La presse, 29 mars 1997, B. Plus
[" B Montréal, samedi 29 mars 1997 ?FlUS ÉDITORIAL / OPINIONS / POLITIQUE 011m \u2014 ru\\^.- SCMTI SUBARU «Tous les avantages d'une sportive utilitaire, les défauts en moins» /mois 399 36 mois 2475791 '36 mois, versement initial 1 750 S ou échange équivalent Taxes, transport et préparation en sus.20 000 tir.par mit.4305.boul.METROPOLITAIN.Es! / (514) 725-9394 ÉLECTIONS FÉDÉRALES Bouchard n'aura d'autres choix que de plonger dans la mêlée Denis Lessard Le Sommet socio-économique de l'automne devait sonner la fin de sa lune de miel avec les Québécois, et le congrès du PQ confirmer son divorce d'avec les souverainistes.Certains prédisaient également que sa popularité chuterait après la ronde des compressions, des crédits et du budget.Et dans les négociations du secteur privé, tous voyaient déjà le mur sur lequel s'écraserait Lucien Bouchard.en conservant toutefois l'impression que le Québec ne retire pas tout ce qui lui est dû du régime fédéral.Bouchard, qui n'a jamais aimé Jean Charest \u2014c'est le rapport Charest dans le roman-fleuve constitutionnel qui l'a poussé à démissionner du cabinet Mulroney \u2014 sera plutôt complaisant à l'endroit du conservateur.Les stratèges souverainistes constatent qu'au-delà des premiers 10 % d'appuis, Jean Charest gruge uniquement dans le vote fédéraliste et réduit donc les chances des candidats de Jean Chrétien.Seule épine au pied de Lucien Bouchard avant de lutter contre Jean Chrétien, Québec tient à mettre un point final au problème de la main-d'oeuvre avant les elections.On sait trop bien à Québec que seule la proximité des elections aiguillonne les négociateurs fédéraux et que si un accord n'est pas conclu, tout le travail accompli prendra la voie de garage au lendemain du vote.L'entente était dans le sac, mais les fuites voulant que le gouvernement Bouchard ne soit pas prêt à faire de « guerre sainte » sur la question de la langue l'ont forcé à tenir la dragée haute sur cette question.Le budget Pour certains, Lucien Bouchard ne devrait pas consacrer trop de temps à la campagne fédérale.Mais ce sont de toute façon les mêmes qui votent déjà pour le PLQ, expliquent les sondeurs.Bouchard qui, c'est peu connu, aime bien les plate-formes électorales, n'hésitera guère.Il sera d'autant plus disponible que ses échéances « domestiques » sont derrière lui.Le budget Landry a été déposé et a obtenu un accueil plutôt positif, bien que certains analystes jugent qu'il n'y a pas assez de compressions de dépenses pour les hausses de taxes.Les deux surprises du budget \u2014 l'essentiel que retiendront les commentateurs \u2014 sont apparues sur le tard.La décision de se lancer dans une vaste réforme de la fiscalité, une réclamation de longue date des centrales, n'a été prise qu'un mois avant le dépôt du budget.Bouchard, qui s'était clairement engagé à ne pas procéder à une hausse de la taxe de vente, a écar-quillé les yeux quand on lui a présenté le projet.Le 1 % d'augmentation honni il y a un an paraissait désormais incontournable pour payer la note de la réforme de la fiscalité.« H a fallu le convaincre », convient le ministre Landry, ajoutant que M.Bouchard avait réclamé la démonstration que les plus faibles salariés ne seraient frappés par cette hausse.Par définition, cette mesure frappe davantage, en proportion, les plus pauvres.Landry avait un problème de contenu.Sans cette réforme et la taxe qu'elle entraînait, le budget était pratiquement vide.Les experts auraient eu vite fait de ramener à des proportions plus modestes les 5 milliards d'investissements qu'il promettait.En fait, Québec est prêt à mettre jusqu'à 250 millions, et sur deux années financières.Même les centaines de millions de plus dans l'entreiien des routes ne représentent que 10 millions dans le fonds consolidé.L'essentiel est financé par le fonds spécial créé au printemps 1995.En outre, faire entrer dans le budget l'idée d'une réforme de la du bureau de La Presse QUÉBEC Après six mois de cette course à obstacles, Lucien Bouchard a franchi la ligne d'arrivée sans trop de problème.Les esprits chagrins diront que les 15 000 fonctionnaires prévus n'ont pas encore pris leur retraite et que les municipalités sont loin d'avoir avalé le dernier budget.La cascade des tests réussis depuis l'automne fournira un imponant ascendant à Lucien Bouchard à l'approche des elections fédérales.Après les nuits de veille des négociations et les longues discussions sur la stratégie budgétaire, le gouvernement Bouchard se réveille avec une campagne fédérale sur le pas de la porte.Il se trouve peu de volontaires chez les stratèges pé-quistes pour aller nourrir le contenu d'une campagne du Bloc que personne n'a pris le temps de préparer.En 1993, tous les recherchis-tes péquistes avaient été désignés volontaires et, congé sans solde en poche, envoyés au front fédéral.S'il s'écoutait, Lucien Bouchard ne ferait que trois ou quatre apparitions dans la campagne fédérale.Mais sa décision n'est pas encore prise, indique-t-on dans son entourage.Les sondeurs qu'il écoute lui soulignent cependant que, comme chef des souverainistes, il n'aura d'autre choix que de plonger carrément dans une campagne contre Jean Chrétien.On prévoit aussi que la meute journalistique se lassera vite de Gilles Duceppe après avoir lesté pendant quelques jours l'étanchéité du joint entre lui et Yves Duhaime.Rapidement, l'entrée en scène de Bouchard sera attendue.Pas la panique, mais presque.Les cadres du PQ sont déjà mobilisés, ce n'est pas la panique, mais presque.On observe un très net sentiment d'urgence à préparer cette campagne en vue des élections au début de juin.Bouchard n'a guère à gagner; personne ne s'attend à ce que le Bloc ait plus que les 49 % des élections de 1993.Personne ne parle non plus de déroute au Bloc si on regarde les sondages récents, mais l'appui du « souverainiste le plus populaire au Québec » ne pourra être mis de côté.Surtout que l'ancien chef devra légitimer l'existence d'un parti qui, à l'origine, devait être éphémère.« Le vrai pouvoir », soutenaient les bloquistes en 1993 ! Ils devront cette fois dire « pour quoi faire », révèlent les enquêtes payées par le PQ.Les sondeurs disent aussi à Lucien Bouchard que la cote de Jean Chrétien a baissé au Québec depuis les Fêtes.Paul Martin est la carte la plus crédible pour le PLC, suivi, de loin, par Pierre Pettigrew.L'ancien chef devra légitimer l'existence d'un parti qui, à l'origine, devait être éphémère.