de s'attarder sur des pratiques surprenantes des démographes.«Les démographes officiels, à l'ONU par exemple, ne projettent pas un déséquilibre important entre les sexes en Asie parce qu'ils assument que le débalancement actuel est temporaire, dit-elle.Je ne vois pas pourquoi il en serait ainsi.» Comme l'écrit l'un des démographes américains les plus influents sur l'Asie, Nicholas Eberhardt du think tank de droite American Enterprise Institute : «À moins que la Chine trouve le moyen de manufacturer des jeunes femmes, il y aura 111 millions plus d'hommes que de femmes en Chine en 2020.» PHOTO NARENDA CHHIKARA, COLLABORATION SPÉCIALE En 2020 en Inde, 443 millions de personnes auront entre 15 et 35 ans.Parmi elles, il y aura 236 millions d'hommes et 207 millions de femmes.Ci-dessus, une sagefemme du village de Rohat, dans l'État de l'Haryana (qui détient le record du plus grand nombre d'avortements de foetus de sexe féminin), examine une future mère.Les mystères de la démographie chinoise MATHIEU PERREAULT À l'automne 2002, le quotidien chinois People's Daily publiait le même jour deux articles en apparence contradictoires sur la politique restreignant les familles à un seul enfant.Le premier célébrait la nouvelle loi sur la planification des naissances, en gestation depuis 23 ans, qui permettrait à certains couples d'avoir un deuxième enfant, et parfois même un troisième.Mais du même souffle, le quotidien publiait une longue entrevue avec l'un des responsables de la loi, qui affirmait qu'il n'y aurait pas d'allégement de la politique d'enfant unique, et précisait même qu'une nouvelle commission suivrait de plus près les grossesses des Chinoises.De quoi en perdre son mandarin.Feng Wang rit quand on lui demande des nouvelles de la politique d'enfant unique.« Vous avez bien raison de poser des questions sur la politique chinoise d'un enfant par famille », dit le professeur de sociologie de l'Université de Californie à Irvine, qui vient de publier un livre de démographie sur la Chine, One Quarter of Humanity.« Son application est plutôt mystérieuse.» Cette politique est en vigueur depuis 25 ans et aurait permis d'éviter 300 millions de naissances, selon l'un des spécialistes américains de la démographie asiatique, Nick Eberstadt, qui travaille au think tank de droite American Enterprise Institute.M.Eberstadt rapporte toutefois que certains experts évaluent à 200 millions le nombre d'enfants non enregistrés.Officiellement, la fertilité a chuté de 5,8 à 1,7 entre 1970 et 2000.La population chinoise continuera à augmenter jusqu'en 2030, passant de 1,3 à 1,4 ou 1,5 milliard, puis se mettra à décroître, selon M.Eberstadt.Selon Valerie Hudson, auteure de Bare Branches, la politique d'enfant unique a joué un rôle crucial dans l'augmentation de la proportion de garçons parmi les bébés chinois.« Il semble y avoir des indications que la Chine veut mettre fin à cette politique.» Le sociologue Feng Wang est d'accord.« La politique ne devait au départ durer qu'une génération.Le gouvernement chinois se rend compte qu'il y a des conséquences néfastes, comme le vieillissement de la population et l'augmentation de la proportion de bébés mâles.Mais il faut trouver une manière d'éliminer graduellement la politique.À mon avis, les premiers pas seront faits l'an prochain.» Selon M.Feng, la politique d'enfant unique n'a été appliquée rigoureusement qu'en ville.«À la campagne, il y avait peu de contrôles, parce que les familles ont besoin de main-d'oeuvre.Il y a aussi eu, dans les années 90, des exemptions pour les couples dont le premier enfant était une fille, même en ville.» . PLUS L'amour au temps du biberon Le magazine français Le Point a parlé d'Aldo Naouri comme d'un « pédiatre iconoclaste » et des générations de parents se seraient inscrits sur une liste d'attente dans l'espoir d'être reçues par lui.Son plus récent livre sème la controverse en France.Voici pourquoi.LOUISE LEDUC «Paumés, déboussolés, furieux, perdus, errant à la recherche d'une solution qu'ils savent par avance introuvable ».Tels sont les pères d'aujourd'hui, du moins selon Aldo Naouri, qui se désespère de cette époque de plus en plus portée à croire « que la mère suffit ».« En mettant le père à la porte, n'a-t-on pas jeté le bébé avec l'eau du bain ?», demande le pédiatre Aldo Naouri, auteur de Les pères et les mères.D'aucuns le disent réactionnaire.Joint par téléphone à Paris, il ne s'en étonne pas.« On conçoit de plus en plus difficilement aujourd'hui qu'un enfant puisse avoir besoin d'un père et d'une mère.On se dit aujourd'hui : « Reproduisons-nous, dans n'importe quelles conditions, et l'on verra bien ensuite ce qui arrivera.» À tort, l'homme et la femme, dit Naouri, ont abandonné leurs rôles traditionnels.Entendant cela, plusieurs ont déduit qu'il renvoyait la femme à ses chaudrons.Il a été mal compris : en fait, il voulait plutôt dire qu'il fallait ramener la femme au lit, à satisfaire son homme.Car c'est seulement à travers le regard aimant d'une femme pour son conjoint que l'enfant réalise que celle qui le nourrit, qui a droit de vie et de mort sur lui, n'est finalement pas toute-puissante et que l'homme, son père, est d'une certaine utilité.Rien de tel aujourd'hui: selon Naouri, la femme n'est plus qu'une mère, tout entière dévolue à son petit, et l'homme est devenu rose, une espèce de deuxième mère, quoi.Résultat : profitant de la confusion des genres, l'enfant en profite pour devenir un «un tyran domestique » en puissance qui impose sa volonté à toute la maisonnée.Au surplus, toujours selon Naouri, l'enfant, est devenu pur produit de consommation.On décide de l'avoir ou pas\u2014avortement ou poursuite de la grossesse\u2014 et quand on décide de le garder, « on attend de lui qu'il soit parfait comme les voitures japonaises et on lui donne tout, tout de suite ».Naouri, qui raille pourtant tous les traités d'éducation et les émissions de télévision qui multiplient les conseils sur l'art d'être parents, ne parvient pas lui-même à résister à la tentation de donner sa propre recette magique.Elle vient à la toute fin de son ouvrage et tient en quelques pages à peine.Éduquer un enfant, c'est le frustrer.S'il pleure pour avoir plus de lait, on ne lui en donne pas.On le fait attendre s'il veut manger, et on n'hésite pas, à l'inverse, à le réveiller pour le faire manger.« Cet enfant rendu au temps se développera en étant moins addicté au plaisir: il pourra alors vivre un temps vide sans se sentir envahi par l'angoisse de mort.Il ne sera plus le tyran qu'on voit tous les jours ; sans manquer de personnalité, il acceptera mieux la limite et la discipline », écrit-il.Et quoi encore ?Ne pensez-vous pas que les parents en ont soupé de toutes les théories qui n'en finissent plus de se contredire ?« Les relations hommes-femmes vont mettre des générations à prendre du mieux et en attendant, il faut bien s'occuper des enfants d'aujourd'hui.Il faut leur apporter ce que leur père leur apportait autrefois : la possibilité de voir qu'on ne meurt pas quand le temps passe sans qu'on reçoive des bénéfices.» Traduction : quand le papa et maman passaient plus de temps au lit, bébé attendait son biberon « jusqu'à ce que son père lui rende sa mère » et bébé apprenait ainsi à patienter.Pour que tout cela se produise, poursuit Naouri, il faut bien sûr que « l'homme (soit) plus insistant auprès de sa conjointe, qu'il assume sa masculinité ».Comme ça, l'enfant ne sera pas obèse.Eh oui ! Parce que l'obésité vient de ce désir de tout avoir tout de suite.Et qu'on ne s'y trompe pas : quand on se gave au Mc Do ou ailleurs, ce que l'on dévore, « c'est sa mère.On bouffe de sa mère », annonce Naouri.Il y a autre chose comme cela que Naouri sait et que l'on ignorait : il paraît que les grossesses non planifiées ne sont jamais le fait d'un échec de la contraception mais le fruit d'un désir inconscient d'avoir un bébé.Naouri, qui ratisse large, glisse au demeurant sa théorie sur le foulard islamique, en vient à parler d'Al- Qaeda dans son traité de pédiatrie fortement teinté de psychanalyse.Bref, malgré quelques bons flashs, ce livre touffu au possible, rarement appuyé par quelque étude scientifique que ce soit, dérape souvent.