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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Plus
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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Références

La presse, 1995-09-23, Collections de BAnQ.

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[" CAHIER Montréal.samedi 23 septembre 1995 Éditorial Opinion «révolution sens » GÉMALD LEBLANC Ca brasse chez nos voisins de l'Ontario, depuis que la province de l'évolution tranquille a pris le TGV de la ré* volution du bon sens.Le huit juin, les conservateurs de Mike Har-ris étaient portés au pouvoir, avec une confortable majorité et un programme de réduction draconienne de la taille du gouvernement.Mardi, les députés seront convoqués à la première session de « la révolution du bon sens », le slogan et le programme de l'équipe conservatrice.Mercredi, le message inaugural précisera comment on retranchera des pans entiers de l'État providence, de façon à réduire de 30 % l'impôt sur le revenu des particuliers tout en équilibrant le budget d'ici cinq ans.« La situation exige des changements dramatiques : il ne s'agit pas de bricolage mais d'amputations majeures.On ne peut plus dire business as usual » a prédit Mike Harris, qui n'a encore fait aucun grand discours mais qui a multiplié les annonces de compression dans à peu près tous les domaines.Les 110 jours entre les élections et la convocation de l'Assemblée législative ont déjà fourni un avant-goût de la détermination des conservateurs à faire exactement ce qu'ils ont promis de faire.Ils ont frappé avec la vitesse de l'éclair : réduction de 21,6% des prestations d'aide sociale, abolition des photos-radar qui rapportait pourtant des millions, coupes des subventions au transport en commun des handicapés, annonce de réduction de 20% des octrois aux municipalités, abolition progressive des programmes d'équité dans l'emploi qui favorisaient les femmes, les minorités visibles et les handicapés, disparition du contrôle des hausses de loyer.On a établi un service téléphonique pour recevoir les dénonciations de fraudeurs d'aide sociale et c'est une autre ligne 1-800 qui remplacera les assemblées de consultation sur la réduction des commissions scolaires, de 168 à 100.« Le plus important n'est pas d'augmenter nos revenus mais de réduire nos dépenses, de réduire la taille et l'emprise du gouvernement », disait récemment à La Presse le premier ministre Harris, pour qui les réductions de taxes doivent avoir priorité même sur l'équilibre budgétaire.Deux lignes de conduite ont guidé le nouveau gouvernement : donner le ton dans les 100 premiers jours et respecter les engagements pris durant la campagne électorale.Une démarche comparable à celle des républicains de Newt Gingrich, qui ont présenté et fait adopter en grande partie les dix points de leur fameux « contrat avec l'Amérique », durant les 100 premiers jours à Washington.Une opposition « groggy » La marche ontarienne des révolutionnaires du bon sens a été facilité par l'impuissance des deux partis d'opposition, les libéraux et les néodémocrates, groggy depuis la déroute électorale.La défaite encore chaude, les prétendants ont vite fait comprendre à Lyn McLeod, l'infortunée leader libérale qui a laissé glisser une avance en apparence insurmontable, qu'il lui fallait s'en aller.Elle vient d'annoncer qu'elle laissera la place dès qu'on lui aura trouvé un successeur.La course au leadership prend donc la première place chez les 30 députés de l'Opposition officielle.Pendant ce temps, Bob Rae, ex-premier ministre qui a dû se contenter de la troisième place, se recyclait dans l'enseignement universitaire et la rédation d'un volume, à gros cachet, sur la politique de demain.Lui restera-t-il du temps pour diriger son parti sur les banquettes de l'opposition ?« Je suis de ceux qui croient qu'on peut marcher en mâchant de la gomme » s'est contenté de répondre le politicien-philosophe.Les syndicats, qui ont décidé de punir Bob Rae lors des élections, mettent du temps à reprendre le combat pour sauver les 15 000 emplois que Mike Harris s'est engagé à retrancher du secteur public, sans parler du rappel de la loi anti-scab qu'annoncera le message inaugural.Pour donner le ton, on a promis d'en faire le projet de loi 1 du nouveau gouvernement.Quant aux groupes populaires, dont la clientèle est la première cible de la révolution conservatrice, ils ont du mal à se faire entendre des Onta-riens, plus favorables que jamais à Mike Harris.Les résutats d'un sondage de la firme Environics, dévoilés il y a quinze jours, indiquent que le gouvernement jouit de l'appui de 55 % de l'électorat, 10% de plus qu'aux dernières élec- en Ontario Harris a frappé avec la vitesse de l'éclair « La situation exige des changements dramatiques : il ne s'agit pas de bricolage mais d'amputations majeures.On ne peut plus dire \"business as usual\" ».tions et un sommet en Ontario depuis dix ans.« En plus de la lune de miel traditionnelle, ces résultats démontrent que l'électorat est favorable à la démarche de Mike Harris pour réduire la taille du gouvernement et ajuster celle des programmes sociaux », concluait Jane Armstrong, la vice-président d'Environics.« La contre-révolution viendra dans les prochaines semaines.On peut prévoir qu'il y aura bientôt plus de manifestants que d'automobilistes sur la rue University, devant le parlement de Queen's Park », prévoit Michael Adams, le président d'Environics.La pression devrait monter à compter du premier octobre, alors que les mères monoparentales verront leur prestation d'aide sociale baisser de 200 S par mois et que la plupart des compressionsannoncées cet été entreront en vigueur.Les inévitables dérapages Même durant la lune de miel, certains dérapages ont embarrassé le nouveau gouvernement.Peu après les élections, on a dû porter l'odieux d'une compression de 2,6 millions Cour le transport des handicapés à ôronto.La commission des transports ( Toronto Transit Commission ) a refusé de camoufler cette perte dans l'ensemble de son budget et l'a imputée au gouvernement.En Ontario, laide juridique est administrée par le Barreau de la province, qui manque de liquidités pour payer les avocats.Le ministre de la justice a d'abord menacé de ne pas payer, comme dans un cas de faillite, et de leur retirer la gestion du fonds.Plus puissants que leurs clients, les avocats ont forcé le gouvernement à abandonner un projet qui allait clairement à rencontre de son engagement à privatiser tout ce qui pouvait l'être.Une autre mesure a soulevé l'ire des commentateurs.Les conservateurs ont en effet décidé de reporter à 400 $ par jour le remboursement des frais hospitaliers encourus à l'étranger, que les néo-démocrates avaient réduit à 100 $.En ces temps de coupes draconiennes, le gouvernement n'arrive pas à justifier ces dépenses qui profiteront surtout aux vacanciers de la Floride.La palme des gaffes revient toutefois au ministre de l'Éducation, lohn Snobelen, un décrocheur scolaire devenu millionnaire, qui a invité ses hauts fonctionnaires à créer un climat de crise qui justifierait les mesures radicales qu'il s'apprêtait à prendre.Pour son plus grand malheur, cette rencontre était filmée sur un vidéo qu'ont obtenu les médias d'information.Le premier ministre a dû patiner pour atténuer la bavure de son protégé.Aucun scandale ni démission n'est cependant venu enrayer la course débridée des chevaliers de la révolution du bon sens.Révolution ou marketing ?Il est probablement révélateur que l'accent des compressions ait d'abord été mis sur l'aide sociale, un thème cher aux conservateurs de Mike Harris, qu'on a souvent vu, durant la campagne électorale, devant une pancarte géante : « Ville du B.S.- un million d'habitants ».S'agit-il d'une révolution ou d'une stratégie de marketing pour rejoindre les frustrations des électeurs de la banlieue métropolitaine et des villes de province ?Voici les réponses de deux observateurs attentifs, Michael Adams, le président d'Environics, et Daniel Schwanen, analyste à l'Institut C.D.Howe.« Il est évident que l'usage du mot révolution a attiré l'attention, même si l'on ne peut parler ici d'un changement brutal de système, comme en Russie où l'on passe directement de l'étatisme rigide au capitalisme western », estime Michael Adams.« Il s'agit toutefois, ajoute-t-il, de la fin d'une époque de croissance continue, 1945 à 1995, durant laquelle la hausse du niveau de vie allait de pair avec celle de la taille du gouvernement.Ce qui était vrai pour l'ensemble du Canada l'était encore plus pour sa province la plus riche.Ce n'est pas le parti-pris idéologique, mais la nécessité qui force un réalignement.Pour Ralph Klein, de l'Al-berta, le virage s'est fait après les élections, tandis que Mike Harris a présent son programme avant d'être élu.Dans sa rhétorique, on ne peut encore distinguer la rébellion de la révolution.» Révolution ou utopie ?Daniel Schwanen, spécialiste de l'économie ontarienne, estime que le gouvernement Harris n'y est pas allé de main morte durant les cent premiers jours de son règne.« En plus d'annoncer des coupes sévères, le ministre des finances a donné ordre à tous les départements, non seulement de geler leurs dépenses mais de les couper en termes absolus, c'est-à-dire de dépenser moins que l'an dernier.\u20ac Au lieu de révolution, on devrait parler de contre-révolution, car le gouvernement s'est engagé à ramener sa taille au niveau de 1985.Or depuis 10 ans, les taxes et le budget gouvernemental ont augmenté, en moyenne, de 10 à 15 % par année, en Ontario.On veut renverser la vapeur et revenir au point où se trouvait la province quand les conservateurs ont perdu le pouvoir.» Peut-on justement réaliser ces objectifs d'un budget équilibré et d'une réduction de 30 % de l'impôt sur le revenu ?Un projet réalisable ou une utopie enjôleuse ?« Même avec les coupes de cet été, on prévoit un déficit de 8,7 milliards.C'est donc dire que dans l'énoncé politique de cet automne \u2014 le premier budget ne sera présenté qu'au printemps 96 \u2014 on ne dira pas seulement qu'il faut couper tant d'argent dans tel ou tel programme mais que le gouvernement va carrément se retirer de certains champs d'action.En se retirant de la construction de HLM, comme il l'a promis, le gouvernement épargnera un milliard.Tout est sur la table, à l'exception des services de police, des lits d'hôpitaux et des salles de classe.» Tout ne dépend-il pas de la croissance économique, qui conditionne grandement la marge de manoeuvre des gouvernements ?