«Le vrai pouvoir», soutenaient les bloquistes en 1993! Ils devront cette fois dire « pour quoi faire?» Jean Charest Il y a un problème sérieux, toutefois, pour le chef souverainiste.Les Québécois estiment que le gouvernement Chrétien a fait un bon boulot en ce qui concerne l'économie et les finances publiques, tout La cascade des tests réussis depuis l'automne, dont le budget Landry déposé cette semaine, fournira un important ascendant à Lucien Bouchard à l'approche des élections fédérales.v,%>.\\ »fr * -t.1 V'-li*/- «/v « * - .v.- «La meute journalistique se lassera vite de Gilles Duceppe (à droite) après avoir testé pendant un moment l'étanchéité du joint entre lui et Yves Duhaime (en haut).Rapidement, l'entrée en scène de Bouchard sera attendue.» fiscalité rivait le clou aux centrales, la CSN en particulier qui en avaient fait un leitmotiv.Calmer Gérald Larose après l'atterrissage forcé des négociations n'était pas inutile.Même la commission sur la fiscalité dont le ministre Landry soutenait s'inspirer était loin d'un consensus sur la réforme à apporter.Mais la réforme visait surtout un autre but.On réduisait le fardeau fiscal aussi pour les hauts salariés, une réplique aux coup de butoir du gouvernement Harris dans l'impôt des Ontarieus.Deux fois plus audacieux que Québec, Queen's Park a promis deux baisses de 15 % en deux anr.Remaniement Avril et mai seront passablement calmes à Québec.La Chambre sera monopolisée par les débats du budget et des crédits ; les dépôts de nouveaux projets de loi surviendront vers la mi-mai.Même le Conseil des ministres paraît sur le pilotage automatique.Le remaniement dont rêvent les députés d'arrière-ban ne surviendra pas avant l'été.Les mêmes noms reviennent inlassablement parmis les déceptions : Rita Dionne-Mar-solais, Guy Julien et Matthias Rioux, qui trouvera un peu d'oxygène dans un sondage qui montre qu'il a la cote auprès des aînés.Chez les jeunes loups « ministra-bles », deux noms reviennent souvent ; Joseph Façal, député de Fa-bre et adjoint du premier ministre, ei Michel Létourneau, députe d'Ungava.Mais en faire « monter » deux fera sauter les plombs de plusieurs autres, Gilles Baril de Berth ier et Rosaire Bertrand de Sague-nay, par exemple.Louise Harel veut changer de mi- r nistère.Elle aurait songé à la mairie de Montréal, mais veut la Justice.Surtout, elle ne terminera pas la réforme de l'aide sociale.Le vaste branle-bas qu'elle a enclenché pour les programmes de main-d'oeuvre est renvoyé à l'automne.11 n'y a pas d'élections dans l'avenir prévisible.Le gouvernement a des tonnes de sondages qui lui disent que les gens ne souhaitent pas passer aux urnes.Le PQ a quand même demandé à une équipe de préparer un plan de communication pour une éventuelle cam* pagne, histoire de garder ouverte une possibilité théorique pour l'automne prochain.Quand il est contrarié, en presence de sa garde rapprochée, Bouchard lance souvent : Comme elle vient de le faire avec cette nouvelle for-mule instituant une « paroisse des jeunes ».Qu'elle se demande, à titre d'exemple, combien de Montréalais, comptés comme catholiques parce que leur nom est dans les registres, pourraient préciser à quelle paroisse ils appartiennent ?Nommer leur curé?Indiquer l'heure des /messes ?Connaît-on, par ailleurs, le nombre de baptisés qui, tout ayant conservé ou retrouvé la foi, restent allergiques à la vie paroissiale traditionnelle et s'alimentent à des petites communautés, sans dimension territoriale, qui n'ont pas besoin d'un temple imposant ?'.Dans Saint-Jean-Longueuil, on vient d'enclencher une réflexion en ce sens en invitant les paroisses à regrouper le.iirs services.Il faudra sans doute aller plus loin avant de demander de l'aide aux gouvernements et inventer des modèles qui correspondent mieux aux nouvelles réalités.Alors et alors seulement on sera justifié de répondre à ces demandes.* \u2022 DROITS RÉSKKVÉS Un mensonge s'envole en fumée our la première fois, un fabricant de cigarettes a reconnu, la semaine dernière, ce que tout le monde sait déjà : le caractère nocif de son produit.Ce aveu, fruit de l'entente conclue entre la compagnie Liggett et la vingtaine d'États qui la poursuivaient, marque un tournant dans l'histoire des relations que les humains entretiennent avec le tabac.iiiiiiiiiiMiiiiiwiniiMm Liggett reconnaît que la cigarette crée une dépendance, et qu'elle peut causer le cancer, des maladies cardio-vasculaires et de l'emphysème.Et elle admet que sa stratégie de marketing vise spécifiquement les jeunes de 14 à 18 ans, qu'on tente d'inciter à fumer.Conclusion logique de ces aveux, Liggett a accepté de verser le quart de ses profits, pendant les 25 prochaines années, en guise de compensation pour les coûts des soins de santé requis par les fumeurs de Chesterfield et de L fir M.Bien sûr, Liggett, avec ses trois pour cent du marché, n'est qu'un acteur secondaire parmi les grands du tabac.Mais le dénouement de sa confrontation avec la justice influera sûrement sur les autres poursuites menées actuellement contre les autres membres de l'industrie.Cet impact pourrait être colossal si Liggett devait publier des documents qu'elle prétend avoir en sa possession et qui prouveraient que les principaux fabricants de cigarettes se sont entendus entre eux pour camoufler ce qu'ils savaient être la vérité.Les autres producteurs tentent de bloquer la publication de ce document, mais s'ils devaient échouer, leurs propres causes prendraient du plomb dans l'aile.Mais même sans attendre ces fameux documents, Lig- Agnès Gruda gett vient déjà de pratiquer une brèche majeure dans l'argumentation habituelle brandie par l'industrie du tabac contre toute tentative politique visant à limiter les degàis du tabagisme.Les fabricants prétendent généralement que les effets néfastes du tabac n'ont pas été démontrés de façon incontestable \u2014 qu'il s'agit davantage de théories médicales que de vérités absolues.Et ils nient vouloir inciter les jeunes à fumer, affirmant que tous les efforts de pub visent plutôt à alimenter la concurrence entre les marques.Que ce soit ici ou aux États-Unis, ces arguments passeront beaucoup moins facilement