«Fais pas ci, fais pas ça : quand les experts nous donnent le tournis », titre Le Nouvel Observateur pour annoncer son dossier sur la guerre des psys.Le tournis ?Méchant euphémisme dans le cas de Naouri.Les pères et les mères Aldo Naouri Odile Jacob, Paris, 2004, 329 pages PHOTO ROBERTO SCHMIDT, AGENCE FRANCE-PRESSE Selon le pédiatre Aldo Naouri, auteur du controversé ouvrage Les pères et les mères, la femme n'est plus qu'une mère, toute entière dévolue à son petit, et l'homme est devenu rose, une espèce de deuxième mère, quoi.La Colifata, une radio de fous ANGELINE MONTOYA COLLABORATION SPÉCIALE BUENOS AIRES \u2014 « La Colifata : une radio entièrement réalisée par les internés de l'hôpital neuropsychiatrique José Borda », lance la voix.Miguel Angel, 44 ans, montre avec fierté sa carte de « présentateur officiel ».Vétéran de la guerre des Malouines (1982), il n'a jamais pu se remettre des horreurs qu'il y a vécues.Interné pendant 14 ans, il ne tarit pas d'éloges sur la radio, qui fonctionne depuis 13 ans dans les jardins de l'asile et à laquelle il continue de participer tous les samedis après-midi, bien qu'il soit sorti du Borda il y a déjà quatre ans : « C'est une porte dans le mur, une manière d'unir ceux du dedans et ceux du dehors.Une manière, aussi, de se réinsérer en douceur dans la société », explique-t-il.Car les chiffres le montrent : chaque année, près de 1000 patients passent par La Colifata (« toquée », en argot argentin).Parmi eux, 30% reçoivent la permission de quitter l'hôpital.Et ces deux dernières années, aucun de ceux qui ont continué à assister à l'enregistrement après être sortis n'a dû être réinterné tandis que, parmi ceux qui n'incluent pas La Colifata dans leur traitement ambulatoire, 50%retournent à l'asile.« La radio, en plus d'être une manière changer les stéréotypes de la société sur la folie, a une vocation thérapeutique, explique le psychologue Alfredo Olivera, son fondateur.Les patients, en écoutant les messages que laissent les auditeurs, retrouvent une place dans la société.En outre, pendant l'émission, ils apprennent à respecter un ordre, un temps de parole, à attendre leur tour, les règles de vie en société, et ils retrouvent de l'intérêt pour le temps présent.» La Colifata ne disposait au départ que d'une minuscule antenne pouvant diffuser à 200 mètres à la ronde.Aujourd'hui, ses auditeurs potentiels sont au nombre d'un million, grâce aux «microprogrammes » qu'Alfredo Olivera et son équipe préparent à partir des enregistrements du samedi, pendant lesquels se réunissent une cinquantaine de patients et d'ex-patients pour parler de l'actualité, du temps, de littérature ou de sport.Ces programmes sont distribués à une quarantaine de radios de tout le pays, tant communautaires que commerciales, comme la très branchée Rock'n'Pop.Des expériences similaires ont vu le jour dans 15 autres villes d'Argentine ainsi qu'au Chili, en Uruguay, en Allemagne, en Espagne, en Italie.Et en janvier dernier, les internés du Borda ont réalisé leur première émission de télévision, qui a été vue par plus d'un million et demi de téléspectateurs.La Colifata a fait le tour du monde : ses responsables ont été invités à des dizaines de congrès, la radio a gagné de très nombreux prix internationaux et le chanteur français Manu Chao a produit l'an dernier un CD réalisé avec des extraits d'émissions et des créations de chanteurs de rue de Barcelone.Mais depuis 13 ans, les enregistrements se font dans le parc de l'hôpital, sous un arbre, autour d'une table branlante sur laquelle trône une console.Quand il pleut, on se protège comme on peut sous une bâche.La radio ne dispose d'aucune aide ni subvention.Parmi les 10 collaborateurs de cette association à but non lucratif, seul Alfredo Olivera reçoit une rémunération, payée par une ONG américaine, Ashoka, qui cessera ses versements à la fin de l'année.Site Web : www.lacolifata.org Courriel : colifata@elsitio.net En Argentine, des patients libérés par les hôpitaux psychiatriques font leur retour dans la société.sur les ondes. PLUS PHOTO RON BULL, PRESSE CANADIENNE Dans la ville-centre de Toronto, tout la circonscription de Trinity Spadina connaît la candidate NPD Olivia Chow.Conseillère municipale du coin pendant presque 15 ans et adversaire acharné du maire Mel Lastman, la femme du chef néo-démocrate Jack Layton espère maintenant siéger à Ottawa.avec ou sans son mari.La dame en vert fluo Olivia Chow n'a rien d'une première dame.La femme du chef néo-démocrate Jack Layton mène tambour battant sa propre carrière politique.Certains la voient même comme la véritable force du couple.NATHALIE PETROWSKI npetrows@lapresse.ca Si Olivia Chow était une couleur, ça serait le vert fluo.Et si elle était un amalgame, elle serait un mélange de Hillary Clinton, de mère Teresa et de Yoko Ono.Hillary pour la politique et l'affranchissement conjugal.Mère Teresa pour les causes désespérées.Et Yoko, pour le côté artiste, démago et un brin strident de sa personnalité.Dans la ville-centre de Toronto, toute la circonscription de Trinity Spadina connaît la candidate NPD Olivia Chow.Conseillère municipale du coin pendant presque 15 ans et adversaire acharnée du maire Mel Lastman, les habitants du coin l'ont vue mille fois leur envoyer la main en pédalant sur son vieux vélo fleuri.Pour la plupart d'entre eux, cette sino-canadienne née à Hong Kong et arrivée à Toronto à l'âge de 13 ans, n'est pas Mme Chow, ni même Mme Layton.Elle est Olivia tout court.Qu'elle soit mariée depuis 1985 au chef du NPD n'y change rien.Olivia c'est Olivia, une battante et une fonceuse.Pas une hypothétique future première dame.Pour d'autres encore, c'est elle la plus intelligente et la plus avisée du couple branché qu'elle forme avec Jack Layton.Un air de collégienne Le rendez-vous avait été fixé à 10 h 30 au local déglingué de la rue Bloor au milieu des échoppes chinoises, des salons de tatouage, des cafés et des pizzerias.Et à 10 h 30 tapant, Olivia Chow portant son éternelle veste vert fluo en étendard, est entrée l'air distrait, des sandales de plastique orange aux pieds et un « palmcellulaire » soudé à l'oreille.Mince, petite, d'un chic savamment négligé, elle ressemblait de loin, malgré ses 47 ans, à une collégienne.De près aussi.Nous avons rendez-vous ?demanda- t-elle en braquant les deux olives noires de ses yeux sur moi.Oui, vous n'étiez pas au courant ?Pas vraiment, mais ce n'est pas grave, tirez-vous une chaise, fait-elle sans plus de cérémonie.Est-elle aussi spontanée avec tout le monde ?Surtout avec les journalistes, m'a répondu une femme d'affaires de Toronto qui tente d'obtenir une audience avec Olivia depuis un an.En vain.Autour de nous dans le local coloré et chaotique, une armée de bénévoles de tous âges s'excitent devant un nouvel arrivage de tshirts orange fluo, couleur officielle du NPD et des cravates de Jack Layton.La plupart n'ont même pas remarqué l'arrivée d'Olivia ou alors ne s'en soucient guère, la hiérarchie étant visiblement réduite ici à sa plus simple expression.L'atmosphère est détendue, baba- cool et bon enfant.Olivia s'en réjouit ouvertement, consciente qu'elle n'aura jamais autant de fun à Ottawa si elle est élue.« Mais c'est pas grave, fait-elle avec un sourire coquin.Comptez sur nous pour mettre de l'ambiance au Parlement et pour faire de notre bureau un centre communautaire muni d'un bon frigo de bière.Moi, vous savez, je ne suis pas une intellectuelle ni une idéologue.Je suis une pragmatique de gauche.« Au conseil municipal de Toronto, j'étais la spécialiste du budget.Jour après jour, j'ai épluché les chiffres qui totalisaient 7 milliards.J'aime comprendre l'argent et savoir où il va et d'où il vient.Et ce que j'ai remarqué, c'est qu'il ne vient jamais du fédéral.Qu'elle ne soit pas une intellectuelle, je n'en doute pas une seconde.Pendant notre entretien échevelé, constamment interrompu par le jacassement des bénévoles, Olivia ne m'a pas impressionnée par l'originalité de sa pensée.Ses idées de gauche sont prévisibles : plus de logements sociaux, plus d'égalité sociale, plus de démocratie, etc.Mais elle m'a charmée par sa vivacité, sa spontanéité, son enthousiasme contagieux et parce qu'elle ne s'était pas rasé les aisselles, signe qu'elle n'est pas obsédée par les diktats d'une certaine féminité.Le charme n'opère pas sur tous.Prenez Dennis Mills, le rival libéral dans la circonscription de son mari, qui s'est disputé avec elle dans la rue devant les caméras au sujet des sans-abri.Sur cet épisode haut en couleurs, les versions diffèrent légèrement.