« Nous venons de connaître un mauvais été, pour les emplois et la croissance économique.Même si la plupart des observateurs n'y voient qu'une pause temporaire, tout indique qu'on peut s'attendre à une croissance modérée.« Le taux de croissance économique peut faire la différence entre le succès et l'échec.Sur une période de trois ans, un taux de croissance de 2,5 au lieu de 3,5 % entraine une perte de revenus de trois à quatre milliards pour le gouvernement de l'Ontario.La différence entre un déficit et un budget équilibré.« C'est pourquoi le milieu des affaires est unanime à approuver la réduction de la taille gouvernementale, mais plus divisé sur la nécessité de réduction immédiate des impôts.Même si l'on sait que cette mesure figure dans la plate-forme conservatrice et sera appliquée, de toute façon.» Les cent premiers jours n'étaient que préparatoires.C'est mardi que la troupe de Mike Harris, les révolutionnaires du bon sens, passeront vraiment à l'attaque.Quand la Saskatchewan et le Nou-veau-Brunswick s'ajustent au nouvel ordre économique, on souligne l'événement.Quand c'est l'Ontario qui prend le train, on sait que le Canada entre dans une profonde mutation. ÉDITORIAL Paul Desmarais Roger D.Landry président du conseil président d'administration et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef Un référendum débranché de la réalité Ne désespérez pas ! il ne reste que 38 jours avant la tenue du référendum québécois.Rarement a-t-on autant constaté le désir des citoyens d'en finir.Avant même que ne débute la campagne officielle, vers le 30 septembre, Ils sont déjà las d'entendre politiciens et spécialistes de tout acabit pérorer sur la question.19.sujet est pourtant majeur: c'est l'avenir même de la société québécoise qui est en cause.Mais le sujet, Justement, ne correspond pas aux préoccupations actuelles des gens.Le message, qu'il soit en faveur du oui ou du NON, ne passe pas.Le débat n'atteint ni l'âme ni la tête des Québécois, sauf évidemment ceux qui gravitent autour des appareils politiques.Il faut dire que, selon les sondages, environ 80 p.cent des électeurs sont déjà prêts à voter.Leur choix est arrêté.Les débats de cette semaine, tant à l'Assemblée nationale qu'à la Chambre des communes, ont attiré l'attention des députés des deux arènes, des sympathisants des deux camps et de tous ceux et celles qui vivent directement ou indirectement de la chose politique.Mais, Ils n'ont pas empêché personne d'autre de dormir et de poursuivre ses occupations.C'est comme si les politiciens parlaient dans le désert.Mais pourquoi cette indifférence, ce goût d'en finir au plus tôt ?Parce qu'il y a déjà trop longtemps qu'on parle du référendum et que son report du printemps à l'automne a eu pour effet de démobiliser même les troupes péquistes et libérales.Parce que les politiciens en présence, principalement les chefs des camps du OUI et du NON, Jacques Parizeau et Daniel Johnson, n'ont pas le charisme des Pierre Trudeau et René Lèves-que, acteurs principaux du référendum de 1980.Parce que la confiance envers les élus a grandement diminué et que.quoiqu'ils disent, Ils ne sont pas facilement crus.Parce que leurs déclarations sentent les redites, les répétitions, les vieux disques, les mêmes rengaines.Parce ce que la présente bataille référendaire apparaît être affaire de stratégies et de communication bien davantage que d'Idées.Parce que, malgré tous les efforts, les machines politiques n'ont pas encore réussi à susciter la passion des Québécois pour l'Événement.Et la passion ne s'achète pas : elle est spontanée ou elle n'est pas.Même les souverainistes et les fédéralistes sincères, mise à part une minorité, n'ont pas le goût à l'aventure.Au-delà des impressions du moment, le référendum de 1995 a quelques différences majeures par rapport à celui de 1980.?Les Québécois, majoritairement, ont pris en main leur destinée.Quinze ans plus tard, le contexte tant économique que politique a beaucoup changé.Ils ne se considèrent plus écrasés par le Canada anglais, ils n'ont plus peur de la concurrence des autres provinces.Ils ne se sentent plus lésés par le gouvernement central.La frustration a cédé la place à la confiance en soi.un grand nombre de citoyens ne se sentent pas concernés par le débat en cours, lis sont indifférents.?La fin du siècle qui approche coïncide avec l'effritement des idéologies à l'échelle mondiale, capitalisme, socialisme et ~ communisme se confondent, se fondent l'un dans l'autre.De plus en plus de gens et de peuples mixent leurs objectifs économiques et sociaux et s'arment pour faire face au « village global ».Leurs horizons sont beaucoup plus larges qu'autrefois : c'est le monde qu'ils convoitent à partir du développement de leurs richesses naturelles, de leurs capacités et spécialités, de leurs Inventions technologiques, de leurs cerveaux.Le combat se mène à l'échelle planétaire et non plus à l'Intérieur des frontières d'un seul pays.?Les Jeunes qui seront demain les leaders de notre société sont indifférents aux débats des années 60 et même 80.ils veulent construire leur nouvelle société sur de nouvelles bases.t Pour eux, les notions de souveraineté et de fédéralisme sont dépassées.Ce sont des internationalistes qui savent déjà qu'ils devront se déplacer en Amérique du Nord et même sur d'autres continents, qu'ils devront parler au minimum deux et préférabiement trois ou quatre langues, qu'ils devront épouser deux ou trois carrières pour réussir, pour satisfaire leurs propres besoins, pour bâtir le pays dont ils rêvent.La société a beaucoup changé.Les notions de pays également.Les acteurs majeurs du débat référendaire ont de la difficulté à s'y adapter.Ce qui est réconfortant et prometteur, c'est que tout se déroule démocratiquement.Et que le résultat du 30 octobre, quel qu'il soit, doit aussi être accepté démocratiquement tant par les tenants du OUI que du NON.Claude masson Un choix judiciaire Parce que la loi fédérale interdisant la publicité des produits du tahac brimait le droit de cette industrie à la liberté d'expression, la Cour suprême l'a Jugée inconstitutionnelle, ce verdict a semé la consternation dans le monde de la santé publique et chez les associations pour les droits des non-fumeurs.Leur consternation s'appuie sur des statistiques récentes et éloquentes : le tabagisme est en hausse auprès des jeunes, la production de cigarettes augmente et le nombre de décès liés directement ou indirectement au tabagisme est de l'ordre de 40 000 par année.Que penser de ce Jugement?Tout d'abord, il faut rappeler que, malgré leur Éverdict en faveur des fabricants de cigarette tes, les juges ont reconnu que le tabagisme est un problème réel de santé nationale.La balle est maintenant dans le camp du gouvernement.Si l'affichette sur le danger de fumer pour la santé imprimée sur le paquet de cigarettes est illégale parce qu'elle n'a pas de signataire clairement Identifiée, la ministre de la Santé n'a qu'à se l'approprier.Quant à la publicité directe du tabac dorénavant permise ( commandites d'événements, panneaux-réclames, et réclames dans les médias, etc ), il ne faudra tout de même pas être dupes même si l'industrie du tabac se dit ouverte à la négociation.Car si les patrons de l'industrie du tabac ont eu l'intelligence de ne pas pavoiser, préférant plutôt s'engager à maintenir le statu quo et à offrir au gouvernement leur disponibilité pour d'éventuelles séances de consultation, le moratoire prévu s'associe à une « période raisonnable ».Quant au Jugement lui-même, il est malgré tout nuancé, il laisse une marge de manoeuvre au gouvernement.Plusieurs options s'offrent à la ministre Diane Marteau.Le fédérai pourrait reclasser la nicotine pour l'assujettir, entre autres, à d'autres lois qui établissent des normes sévères en matière de publicité et de vente.Le gouvernement fédéral doit agir avec célérité dans ce dossier.Parce que la cigarette tue, c'est bien connu.Et quand on en permet la vente, on doit assumer ses responsabilités Jusqu'au bout et imposer de nouveaux freins légaux aux fabricants tout en multipliant les campagnes de prévention et de dissuasion, particulièrement auprès des jeunes.Devenir addlct jeune, c'est un terrible héritage à leur laisser.Claudette toucas Les remèdes coûtent trop au gouvernement L e Québec débourse, bon an mal an, quelque 27 millions de dollars de trop pour les médicaments des personnes âgées et des assistés sociaux.Lorsque le médecin prescrit un médicament d'origine, le pharmacien peut suggérer à son client un médicament générique équivalent, qui est souvent beaucoup meilleur marché.C'est au client de décider.Dans le cas des personnes âgées et des assistés sociaux, un médicament générique ne sera remboursé par le gouvernement que s'il est inscrit sur la liste du gouvernement depuis 15 ans et qu'il est distribué par au moins trois entreprises différentes, il s'agit d'une règle arbitraire qui donne un avantage évident aux fabricants de médicaments d'origine.Il serait beaucoup plus normal que le pharmacien soit tenu de substituer le produit moins cher, à moins que le médecin ne s'y oppose, pour freiner l'escalade du coût des soins de santé.Une loi fédérale avait longtemps obligé ces fabricants à accorder des licences obligatoires aux compagnies génériques, bien avant l'expiration du brevet.Le gouvernement du Québec, où beaucoup de compagnies pharmaceutiques ont leur siège social, avait voulu les compenser pour la perte subie à cause de la législation fédérale, ce que les fabricants de produits génériques contestent actuellement.En effet, depuis plusieurs années, les compagnies pharmaceutiques sont tout aussi protégées par des brevets que leurs concurrents dans d'autres pays industrialisés.Si les compagnies pharmaceutiques ne sont plus défavorisées par la loi canadienne, Il n'y a aucune raison pour qu'elles bénéficient d'une loi provinciale discriminatoire.La protection des brevets étant sensiblement Identique à travers le monde, on peut tenir pour acquis que les frais de recherche auront été récupérés à la fin de cette période de monopole.Par souci d'équité et en pensant à la santé des finances publiques, le Québec doit repenser sa politique sur le remboursement des médicaments.Il est certain que le système de brevets aide à diminuer les frais de