depuis les aveux de Liggett.Les ennemis du tabac y gagnent une arme redoutable, qui deviendra un véritable missile si les documents secrets de Liggett finissent par être diffusés.Mais d'ores et déjà, ils ajoutent un nouvel éclairage au débat sur la commandite d'événements sportifs ou culturels par les compagnies de tabac, pour ne citer que cet exemple.Liggett n'a évidemment pas sorti l'argent de ses coffres en raison d'un soudain accès de conscience sociale.Elle i fait un calcul : les démêlés judiciaires risquaient de lui coûter plus cher qu'un règlement à l'amiable.Cela démontre qu'avec l'industrie du tabac, la ligne dure peut être payante.Un point de plus pour les antitabagistes.Le règlement ouvre aussi une voie intéressante pour ar-radier le débat sur le tabac à son inextricable paradoxe.U est en effet difficile de justifier les politiques visant a limiter la liberté d'une industrie qui vend un produit nocif, soit, mais néanmoins légal.Au point que les gouverne-ments, en le taxant, y trouvent une intéressante source de revenus.À l'avenir, plutôt que de verser dans l'intégrisme antitabac, on pourrait respecter le droit à l'autodestruction individuelle, et au plaisir qui vient avec, tout en forçant les fabricants à financer les coûts sociaux de cette vilaine habitude.Le fondamentalisme de la bonne santé céderait alors le pas à une politique de responsabilité.la presse et vous Pâques! Alleluia! Est-ce encore vrai?Dans chacune de nos familles immédiates ou élargies, nous comptons probablement une personne malade ou handicapée physique ou intellectuelle,, un parent divorcé ou séparé, un proche « sur le chômage » ou en recherche d'emploi ou vivant de l'aide sociale, comme plus d'un million 4e,Québécois.«'\"'Dans notre environnement amical ou socials nous connaissons probablement un suicidaire, une personne dépressive, un proche qui a l'âme brisée, une connaissance meurtrie par la vie, un marginalisé, un démuni matériellement ou moralement, un sans-abri, un jeune ou une personne âgée qui désespère de tout.Pans notre milieu de travail, nous côtoyons certainement des gens tristes, au bord des larmes, souffrants, la mort dans l'âmie, rejetés par leurs collègues, qui ne travaillent que par obligation et sans espoir; ou des riches financièrement mais pauvres d'attention et d'affection.À tes drames personnels profonds, qui marquent toute la vie d'une famille, d'une parenté, d'un entourage, d'un milieu de travail ou de vie sociale se liguent les dra-iw^s collectifs qui traumatisent l'ensemble ¦d'iihe société, comme les suicides collectifs récents de Saint-Casimir de Portneuf et de Jiantbo Santa Fe, en Californie.Comment dire à ces gens et à leurs proches que la vie est belle, que la vie vaut d'être vécue, qu'il faut être positif, qu'il \\.\\u\\ être heureux, que c'est le printemps, qOe c'est Pâques, que c'est une période de fête et de réjouissances, qu'il faut chanter haut et fort l'Alleluia de la Résurrection ?Comment ces personnes peuvent-elles croire à la valeur de la vie ?Comment peuvent-elles espérer un monde meilleur, une vie meilleure ?Comment peuvent-elles aimer les autres alors qu'elles se déprécient ou se détruisent elles-mêmes ?Pour ces personnes, les synonymes que sont les mots joie, bonheur, contentement, satisfaction, gaieté, agrément, chance, prospérité, bien-être, enchantement, ravissement, félicité, délice, épanouissement, sérénité ont un goût amer, une connotation beaucoup plus négative que positive.Ces gens qui vivent dans le malheur, la peine, la souffrance, le désagrément, l'adversité, l'infortune, la détresse, la misère, l'échec, la calamité, l'angoisse, l'affliction, la douleur, la tristesse, le revers, le chagrin n'ont pas le goût de célébrer Pâques, cette fête de joie, de lumière, d'espérance.Pourtant ! Au-delà des bienfaits matériels, physiques, intellectuels, c'est bien en soi-même, dans son for intérieur, seul avec notre coeur, que nous pouvons rechercher et découvrir le vrai bonheur d'être, le bonheur de vivre.Chaque jour, sinon chaque heure, ce qui se passe dans notre collectivité, comme dans notre milieu immédiat, a de quoi nous amener au relâchement, à l'abandon, au découragement, à la mort en dedans de soi.Parce que trop peu de choses nous apparaissent réjouissantes, emballantes, réconfortantes, encourageantes, stimulantes, intéressantes.Comme dirait l'autre, il faut être fait fort pour réussir à vivre vraiment dans le contexte actuel.Mais la Vie, avec un grand « V », doit venir de nous, de chacun de nous pa^ce que c'est chaque être humain qui fail le monde, qui forme la société dans laquelle nous existons.On a beaucoup tendance à faire des reproches aux autres, à la société, au monde, comme s'ils étaient séparés de nous, à part de nous.Mais nous sommes cette société.Nous sommes, individuellement, une composante essentielle de cette société que nous construisons jour après jour.Nous évoluons ou nous régressons avec cette société.La période pascale, plus propice que celle souvent éphémère et artificielle de Noël, nous donne l'occasion de se regarder soi-même dans le miroir, de réfléchir sur qui nous sommes et ce que nous voulons être dans la vie : une chose ou une personne, un objet ou un être de valeur, un individualiste qui ne veut rien savoir de rien ni de personne ou un individu qui veut aider et influencer les autres êtres humains à devenir plus heureux de vivre ?Alleluia ! Exclamation d'allégresse dans la liturgie juive et chrétienne.Chant de joie ! Cri de joie ! Spontanément viennent à l'esprit ces belles paroles de la chanson de Raymond Lévesque : « Quand les hommes vivront d'amour U n'y aura plus de misère Les soldats seront troubadours Mais nous nous serons morts mon frère.Dans la grande chaîne de la vie Où il fallait que nous passions Où il fallait que nous soyons Nous aurons eu la mauvaise partie.Pour qu'il y ait un meilleur temps Il faut toujours quelques perdants De la sagesse ici bas c'est le prix.Quand les hommes vivront d'amour Il n'y aura plus de misère Et commenceront les beaux jours Mais nous nous serons morts mon frère.» Puissions-nous, à l'intérieur de soi avant tout, aux autres ensuite, avec acceptation de soi et d'autrui, avec tolérance, espoir et Amour de soi et des autres, se souhaiter avec franchise et sincérité « Joyeuses Pâques ».Claude MASSON Éditeur adjoint LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 29 MARS 1997 Ne touchez pas aux soeurs ! Nous étions une dizaine, l'autre soir, réunies pour un « dîner de filles ».