« Nous étions en famille et nous venions de participer à un événement pour Jack, plaide Olivia.Mills a eu le culot de crasher à notre party et sans raison aucune, il s'est mis à me crier des insanités.J'ai rien compris.» « Pas si vite, réplique Mills, une heure plus tard.J'étais dans ma circonscription en train de discuter avec des journalistes quand elle s'est amenée et m'a interrompu en criant.Je la connais, vous savez, et quand il s'agit de crier et de détourner l'attention sur elle, Olivia est la championne.» Championne ou pas, Olivia n'est pas le genre à se laisser marcher sur les pieds, aussi petits et mignons soient-ils.Aux journalistes qui la cuisinaient pour savoir si elle céderait son siège à son mari advenant qu'il soit défait, elle a répliqué vertement : « Êtes-vous sérieux ?Vous ne pensez tout de même pas que je vais jouer à la femme qui se sacrifie pour son mari ?» Non mais.L'incident la fait encore rire.« C'était une question complètement stupide venant d'une bande de machos qui n'arrêtaient pas de me picosser.Je les connais.J'avais beau leur répéter que Jack allait gagner, ils ne me lâchaient pas.» Olivia Chow s'est présentée une première fois aux élections fédérales en 1997 dans la même circonscription contre le libéral Tony Ianno, qui l'a battue par 1600 voix.Elle plaide qu'il s'agissait de sa première campagne et qu'elle était mal préparée.Pas cette fois.Tombés de haut Née à Hong Kong en 1957, elle est la fille unique de deux enseignants chinois qui ont émigré à Toronto en 1970 à la recherche d'une vie meilleure.Mais le but visé ne fut jamais vraiment atteint.Les économies épuisées, papa est devenu concierge et maman, femme de chambre.« Ce n'était pas le désespoir, raconte Olivia, je n'ai manqué de rien, mais disons qu'on a pris une grosse drop sociale qui n'a pas vraiment facilité notre intégration.À 20 ans, elle n'en conçoit pas pour autant un goût pour la militantisme politique, préférant le monde des arts.Inscrite aux Beaux-Arts à l'Université de Guelph, elle ouvre son propre studio à la fin de ses études et gagne sa vie en sculptant des miniatures pour les boutiques de cadeaux.En 1976, elle s'offre comme bénévole dans l'unité de crise du Toronto General Hospital.« C'est là que tout a commencé, dit-elle.Côtoyer ces gens pauvres et perdus qui avaient tous tenté de se suicider m'a bouleversée et ouvert les yeux.» Elle rencontre Jack Layton neuf ans plus tard lors d'une campagne de financement pour l'hôpital Sinaï.Lui est prof à l'université, elle nouvellement élue à la commission scolaire de Toronto.Tous deux sont déjà membres du NPD.Ils se marient trois ans plus tard puis, à quelques années d'intervalle, se font chacun élire au conseil municipal de Toronto.Depuis le déclenchement des élections, Olivia ne fait pas campagne avec son mari la semaine pour rester près de ses électeurs.Mais ils se retrouvent les fins de semaine, moment privilégié où elle fait le ménage dans la collection de cravates violemment orange qu'elle lui a offertes au début de la course.Ils discutent de politique, mais pas du fait que le 28 juin ils risquent de devenir le premier couple parlementaire de l'histoire de la politique fédérale.Chose certaine, si ces deux-là sont élus, on ne risque pas de s'ennuyer à Ottawa.On voit ici Olivia Chow et son mari, Jack Layton, en page couverture du magazine gai Fab.«Vous ne pensez tout de même pas que je vais jouer à la femme qui se sacrifie pour son mari?» PLUS Stephen Harper, tête politique Brillant stratège mais politicien froid, Stephen Harper, le chef du nouveau Parti conservateur, a réussi en moins de six mois ce que l'on croyait impossible : unir la droite canadienne et chauffer sérieusement les libéraux de Paul Martin.La Presse vous propose aujourd'hui le dernier texte d'une série consacrée aux quatre chefs des principaux partis politiques fédéraux.VINCENT MARISSAL vmarissa@lapresse.ca Vendredi soir, 19h30, à l'Auberge des gouverneurs de Sainte-Foy, quelques militants conservateurs alignés dans un couloir attendent patiemment leur nouveau chef, Stephen Harper.Le politicien dont tout le Canada parle arrive enfin, entouré de sa femme, Laureen, et de quatre agents de la GRC.Trois hommes d'âge mûr s'avancent vers lui en lui tendant la main.Stephen Harper fige, un sourire crispé aux lèvres.Il serre la main du premier et, déjà, il tente de se dégager pour poursuivre sa route en regardant dans le vide.\u2014M.Harper, attendez un peu avant de partir, je veux juste vous dire que je ne suis pas venu à un rassemblement conservateur depuis 11 ans.Mais je suis là ce soir, continuez votre bon travail.\u2014 .Aucune réaction.Pas un mot.Même pas un simple «Merci d'être là » ou un mot d'encouragement du genre « Il faut travailler jusqu'au 28 ».Rien du tout.M.Harper est aussi intimidé devant ses supporters qu'un jeune homme rencontrant le père de sa bien-aimée pour la première fois.Les militants qui étaient venus du Saguenay\u2014Lac-Saint-Jean pour rencontrer le nouveau chef du Parti conservateur ont dû reprendre ce soir-là la route du parc des Laurentides avec en tête quelques doutes sur la personnalité de M.Harper.Une note d'humour, ce serait beaucoup trop demander à ce froid intellectuel de Calgary, mais il existe des formules toutes faites toujours utiles dans ce genre de circonstances, même pour les grands timides.Le pire, c'est que Stephen Harper oublie même de serrer les mains, point.Après le débat en anglais, la semaine dernière, une caméra l'a capté au moment ou il s'apprêtait à quitter précipitamment le studio pendant que ses trois adversaires étaient déjà en train de se serrer la main et d'échanger quelques mots avec la modératrice et les journalistes.Oups ! Quelques jours avant le déclenchement de la campagne, M.Harper a convoqué les journalistes à Winnipeg pour leur faire voir son avion de campagne dans le grand hangar d'Air Canada.Après la courte visite, les employés d'Air Canada qui avaient reconfiguré l'appareil selon les besoins de l'équipe conservatrice attendaient fièrement le verdict (et peutêtre aussi une quelconque marque d'appréciation) de M.Harper.Celuici les a à peine vus, et il s'en allait sans même dire au revoir quand quelqu'un de son entourage lui a fait remarquer qu'il serait approprié d'aller les saluer.Après avoir quitté le nouveau Parti conservateur, le seul député bleu du Québec, André Bachand, a mentionné à La Presse que Stephen Harper « a autant de charisme qu'une table à pique- nique ».M.Bachand ajoutait qu'il claquait la porte de son parti notamment parce qu'il n'avait aucun atome crochu avec le nouveau chef de 44 ans, un homme de droite dont les idées ultraconservatrices vont à l'encontre de la société québécoise.« Stephen est à droite, c'est vrai, à droite selon les standards de la politique canadienne, mais il n'est pas d'extrême droite, il n'a rien à voir avec les dinosaures réformistes à la Stockwell Day », affirme un proche collaborateur dans la présente campagne électorale.C'est vrai que les deux hommes sont aux antipodes.Stockwell Day a laissé un souvenir à la fois amusé et inquiet dans l'esprit des Canadiens, notamment à cause de ses positions ultrareligieuses ou de ses balades en motomarine.Stephen Harper ne montera jamais sur une motomarine devant une caméra de télévision (probablement jamais tout court), et, s'il a à son actif plusieurs déclarations controversés sur des politiques canadiennes, personne ne l'a jamais entendu dire que la théorie biblique de la création a autant de valeur scientifique que la théorie de l'évolution.L'image que Stephen Harper veut projeter (et non pas l'image qu'une armée de faiseurs d'image lui impose), c'est celle d'un homme modéré.Modéré, en effet, il l'est, le mot est même faible.Du moins, il l'est dans ses transports, dans ses sorties (la plupart du temps, mais il n'est pas complètement à l'abri de quelques accès de démagogie), dans sa personne, dans sa tenue vestimentaire, même son ton de voix est modéré.Sans aller jusqu'à le comparer à une table à pique-nique, disons que le charisme est absent de son code génétique.En le suivant sur la route de la campagne électorale, on est parfois mal à l'aise de le voir si « pogné » devant les gens.Au-delà des politiques de droite de son parti, la personnalité même de Stephen Harper explique en grande partie qu'il n'arrive pas à « connecter » avec les Québécois, des gens qui aiment (ou qui aiment détester, ce qui n'est pas si différent) depuis toujours les politiciens colorés à la René Lévesque, Pierre Elliott Trudeau, Lucien Bouchard ou Jean Chrétien.