santé en permettant la recherche et le développement de meilleurs médicaments.Mais il faut aussi que la concurrence entre toutes les compagnies pharmaceutiques, tant celles qui font de la recherche que celles qui copient des produits existants, maintienne une pression à la baisse sur les prix des médicaments.Frédéric wacnière v DROCTSRÊSCTVÉS EN REPRISE Chrétien et Johnson risquent gros en répondant aux questions hypothétiques es observateurs prévoyaient que la session ne reprendrait ses travaux à la Chambre des communes qu'après la tenue du référendum.Us pensaient que le gouvernement aurait la sagesse de priver le Bloc québécois de cette tribune nationale qui lui fournit à bon compte 1 occasion de compliquer la vie du camp du NON.Us s'étaient trompés.Jean Chrétien n'allait pas se priver du plaisir de croiser le fer avec les séparatistes sur son propre terrain.La semaine dernière, il anticipait avec une excessive confiance en lui son affrontement avec Lucien Bouchard : « Ça va être le fun », s'exclamait-il avec une jubilation à peine contenue.Les travaux de la Chambre ont repris, lundi dernier, et on peut dire que le premier ministre en a eu pour son argent.Non seulement a-t-il été bombardé de questions piégées par le chef de l'opposition, mais il a eu la désagréable surprise de voir le chef réformiste, Preston Manning, se faire l'allié objectif des bloquistes et lui jeter des pelures de bananes sous forme de questions mettant en cause la stratégie du camp du NON.Le goût immodéré de Jean Chrétien pour la bagarre l'a in- duit à se laisser imprudemment entraîner à combattre sur un deuxième front, où les chances du camp fédéraliste de marquer des points sont nulles, mais les risques d'en perdre considérables.Ayant vu comment les choses se sont déroulées, les fédéralistes vont être dans leurs petits souliers durant toute la campagne référendaire.Pendant six semaines, Jean Chrétien devra chaque jour éviter les pièges à ours d'un Lucien Bouchard déterminé à démembrer le Canada, et d'un Preston Manning plus soucieux de l'avenir de son parti que de celui de la fédération.Déjà, Bouchard et Manning ont réussi à mettre Chrétien et Johnson sur la défensive et surtout à introduire un coin dans leur alliance circonstancielle.Pendant un mois et demi, le chef bloquiste s'ingéniera à faire apnaraître des divergences de vues entre les deux têtes d'affiche du camp fédéraliste.On a vu que Daniel Johnson a d'abord été amené à dire qu'il respecterait une victoire du camp du OUI, pour ensuite préciser qu'elle devrait dépasser la majorité simple de 50 p.cent plus 1 voix, et finalement rappeler que l'un parle en tant que chef du gouvernement canadien et l'autre comme chef de l'opposition à Québec.C'est être inconséquent que de s'engager à se rallier à une réponse positive à une question que son parti a dénoncée comme malhonnête.Si le chef libéral trouve politiquement trop risqué d'annoncer qu'il ne saurait endosser une victoire obtenue frauduleusement, la pru- dence, à défaut de la logique, devrait l'inciter à refuser de répondre à une question hypothétique.En 1980, Pierre Trudeau se contentait de répondre à ceux qui le pressaient de spéculer sur une éventuelle victoire du OUI qu'il n'avait pas le mandat de négocier le démembrement du Canada.Jean Chrétien laisse entendre, lui, qu'il a ce mandat quand il dit qu'il ne saurait concéder la victoire aux souverainistes avec une seule voix de majorité ; ou encore, quand il reproche au gouvernement pé- Suiste de ne pas poser aux [uébécois la question claire et sans équivoque qu'il souhaiterait.En 1980, Pierre Trudeau pouvait siéger chaque jour sans trop craindre d'être amené à faire le jeu des souverainistes puisqu'il affrontait des partis d'opposition qui avaient autant que lui le souci de préserver la fédération et de ne rien faire ou dire qui puisse favoriser le projet péquiste.En 1995, la situation est différente.Jean Chrétien est confronté à une opposition officielle dont la raison d'être est de séparer le Québec du Canada et qui fera tout pour tirer avantage d'un premier ministre dont la témérité le porte à tenter le diable.C'est dans ce contexte que Robert Bourassa, qui a offert ses services au camp du NON, a fait à Washington une déclaration qui ne dément pas le soi-disant fédéraliste qui s'est révélé, entre 1989 et 1992, le plus efficace promoteur de l'idée souverainiste depuis René Lévesque : « Si c'est un OUI, c'est un OUI, et si c'est un NON, c'est un NON.» Pierre Trudeau et Jean Chrétien ont participé au référendum de 1980 et tous les partis ont reconnu le droit du Qué-> bec à l'autodétermination, a-t-il -dit pour justifier un propos qui-vient commodément la rescousse du camp souverainiste.L'ancien chef libéral confond les choses.Le droit à l'autodétermination n'est pas synonyme de droit à la séparation.Le Québec s'autodétermine depuis 128 ans à l'intérieur de la fédération canadienne ; il n'a pas pour autant le droit de faire sécession unilatéralement, comme l'a dit l'autre jour la Cour supérieure.Quant à la participation des Trudeau et Chrétien au référendum de 1980, le professeur.Jean-Pierre Derriennic ne lui donne pas le même sens que Bourassa, dans son excellent petit livre dont je ne saurais trop recommander la lecture à ceux qui veulent connaître les meilleures raisons de s'opposer à la séparation du Québec, Nationalisme et Démocratie ( Boréal ).Parce que ce référendum sollicitait un mandat pour négocier la souveraineté et non.pour la faire, en participant a la campagne référendaire les politiciens fédéraux n'ont pas,, selon lui, « reconnu implicite-, ment le droit du Québec de faire sécession, comme certains, veulent le faire croire ; c'est plutôt le gouvernement provincial québécois qui a, en posant la question comme il l'a fait, reconnu implicitement que la souveraineté ne peut pas être décidée unilatéralement ». Lysiahe Gagnon LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 23 SEPTEMBRE 1995 OPINIONS Lettre de Toronto Les souverainistes dénaturent les liens particuliers entre le Québec et l'Ontario Le président et éditeur du Toronto Star.John Honderich, et l'éditorialiste en chef de La Presse.Alain Dubuc, poursuivent ici leur correspondance sur leurs visions respectives du Canada et du Québec.La présente lettre de John Honderich paraît en anglais dans le Star.on cher Alain, L'aspect le plus inquiétant du débat référendaire est probablement l'ar- à m g u m e n t audacieux des souverainistes selon lequel le Canada anglais accepterait de bon coeur de négocier la sé-paration du pays.Le Canada, l'Ontario surtout, disent-ils, a trop à perdre pour compromettre cette relation.Car le poids économique de cette relation est tel que l'Ontario et le reste du Canada seraient obligés de négocier une nouvelle entente.La pierre de touche de l'argument souverainiste est que la relation entre l'Ontario et le Québec n'est rien de plus qu'un « mariage de convenance ».Sans passion, ni émotions.Rien d'autre que la dure réalité économique.Or, c'est justement cet aspect de leur argument qui m'enrage le plus.Pourquoi ?Parce qu'à mon avis, les souverainistes dénaturent et minimisent les liens particuliers qu'ont tissés le Québec et l'Ontario, depuis 150 ans.Notre relation n'est pas parfaite, loin de là.Elle est même frustrante, parfois.Pourtant, c'est une relation fort enrichissante qui a largement dépassé le simple mariage de convenance.En effet, nous partageons une longue frontière, une histoire, des valeurs et d'importantes relations commerciales.Les liens qui nous unissent sont si nombreux, si enchevêtrés et si particuliers qu'un politicien québécois a récemment qualifié notre relation d'« ambiguë ».Car, rappelons-le : nous avons formé un couple jusqu'en 1791.Puis, en 1841, c'est l'unification du Bas-Canada et du Haut-Canada qui a donné naissance au Canada.En fait, la dynamique entre nos deux provinces et le pouvoir électoral qu'elles détiennent ont pratiquement dicté l'évolution de la Confédération, depuis 1867, souvent au grand dam des autres provinces.Ainsi, ce sont les premiers ministres du Québec et de l'Ontario qui, en 1889, ont proposé que se réunissent régulièrement les premiers ministres des provinces.Ces liens spéciaux entre nos deux provinces ont été créés, il y a plus d'un siècle, par Honoré Mercier et Oliver Mowat.Depuis la guerre, leurs successeurs ont cultivé ces liens : Maurice Duples- sis et Leslie Frost ; Jean Lesage et John Robarts ; Robert Bourassa et Bill Davis ; puis M.Bourassa et David Peterson et Bob Rae.N'oublions pas non plus que l'Ontario, et son premier ministre, a toujours manifesté, dans les débats constitutionnels, sa sympathie à l'égard du Québec et de ses Aspirations.D'ailleurs, c'est un premier ministre ontarien qui a organisé la première rencontre « Confédération de demain », dans les années 60.L'Ontario est la seule province à avoir une délégation à Québec.La Commission permanente de coopération Ontario-Québec est unique en son genre au Canada.L'an passé, chaque province a consacré environ 1,2 million à des programmes d'échanges qui ont permis à plus de 5 000 personnes de visiter leur province voisine.À Toronto, il suffit de mentionner les «visites interprovinciales» pour se faire raconter une foule d'expériences agréables et inoubliables.Nul doute que les liens économiques sont cruciaux.La relation commerciale entre le Québec et l'Ontario, qui se chiffre à 50 milliards, éclipse toute autre relation interprovinciale au pays.En fait, elle est plus importante que toutes les autres prises ensemble et on estime qu'au moins 250 000 emplois dans nos deux provinces dépendent de cet échange commercial.l'avancerais même que les deux provinces ont bénéficié de cette relation commerciale.l'en veux pour preuve le fait que les Onta-riens, comme les Québécois, ont accepté d'assez bon gré les règlements et les quotas qui favorisent un volume aussi élevé de transactions entre les deux provinces.Enfin, il y a les liens culturels, sportifs et touristiques qui nous unissent.Prenons, par exemple, l'important marché touristique.Les Ontariens se rendent au Québec, et les Québécois en Ontario, plus souvent qu'ailleurs : 5,5 millions de séjours dans les deux provinces.Tout cela représente une valeur totale de 700 millions pour le marché touristique.Et comment pourrait-on taire l'éternelle rivalité entre Montréal et Toronto ?Qu'il s'agisse de baseball, de ballet, de banques, de cirques, de hockey, de danse moderne, de boîtes de nuit, d'orchestres, de restaurants ou de modes de vie, on se dispute les honneurs de métropole grandiose, depuis plus d'un siècle.Par exemple, les quelques matchs entre les Canadiens et les Maple Leafs, à Toronto, sont des événements marquants tous les ans.Tout comme les spectacles du Cirque du soleil ou de La La La Human Steps.C'est ça un mariage de convenance ?Pas à mon avis.Notre relation est bien plus complexe.Et c'est se méprendre sur la profondeur de ces liens que d'en sous-es-timer la complexité et la charge affective.