À un moment donné, quelqu'un mentionna les orphelins de Du-plessîs.II y eut de la consternation, puis de l'indignation \u2014 comme un cri inspiré par la gratitude élémentaire : Ne touchez pas aux soeurs ! Ces femmes nous ont appris à lire et à écrire.Elles ont mené certaines d'entre nous jusqu'aux portes de l'université, envers et contre une société qui ne voulait pas instruire les filles.Certains hommes aussi leur doivent beaucoup, Bruno Roy par exemple, qui reconnaissait il y a quelques années, alors que Denise Bombardier l'interviewait à L'envers de la médaille, que c'est aux religieuses qui avaient remplacé ses géniteurs qu'il devait d'être devenu docteur en lettres et président de l'Union des écrivains.C'était avant que celui qui est aujourd'hui l'âme dirigeante des orphelins de Duplessis ne retourne sa veste pour former un groupe dont toute l'action a pour effet de transformer en boucs émissaires d'anciens griefs, et d'un mal de vivre qui persiste, les plus humbles servantes de la société duplessiste.Duplessis a disparu.L'autre coaccusé, le corps médical, se perd dans la nature, comme du reste une bonne partie de cette histoire qu'on s'acharne à réécrire avec les valeurs et les connaissances d'aujourd'hui.En 1950, il n'y avait que 15 psychiatres au Québec ! Les orphelins de Duplessis ont hérité, pour certains, d'un diagnostic de maladie mentale erroné, mais c'était un risque qui planait sur tout le monde, y compris dans les milieux les plus favorisés.Combien d'adultes, qui seraient aujourd'hui traités au lithium ou aux antidépresseurs, ont été internés pour la vie à Saint-Jean-de-Dieu ?Voilà donc le tableau : d'un côté, quelques soeurs âgées, pas médiatiques du tout, qui pour rien au monde ne lanceraient une accusation personnelle, et que leur apostolat a davantage préparées au pardon qu'à la polémique.De l'autre côté, un homme dans la force de l'âge, capable d'écrire les pamphlets les plus virulents, qui a ses entrées dans les médias, qui bénéficie du soutien militant de scénaristes spécialisés dans la fabrication de mélodrames à partir PAf d'un mélange détonnant l3Hl! de fiction et d'éléments historiques ; un homme enfin qui a de puissants alliés dans la classe politique, de même que l'appui du Protecteur du citoyen du Québec.lequel vient de produire, à l'appui de la cause des orphelins, un rapport d'une inqualifiable légèreté sur lequel je reviendrai mardi.Le mot « victime » est bien galvaudé ces temps-ci, mais il s'applique assurément aux orphelins de la grande noirceur, enfants du « péché » que la société voulait cacher, enfants de la contraception interdite, enfants de foyers indigents ou séparés.Encore faut-il savoir de qui, de quoi ils furent victimes.L'un des éléments solides de cette saga est la transformation du Mont-Providence, d'orphelinat à vocation pédagogique, en institution psychiatrique.Les soeurs, à l'avant-garde de leur époque, et à vrai dire les seules à se soucier de l'avenir de ces petits dont nul ne s'occupait, avaient conçu un programme d'enseignement adapté aux enfants dont le développement était gravement entravé par la vie institutionnelle.Mais pour recevoir les subventions fédérales destinées à la santé, Duplessis et le cardinal Léger convinrent du changement de vocation de l'institution, et les soeurs durent évidemment se plier à l'autorité religieuse.Lysiane Ces femmes-là, comme du reste les frères qui héritaient des garçons après la puberté, ces femmes-là donc étaient au bas de la hiérarchie ecclésiale, plusieurs échelons en dessous des congrégations qui éduquaient les enfants de la bourgeoisie et dirigeaient les grands hôpitaux.IOM Pauvres parmi les pau- gyiy vres, elles recueillaient par centaines et par centaines, dans des orphelinats surpeuplés, les enfants que le Québec abandonnait, suppléant par leur travail bénévole à des budgets de famine.En 1945, 7730 enfants s'entassaient dans des crèches dont la capacité totale était de 3723 lits.mais l'idée était qu'il ne fallait laisser personne sans abri \u2014 une idée plus civilisée, ma foi, que le régime actuel qui jette les psychiatrisés à la rue ! Les orphelins ne furent pas éduqués comme ils auraient dû l'être, c'est clair.Mais au Québec, en 1941, à peine le quart des enfants d'âge scolaire étaient à l'école, et en 1960, un adulte sur trois avait moins de sept ans de scolarité.Il n'est pas dans la nature des soeurs de se vanter.Je sais, par d'autres qu'elles-mêmes, que les communautés, sachant à quel point leurs anciennes pupilles étaient émotionnel-lement fragiles et mal armées pour le marché du travail, ont beaucoup fait pour les aider, notamment en payant des éludes et en contribuant à leur insertion sociale.J'ai aussi appris que ces femmes perdent le sommeil à l'idée que leur vie, tout entière vécue pour les autres, aurait été inutile, voire condamnable.Les revendications nées de ce sombre épisode de notre histoire ont connu une nette surenchère au fil des années, particulière- ment après 1992, alors que 700 anciens pensionnaires d'une école de réforme ontarienne recevaient une compensation globale de 1 > millions pour sévices sexuels.Aujourd'hui, le groupe de Bruno Roy réclame, de la part de l'État, du corps médical et des communautés religieuses, des excuses publiques, de même que des compensations chiffrées à un milliard de dollars, pour abus divers.non seulement pour le diagnostic médical erroné, mais pour des « agressions sexuelles » et « violences » que le groupe de M.Roy n'a aucunement l'intention cPétàyer par des preuves ( lui-même dit qu'elles seraient impossibles à obtenir ).Le gouvernement devra y réfléchir àjdeux fois avant de donner suite à ces réclamions.Nombre d'autres victimes (ou leurs-héritiers ) pourraient à leur tour émerger Ide la grande noirceur : des femmes mortes sop une table d'avorteur aux adolescents analphabètes envoyés dans les mines ou aux champs, en passant par les innombrables femmes à qui l'instruction fut refusée parce qu'elles étaient femmes, les tuberculeux morts faute d'avoir eu les moyens de payer le médecin, les témoins de Jéhovah persécutés, les immigrants exclus des