« Il n'est pas facile à vendre » au Québec, disait un organisateur conservateur, vendredi, à Drummondville.Il y a ses déclarations et ses positions de droite qui dérangent, mais les gens d'ici le trouvent froid, c'est pour ça qu'une majorité de conservateurs du Québec préféraient Belinda Stronach, même si elle ne parle pas français.» Une scène résume bien le problème d'image de Stephen Harper : vendredi matin ; nous sommes à Knowlton, petit village bucolique des Cantons-de-l'Est.Une quarantaine de militants et presque autant de journalistes attendent le chef conservateur dans un paisible parc en bordure de la rivière.L'ambiance est détendue, il fait un temps magnifique, 30 degrés au moins sous un soleil de plomb.M.Harper et sa femme arrivent, lui raide comme une barre, comme s'il arpentait l'allée de l'église le jour de ses noces, cravaté jusque sous le menton, les trois boutons du veston résolument attachés.Juste en le regardant, on avait encore plus chaud.Il fait rapidement le tour de ses candidats du coin, leur serre la main froidement, sourire crispé aux lèvres, pas un mot d'humour, pas une petite blague pour détendre l'atmosphère.Stephen Harper a appris le français avec brio, mais, visiblement, il a échoué au cours Joie de vivre 101.Jean-René Dufort, Infoman, si vous préférez, a mis le doigt sur le bobo, jeudi à Montréal, en lançant au chef conservateur: « Vous m'avez presque convaincu aux débats, mais je vous trouve trop straight.Jamais une petite couette qui dépasse.Pouvez- vous vous dépeigner un peu ?» M.Harper a joué le jeu et s'est effectivement dépeigné légèrement avec la main (son entourage lui avait expliqué qui est Infoman avant d'arriver à Montréal), mais il ne fallait pas lui en demander plus.Une « tête » politique Quand son équipe de campagne à Ottawa (le war room) a envoyé un communiqué embarrassant dans lequel le Parti conservateur accusait Paul Martin d'encourager la pornographie juvénile, vendredi, Stephen Harper n'a mis que quelques secondes à comprendre l'ampleur de la gaffe.Il a décidé immédiatement de corriger le tir (ce qu'il n'a fait qu'à moitié), mais dans son autocar, pendant le trajet entre Richmond et Drummondville, le chef conservateur bouillait.«Il voulait tuer », résume un de ses conseillers.Rare mouvement d'humeur de la part d'un homme qui ne laisse jamais paraître ses émotions.Non pas qu'il ait balancé quoi que ce soit à la tête de son personnel \u2014M.Harper n'est pas le genre à donner des coups de pied dans les poubelles ou à engueuler ses adjoints\u2014, mais tout le monde a vite compris autour de lui qu'il valait mieux se faire oublier pendant quelques heures.Un homme secret Le grand public ne connaît pratiquement rien de cet homme qui pourrait devenir le prochain premier ministre du pays.La plupart des gens ne savent pas, notamment, que même si son visage est nouveau à l'avant-scène de la politique canadienne, il s'en mêle depuis près de 20 ans.On sait peu de chose de l'homme et de sa famille et, s'il n'en tient qu'à lui, cela restera ainsi.Sa femme, Laureen, l'accompagne en campagne, mais elle est complètement effacée.Lors de la course à la direction du PC, le printemps dernier, même la mère de Stephen Harper refusait de parler de son fils aux médias (à la demande de celui-ci).Quant aux deux jeunes enfants du couple, Benjamin et Rachel, on ne les voit pratiquement jamais avec leurs parents dans des événements partisans.M.Harper considère qu'ils n'ont pas à subir les contrecoups de la vie publique et il a horreur de l'idée d'utiliser ses enfants sur une scène politique pour faire de belles images.Tout jeune homme, on raconte que Stephen Harper aimait emmener sa fiancée à des meetings politiques les soirs de fin de semaine, question d'écouter les arguments et souvent aussi d'en débattre.Il est arrivé à Ottawa en 1985 comme adjoint d'un député conservateur albertain (c'était avant le schisme conservateurs-réformistes), puis il y est revenu, toujours comme adjoint parlementaire, cette fois auprès de la toute première députée réformiste élue aux Communes, Deborah Grey.En 1993, il a fait le saut en politique active et a été élu député réformiste dans Calgary-Ouest jusqu'en 1997.Ensuite, il a pris la direction de la Coalition nationale des citoyens (CNC), un groupe de pression de droite, là où il a mûri son plan politique.C'est aussi à la tête de cet organisme de Calgary qu'il a élaboré l'idée controversée de «mur coupefeu » autour de l'Alberta (pour protéger la riche province de la voracité d'Ottawa).C'est aussi à titre de président du CNC qu'il a milité pour la levée du plafond de dépenses imposé aux tiers partis dans les campagnes électorales (cette cause vient d'être rejetée par la Cour suprême).Plus important encore, c'est pendant cette période qu'il a, le premier, réfléchi et écrit sur une théorie qui allait devenir, sous le gouvernement de Jean Chrétien, la loi sur la « clarté référendaire ».Il est devenu par la suite chef de la défunte Alliance canadienne en mars 2002 (il a succédé à Stockwell Day) et, seulement deux ans plus tard, il réussissait l'impossible : unir la droite dans l'harmonie et devenir chef du nouveau PC.C'est donc dire qu'en deux ans à peine, M.Harper a vécu deux courses à la direction et des élections générales.On peut être en désaccord avec les idées défendues par Stephen Harper, mais tout le monde à Ottawa, y compris ses adversaires politiques, reconnaissent qu'il a l'une des «meilleures têtes politiques au Canada ».Le premier ministre albertain, Ralph Klein, qui a déjà été pressenti pour diriger la droite au pays, a déjà dit que Stephen Harper n'avait pas tout ce qu'il faut pour devenir un leader national.Les événements des derniers mois lui ont donné tort.En fait, Stephen Harper a réussi là où Paul Martin a échoué : il a pris la tête de son parti sans provoquer de guerre interne, il a réussi à garder tous les morceaux ensemble, il a imposé son pouvoir d'une main ferme et déterminée, sans toutefois laisser sur son passage une brochette d'ennemis.Il a surtout proposé une vision claire aux électeurs (que l'on aime ou non cette vision, là n'est pas la question : elle reste néanmoins limpide).Il est paradoxal qu'un homme si froid soit maintenant vu comme le grand rassembleur de la droite.« Stephen pense continuellement à la politique, c'est une maladie, il est toujours deux ou trois coups d'échecs avant tout le monde, dit Michael Fortier, coprésident de la campagne nationale du PC.Quant à ses idées, c'est d'abord et avant tout un homme qui a des valeurs, qui y est très attaché et qui est profondément intègre, ce n'est pas un homme de l'extrême droite.» Les détracteurs de Stephen Harper ont une autre perception de l'homme, qu'ils accusent souvent d'être prétentieux et blessant, « comme tous les gens très intelligents qui savent qu'ils sont intelligents », résume un conservateur.« Il n'est pas cassant, corrige un membre de son personnel.Au contraire, il écoute toujours les conseils qu'on lui donne.Il ne les met pas toujours en pratique, mais il les écoute.Il n'y a pas de syndrome de pensée unique dans son autocar.» Reste le problème du charisme, une lacune qu'il n'arrive pas toujours à cacher derrière son grand talent de politicien.Qu'à cela ne tienne, ça viendra probablement un jour, se disent les conservateurs.Après l'expérience traumatisante vécue en 2000 avec Stockwell Day, le calme de Stephen Harper est grandement apaisant.