À la prochaine, John Un mythe appelé « le reste du Canada » Le fait de distinguer le Québec du « reste du Canada » constitue un moyen d'entretenir le parti pris de la séparation HENRY MINTZBERG Le texte qui suit est extrait du livre Les propos d'un « pur coton » : essai sur la problématique canadienne, Éditions Québec/ Amérique, septembre 1995.Henry Mintzberg est professeur titulaire à l'Université McGill et à l'école des affaires IN SE AD, à Fontainebleau, en France.Il est considéré comme une sommité internationale parmi les penseurs en management.Il y a le Canada.Il n'y a pas « le reste du Canada ».Le pays est constitué d'un nombre d'unités politiques.Enlevez la grande, qui s'appelle le Québec, et vous vous retrouvez avec quatre petites provinces d'un côté et cinq grandes plus deux territoires de l'autre.Le fait que ces unités partagent la langue anglaise ne garantit pas plus leur viabilité en tant qu'entité unique que le fait que les deux parties du Pakistan partageaient la religion musulmane lors de la partition de l'Inde.Les gens du « reste du Canada » partagent une autre chose : du ressentiment à la mention de « reste du Canada ».Le terme réduit une immense diversité de gens répartis sur des milliers de kilomètres à une catégorie simple et nette basée sur la langue qu'ils se trouvent à parler.Cela reflète peut-être la perspective du Parti québécois, mais ne rend pas justice à la réalité du pays, ni à son histoire.Trois peuples fondateurs - les autochtones, les Français et les Anglais - ont ouvert le pays dans toute son étendue.Lorsque les Européens sont arrivés, les aborigènes étaient déjà éparpillés un peu partout.Plus tard, les Français et les Anglais s'installèrent sur tout l'ensemble du territoire.C'est pour cela que nous avons encore une ville du nom de Fleur-de-Lys, à Terre-Neuve, et un lac La Biche, en Alberta, de même que des villes au Québec répondant aux noms de Sherbrooke et de Valley-field.A l'époque où nous n'avions pas encore pris l'habitude de classer tout le monde dans ces cases géographiques si commodes, tout ;était mélangé.Bien entendu, il y a eu, depuis ce temps-là, une consolidation très importante qui a été renforcée en partie par des mouvements naturels de population et en partie par des efforts \u2014 de part et d'autre \u2014 pour consolider ces cases.Cependant, on trouve des communautés de langue française dans toutes les régions du pays, dont certaines très importantes en Ontario et au Nouveau-Brunswick, même plusieurs villages à l'ouest de l'Ue-du-Prince-Edouard.Il entre peut-être dans les visées de certains programmes politiques, et pas seulement au Québec, .d'inciter les gens à s'enfermer encore davantage dans ces cases.\u2022Mais cela ne profitera pas nécessairement aux citoyens eux-mê-îues.Tout ce que nous avons bâti » Par rapport à 1980, le camp du Non a perdu un puissant atout (Trudeau) pour hériter d'un terrible handicap (Chrétien).Mais sur le terrain québécois, les libéraux sont en meilleure posture qu'il y a quinze ans.Le PLQ était alors sous le choc de l'humiliante déroute de 1976.Cette fois, il émerge d'une campagne électorale où il a obtenu, contre toutes les attentes, l'appui de la moitié de la population.En 1980, le camp du Non ne pouvait avoir de chef moins efficace que Claude Ryan.L'austère * préfet, mauvais « campaigner» et piètre stratège, se perdait dans les dédales d'une pensée mal accor-*.'.dée aux préoccupations de la population, dissertant j sur le thème des libertés individuelles et ignorant \u2022 l'A.B.C.de la communication électorale.L'arrière-scène libérale était encombrée d'un autre de ces projets utopiques dont on a le secret, le «c livre beige » qui voulait, un peu comme le rapport Allaire mais quand même plus intelligemment, refaire le Canada de fond en comble contre-la volonté des trois quarts de sa population.Daniel Johnson, au contraire, s'est attaqué au fond de la question en termes simples et avec une.-efficacité féroce, revenant inlassablement sur le même message, soit qu'un vote pour la souveraineté mène à la séparation du Québec et que ce projet de partenariat n'est qu'un écran de fumée.Il a pris l'offensive dès le début et l'a gardée.Daniel lohnson est un étrange personnage : terne et effacé en dehors des confrontations électorales, il se métamorphose quand il sent l'odeur de la poudre.Aux élections de l'an dernier, il s'était révélé meilleur combattant que prévu, et le même phénomène semble se répéter.Le gouvernement n'est passé à l'offensive qu'une seule fois, à propos d'un document anonyme, et ce pétard mouillé s'est vite transformé en boomerang.Le dommage a été d'autant plus grand que le premier ministre Parizeau avait eu l'imprudence de lier son nom à cette trouble affaire, en déposant lui-même en Chambre ce qu'il voulait faire passer, au mépris du bon sens, pour la nouvelle politique constitutionnelle du PLQ.En 1980, c'est le péquiste lacques Brassard qui avait émergé du débat parlementaire : on s'extasiait sur ses talents d'orateur.Cette fois, c'est un libéral.Jean-Marc Fournier, qui aura été la découverte du débat : un député à l'esprit vif, articulé, juste assez frondeur pour crever l'écran.* * * Cela n'est, bien sûr, que la première manche Sur le terrain, à l'abri de la contradiction, le PQ pourrait retrouver son allant, d'autant plus que Lucien Bouchard fera son entrée dans la campagne.Le début n'augure pas nécessairement de la fin.La campagne référendaire de 1980 avait bien commencé et elle s'est mal terminée.Qui dit que celle-ci ne suivra pas une trajectoire inverse ?» « LA PRESSE.MONTREAL, SAMEDI 23 SEPTEMBRE 1995 PLUS Jamais sous la Ve République n 'aura-t-on vu un début de mandat aussi raté ! LOUIS-BERNARD WOUTAIUJ collaboration spéciale PARIS W implosion du paysage po 1 i t i q u e français auquel on a assisté dans les années 80 a rendu les observateurs prudents : ce n'est pas parce que Jacques Chirac a pris un mauvais départ depuis son élection du 7 mai, et qu'il enregistre comme président la plus mauvaise cote de popularité après 180 jours de pouvoir, qu'il faut tirer des conclusions à long terme.Un septennat présidentiel dure 2 500 jours.Donc prudence : François Mitterrand, qui fut en moyenne le président le moins populaire de la V« République, a également été le seul à se faire réélire pour un second mandat complet.Jacques Chirac, malgré ses handicaps et ses erreurs de départ, garde une belle marge de manoeuvre, peut changer de premier ministre quand il veut et dispose de trois ans avant l'échéance des élections législatives.Cela dit, il faut en convenir : jamais, sous la V* République, n'aura-ton vu un début de mandat aussi raté.UN : la composition du gouvernement hésite entre le terne et le désastreux.DEUX : les grandes réformes promises, et qui doivent obligatoirement être annoncées en tout début de mandat, restent introuvables, et les fameux cent jours n'ont accouché de rien de bien notable.TROIS : si la personnalité dynamique et franche de Chirac a d'abord fait bonne impression sur la scène internationale, notamment sur le dossier bosniaque, la décision « solitaire » du président de procéder à une dizaine d'essais nucléaires dans le Pacifique est apparue comme une bourde monumentale.Certes, le candidat Chirac avait dès 1993 reproché au premier ministre Balladur de ne pas exiger du président Mitterrand la reprise des essais nucléaires à Mururoa.Mais on pensait qu'il s'agissait d'une promesse électorale parmi d'autres, destinée à ; être enterrée.La surprise a donc été de constater la précipitation avec laquelle, comme \u2022 un défi à l'opinion internationale, le nouveau président annonçait dès le début juillet une nouvelle et dernière série d'essais destinés à mettre au point le processus de simulation pour les essais futurs.Une provocation inutile Récemment, le président de l'As- semblée nationale, Philippe Séguin, principal appui de Chirac pendant la campagne, aujourd'hui soutien critique du gouvernement Juppé, admettait : « le suis pour le principe de la souveraineté française dans cette matière.Et je fais confiance au président qui est le seul à disposer des dossiers.Mais il est possible que cette décision politique ait été mal gérée : fallait-il annoncer la reprise des essais deux mois à l'avance ?» Poser la question c'est y répondre : certes, la réaction internationale s'est révélée beaucoup plus forte qu'on ne l'avait prévu (déchaînement de Greenpeace, rappel d'ambassadeurs de l'Australie et de Nouvelle-Zélande, condamnations universelles plus ou moins sévères.à la seule exception de la Chine ), mais elle était prévisible.Si Jacques Chirac s'était contenté de procéder aux essais et de ne les annoncer qu'après le premier, l'opposition n'aurait pas eu le temps de s'organiser de la même manière.L'annonce faite début juillet, sans aucune consultation préalable, est au contraire apparue comme une provocation délibérée.Agression caractérisée contre les pays du Pacifique, trop heureux par ailleurs de remettre subrepticement en question la présence de la France dans leur zone.Manifestation d'un certain mépris vis-à-vis des grands alliés internationaux, à commencer par les partenaires européens, embarrassés par cette initiative brutale, et forcés de condamner la France par leurs opinions publiques.Même le gouvernement allemand, malgré toute sa compréhension pour la France, a été forcé de prendre ses distances sous la pression d'une opinion très pacifiste et écologiste.En agissant de la sorte, Jacques Chirac a indéniablement affaibli la position de la France pour les mois a venir sur la scène internationale.Quant à Chirac lui-même, certains trouvent qu'il a fait preuve d'un inquiétant amateurisme en sous-esti-mant aussi gravement les réactions internationales.Et pour un résultat pratiquement nul.Sur le plan technique, on a du mal à comprendre comment quelques essais de plus ( s'ajoutant aux 204 tirs réalisés entre 1960 et 1991 ) peuvent faire une différence radicale.Lorsque le président Mitterrand décrétait un moratoire en avril 1992 ( après 86 essais sous sa présidence ), on ne se souvient pas que les experts ou les militaires aient violemment protesté.Aujourd'hui encore, les avis sur la question sont loin de conclure à la nécessité de cette nouvelle série ( qui se limitera probablement à trois ou quatre tirs pour des raisons politiques évidentes ).Résultats : le Parti socialiste s'oppose ouvertement à cette dé- PHOTO REUTER Le président Jacques Chirac ( à droite ) et le premier ministre Alain Juppé, au sujet de qui les rumeurs de départ vont déjà bon train.cision, de même évidemment que les Verts et le Parti communiste.Jacques Chirac espérait probablement séduire la vieille fibre nationaliste en France : les partisans des essais ne dépassent pas beaucoup les 35 %.Politiquement, cela ressemble plutôt à un désastre.Les réformes sociales De toute façon, les Français attendaient le nouveau président sur un tout autre terrain, celui des réformes sociales, de la reprise économique et de la baisse ( rapide ) du chômage.