écoles francophones, les familles qu'on envoya cultiver des terres de roches.Si jamais le gouvernement devait juger que les allégations du groupe de M.Roy justifient que le Québec jette l'opprobre sur celles qui l'ont langé, soigné et éduqué, et qui ont ramassé les pots cassés dans cette société dirigée par les hommes, alors le gouvernement devra être logique avec lui-même.'Il devra jeter à terre la statue de Duplessis qui jouxte l'Assemblée nationale, il devra débaptiser l'école Cardinal-Léger, il devra faire-le procès de tous les chefs politiques de l'époque, sans oublier leurs électeurs et les intellectuels qui les appuyaient.Ce sont eux, les vrais responsables de la tragédie des orphelins de Duplessis.Plate-forme préfabriquée Chantai Hébert du bureau de La Presse OTTAWA e Bloc québécois n'aura finalement pas besoin de se creuser les méninges pour se bâtir un programme électoral à temps pour la campagne fédérale qui se profile au tournant du mois de mai.Au rythme où vont les choses, au déclenchement des élections, il ne restera à Gilles Duceppe et à ses troupes qu'à déballer et à monter leur plate-forme.Le gouvernement Bouchard la lui livre actuellement sur mesure et en pièces détachées.Dossier par dossier, les deux formations souverainistes sont en voie de s'arrimer.En bout de ligne, le Bloc ne manquera pas de sujets à exploiter à l'extérieur du strict cadre de son option politique.Surtout que le gouvernement Bouchard ne lésine pas au besoin sur les contorsions pour doter son allié fédéral de « deux-par-quatre » avec lesquels assommer le gouvernement Chrétien au cours de la campagne.En voici des échantillons.La loi fédérale antitabac \u2014 Au tout début, Québec était un des partisans les plus fervents de l'offensive contre le tabagisme d'Ottawa, y compris les restrictions imposées à la commandite par l'industrie du tabac d'événements culturels et sportifs.Un projet de loi québécois encore plus sévère était même en gestation.II n'en est plus question.Devant le tollé suscité par le projet fédéral, le gouvernement Bouchard s'est prestement mis au diapason du Bloc.Par la même occasion, les libéraux fédéraux du Québec ont perdu leur dernier espoir d'atténuer les critiques qui vont redoubler de fureur à l'occasion de la campagne.Une loi antigang \u2014 Pendant presque deux ans, Ottawa et Québec ont fait front commun pour rejeter la notion d'une loi antigang, alors que le Bloc s'en faisait le champion.En proposant soudainement une loi antimotards, la semaine dernière, Québec s'est placé sur une longueur d'onde compatible avec celle du Bloc.Du coup, le gouvernement Bouchard a enlevé au ministre fédéral de la Justice, Allan Rock, sa meilleure défense politique contre les exigences bloquistes, à savoir qu'elles n'étaient même pas partagées par Québec.Les commissions scolaires linguistiques \u2014 Il y a au moins 18 mois qu'Ottawa multiplie les ouvertures pour amender la Constitution dans le sens de l'abrogation des obligations qu'elle impose à Québec en matière de système scolaire confessionnel.Pendant cette période, le Bloc a fait preuve de discrétion sur le sujet, Québec ne cessant de tergiverser sur la question.À la veille d'élections générales que Gilles Duceppe lui-même réclame le plus vite possible, voilà que le gouvernement Bouchard, appuyé en cela par le Bloc, réclame au préalable le feu vert fédéral à un projet d'amendement.Même si le gouvernement Chrétien pouvait faire adopter un tel amendement aux Communes sur les chapeaux de roues en avril, il resterait encore l'étape du Sénat, laquelle a pris six mois dans le cas, similaire, de Terre-Neuve.Aux prises avec un échéancier qui a des allures de camisole de force, le gouvernement Chrétien va se retrouver sur la défensive, à se démener à expliquer pourquoi il ne va pas aussi rapidement que Québec l'exige.L'harmonisation de la TPS \u2014 En offrant aux provinces maritimes de les dédommager si elles acceptaient d'imiter le Québec et d'harmoniser leurs taxes de vente avec la TPS, le gouvernement Chrétien a fourni gratuitement un beau cheval de bataille au Bloc.Cette semaine, le ministre des Finances, Bernard Landry, n'a pas manqué l'occasion que lui fournissait son budget de jongler avec les merveilles que les deux milliards en compensation fédérale convoitée lui auraient permis d'accomplir.Cette facture virtuelle va prendre beaucoup de place dans le discours électoral du Bloc.La formation de la main-d'ouvre \u2014 Le gouvernement Chrétien aurait bien voulu régler ce dossier avant la campagne électorale.Encore cette semaine, lors d'un discours à Laval, le premier ministre Chrétien vantait l'esprit de coopération qu'il soutient avoir instauré entre Ottawa et Québec.Il y a à peine quelques jours, les deux capitales semblaient à deux cheveux de s'entendre.Puis, le ton s'est durci.À mots couverts, chaque côté accuse l'autre de vouloir torpiller les négociations.À vrai dire, advenant une entente sur la main-d'ouvre, le Bloc aurait beau jeu de souligner que ce déblocage aurait dû survenir, il y a des années.Mais l'absence d'un accord ferait sans doute plus de tort aux libéraux fédéraux qu'aux bloquistes, surtout si les négociations achoppent, comme on le laisse entendre à Québec, sur le régime linguistique à mettre en vigueur sous le nouveau système.En exigeant que Québec se conforme à la Loi sur les langues officielles fédérale, le gouvernement Chrétien enlève son sens à son propre engagement de tenir compte du caractère distinct du Québec dans toutes ses décisions.Gilles Duceppe À ces dossiers électoralemcnt juteux pour le Bloc, il faut encore ajouter la conclusion, soulageante pour la format ion souverainiste fédérale, d'une entente entre Québec et la plupart des employés de l'État.Et le budget Landry, tourné de telle manière, qu'il n'empêchera pas le Bloc de militer pour un allégement du fardeau fiscal fédéral.Mais surtout, tout indique que, dans sa bataille contre Jean Chrétien, le Bloc part gagnant sur toute la ligne sur le terrain de la crédibilité.Comme vient de le démontrer un sondage CROP-Express, en presque quatre ans comme premier ministre, Jean Chrétien n'a pas réussi à améliorer son image au Québec.