« Preston Manning était un penseur, Stockwell Day était un campaigner et Stephen Harper est un leader », résumait récemment un de ses députés.PHOTO FRANK GUNN, PRESSE CANADIENNE Le grand public ne connaît pratiquement rien de Stephen Harper, qui pourrait devenir le prochain premier ministre du pays.Et s'il n'en tient qu'à lui, cela restera ainsi.STEPHEN HARPER EN BREF Personnel > Né en 1959 à Toronto > Vit à Calgary et à Ottawa > Marié à Laureen Teskey > Deux enfants : Benjamin et Rachel > Avoue ne pas être « très sportif » > Seule passion connue (outre sa famille) : la politique Professionnel et politique > Président de la Coalition nationale des citoyens de 1997 à 2002 > Élu député (Calgary-Ouest) en 1993 > Élu chef de l'Alliance canadienne en mars 2002 > Élu chef du nouveau Parti conservateur en mars 2004 > Première campagne nationale en tant que chef de parti Stephen Harper est aussi intimidé devant ses supporters qu'un jeune homme rencontrant le père de sa bien-aimée pour la première fois. PLUS PHOTO TIM SLOAN, AGENCE FRANCE-PRESSE L'ancien président a refait surface lundi dernier, à la Maison-Blanche, alors qu'on dévoilait son portrait officiel et celui de sa femme, Hillary.La publication de sa biographie, intitulée simplement My Life, est quant à elle prévue pour le 22 juin.Il s'agira non seulement de l'événement littéraire de l'année, mais d'un retour en force de ce Casanova de la politique.Le retour de Clinton Bill Clinton est de retour.L'ancien président lance cette semaine en grande pompe son autobiographie, une brique de près de 1000 pages attendue avec frénésie.Il en profitera pour parcourir les États-Unis et faire campagne pour John Kerry, le rival démocrate de GeorgeW.Bush.Reste à voir lequel des deux politiciens en bénéficiera le plus.ALEXANDRE SIROIS WASHINGTON Bill Clinton est en perte de vitesse.sur le plan financier.On a appris cette semaine qu'il a empoché l'an dernier moins de 4 millions US pour les populaires conférences qu'il prononce aux quatre coins du monde.Moins de la moitié de ce qu'il avait reçu annuellement en 2001 et 2002.L'étoile de l'ancien président n'a toutefois pas pâli.C'est lui-même qui a décidé de ralentir le rythme au cours des derniers mois.Il fourbissait ses armes et consacrait la majeure partie de son temps à la rédaction de sa biographie.Au cours des prochains jours, il passera à l'offensive.Discret depuis son départ de la Maison-Blanche, Clinton sera cet été sur toutes les tribunes.La publication de sa biographie, intitulée simplement My Life, est prévue pour le 22 juin.Il s'agira non seulement de l'événement littéraire de l'année, mais d'un retour en force de ce Casanova de la politique.Un peu plus de trois ans après son départ de la Maison-Blanche, l'ancien président demeure extrêmement populaire.« Bill Clinton est aussi près d'une rock star qu'un politicien peut l'être », indique Janine Parry, qui enseigne les sciences politiques à l'Université de l'Arkansas, État d'où Clinton est originaire.« Ça se produit peut-être seulement une fois par génération et il y a beaucoup de raisons pour l'expliquer.C'est dû en partie à son magnétisme personnel, en partie à sa politique et à ses initiatives, et en partie à la période dans l'histoire où il a été président », dit Mme Parry.En fait, après la vague de nostalgie provoquée par la mort de Ronald Reagan aux États-Unis, certains en prévoient une autre.Nostalgie cette fois des années fastes et innocentes du pays sous l'administration Clinton.« Les enjeux semblaient plus gérables, l'économie allait plutôt bien, les pires choses auxquelles nous devions faire face étaient des scandales sexuels et des accusations occasionnelles contre des membres du cabinet », dit Trevor Parry-Giles, spécialiste de Clinton qui enseigne à l'Université du Maryland.« Rien, donc, comme une guerre en Irak et la peur constante du terrorisme, ajoute le professeur.Il y a quelque chose, à propos du calme et de la sécurité de cette période, qui fait que les gens vont peut-être en être nostalgiques.» On se l'arrache Clinton a donné le coup d'envoi à son retour au début du mois, à Chicago.Il a prononcé une allocution remarquée dans le cadre de l'événement Book Expo America, congrès annuel des éditeurs aux États-Unis, pour promouvoir son autobiographie.« Les gens me disent que des livres comme celui-ci sont ennuyeux et autopromotionnels.J'espère que le mien sera intéressant et autopromotionnel », a dit Clinton, qui a bien sûr charmé son auditoire.L'ancien président a refait surface lundi dernier, à la Maison-Blanche.On y dévoilait son portrait officiel et de celui de sa femme, Hillary.Le bal était ouvert.Quelques jours plus tard, les médias ont commencé à lever le voile sur les détails les plus croustillants d'une entrevue exclusive qu'il a accordée à Dan Rather pour l'émission 60 Minutes, qui sera diffusée ce soir.L'ancien président y qualifie sa liaison avec la stagiaire Monica Lewinsky de « terrible erreur morale ».Il affirme que s'il a eu cette aventure, c'est avant tout parce qu'il le pouvait.« La pire des raisons possibles », déclare- t-il, considérant toutefois que sa lutte contre Kenneth Starr et les républicains souhaitant sa destitution aura été « un acte de bravoure ».Dan Rather est le seul à avoir obtenu une entrevue avec Clinton avant la publication de son autobiographie.Dans les jours qui suivront, cependant, on s'arrachera l'ancien président.Il sera reçu par Oprah, Larry King, Charlie Rose, entre autres, et fera des apparitions aux émissions du matin de plusieurs réseaux de télé.Parallèlement, il entamera une tournée de promotion qui le mènera d'un océan à l'autre.Les premiers détails fournis par ses éditeurs indiquent qu'il travaillera sans relâche à promouvoir son livre.Il y a de quoi se démener.Clinton a reçu une avance de 10 millions pour ce livre de plus de 900 pages qui se vendra 35 $US.Le tirage initial est de 1,5 million d'exemplaires, mais on parle déjà d'une nécessaire réimpression.Clinton a fait savoir qu'il a l'intention de faire campagne pour l'aspirant démocrate à la Maison-Blanche, John Kerry, lors de sa tournée de promotion.Les conseillers de l'ancien président sont en discussion avec l'entourage du sénateur du Massachusetts et les responsables du Parti démocrate à ce sujet.L'ancien président a déjà commencé à se réchauffer.«La politique, ce n'est pas la religion.Et nous devrions gouverner à partir d'évidences, pas de la théologie », a-t-il dit à Chicago, attaquant à mots à peine couverts l'administration du président Bush.À l'heure actuelle, il cherche à savoir comment donner un coup de pouce au sénateur du Massachusetts sans lui mettre de bâtons dans les roues.Car le retour de Clinton, qui a dû mettre les bouchées doubles pour que la publication de son livre ne coïncide pas avec la campagne électorale, pourrait être un couteau à double tranchant pour Kerry.Le populaire Clinton pourrait par exemple voler la vedette au sénateur.« C'est certainement un risque que prend la campagne de Kerry », affirme Mme Parry.Elle cite le magnétisme et le dynamisme de Clinton \u2014qu'elle a rencontré deux fois\u2014, deux qualités qui semblent faire défaut au nouveau porte-étendard du Parti démocrate.On le compare plutôt à Al Gore, candidat démocrate à la présidence tenu en échec en l'an 2000.Cela ne semble pas effrayer Kerry, qui s'entretient avec Clinton en moyenne une fois tous les 10 jours.Le sénateur du Massachusetts a déjà fait savoir qu'il souhaitait que l'ancien président se jette dans la mêlée.Sage décision, pense Mme Parry.Car les organisateurs de la campagne de Kerry courraient un risque encore plus grand s'ils ne faisaient pas appel à Clinton.Elle affirme que si Gore avait eu recours à l'ancien président au lieu de chercher à s'en démarquer, il aurait pu triompher dans certains États du Sud et s'emparer de la Maison- Blanche.Et s'il est vrai que Kerry est moins coloré que Clinton, cela ne le desservira pas nécessairement, ajoute M.Parry-Giles.