« Ayant pendant la campagne promis tout et son contraire, Chirac ne pouvait que décevoir », confiait récemment la centriste Simone Veil, écartée du nouveau gouvernement pour avoir soutenu Edouard Balladur.En effet, le candidat Chirac, pour se débarrasser de ce rival Balladur, avait fini par axer toute sa campagne sur la « fracture sociale » et la « lutte contre l'exclusion ».À la limite, on attendait de lui presque autant de miracles qu'on en avait attendus de Mitterrand en mai 1981.La différence, c'est que la gauche de 81, si elle n'avait pas de bonnes recettes, avait au moins des recettes différentes : relance de la consommation par le déficit budgétaire, nationalisations, nouveaux droits sociaux.Le rêve avait tourné court, mais il avait duré presque un an.Dont quatre mois de véritable lune de miel avec l'opinion, qui plébiscitait le président socialiste.Chirac, lui, avait indéniablement moins de marge de manoeuvre, à cause des déficits existants et de la situation économique.Mais le fait est que, face à la gestion de Balladur, il n'avait rien de bien différent à offrir, et que le gouvernement Juppé ne pouvait faire autre chose que de continuer à peu près dans la même voie : privatisations prudentes, réduction des déficits.et augmentation des taxes et impôts.En politique intérieure, nul ne saurait dire ce que le gouvernement Juppé a réalisé d'important ou de spectaculaire en trois mois et demi.Le cabinet fuppé Quant à la composition de son gouvernement, elle a surpris tout le monde, les chiraquiens comme l'opposition de gauche, par son absence de tout relief.Bien qu'il ait souvent promis le contraire, le couple Chirac-Juppé a bel et bien installé sur une voie de garage tous les balladuriens importants, c'est-à-dire généralement les policitiens de droite les plus présentables et influents : Simone Veil, Charles Pasqua, François Léotard, entre autres.Tous ceux qui ont hérité des principaux portefeuilles ont pour seul mérite d'avoir été des fidèles lieutenants du candidat : Toubon, Pons et Debré.L'une des rares personnalités originales du lot, le libéral Alain Madelin, a été limogé de son poste à l'Économie il y a trois semaines.Quant aux figures nouvelles \u2014 dont douze femmes \u2014, il s'agit de personnalités parfaitement inconnues de l'opinion, et donc sans autorité personnelle d'aucune sorte.On n'a même pas eu la bonne vieille idée de faire appel, pour l'image, à quelques personnalités prestigieuses extérieures à la vie politique.Jacques Chirac a déjà été donné pour mort politiquement plusieurs fois dans sa carrière.Cette baisse très précoce dans les sondages peut très bien n'être qu'une parenthèse.En revanche, le premier ministre Juppé, qui passait pour un surdoué à qui tout réussit, a des débuts bien laborieux.Et, bien entendu, les rumeurs concernant son départ vont déjà bon train.« U ne fera pas mieux qu'Edith Cresson », disent les méchantes langues.Mme Cresson avait duré dix mois.Emmanuel Charlemagne Le chanteur devenu maire de Port-au-Prince JACOUELIN TÉLÉMAOUE collaboration spéciale PORT-AU-PRINCE ¦ e nouveau maire de Port-au-Prin-¦¦ce, Emmanuel Charlemagne, un chanteur populaire qui n'avait aucune expérience politique mais qui est proche du président Aristide, a remporté haut la main en juin dernier les élections de la capitale où bien des observateurs s'attendaient à la réélection de l'ancien maire Evans Paul, farouche adversaire du coup d'État de 1991 et éventuel candidat à la présidence d'Haïti.Spécialiste donc des surprises, le nouvel élu n'a pas attendu bien longtemps pour se faire remarquer à la tête de la « république de Port-au-Prince ».Coup sur coup, il vient d'entreprendre de démolir les constructions anarchiques érigées le long du canal de La Saline et annonce qu'il entreprendra une action similaire du côté du Champs-de-mars.Emmanuel Charlemagne ne perd pas de temps.11 est décidé à ne pas tolérer l'anarchie.En tenue légère, à 8 h du matin un samedi, celui que ses admirateurs appellent Manno était déjà en réunion avec ses collaborateurs.Des journalistes l'attendaient aussi à la réception de l'hôtel Oloffson où il a établi temporairement son domicile.C'est un homme décidé à lutter contre toute forme de laisser-aller qui reçoit La Presse.« Il faut une relocalisation des gens.On ne peut pas accepter que tout Port-au-Prince soit transformé en un grand marché », affirme d'entrée le maire Charlemagne.Il nous parle de son projet de construire \u20ac un grand marché national ».Pour cela il envisage de l'installer à l'ancien aéroport « Bowen Fields », en face de l'actuel service de la circulation, avec un annexe de l'hôpital général situé dans l'enceinte des anciens bâtiments militaires de la zone.« Ce ne sera pas un jeu d'enfant, je le sais, affirme Manno.Cela requiert l'accord de chacun, y compris l'accord de l'ancienne administration d'Evans Paul.Port-au-Prince est une cité d'urgence et je ne veux pas que mon administration soit associée à la malpropreté.U faut une fois pour toute cesser de faire de la question des poubelles la question politique centrale de la mairie de Port-au-Prince », dit-il.Les priorités de Manno Emmanuel Charlemagne a trois grande* priorités pour la capitale : les écoles municipales, l'embellissement de la ville et la préparation du carnaval.Les écoles municipales, explique-t-11, sont au nombre de onze.La rentrée scolaire est importante pour les parents et les élèves des écoles communales que le nouveau maire préfère appeler « écoles municipales ».Ce sont des écoles pour défavorisés qui viennent en aide aux parents défavorisés.Pour Manno Charlemagne, il est important que la rentrée scolaire d'octobre se fasse dans le souci de soulager les parents du fardeau de l'éducation des enfants.Il est conscient de l'état déplorable des écoles et du problème spécifique des employés de ces établissements gui n'ont pas reçu de salaires depuis vingt-quatre mois.Quant aux places publiques, sa seconde priorité, « il faut, dit-il, les construire ; il faut embellir celles déjà existantes.Vous voyez dans quel état elles sont ».Enfin, en ce qui à trait au carnaval, « je crois que malgré les problèmes que les Haïtiens peuvent avoir, lance-t-il, pas question pour eux de négocier ce dernier ».Le nouveau maire planifie donc pour 1997 PHOTO AFP Le nouveau maire de Port-au-Prince.Emmanuel Charlemagne, lors de son élection le 25 Juin dernier.la participation de Brésiliens et de Trinidadiens.Des négociations sont en cours.Le nouveau maire Charlemagne n'est associé à aucun parti politique.Il se dit indépendant mais entretient de bonnes relations avec le secteur progressiste.U a été le conseiller général du Parti du rassemblement des organisations populaires ( PROP ), a écrit la chanson thème pour le mouvement « lavalas », ou « bo tab la », la coalition qui a remporté les élections du 25 juin dernier.Le maire élu savait que les électeurs allaient utiliser leurs bulletins de vote pour sanctionner ceux qui ont collaboré avec les auteurs du coup d'État du 30 septembre 1991.Sa victoire, il s'y attendait.Car son nom est une référence, « controversée des fois », reconnaît-il.La campagne a-t-elle été dure ?« Pratiquement, je n'ai pas fait campagne », dit Charlemagne qui croit que le peuple est capable de reconnaître ceux qui ont lutté ou luttent en faveur de la démocratie.Il espère que les rapports entre l'exécutif et la mairie seront cordiaux.Charlemagne ne cautionne pas l'idée de prolonger pour trois années supplémentaires le mandat du président Aristide, comme le réclament certains secteurs politiques.Du revers de la main, il écarte l'hypothèse : « Ah non ! ».En référence à la situation qui prévaudra après le départ du président Aristide prévu pour février 1996, Emmanuel Charlemagne est clair : « La mairie collaborera avec tous les partenaires ( gouvernements ) sérieux qui comprennent l'urgence de la situation ».Il affirme qu'il n'y a pas de contact entre l'administration sortante d'Evans Paul et son groupe.Au cours de la semaine précédant la passation des pouvoirs, les deux groupes n'ont pas pu travailler pour constater l'état des lieux, transmettre les dossiers et régler les autres détails relatifs à l'entrée en fonction du maire élu.Dans un pays comme Haïti, les politiciens n'ont pas encore appris a reconnaître et à gérer leur défaite.La mairie de Port-au-Prince, ce fut aussi le repère des « zenglendos », les brigands.Franck Romain, en 1988, y avait recruté les brassards rouges, soupçonnés d'avoir commis le massacre de la Saint-Jean Bosco à l'église du même nom le 11 septembre 1988.Ces mêmes groupes ont constitué le gros des votants lors de la « sélection » de Leslie Manigat en janvier 1988 comme président.Manno Charlemagne est conscient de ce problème.« Ce sont sept cent quarante employés du service de la voirie plus quarante chefs d'équipes qui constituent le problème, dit-il.Ce sont ces gens en provenance de la classe lumpenprolétariat ( partie du prolétariat consituée par ceux qui ne disposent d'aucune ressource ) que l'on utilise.Nous allons faire l'éducation de ces gens.Une commission des affaires sociales va leur parler et leur expliquer comment ils ont été utilisés par le passé, dans l'espoir de bien faire fonctionner l'administration municipale », ajoute Charlemagne.La « déghettolsation » Deux maitres-mots apparaissent dans le vocabulaire de Manno Charlemagne en ce qui a trait à cette catégorie de personnes : ce sont la « déghettolsation et la délumpenisation ».L'une des façons envisagées par le maire élu pour y arriver est de confier des responsabilités aux adjoints du maire.