À peine un électeur sur dix le voit comme le meilleur champion possible du Québec à Ottawa.Un quart de ses propres partisans québécois pensent que Jean Charest jouerait mieux ce rôle et un autre quart préfèrent carrément ne pas manifester d'opinion.Céline Dion et les Québécois : la force de l'authenticité * \u2022 * Y.I CHRISTIAN DUF0UR La Presse publie aujourd'hui la deuxième et dernière partie de l'opinion que M.Dufour nous a fait parx'cnir sur Céline Dion.Employé de l'École nationale d'administration publique, l'auteur a également écrit des ouvrages sur l'identité québécoise.On nous l'a assez dit.Céline Dion est la cadette d'une famille de quatorze enfants.Le type de famille qu'on ne retrouve plus au Québec depuis trente-cinq ans, mais qui était caractéristique du Canada français d'avant la Révolution tranquille.Son mari René Angé-lil, qui a joué un rôle capital dans le développement de sa carrière, a acquis, lui, ses lettres de noblesse dans le show-business québécois, à la frétillante époque de Jeunesse d'aujourd'hui, où il fut membre des ineffables Baronnets, avant de devenir le gérant de Ginette Reno.En sa personne, Céline Dion réalise donc l'harmonieuse synthèse, qui n'a pas été réussie sur le plan politique, entre le vieux Canada français et le Québec moderne qui lui a succédé.Il est révélateur qu'elle n'aurait pas vu le jour si ses parents s'étaient conformés aux valeurs québécoises de la fin des années 60, se contentant de mettre au monde trois ou quatre enfants.Elle incarne le glorieux aboutissement d'une tradition musicale qui remonte à Madame Bolduc, dans les années 30, pour s'épanouir à compter des années 60.Jean-Pierre Ferland lui a écrit une chanson, Diane Du-fresne lui a légué Plamondon et elle-même, dans ses premiers shows, ne craignait pas de pasticher le mythique groupe Offenbach.Au début de sa carrière en anglais, son identification au Québec lui fera même refuser le Félix de la meilleure chanteuse anglophone.Elle exprimera ensuite la classique ambivalence identitaire québécoise, faisant part de son désarroi face au démantèlement appréhendé du Canada, à l'occasion de la célébration du 1er juillet à l'Exposition internationale de Seville, en 1992.Fait révélateur, c'est sa mère qui lui reprochera l'intempestive sortie qui déplut de façon souveraine à la partie nationaliste de son public.C'est que, pour Céline Dion, le Québec est un peu l'extension de sa propre famille, dont elle est restée très proche.À son égard, elle fait preuve d'une loyauté exceptionnelle, dans les méandres d'une carrière planétaire où la partie québécoise d'elle-même pourrait être reléguée dans l'ombre.Un sentiment un peu analogue de reconnaissance semble s'étendre à un Canada anglais qui l'a aidé à percer le marché américain.Mais on ne l'y reprendra plus.La seule position politique que Céline Dion prend désormais, de façon très efficace, est de rester toujours elle-même, aut lient iquement Québécoise, exprimant de façon positive les diverses facettes de notre identité.C'est en restant Québécoise et en le faisant savoir qu'elle conquiert le monde, s'organisant pour rester toujours présente dans l'esprit et le coeur de ses compatriotes : on la sait à Prague le lundi, mais cela n'empêchera pas de la voir à la télévision le lendemain, placoter avec Sonia Benezra dans ce français québécois qui en fait tiquer certains.Pas étonnant que les Québécois francophones s'identifient à elle de façon unique.Si les Américains ont découvert la petite Elizabeth Taylor dans Lassie, les Québécois, eux, se souviennent encore de la première apparition de Céline, à treize ans, à l'émission de Michel Jasmin.Depuis ce temps, ils l'ont vue chanter devant le pape, pleurer aux Félix, remporter l'Eurovision, faire le tortueux apprentissage de l'élégance, se confesser à Lise Payette, apprendre l'anglais.De Céline Dion plus en plus haut, leur Céline s'est envolée.Ils la contemplent maintenant, un peu incrédules, au sommet du monde, superstar d'envergure planétaire et aussi québécoise qu'au premier jour, première irruption de leur identité sur la grande scène de l'univers.Historiquement, le Québec est le seul rejeton d'une France du XVIK siècle à son zénith, exerçant sous Louis XIV sa domination sur le monde.La rupture de la Conquête a entraîné une grande volonté de puissance frustrée, de même qu'un immense besoin de reconnaissance pour une identité qui ne peut que vibrer au succès mondial de l'une des siens, à laquelle il est facile de s'identifier.\u2022 En se hissant au sommet comme Québécoise, Céline Dion lave de vieilles humiliations ; elle calme des frustrations séculaires.Le processus de mondialisation dans lequel nous sommes emportés change graduellement les identités de nature nationale, ' à commencer par les plus molles, celles des petites sociétés qui sont à la jonction des grandes cultures comme le Québec.Cela permet à Céline Dion d'exploiter sur la scène internationale des aspects identitaires canadiens, américains, français et internationaux qui existent tous au Québec, plus particulièrement à Montréal.Sur le plan culturel, elle tire profit du caractère post-moderne de l'identité québécoise ; elle positivise une certaine assimilation qui ne laisse pas d'être parfois douloureuse et que nous avons de la difficulté à assumer sur le plan politique.Un phénomène populaire de l'ampleur de Céline Dion rend compte, à sa façon et à l'échelle du monde, du dynamisme, de l'ouverture et de la modernité de la société-québécoise.Alors que les pouvoirs politiques de type traditionnel sont en régression, les nouveaux pouvoirs de type davantage individuel comme le sien, qui apparaissent entre autres par l'entremise des médias, sont de pfûs^en plus importants.L'exceptionnelle vftalité culturelle du Québec comporte des conséquences politiques, comme l'a montré le sympathique canular du groupe humoristique Les Bleu Poudre, qui fit le tour de la planète quelques jours avant le référendum d'octobre 1995 : on avait réussi rien- de moins que de s'entretenir avec la reine Elizabeth II de ses projets d'Halloween ! Cela compensait la bourde, elle aussi fort médiatisée, du premier ministre Parizeau sur le vote ethnique, le soir du référendum.Céline Dion est née tout de suite après Expo 67, ce dernier grand succès à la fois québécois et canadien, dans cette heureuse période qui se terminera avec octobre 1970.Vingt-cinq ans plus tard, la chanteuse québécoise est la seule personnalité