« C'est une ère différente et je pense que ce sérieux que Kerry dégage est peut-être plus adapté à notre époque que la personnalité charismatique, éclatante, culture pop- Hollywood de Clinton, dit le professeur.L'idée que Clinton puisse faire de l'ombre à Kerry est peut être moins inquiétante en raison du contexte dans lequel nous vivons.» ILS, ELLESONT DIT.La rubrique qui voit et entend tout DES CHIFFRES QUI PARLENT EN HAUSSE.EN BAISSE Un tribunal américain vient de déclarer que la pomme de terre frite à toutes les sauces constitue un légume frais.Et tant pis pour Atkins.> LA FRITE C'est l'année où la pauvreté sur le continent africain sera réduite de moitié comparativement à aujourd'hui, selon le Programme des Nations unies pour le développement.À moins de miracle, cet objectif sera atteint 32 ans plus tard que prévu.10$ C'était en 1940.Un ado nommé Fidel Castro a écrit une lettre au président américain Franklin Roosevelt lui demandant de lui envoyer un billet de 10$, puisqu'il n'avait jamais eu l'occasion d'en voir un.La lettre a été rendue publique par les archives américaines cette semaine.Et si Roosevelt avait répondu à la demande, l'histoire aurait-elle connu un autre cours ?Avec le rapport intérimaire de la commission sur le 11 septembre, il ne lui reste plus aucune raison pour justifier sa guerre contre l'Irak.Pendant ce temps, les bombes continuent à sauter.> GEORGE W.BUSH DES OH! ET DES BAH! Déterministe «C'est biologique».\u2014La mairesse de l'arrondissement de La Salle, Manon Barbe, participant à une rencontre de femmes de l'UCIM (parti du maire Gérald Tremblay) mardi à Montréal, a expliqué ainsi le talent qu'ont selon elle les femmes pour assurer des services de proximité.Simone de Beauvoir se retourne-t-elle dans sa tombe ?Déterminé «J'ai dit aux médecins que je voulais tuer quelqu'un.» \u2014Un Sud-Africain jugé coupable d'homicide pour avoir tué une designer qui a critiqué ses rideaux.Avec la collaboration d'Agnès Gruda, Silvia Galipeau, Mario Cloutier QUÉBEC Y a de l'ouvrage ! Àpeine entré en poste, le nouveau vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a eu la chance de constater jusqu'où peut conduire l'incurie de l'administration publique.Par mégarde, c'est une version non expurgée de son curriculumvitae qui a été envoyée un peu partout, y compris aux médias.Les journalistes ont pu y trouver son numéro d'assurance sociale, ses numéros de téléphone privés ainsi que d'autres données que l'on garde habituellement pour soi.«Je n'ai pas de commentaires», a dit M.Lachance, joint à son domicile par notre journaliste, qui a bien pris soin de noter toutes ses coordonnées.Mais comme l'ancien professeur des HEC compte déménager à Québec pour remplir ses nouvelles fonctions, il risque de changer de numéro.JÉRUSALEM La culture, j'en mange ! Surprise à la bibliothèque nationale d'Israël.Des coccinelles coincées entre les pages de centaines de livres y ont creusé des trous, causant des dommages importants à la collection.Ça, c'était la mauvaise nouvelle.Mais il y en a une bonne: plusieurs ouvrages précieux, dont des lettres signées par le physicien Albert Einstein, ont échappé à cette soif de culture inhabituelle.Les insectes intellos ont été découverts il y a trois mois à l'intérieur d'un bouquin du 19e siècle.Comme c'est la coutume chez les coccinelles, les petites bêtes n'ont pas touché aux livres modernes, qui subissent un traitement anti-insectes.Selon des informations rendues publiques jeudi, elles seraient arrivées en Israël il y a plusieurs années, en provenance d'Europe ou des États-Unis.Faut-il croire qu'on y manque de nourriture intellectuelle ?SYDNEY Des souris, j'en mâche ! Deux Australiens pourraient être poursuivis après avoir mâché des souris vivantes et leur avoir tranché la queue dans le cadre d'un concours organisé par un bar.Prix à gagner : des vacances.Un des deux participants au concours s'est contenté de mettre la souris dans sa bouche.L'autre l'a mâchouillée avant de la recracher.L'organisation locale de défense des droits des animaux était dans tous ses états.«C'était pour le fun», a pourtant protesté l'organisateur du concours.Quant aux deux hommes, ils risquent une amende de 75 000 $ et deux ans de prison.Chose certaine, ils auraient intérêt à consommer quelque nourriture plus intellectuelle.Un petit voyage à la bibliothèque de Jérusalem ? LA PRESSE D'AILLEURS PLUS THE OBSERVER Sévérité Hebdo britannique pourtant ouvert aux libertés, The Observer n'en accorde pas moins du crédit à des opinions scientifiques liant l'usage régulier de la marijuana à des maladies mentales et à la toxicomanie.Des études démontrent que 80% des nouveaux cas de psychose dans certains hôpitaux ont pour cause la consommation de mari.Des études cliniques lient aussi cette consommation à des maladies comme la schizophrénie, l'anxiété et la dépression.Et plus on s'adonne jeune à la mari, plus le risque de maladie mentale est élevé.Quelqu'un qui en fume régulièrement à l'âge de 15 ans a quatre fois plus de possibilité d'être atteint de schrizophrénie d'ici 11 ans que celui qui commence à 18 ans.Cette dimension du problème intéresse d'autant plus les Britanniques qu'il est démontré qu'un jeune de 15 ans sur cinq s'adonne à la mari en Grande- Bretagne, un taux deux fois plus élevé que la moyenne mondiale, selon l'Organisation mondiale de la santé.THE NEW YORK TIMES Inusité Lors d'un séjour à Conakry il y a quelques années, j'avais été frappé par un fait divers particulier : le vol de fils électriques.Le phénomène n'a rien de particulier à la Guinée : dans plusieurs pays africains, c'est un crime.courant : on coupe un bout de fil pour son usage personnel ou on vole de longues sections pour le marché du recyclage, mafias aidant.Au Mozambique en février dernier, des voleurs ont grimpé dans les poteaux créosotés pour sectionner quatre fils d'aluminium sur une distance de 55 kilomètres.Les réparations, au Mozambique, en sont venues à prendre le pas sur le programme d'électrification rurale.En Afrique du Sud, le sectionnement de 1,8 mètre de fil a causé un déraillement de train qui a fait 25 morts et 112 blessés.Sans compter que des pirates amateurs s'électrocutent dans l'opération.À chaque société sa culture du vol : ailleurs, on vole des chars.THE WALL STREET JOURNAL Mobilité Qu'on ne s'y trompe pas : la multiplication d'emplois privés dans la pratique de la guerre en Irak est un cas d'espèce qui ne reflète en rien la tendance générale aux États- Unis.Les grandes entreprises dépêchent de moins en moins d'employés dans des postes à l'étranger.Question de coûts, de sécurité, mais aussi en raison du fait qu'il devient de plus en plus possible de trouver une main-d'oeuvre compétente à l'étranger, du moins dans certains pays.On envoie moins de monde à l'étranger et pour des séjours de plus en plus courts.N'empêche, près de 4 millions d'Américains travaillent à l'étranger.BUSINESSWEEK Élasticité La grogne de la classe politique américaine contre l'outsourcing \u2014 le déplacement de fonctions de services ou de technologie à l'étranger\u2014 perd un peu de sa vigueur maintenant que l'administration Bush est en mesure d'afficher une reprise de l'emploi.Jeffrey E.Garten, doyen de l'école de management de l'Université Yale, estime que les politiciens ont tort de se calmer puisque, à moyen terme, le phénomène devrait prendre de l'ampleur.On a compté jusqu'ici entre un et deux millions d'emplois américains déplacés à l'étranger ; mais Forrester Research, maison spécialisée, parle de trois à cinq millions d'emplois susceptibles d'être expatriés sur une période de cinq à 10 ans.Grincements de dents à venir.THE NEW YORK TIMES Universalité L'outsourcing est une jeune institution promise à un avenir incoupçonné.Un beau cas : le clergé catholique d'Occident est de moins en moins nombreux et de plus en plus assailli par des demandes de fidèles qui paient pour des messes vouées à des intentions spéciales : pour une faveur du ciel, une naissance, la guérison ou le repos de l'âme d'un proche.Manquant de prêtres, les Églises américaine, canadienne et européennes sollicitent maintenant des prêtres catholiques en Inde pour exécuter ces commandes.Le Vatican gère le trafic, sa préférence allant à l'État du Kerala, où la présence catholique est plus élevée.