« Si les maires adjoints n'ont rien à faire, dit-il, c'est normal qu'ils se mettent à comploter ».Emmanuel Charlemagne est ouvert aux projets qui peuvent aider la mairie de Port-au-Prince.« Des intellectuels haïtiens qui ont des projets sérieux pour Haïti vont trouver chez moi un interlocuteur, car il y a des urgences.Seulement, nous n'avons pas de place pour des gens qui font des études de projets à 20 000 $ US le mois.U ne faut pas que l'argent de la coopération retourne à la coopération, il doit réellement aider à la coopération », dit Charlemagne.« Un pays qui veut aider peut toujours prendre en charge le salaire des experts mais pas avec l'argent de la coopération fourni par ce pays », ajoute le maire élu qui a une pensée spéciale pour les Haïtiens et les Québécois qui ont lutté en faveur de la démocratie dans les pays du tiers monde : « II faut développer des contacts, pas seulement pour Port-au-Prince mais pour l'ensemble du pays ».« i LA PRESSE.MONTREAL.SAMEDI 25 SEPTEMBRE 1995 B5 PLUS 5^ A \u2022Wi a 3 o a Mars 1955 : Furieux de la suspension imposée à leur idole Maurice Richard, des partisans s'en prennent au président de la LNH ciarence Campbell.« Frustration d'un peuple écœuré ».ont dit certains.« Ils n'ont pas aimé la décision de Campbell ».dit simplement le Rocket Sauver la Nation ou compter des buts ?L'indifférence de Serge Savard s'inscrit parfaitement dans la tradition apolitique de nos Glorieux ANDRÉ PRATTE rès de 20 ans avant de se présenter devant la presse la semaine dernière pour désamorcer l'« affaire Mike Keane », Serge Savard avait tenu au Forum une autre conférence de presse, celle-là à titre de porte-parole des joueurs francophones des Canadiens de Montréal.Au nom des Guy Lafleur, Jacques Lemaire, Guy Lapointe, Yvan Cour-noyer, Mario Tremblay, Yvon Lambert, Pierre Bouchard et Michel La-rocque, Savard avait alors catégoriquement rejeté l'invitation lancée la veille par Me Guy Bertrand ( dans son incarnation indépendantiste.) pour qu'ils se joignent à une « Équipe Québec » lors du premier tournoi de la Coupe Canada.Comme celles qu'il a prononcées la semaine dernière, les paroles de Savard en ce 5 février 1976 laissaient transparaître une profonde indifférence à l'égard du nationalisme québécois.On ne parle pas ici du « sépa-ratisme », mais du nationalisme québécois au sens large, véhiculé alors autant par Robert Bourassa et Claude Ryan que par René Lévesque.«c En donnant l'approbation à ce projet, avaient déclaré nos « Glorieux » de l'époque, nous risquons d'anéantir la réussite du tournoi car les neuf autres provinces seraient en droit et avec raison de former elles aussi une équipe.» Autrement dit, si le Québec avait droit à une équipe « nationale », l'Ile-du-Prince-Edouard avait droit à la sienne.Des propos qui firent bondir un commentateur : « Daniel Johnson, grand maître de la théorie des deux nations, a dû se retourner dans sa tombe.» « Les joueurs, avait ajouté Savard, ont démontré beaucoup de réticence à l'idée d'avoir à évoluer contre leur propre pays.» Le refuge du nationalisme « Le nationalisme canadien-français paraît s'être réfugié dans le hockey », écrivait l'éditorialiste André Lauren-deau en 1955, au lendemain de l'émeute Maurice Richard.Depuis, le nationalisme canadien-français s'est exprimé en bien d'autres lieux, mais il est certain qu'il transpire encore dans la ferveur des partisans francophones des Canadiens.Que les Québécois francophones vouent aux vedettes francophones des Canadiens d-î Montréal un culte qui dépasse l'admiration due à un athlète vedette.Un culte ethnique, culturel.National.Ken Dryden, Steve Shutt, Doug Harvey et Larry Robinson furent admirés, aimés même.Mais jamais autant que Patrick Roy, Guy Lafleur, Maurice Richard ou fean Béliveau.Les premiers furent des idoles.Les seconds sont les idoles d'un peuple.« Il y a eu et il y aura toujours de très grands joueurs canadiens-anglais ou américains au sein des Canadiens, disait Sam Pollock à l'époque où il était le ( génial ) directeur gérant de l'équipe.Mais une vraie grande vedette qui marque la différence des Canadiens avec tout autre club de la Ligue nationale, il faut que ce soit un gars du Québec.L'âme des Canadiens est québécoise et francophone.» C'est parce que le nationalisme canadien-français trouve encore refuge dans le hockey que les propos de Savard \u2014 « |e pourrais dire qu'il va suivre des cours de français, ça changerait quoi ?» \u2014 ou de Damphousse \u2014 « Pour les gars, le référendum.Le gouvernement ?On s'en moque du gouvernement ! On gagne des coupes Stanley avec les libéraux, on gagne des coupes Stanley avec les péqulstes, quelle maudite différence ça fait ?\u2014 un joueur des Canadiens, cité par Ken Dryden dans L'Enjeu.c'est pas une grosse affaire » \u2014 ont étonné, dérouté plus encore que choqué.Le peuple québécois a fait de cette équipe un symbole, de ces athlètes des porte-étendard.Et voici qu'en retour les joueurs et leurs patrons \u2014 les deux groupes profitant pourtant largement de cette situation \u2014 se comportent comme si les affaires de ce peuple ne les concernaient pas ! « Cette équipe est celle des Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur » rappelait la semaine dernière le vice-premier ministre du Québec Bernard Landry pour souligner à quel point l'attitude de la direction des Canadiens dans l'affaire Mike Keane semblait trancher avec la tradition de l'équipe.Mais M.Landry faisait erreur.Car cette tradition n'est pas ce qu'on croit.Pas plus que Serge Savard ou Vincent Damphousse la semaine dernière ou que Savard et ses camarades en 1976, Richard, Béliveau ou Lafleur ne se sont vraiment identifiés à cette mission que le peuple leur confiait inconsciemment : la défense ( ou la revanche ) de la race, de la langue, des opprimés, de la Nation.Sauf Richard à une ou deux occasions, aucune des grandes vedettes francophones de l'histoire des Canadiens n'a dénoncé la discrimination dont étaient victimes les canadiens-français \u2014 que ce soit dans le hockey ou dans la société \u2014, et aucune n'a exprimé ouvertement d'opinions un tant soit peu nationalistes.Placés dans la situation d'un Vincent Damphousse, un Béliveau ou un Lafleur aurait probablement dit, comme le numéro 25 de l'édition 1995 des Canadiens, qu' « on ne peut pas reprocher au gars de ne pas parler le français ».Et c'est d'ailleurs ce que le grand Richard a dit dans sa chronique hebdomadaire dans La Presse : « Dans le cadre où il évolue (.) Keane n'a pas à utiliser le français avec ses coéquipiers.» Etonnant ?Pas du tout.Aucun événement relié au hockey eut plus d'incidences politiques que l'émeute qui éclata au Forum en 1955 après la suspension de Maurice Richard.Nombreux furent ceux qui y virent, comme le biographe du Rocket Jean-Marie Pellerin, l'expression de la « frustration d'un peuple écoeuré d'être exploité et qui tentait timidement de redresser l'échiné.» Mais le numéro 9 ne vit pas l'émeute de cette façon : « Les gens n'ont pas aimé la décision de Campbell.Il n'y avait pas de conflit entre anglophones et francophones.l'ai toujours été aussi bien traité par les francophones que les anglophones ».Maurice Richard, en qui le peuple canadien-français s'identifia plus que tout autre, ne se percevait pas comme le chevalier ou le défenseur de la Nation.« Sur la glace, a-t-il expliqué à un journaliste anglophone qui l'inter- rogeait à ce sujet durant ses années de gloire, je ne pense qu'à une chose, compter des buts.» Un monde à part Pourquoi cette indifférence de nos héros ?Peut-être simplement parce que, comme le soulignait le gérant des Expos Felipe Alou, les athlètes professionnels sont peu informés et ne s'intéressent pas aux questions sociales et politiques.Peut-être aussi parce que les tensions linguistiques et culturelles, si présentes dans la société, n'existent pas au même degré dans le vestiaire des Canadiens.« Le club de hockey Canadien a toujours été une sorte de métaphore, un symbole de ce qu'est vraiment le Canada, une mosaïque sociale faite de divers groupes ethniques travaillant main dans la main pour atteindre un objectif », écrit Jean Béliveau dans son autobiographie.Une façon poétique d'expliquer ce que disait plus simplement le grand Maurice : il n'y a pas de problèmes entre francophones et anglophones.L'anglais langue dominante dans le vestiaire ?So what ! « Le premier souhait d'un petit joueur canadien-français, à mon époque, était d'apprendre l'anglais pour être en mesure de se débrouiller dans la ligue », souligne Maurice.Rien n'indique que les choses sont bien différentes aujourd'hui.Dans son livre L'Enjeu, Ken Dryden décrit l'équipe comme une sorte de cocon : « Si la langue ne nous divise pas, nous les loueurs, les autres \u2014 le public et les journalistes \u2014 dont l'expérience diffère de la nôtre et qui sont eux-mêmes divisés par des questions linguistiques (.) nous comprennent et nous expliquent à leur façon et par là-même en viennent parfois à nous diviser malgré tout.