à faire l'unanimité de l'Atlantique au Pacifique.Au moment où la relation Canada-Québec éprouve beaucoup de difficultés à s'adapter à un contexte fondamentalement nouveau, quand le Québec lui-même essaie de faire la paix entre ses différentes composantes, on ne peut que se réjouir de l'harmonieuse synthèse que Céline Dion a été capable de réaliser dans sa personne et dans sa carrière.Car cette synthèse, elle la projette avec force partout dans le monde, avec d'évidentes conséquences positives pour le Québec.Pour le reste, ne demandons à Céline Dion que d'être une bonne chanteuse, si possible une grande artiste, une Québécoise enfin, qui réalise à notre place une partie de nos antiques rêves de domination et de grandeur.A2B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 MARS 1997 Plus / Le drame de Saint-Casimir Le Quebec, terreau exceptionnel pour les nouvelles religions ?MARC THIBODEAU Le Québec, encore une fois projeté sous les feux de la rampe par la plus récente tragédie de l'Ordre du Temple solaire, constitue-t-il, comme le prétendent d'aucuns, un terreau exceptionnel pour les nouvelles religions ?Il s'agit véritablement d'un phénomène mondial.Le Québec, .qui compte près de 1 000 de ces nouvelles religions, ne fait pas figure d'exception puisque l'on en a recensé plus de 20 000 à l'échelle de la planète », répond Bertrand Ouellet.Le directeur général du Centre d'information sur les nouvelles religions ( CINR ) \u2014qui répugne à parler de « sectes » puisque ce ternie a acquis une connotation péjorative dans la population \u2014 estime que la portée de ces nouveaux mouvements est considérable au sein de la province, même si seulement « 1 ou 2 % » de la population s'en réclame ouvertement.« Le nombre de personnes qui adoptent certaines idées véhiculées par ces religions est beaucoup plus important.C'est l'ère du magasinage à la carte, chacun adoptant ça et là ce qui lui convient », précise-t-il.Les Québécois, ajoute M.Ouellet, ont découvert « tout d'un coup » le pluralisme religieux à la fin des années 60, dans la foulée de la Révolution tranquille, et n'ont cessé depuis d'explorer ces limites en tentant de combler le vide spirituel laissé par le recul de l'Église catholique.Le Québec, note à ce titre Mike Kropveld, directeur d'info-secte, est en quelque sorte devenue une plaque tournante religieuse entre l'Europe et l'Amérique du Nord.« Plusieurs groupes établis aux Etats-Unis prennent racine ici avant de s'étendre outre-Atlantique », in-dique-t-il.L'inverse est également vrai.Cette montée de nouveaux mouvements religieux suscite évidemment certaines appréhensions au sein de la société québécoise, que viennent renforcer des tragédies comme celles de l'OTS.Selon Yves Casgrain, ancien di-rccteurd'Info-Sectes devenu consultant \"en la matière, la prise de conscience populaire face aux risques posés par les nouvelles religions a véritablement pris naissance à la fin des années 70, lorsque 913 adeptes de la secte du Temple du peuple ont trouvé la mort en Guyane après que leur leader charismatique, Jim Jones, eut ordonné le suicide collectif.D'autres drames locaux, comme 0H0T0 ARMAND TR0TT1ER .La Presse L'importante attention accordée par les médias aux «dérapages» sectaires, tel celui de l'OTS survenu samedi dernier à Saint-Casimïr-de-Portneuf, a pour effet de jeter ombrage sur l'ensemble des nouvelles religions, estime Bernard Ouellet, directeur du Centre d'information sur les nouvelles religions.Sur notre photo, le coroner Yvon Naud devant la résidence incendiée celui de Rock « Moïse » Thériault, gourou d'un groupe communautaire québécois d'inspiration religieuse condamné pour avoir amputé à froid le bras de l'une de ses compagnes et tué une autre adepte, sont venus par la suite renforcer cette appréhension.Appréhension qui, s'empresse de préciser M.Casgrain, ne saurait toutefois faire oublier que seule une fraction minime des nouveaux groupes religieux adoptent un comportement véritablement sectaire.Et que la violence physique, elle, demeure marginale au sein de ces derniers groupes.La manipulation On ne peut malheureusement en dire autant pour la violence psy- chologique, note le spécialiste, qui demande que la manipulation psychologique soit criminalisée afin d'enrayer l'action des sectes.« Je sais que ce n'est pas facile à faire mais il est urgent de procéder en ce sens.Il faut protéger la population », indique M.Casgrain, en invoquant l'exemple de la Suisse, qui étudie un projet dans cette veine.Bertrand Ouellet et Mike Kropveld ne croient guère pour leur part à la viabilité de cette avenue.« Ça ne sert à rien puisque il est virtuellement impossible de définir ce concept de « manipulation ».Ça échappe complètement à toute définition objective », estime M.Ouellet, qui s'inquiète par ailleurs de l'effet que pourrait avoir une telle loi sur la liberté religieuse.Il invoque à ce titre l'Italie, qui avait adopté à l'époque de Mussolini une loi contre la manipulation mentale finalement jugée inefficace, notamment parce que les psychiatres appelés à témoigner ne disaient jamais la même chose.La Cour constitutionnelle du pays a éliminé cet article du code pénal en 1981.Yves Casgrain estime pour sa part que l'on se cache trop souvent derrière le droit à la liberté religieuse, et la Charte canadienne des droits et libertés, pour justifier une grande apathie envers les sectes.Il fustige particulièrement le gouvernement québécois, qui, dit-il, ne se préoccupe aucunement du phénomène.« Les élus ont du sang sur les mains.Ils ne font rien et ne veulent rien faire », tonne M.Casgrain, qui réclame la tenue d'une commission d'enquête pour déterminer l'importance du problème au Québec.L'Ontario s'est livré à un exerci- % ce similaire au début des années 80 en créant une commission, présidée ; par Daniel G.Hill, pour examiner! les pratiques des groupes religieux.La commission, tout en reconnais- : sant que certains groupes posaient problème, avait écarté en fin de compte les allégations voulant que ces mouvements constituaient en soi des dangers pour la santé phy-, sique et mentale de la population.: : Une conclusion qui ne justifie en: rien le laisser-aller actuel, croit M.;< Casgrain qui estime que les corps\"; policiers, pointés du doigt « beau-! ; coup trop facilement » lors de dra-> mes comme celui de l'OTS, doivent-; accroître leurs connaissances du' phénomène des sectes afin d'être en mesure d'intervenir plus efficacement sur le terrain.Un message qui s'applique éga-' lement aux intervenants dans le secteur de la santé et des services sociaux, estime le spécialiste des sectes.