À 5 ou 10 $ la messe, c'est une variante moderne de la Sainte Enfance.PHOTO D'ARCHIVES AP Le président des États-Unis, Ronald Reagan, a accueilli un ennemi devenu ami, l'ex-président soviétique, Mikhaïl Gorbachev, à sa propriété, le Rancho del Cielo, au nord de Santa Barbara, en Californie, le 2 mai 1992.Mourir ou écrire ses mémoires : deux façons pour un ex-président de réécrire son histoire Les historiens de métier, eux, attendent encore le portrait complet du règne de Reagan RÉAL PELLETIER Pauvre John Kerry! Après une semaine médiatique grandiose de funérailles consacrée à Ronald Reagan, voici qu'une autre grande pointure présidentielle s'installe au volant de l'actualité : Bill Clinton, qui publie ses mémoires.Des milliers de citoyens, aiguillonnés par leurs médias préférés, se précipiteront comme des voyeurs sur les chapitres les plus croustillants, ceux qui évoquent les rapports de l'ex avec une Gennifer Flowers ou une Monica Lewinsky.Ronald Reagan et Bill Clinton : deux Caterpillar de l'histoire présidentielle qui viennent bulldozer la campagne électorale que l'aspirant démocrate John Kerry a bien du mal à faire lever contre un George W.Bush raegaillardi par le reprise de l'emploi.Sur le fond pourtant, M.Kerry n'a guère à redouter que ces géants de l'histoire présidentielle récente lui fassent ombrage, estime l'historien Mark Perry dans le Washington Post.La plupart des mémoires rédigés par d'ex-présidents des États- Unis sont d'une valeur douteuse.Ils s'y complaisent volontiers dans leurs triomphes tout en évoquant leurs échecs avec distanciation.M.Perry note qu'un Richard Nixon, par exemple, réussit dans ses mémoires à demeurer parfaitement lui-même en rejetant sur d'autres la responsabilité des événements du Watergate.Ses mémoires n'auront fait que 260 000 exemplaires, alors que l'éditeur en escomptait des millions.L'un des cas les plus remarquables aura été celui du 31e président, Herbert Hoover (1929-1933), à qui l'histoire attribue largement la Grande Dépression, mais qui, dans ses mémoires en trois volumes, s'emploie surtout à retracer les erreurs de son sucesseur, Franklin Delano Roosevelt, celui qui pourtant, par son New Deal notamment, a sorti le pays de cette Grande Dépression.C'était tellement gros que ce tome, dit M.Perry, a coulé comme une pierre.La plupart des mémoires présidentiels ont été rédigés avec contribution variable de nègres qui savent répondre à la commande mais en arrivent parfois à masquer l'authenticité de l'auteur officiel.Le livre Ronald Reagan : An American Life, paru en 1990, maquille le débat controversé sur le deal Iran-Contras et c'est le Congrès qui écope pour les énormes déficits budgétaires de l'ère Reagan, mais ce livre rend très mal la vraie personnalité de Ronald Reagan, son côté humoriste notamment.Le plus méchant commentaire entendu sur ce livre est attribué à Lewis Lapham, éditeur du magazine Harper : « Non seulement Reagan n'a pas écrit ces mémoires, il ne les a probablement pas lus.» Un autre historien, Lewis L.Gould, a été frappé comme tout le monde par l'espèce d'exercice historique cultuel qui a envahi les médias, la télé par câble en particulier, dans la semaine qui a suivi la mort de Ronald Reagan.M.Gould croit que les médias, accusés d'entretenir des penchants liberal, ont voulu à cette occasion faire amende honorable, allant jusqu'à s'appesantir sur la perspective d'une cinquième sculpture sur le mont Rushmore, à côté des visages de 20 mètres de hauteur des Washington, Jefferson, Lincoln et Teddy Roosevelt, et sur cette autre perspective de remplacer par l'image de Ronald Reagan celle d'Alexander Hamilton sur les billets de 10 $.L'historien Gould estime qu'un peuple américain embourbé en Irak, profondément divisé sur ses valeurs culturelles et politiques et inquiet de son avenir économique avait besoin qu'on lui projette l'image d'un président récent marqué de bonne humeur, d'optimisme, d'un sens des valeurs communes et habile à tirer son épingle du jeu des conflits qu'il ne savait maîtriser.On a refait rapidement l'histoire de Ronald Reagan en cette semaine mortuaire, mais la vraie histoire de ce président reste à faire, estime M.Gould, 15 ans après son passage à la Maison- Blanche.M.Gould, quant à lui, demeure troublé par des décisions présidentielles de Ronald Reagan qu'il juge importantes pour la suite de l'histoire.L'attentat contre des baraques de Marines à Beyrouth en 1983 a fait 241 morts et le président a alors choisi de sortir les troupes du Liban : c'était une décision rassurante pour le bon peuple américain, mais une certaine mouvance terroriste au Moyen-Orient en a conclu que les Américains se dégonflent en situation de crise.Si le terrorisme prend de l'ampleur, il faudra réévaluer la portée historique de cette décision de M.Reagan.Quant à l'effondrement du communisme soviétique, que les thuriféraires de Ronald Reagan attribuent volontiers à leur héros, il n'est pas certain que l'événement ne se serait pas produit sans Reagan.(D'autres historiens d'ailleurs jugent qu'un Jean-Paul II a peutêtre contribué davantage que Ronald Reagan à l'effondrement soviétique.) Et quand on écrira l'histoire de la guerre en Irak, ajoute M.Gould, il faudra s'interroger sur le rôle joué par une administration Reagan qui a procuré armement et renseignement à l'Irak de Saddam Hussein.La Reaganomics Au-delà de la politique étrangère, c'est la politique économique de Ronald Reagan qui agite davantage ces jours-ci les grands médias : la Reaganomics.Plusieurs observateurs voient dans la Reaganomics les assises fondamentales de la plus longue période de croissance qu'auront connue les États-Unis.sous la présidence de Bill Clinton dans les années 90.Mais d'autres y voient, du même souffle, l'amorce d'une croissance de l'écart entre les riches et le reste de la population américaine.On oublie qu'avant George W.Bush, Ronald Reagan fut le grand chantre des réductions fiscales.Business Week cite le célèbre économiste titulaire du prix Nobel, Milton Friedman, qui juge que les réductions fiscales de Reagan, principalement celles de 1986, constituent « l'un des facteurs les plus importants du boom des années 90 ».Un autre lauréat du Nobel, Robert A.Mundell, va encore plus loin : ces baisses d'impôts, dit-il, « ont fait de l'économie américaine le moteur de l'économie mondiale dans les années 90, à laquelle s'est alimentée la grande révolution survenue dans la technologie de l'information ».De fait, le calendrier avantage remarquablement le président Reagan.C'est le 13 août 1981 que le président a signé la loi définissant la politique économique de son règne.La veille, IBM venait de lancer sur le marché l'ordinateur personnel (PC) qui allait amorcer cette révolution de la technologie de l'information: avec quincaillerie signée Intel et logiciel frappé du nom de Microsoft.C'est sous le premier mandat de M.Reagan que sont nés les Sun Microsystems, Compaq Computer, Dell et autres Cisco Systems, la plus importante expansion entrepreneuriale qu'avaient connue les États-Unis depuis le début du XXe siècle.Business Week attribue la grande qualité du programme fiscal de Ronald Reagan au fait qu'il s'appliquait davantage aux investissements dans le capital humain et dans les idées nouvelles qu'aux équipements industriels lourds.On négligeait cette fois l'aide au transport ferroviaire et autres équipements traditionnels pour promouvoir l'innovation et l'entrepreneuriat dans les nouvelles technologies.Mais d'autres économistes vedettes atténuents volontiers les succès fiscaux attribués à Ronald Reagan.Robert Solow, du Masschusetts Institute of Technology, lui aussi lauréat du Nobel, constate que le règne de M.Reagan fut aussi marqué par une profonde récession d'où il aura fallu une demi-douzaine d'années à sortir.Et si le boom des années 90 a pu se produire, c'est grâce au président Clinton, qui a relevé les impôts, réduisant de ce fait le