(.) Même si l'équipe n'est pas imprégnée des mêmes tensions qui agitent la société, elle demeure néanmoins un des symboles les plus dynamiques de cette société.» En somme, le Club de hockey Canadien est un monde à part.L'équipe n'est pas le miroir de la société québécoise.Par conséquent, les joueurs francophones qui en font partie \u2014 et dont le talent, le mode de vie et les revenus font déjà une sorte de caste \u2014 sont loin d'être représentatifs du peuple dont ils sont issus.Cela étant, 1 émotion « nationale » qu'on investit en eux apparaît particulièrement mal placée.La tentation politique Cela n'a pas empêché les politiciens de chercher à capitaliser sur la popularité et la valeur symbolique des joueurs.Durant la campagne référendaire de 1980, le OUI comme le NON tentèrent d'obtenir le soutien du Rocket.Mais le grand Maurice ne voulut rien savoir.De la même façon qu'en 1950 il ne souhaitait rien d'autre que compter des buts, en 1980 il n'espé- Cuy Lafleur a été l'une des rares vedettes des Canadiens à s'aventurer sur la glace politique.Où, de son propre aveu, il s'est \u2022 pété la gueule ».On volt ici Ti-Cuy qui, quelques semaines avant de se prononcer en faveur de l'accord de chariottetown.remettait un chandail des Nordiques au premier ministre canadien d'alors Bilan Mulroney.rait que « voter tranquillement comme tout le monde ».Jean Béliveau, dont la classe naturelle aurait fait un candidat de choix, fut sollicité à de nombreuses reprises.L'an dernier, fean Chrétien lui offrit même le poste de gouverneur général.Mais Béliveau, tout en affichant de plus en plus ouvertement son attachement profond au Canada, résista toujours à la tentation politique.Guy Lafleur fut l'une des rares vedettes du hockey québécois à se laisser entraîner sur la patinoire des politiciens.Durant sa carrière pourtant, il n'avait pas montré beaucoup d'intérêt pour la « mission » dont les Québécois francophones l'avaient chargé.Lafleur s'intéressait d'ailleurs fort peu à la politique.Au point qu'après une séance de photos avec le chef conservateur Joe Clark, on l'entendit demander : « C'était qui, ce gars là ?» Mais en 1992, le premier ministre Bourassa ( lui-même excellent patineur.) pria Ti-Guy de prendre publiquement position en faveur de l'accord de Chariottetown.Ce qu'il fit.Puis, interrogé par un journaliste, Lafleur gaffa, confondant droit de veto et droit de vote et démontrant par le fait même qu'il ne comprenait strictement rien à ces questions.Pour reprendre l'expression du Démon blond lui-même, il venait de se « péter la gueule ».La monde de l'histoire Sans doute, comme plusieurs l'ont souligné, les joueurs et ( surtout ) les dirigeants de l'équipe devraient-ils tirer des enseignements des événements des derniers jours.Mais peut-être y trouvons-nous aussi une leçon pour nous, les partisans.L'histoire glorieuse des Canadiens de Montréal qu'évoquait le vice-premier ministre Landry démontre, en fait, que les joueurs eux-mêmes ne se sont jamais donné qu'une mission, celle-ià même que s'était tracée Maurice Richard : tout simplement, compter des buts.Peu importe ce que le peuple, les journalistes, les politiciens et les historiens pouvaient ressentir, penser ou écrire.En outre l'« affaire Mike Keane » et 1' « affaire Guy Lafleur » illustrent de façon on ne peut plus nette que c'est le seul rôle pour lequel ils sont qualifiés.Compter des buts.Par conséquent, n'est-ce pas la seule mission que nous, le peuple, la Nation, devrions confier aux Vincent Damphousse de notre petit monde ?En se disant, comme André Lauren-deau, qu' « il ne s'agit tout de même que de hockey.» Go Hàbs Go ! B6 LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 23 SEPTEMBRE 1995 Plus Sans accord avec les Slaves, ce sera la guerre, disent les « nègres » albanais ¦ m PRID A.MED coUmborwtion spéciale OHRID amjmous autres Albanais, nous R sommes les nègres de la Macédoine, » lance Safet dans un anglais aussi approximatif qu'intense.Dans cette ville historique située à 30 kilomètres de la frontière albanaise, siège depuis le 13* siècle d'un prestigieux archevêque orthodoxe, et aujourd'hui protégée par l'UNESCO comme joyau du patrimoine mondial au même titre que Québec, les Albanais ne cachent pas leur inquiétude.Car ce nouvel État qui n'oserait pas dire son nom, craignent-ils, se construit envers et contre eux.Travailleur industriel aux Pays-Bas en vacances prolongées, Safet rencontre ses copains le soir dans un humble bistro albanais pour boire du raki, grignoter des soudjouks ( saucissons grillés ) et parler politique, c Pour nous.Albanais, ça va mal, » enchaine-t-il.Puis il se traduit pour le groupe.Hochement de tête.« Nous sommes représentés de façon équitable nulle part dans ce pays.Nous sommes victimes de la discrimination cachée, même ouverte.S'ils ( les Macédoniens slaves majoritaires à 66 % s'entend ) ne se comportent pas mieux envers nous, ce sera la guerre.» Discours minoritaire déjà entendu, dirait-on, mais qui semble être partagé de l'autre côté de cette frontière intérieure presque étanche.Le film macédonien « Before the Rain » ( Avant la pluie ), primé au festival de Venise en 1994 et mis en nomination pour l'Oscar du meilleur film étranger cette année, a fait salle comble pendant des mois à Skopje, la capitale.Oeuvre du jeune cinéaste Milko Mantcevski, le film évoque le conflit larvé entre Macédoniens slaves et albanais avec une beauté à la fois violente et tendre.Et sans afficher le moindre optimisme quant à l'avenir collectif des deux peuples que l'on hésite de dire fondateurs, tant leurs rapports sont tendus, imprégnés par le passé et manipulés par des « bâtisseurs de nations » de tout acabit.La question albanaise Ce n'est pas, bien sûr, que la question albanaise qui agite les esprits dans ce pays minuscule de deux millions d'âmes.À Skopje, quelques jours plus tard, M.Georges S., avocat de son état et dissident dans l'âme, se confie : « À en croire les Grecs, nous n'existons pas.Notre langue n'existe pas.Pour eux, nous sommes des gens invisibles.C'est complètement fou, n'est-ce pas ?» Comment ne pas en convenir ?On sait que la Grèce accuse depuis trois ans son petit voisin d'avoir subtilisé une partie de sa propre identité nationale, celle d'héritière unique d'Alexandre le Grand et détentrice de l'appellation contrôlée « Macédoine ».En février 1994, le gouvernement de M.Andréas Papandréou a déclaré l'embargo contre ce qu'il appelle « le gouvernement de Skopje » afin de faire entendre raison à ce dernier.La démarche semble maintenant avoir porté fruit Du côté d'Athènes, les exigences sont claires : Skopje doit se défaire de son drapeau, modifier son nom, et même faire amender sa constitution.En contrepartie, M.Papandréou lèvera cet embargo qui fait mal aux deux antagonistes.La dernière ronde de négociations qui vient de s'achever à New York n'a résolu le litige qu'à moitié, ce qui est déjà un progrès, Skopje ayant accepté de retirer son drapeau contesté.Athènes, en contrepartie, lève l'embargo.Le gros morceau, celui du nom, reste à négocier.« Il s'agit là de bien plus qu'une question de nom », fait valoir M.S.Né en Grèce de parents slavophones, parti à l'âge de huit ans pendant la guerre civile ( 1946-1949 ), il ne peut plus visiter son pays natal, qui pour lui demeure toujours une partie de la Macédoine.ancestrale et slave.« Abolissez notre nom et vous abolissez notre droit d'exister.Si notre gouvernement accepte un tel compromis, ses jours sont comptés.» La conversation s'est déroulée dans un restaurant bruyant en plein quartier turc \u2014 voire albanais \u2014 sur la rive est du Vardar, ce grand fleuve qui traverse la Macédoine pour se jeter, sous un autre nom bien sûr, dans l'Egée, près de Salonique.Un choix judicieux car, malgré sa façade démocratique, la République de Macédoine ne serait qu'une version mal retapée de l'ancienne République fédérée yougoslave dont elle est issue au moment de l'effondrement de cette dernière en 1991.« Du jour au lendemain, ils ( les gens de la nomenclature ) se sont transformés en démocrates et capita- BULGARIE SUPERFICIE: 25 713 km*.CAPITALE : Skopje ( 350 000 habitants ).POPULATION : plus de 2 millions d'habitants : 66 % de Macédoniens slaves 20 % d'Albanais 4,5 % de Turcs 2,3 % de Serbes 2.3 % de Tziganes.HISTOIRE : le territoire de l'ancienne Macédoine ( carte en haut de la page ).dépecée en 1913, est réparti entre : la Grèce ( 51 % ) l'ex-Yougoslavie ( 39.5 % ) la Bulgarie ( 9 % ) l'Albanie (1.5%).Cette république de l'ex-Yougoslavie proclame sa souveraineté le 25 Janvier 1991 et son indépendance le 21 novembre 1991.Procédure d'admission à l'ONU engagée le 7 avril 1993.ÉCONOMIE : sous-SOl riche en fer.zinc, chrome, plomb, cuivre et nickel.CHOMAGE : près du tiers de la population active (1993).listes.Mais ils ont pris soin de ne point toucher à la police secrète.Ce sont toujours eux qui contrôlent la presse ( il n'existe à Skopje qu'un quotidien, l'officiel Nova Makedonija ) et la télévision », nous explique-t-il sur fond sonore de musique balkanique endiablée.Scrutin controversé Les élections qui se sont déroulées à la fin d'octobre 1994 auraient été truquées, soutient-il, aux dépens des partis nationalistes et albanais par l'équipe au pouvoir dirigée par le président de la République, le tout-puissant Kiro Gligorov, lui-même proche collaborateur de feu le maréchal Tito et, aujourd'hui, le chouchou du puissant spéculateur hongro-américain et apôtre de la « société ouverte », George Soros.Ce constat a amené le principal parti d'opposition, le VMRO ( Organisation révolutionnaire macédonienne, qui se veut l'héritière du mouvement terroriste qui a mené une lutte sanglante pour l'autonomie macédonienne au sein de l'Empire ottoman au début du siècle ) ainsi que le Parti démocratique de M.Petar Gosev à boycotter le deuxième tour.La riposte ne tarda pas à venir : un « scrutin populaire » dans lequel plus de 460 000 citoyens ( presque 35 % des inscrits ) ont revendiqué de nouvelles élections.Ainsi, le gouvernement macédonien s'est retrouvé sans véritable opposition au parlement, mais avec une forte opposition, regroupant nationalistes slaves et «autonomistes» albanais, dans la rue.luge à la cour municipale et membre démissionnaire de la commission de surveillance des élections, M.Sta-vre Djzikov confirme les allégations d'illégalités.« Ni la constitution, ni la loi électorale ne furent respectées », affirme-t-il.« Le VMRO avait raison de les boycotter.Bien sûr, la presse officielle a refusé de publier ma lettre de démission.» Le perdant « officiel » des élections ( 15 % contre 52 % des suffrages exprimés pour M.Gligorov ) n'est pas un politicien, mais un metteur en scène charismatique, M.Ljoubischa Geor-gievski.À l'entrée de son bureau, au dernier étage du quartier général du VMRO, sur une petite table, un revolver et un poignard reposent en croix sur une bible ; au-dessus, en lettres cyrilliques, le visiteur peut lire le serment des guérilleros macédoniens lors du soulèvement de 1903 : « Si je renie ma parole, que ces armes me tuent.» « Ce sont des motifs moraux et intellectuels qui m'ont amené à me joindre au VMRO.l'en avais marre de la criminalité qui sévit, de cette « kleptocracie » qui s'est érigée non seulement sur la corruption, mais sur le vol même du pouvoir », nous ra-conte-t-il avec le sourire confiant de celui que l'histoire absoudra.