« Tout reste à faire à ce niveau.On veut en savoir plus pour porter secours aux victimes, mais il n'y a aucune volonté politique pour permettre de passer aux actes », répète M.Casgrain.La prévention En plus de venir en aide aux victimes et aux personnes susceptibles de tomber dans les griffes de ces groupes, il est essentiel, ajoute pour sa part M.Kropveld, d'édu-quer la population, notamment au niveau scolaire, afin qu'elle soit en mesure d'être plus critique face à ces phénomènes.« La véritable clé, c'est la prévention », note-1-il.Un avis partagé par M.Ouellet, qui insiste par ailleurs sur la nécessité de maintenir un dialogue « ouvert et franc » avec les groupes religieux afin de réduire leur isolement et de limiter les risques de dérapage.Les médias ont parfois des effets pervers à ce niveau quand ils présentent une image négative des nouvelles religions en mettant en évidence les exactions perpétrées par les groupes les plus marginaux.- En bout de ligne, il faut s'assurer, dit le directeur du CINR, que ces mouvements ne soient pas jugés uniquement à l'aune de leurs dérives.« Ce serait comme juger l'Église catholique en se basant uniquement sur les cas d'agression sexuel survenus dans son passé », conclut-il.^ t entre tolérance et prudence MARC THIBODEAU Les psychologues et les travailleurs sociaux des centres jeunesse du Québec sont souvent appelés à « marcher sur des oeufs » lorsque vient le temps de décider s'il faut ou non retirer un enfant d'une secte.\u2022.*.La Loi sur la protection de la jeunesse stipule en effet que les représentants du gouvernement peuvent procéder en ce sens après avoir établi, que la sécurité ou le développement de l'enfant est compromis.Or* le premier critère est beaucoup plus facile à satisfaire que le second, explique Claude Bilodeau, directeur général de l'Association des centres jeunesse du Québec.« Lorsque l'on peut aborder la question sous l'angle de la sécurité, par exemple dans un cas où il y a visiblement eu abus physique ou sexuel, il n'y a pas trop de problèmes.Sous l'angle du développement de l'enfant, c'est une toute autre paire de manches », dit-il.À un point tel, ajoute M.Bilodeau, qu'il est rare qu'un enfant évoluant au sein d'une secte, et qui parait être en santé, soit retiré en invoquant la question du développement.« C'est l'exception plutôt que la norme », explique-t-il.Une situation souvent frustrante pour ceux qui sont appelés à prendre des décisions dans le feu de l'action, comme en témoigne Marie Bouchard, directrice du développement des pratiques professionnelles au Centre jeunesse de Québec.« Il y a beaucoup de cas où l'on ne dispose pas de prise pour intervenir légalement.On voit bien qu'à long terme, il ne faut pas laisser ça aller, mais on a pas de prise », in-dique-t-elle.Un cri d'alarme La Commission de protection des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui veille notamment sur les activités des centres jeunesse, avait déjà poussé un cri d'alarme au sujet des enfants en milieu sectaire au début des années 80 dans un rapport remis au gouvernement québécois.Les auteurs du document indiquaient alors \u2014 sans être capables de quantifier l'ampleur exacte du phénomène, encore aujourd'hui méconnu \u2014 que les tentatives faites pour venir en aide à ces enfants n'avaient jusqu'alors « rien donné ».Un constat jugé sévère par Mme Bouchard, qui s'empresse de préciser que les centres jeunesse, à défaut dans certains cas de retirer l'enfant du milieu controversé, disposent aujourd'hui de façons détournées de veiller sur sa sécurité.« C'est aussi notre rôle, dit-elle, de mettre à profit d'autres ressources \u2014 par exemple des membres de la famille évoluant à l'extérieur de la secte \u2014 afin que nous puissions garderindirectement un oeil sur l'enfant après notre enquête », no-te-t-elle.Des balises Ne faudrait-il pas malgré tout resserrer la loi afin d'offrir une protection plus complète aux enfants ?« C'est sûr que ce serait plus facile pour nous si la société se dotait de balises plus claires à l'égard des PHOTO B09CRT MAJLLOUX, La Prêt* Un livre d'enfant sur la vie en société retrouvé dans les décombres de la maison incendiée de Saint-Casimir.sectes », note M.Bilodeau.Mme Bouchard ajoute pour sa part qu'il serait impensable que la Loi sur la protection de la jeunesse soit plus sévère à l'égard des sectes que ne; l'est le Code criminel.Une approche trop légaliste, ajoute-t-elle, risquerait par ailleurs de porter atteinte à la liberté de religion prévue dans la Charte canadienne des droits et libertés.« Ce n'est pas parce que quelqu'un choisit un style de vie qui est socialement marginal que nous devons intervenir, dit Mme Bouchard.En bout de ligne, ce sont les besoins de l'enfant qui doivent die-, ter notre ligne de conduite.» C'est une opinion partagée par Me Jean Turmel, substitut en chef du procureur général à la Direction du droit de la jeunesse du ministère de la Justice du Québec.« Les gens ont le droit de choisir leur orientation religieuse.Si l'enfant n'est pas en danger, l'État n'a pas à intervenir », dit-il.Afin de s'assurer malgré tout que les interventions faites dans ce domaine soient des plus efficaces.Me Tunnel participe actuellement à l'élaboration d'un protocole d'intervention interministériel pour venir en aide aux enfants en danger, qui devrait être finalisé au mois d'août.Le groupe responsable du protocole, mis sur pied à l'initiative de l'Association des centres jeunesse du Québec, est formé notamment de représentants des ministères de la Sécurité publique, de la Santé et des Services sociaux et de la Justice, ainsi que de la police, qui sont souvent appelés à travailler de concert lors de cas liés aux sectes.« Nous avons les outils nécessaires pour intervenir, assure Me Turmel.L'important, c'est d'unir nos efforts.» LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 29 MARS 1997 B 5 Plus / Le drame de Saint-Casimir PHOTOS ROBERT MAiLLOUX , L» Pft*s
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