déficit budgétaire.Un collègue de M.Solow au MIT, Frank S.Levy, constate que la politique économique de Ronald Reagan a eu des effets sociaux pervers : il a refusé d'accroître le salaire minimum, dont la valeur réelle a chuté de 27% sous son règne.Aujourd'hui, les revenus réels des travailleurs industriels qui ne sont pas cadres sont à peine supérieurs à ce qu'ils étaient en 1981, en dépit du boom des années 90.Paul Krugman, analyste au New York Times, apporte la précision suivante : le revenu net après impôts du ménage typique, inflation prise en compte, a augmenté plus de deux fois sous l'administration Clinton, entre 1992 et 2000 qu'il ne l'a fait sous Ronald Reagan, de 1980 à 1988.Mais le chroniqueur Krugman note que le président Reagan, en dépit de ses grandes réductions fiscales de 1981 et de 1986, a su s'ajuster aux situations et n'a pas craint en d'autres circonstances d'augmenter les impôts.Au point d'ailleurs qu'aucun président américain n'a, en temps de paix, augmenté les impôts autant que M.Reagan.M.Krugman constate que le président actuel, George W.Bush, est incapable de pareille souplesse.De fait, le Congrès des États-Unis vient, la semaine dernière, d'ajouter 150 milliards de nouvelles réductions fiscales aux entreprises, en une période où le fait que 43 millions d'Américains n'aient aucune assurance maladie commence à faire scandale.Le chroniqueur décèle finalement chez Ronald Reagan un sens de la responsabilité qu'il n'arrive pas à percevoir chez George W.Bush.Ce qui veut dire à terme des réductions considérables en matière de sécurité sociale et de Medicare. PLUS SCIENCE ET TECHNOLOGIE MATHIEU PERREAULT Si tout sedéroule bien, unparfait inconnu deviendra demain le premier astronaute privé au monde.Aux commandes du Space Ship One (SS1), il atteindra l'altitude de 100 kilomètres, la limite reconnue par la Fédération aéronautique internationale (FAI) pour consacrer les astronautes.Ce faisant, il permettra à la compagnie Scaled Composites de remporter le convoité X-Prize, doté d'une bourse de 10 millions de dollars américains.Le X-Prize a été lancé en 1996 par une fondation privée américaine qui veut accélérer le développement de l'industrie spatiale privée.Le défi est de faire voler un appareil jusqu'à 100 kilomètres d'altitude, et de le lancer de nouveau moins de deux semaines plus tard, avec des réparations minimes \u2014 10 % des pièces, en poids ; la capacité de l'appareil doit être de trois personnes.Une vingtaine d'équipes s'y sont inscrites, dont une de London, en Ontario, qui travaille sur une version modifiée de la fusée allemande V2, mise au point pendant la Deuxième Guerre mondiale mais qui est bloquée aux tests de moteurs depuis deux ans.Le SS1, qui est le favori depuis l'an dernier, a été conçu par Burt Rutan, qui a imaginé le premier avion ayant fait un tour du monde sans plein de carburant (le Voyager en 1986), et financé par Paul Allen, le cofondateur de Microsoft.Il est amené jusqu'à une altitude de 16 kilomètres par un avion appelé White Knight, conçu par M.Rutan pour la NASA comme laboratoire volant, puis il grimpe par ses propres moyens.En décembre, le SS1 a dépassé la vitesse du son, et à la mi-mai il a atteint 64 kilomètres d'altitude.Shepard et Gagarine Le vol de demain sera «suborbital»: le SS1 ne restera que quelques secondes en apesanteur.À titre de comparaison, la Station spatiale internationale est situéetroisfoisplushaut, à330 kilomètres d'altitude.Mais atteindre cette altitude « modeste », c'est assez pour faire rêver les partisans du tourisme spatial, qui veulent emmener à bord du SS1 des millionnaires avides d'émotions fortes et prêts à payer 100 000 de dollars américains pour le privilège de voir les étoiles en plein jour (le prix a été établi sur la base d'études de marché).Pourquoi fixer la limite à 100 km ?Parce qu'à partir de cette limite, les difficultés techniques croissent exponentiellement.« Pour aller en orbite, il faut atteindre une vitesse de 25 000 km/h» , explique le directeur scientifique deXPrize, Gregg Maryniak, en conférence de presse.« La vitesse est cinq fois moins grande pour arriver à 100 km.Mais l'énergie nécessaire à la propulsion varie comme le carré de la vitesse.Il faut donc 25 foismois d'énergie pour atteindre 100 km.» Deux des pilotes de l'avion expérimental X-15, qui a fait plusieurs vols à Mach 5 et Mach 6 dans les années 60, ont d'ailleurs le statut d'astronautes selon la FAI, un organisme établi en Suisse.Moins exigeante, l'armée de l'air américaine fixe la limite à une altitude de 80 kilomètres.Le premier vol spatial américain, en 1961, avait d'ailleurs atteint une limite bien inférieure à l'orbite, 180km ; il avait d'ailleurs duré 15 minutes.Le premier cosmonaute soviétique, Yuri Gagarine, avait quant à lui atteint une altitude de 300 kilomètres, pour unvol de plus d'une heure et demie, un mois avant le vol américain.De là à conclure que les États-Unis ont une affection particulière pour le vol suborbital, il n'y a qu'un pas.«L'attention accordée au vol de lundi est exagérée » , estime David Baker, l'éditeur de Jane's Space Directory, joint par téléphone en l'Angleterre.« Je trouve que Burt Rutan est un concepteur d'avion fantastique, aussi créatif dans son design que les frères Wright.Mais je ne pense pas que le SS1 changera quoi que ce soit à la faiblesse du secteur spatial privé.La Russie a dumal à trouver unmilliardaire par deux ans pour passer une semaine sur la Station spatiale, malgré le prix très raisonnable de 12 millions de dollars américains.L'industrie des lanceurs ne ferait pas ses frais si les gouvernements n'acceptaient pasde payer trop cher pour lancer leurs satellites.» M.Baker estime que le permis de vol suborbital obtenu par Scaled Composites début avril, qui a été annoncé avec trompettes et fanfare, n'est pas plus significatif.« J'ai participé au développement de la navette spatiale, et j'ai pu constater que les autorités réglementaires américaines ont une peur bleue du risque en ce qui concerne l'espace.C'est bizarre, vu qu'il s'agit du pays de l'entrepreneuriat.Je ne crois pas qu'on enverra un appareil privé en orbite avec des passagers avant plusieurs décennies.Il faudrait au moins 10 ans pour résoudre les problèmes de coûts, même si on s'y attelaitmaintenant.Quand je pense qu'au moment où la navette a été conçue, on imaginait 200 vols par année, j'ai envie de rire.» Deux douzaines de groupes provenant de sept pays sont en lice pour l'obtention d'un prix de 10 millions de dollars américains \u2014 le Ansari X Prize \u2014 promis à la première équipe privée qui aura construit et lancé un appareil capable d'emmener dans l'espace un équipage de trois personnes, de les ramener sur Terre, puis de répéter cet exploit dans les deux semaines suivantes avec le même appareil.Space Ship One en train d'atterrir à l'aéroport de Mojave, en Californie, à la fin d'un vol d'essai qui a eu lieu le 13 mai.En haut, trois photos de White Knight, l'avion porteur qui doit amener SS1 au pallier des 15 000 m avant de le laisser se propulser jusqu'à l'altitude des 100 000 m.SS1 doit par la suite revenir au sol en planant.PHOTO WARNER BROS.ENTERTAINMENT Le premier vol spatial privé PHOTOS SCALED COMPOSITES Sources: Scaled Composites, Aviation Week & Space Technology © GRAPHIC NEWS Space Ship One White Knight SS1 est en apesanteur pendant 3 ou4minutes Rendu à 24 400m, l'appareil redevient un planeur ordinaire pour la phase finale d'atterissage.Ses ailes se déploient en configuration de grande portée pour assurer la stabilité et la sécurité de la rentrée dans l'atmosphère.White Knight revient Lancement au site de lancement LES ÉTAPES DU VOL DE 90MINUTES Space Ship One en lice pour un prix de 10millions $ 1.L'avion porteur White Knight (Chevalier blanc) amène Space Ship One\u2014un planeur propulsé par une fusée\u2014à une altitude de 15 250m.2.Le planeur se sépare de l'avion porteur.3.Le moteur fusée du planeur s'allume pour une minute.Space Ship One atteint la vitesse de 4025 km/h et s'élève à 100 000mavant de retomber dans l'atmosphère terrestre."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.