« Ce pouvoir, je l'aurais pris si les élections n'avaient pas été faussées.Mais c'est peut-être là ma faute, l'ai fait peur à Gligorov, et il a réagi en communiste.C'est-à-dire qu'il a utilisé tous les moyens pour gagner.» ( Deux délégations européennes, Tune représentant la Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe (CSPE), l'autre la Commission européenne, ont surveillé le scrutin, le décrivant comme étant « libre et équitable.» Pour sa part, M.Victor Comras, chef du Bureau de communications entre les États-Unis et la Macédoine et bientôt premier ambassadeur américain à Skopje a affirmé, sur ce ton moralisateur inimitable des Américains, que « le pays devrait être satisfait du déroulement du scrutin ».) la télévision kossovienne, et aujourd'hui chef de l'aile radicale du Parti pour le progrès démocratique ( PPD ), la formation des autonomistes Albanais, s'accorde avec son « ennemi honnête » pour fustiger le régime de M.Gligorov et pour affirmer son propre attachement aux principes européens.Sur le mur de son bureau, la bannière du parti et le drapeau albanais.Celui de la Macédoine, honni des Grecs, brille par son absence.Mais s'il fallait chercher la cause de tous les malheurs dans les Balkans, affirme M.Xhaferi, ce serait le panslavisme.Après la longue nuit communiste, voilà que ce dernier revient à la charge, en multipliant les petits États afin d'asseoir la domination slave dans cette vaste zone géo-graphiquement contigué aux limites de l'ancienne URSS et de l'ancienne Yougoslavie.Pièce maîtresse de cette stratégie, la création d'une « menace islamique », factice dans les Balkans, dont le but serait de transformer les Albanais, pourtant peu attachés aux valeurs intégristes, en Bosniaques en puissance.« Mais nous étions toujours un catalyseur pour l'occidentalisation du monde islamique, s'excla-me-t-il.Nous avons mal à la gorge de crier notre attachement à l'Europe.Nous sommes des Européens.» Les nationalistes N'en déplaise aux nationalistes à outrance, les Albanais modérés de la Macédoine préfèrent toujours jouer la carte du diable que l'on connait, s'al-liant à M.Gligorov contre les purs et durs du VMRO.Mais cette alliance est maintenant mise à rude épreuve à la suite de la fermeture, par les autorités, d'un bâtiment de l'« Université albanaise de Tetovo » le 17 février 1995, fermeture suivie par des émeutes entraînant la mort d'une personne aussitôt proclamée « martyr ».Le jour où le procès de M.Falil Souléimani, « recteur » de cette université imaginaire, a commencé en mai 1995, plus de 10 000 personnes ont .manifesté dans les rues de Tetovo.À en croire M.Xhaferi, le procès visait non seulement M.Souléimani, mais surtout les Albanais.« C'est leur façon de nous dire que nous vivons sous leur occupation.Ce qu'il faut, c'est un accord, un dialogue.Sinon, ce sera la guerre.» Nationaliste dévoué, M.Georgievs-ki s'est pourtant employé pendant la campagne électorale à convaincre la minorité albanaise qu'il valait mieux avoir en face de soi un ennemi politique honnête plutôt qu'un « ami » malhonnête.« Je leur ai dit : vous avez beaucoup plus de droits qu'en ont vos compatriotes au Kossovo et en Grèce.Acceptez le statu quo et je vous encouragerai.Mais si vous sortez vos griffes, je vous les couperai.» Une charte civique Pour absorber cette crise larvée, M.Georgievski a proposé rien de moins qu'une charte de valeurs civiques basée sur celles de l'Europe et à laquelle les deux factions, Albanais et Macédoniens, pourront adhérer.« Il nous faut se débarrasser de tout ce qui ne correspond pas aux besoins d'une telle charte », dit-il dans un de ces élans que l'on dirait le propre des intellectuels des Balkans en mal de pouvoir.M.Vladimir Miltchin est, lui aussi, metteur en scène au théâtre, métier très prisé par les intellos macédoniens.Mais, aujourd'hui, il dirige la Fondation Soros à Skopje.« Oui, la Macédoine pouvait s'effondrer, nous explique-t-il avec un réalisme désarmant.Il suffit de regarder l'histoire des Balkans pour constater l'intérêt de nos voisins à un tel effondrement.On sait que le service d'intelligence de l'armée serbe ( KOS ) a été impliqué dans des incidents violents ici-même, à Skopje.Et à Tetovo, il aurait été associé à la profanation d'une mosquée.Qui profite d'un conflit entre Macédoniens et Albanais, sinon M.Milosevic ?» Tetovo, « capitale des Albanais de la Macédoine », ville de mosquées, de poussière et de hargnes minoritaires, se trouve à quelques kilomètres de la frontière albanaise.M.Arben Xhaferi, philosophe, ancien journaliste de Chez les Macédoniens slaves, la revendication d'une université en cache une autre, carrément politique.A Skopje, on y voit l'amorce d'une stratégie de petits pas visant à créer une région autonome, près de la frontière albanaise à l'ouest.Et la création d'une telle région, rattachée au Kossovo voisin, ne pourait, dit-on, que conduire tôt ou tard à une éventuelle Grande Albanie.Derrière cette menace appréhendée, Skopje voit se profiler des rapaces voisins \u2014 Belgrade, Tirana, Sofia et Athènes \u2014 prêts à sauter pour la dépecer.N'ont-ils pas déjà ourdi, de dire Vladimir Miltchin, un complot visant le partage de la Macédoine, une initiative qui fut dénoncée à la dernière minute par le président albanais, Sali Bericha.Pour faire monter d'un cran les enchères, M.Xhaferi a récemment proposé que le litige albanais fasse partie d'un règlement global de la crise qui ne finit plus d'ébranler l'ancienne Yougoslavie.Sa lettre n'a pas manqué de semer le désarroi parmi ceux qui, dans la capitale, croyaient dur comme fer que l'Oncle américain allait tout arranger pour le mieux.Et si l'initiative venue de Tetovo traduisait, elle aussi, quelque désir obscur de Washington ?« Les étrangers nous font des tas de promesses, mais nous continuons à souffrir », lance le vieil homme à l'abondante barbe blanche que nous avons rencontré dans l'ombre de la cathédrale de Skopje.L'archevêque Mikhaïl, prélat de l'Eglise autocépha-le de la Macédoine et âgé de 80 ans, lance un appel à la compréhension.« Nous ne sommes pas des mendiants.Nous voulons travailler, produire, vendre ; être membres à part entière de la communauté internationale.Que les Grecs gardent les terres an-cestrales qu'ils nous ont prises.Nous ne voulons plus de guerres, ni de changements de frontières.Notre seul avenir, c'est au sein d'une Europe libre et unie.» Voeux pieux d'un homme saint ?Microcosme de l'ancienne Yougoslavie, soutenue par l'importante diaspora macédonienne à Toronto et en Australie, la Macédoine vit aujourd'hui sous perfusion grâce à l'appui, et à la merci, de l'Union Européenne et des États-Unis et de leurs visées contradictoires.Objet de toutes les convoitises, elle ne peut survivre qu'en rapprochant Slaves et Albanais, orthodoxes et musulmans, tout en refusant, face aux pressions d'Athènes, de céder une partie de son identité macédonienne. LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 23 SEPTEMBRE 1995 Puis Colin Powell L'ex-général peut rêver à l'impossible devenir le premier président noir «CHAUD HtTU collaboration spéciale NEW YORK n héros national.Une population assoiffée de leadership.Des médias en pâmoison.Tels sont les ingrédients de la Powellma-nie, cet enthousiasme exceptionnel des Américains pour le général qui a mené leur pays à la victoire lors de la guerre du Golfe.Colin Powell, 58 ans, fils d'humbles immigrants jamaïcains, solide père de famille, ardent patriote, bel homme et excellent tribun, est au seuil de la gloire.Après une carrière militaire qui l'a conduit au sommet de sa profession, il peut aujourd'hui rêver à l'impossible \u2014 devenir le premier président des États-Unis de race noire.Osera-t-il se porter candidat à la Maison Blanche en 1996?Ces jours-ci, aux États-Unis, la question est une véritable obsession nationale.À une époque où les politiciens et les partis ont perdu leur crédibilité auprès de la population, Powell apparaît comme un sauveur.Ce genre d'adulation résiste mal aux affres d'une campagne présidentielle.Mais l'heure appartient nettement à Powell.Et Powell joue ses cartes avec une adresse incomparable.Il a contribué à nourrir la fièvre qui porte son nom en publiant la semaine dernière son autobiographie, «c My American Jour-ney », Mon parcours américain.Orchestré de manière savante par la maison d'édition Random House, qui a consenti une avance de six millions à Powell, le lancement du livre a valu à son auteur une publicité inouïe.Une semaine, il a fait la couverture du magazine Newsweek.La suivante, sa photo apparaissait à la une du Time.Il récidive encore cette semaine ( édition du 25 septembre ) dans une illustration du Newsweek.Il a accordé des entrevues télévisées à Barbara Walters, Tom Brokaw et Larry King.Et il a entrepris une tournée de promotion de quatre semaines à travers les États-Unis.Au terme de cette tournée, soit en novembre, Powell a promis d'annoncer ses intentions politiques.Le suspense aidera à la vente de son livre.Et lui permettra de mesurer ses appuis.La stratégie est habile.et payante.L'incarnation du rêve américain Le livre de Powell est un document important.Il a été écrit en collaboration avec Joseph Persico, auteur de plusieurs biographies.D'excellente facture et riche en anecdotes, l'autobiographie de 612 pages donne une bonne idée de la façon dont Powell se présentera à la population s'il décide de briguer la présidence.Powell n'arrive pas sur la scène politique comme un Newt Gingrich, la tête pleine d'idées controversées pour « révolutionner » le gouvernement.Ce qu'il offre, c'est une histoire oui est l'incarnation du rêve américain, une feuille de route qui a l'empreinte du leadership, une vision qui est morale.Car Colin Powell ne doute pas de la force inspiratrice de sa vie.Il est né à Harlem.Il a été élevé dans le Bronx, entouré des nombreux membres du clan Powell qui avaient quitté la Jamaïque afin d'améliorer leur sort aux États-Unis.Dans son quartier, il y avait des Noirs, des Grecs, des Juifs, des Italiens, des Polonais, des Porto-Ricains, tous d'origines très modestes.Et dans la maison des Powell, le portrait de Franklin D.Roosevelt était bien en vue.Le jeune Powell a pleinement profité de l'héritage du père du New Deal.Il a fréquenté la City University of New York, une institution publique dont la raison d'être était de donner aux jeunes de B08NU: BOMBIHG MrWt éftUfIRKliHi:M'KtOWtWHWABS ©In Howthe Genernl's NewBook and Publlcity BiltzMay Launch His '96 Bill Powell joue ses cartes avec une adresse incomparable, il a contribué à nourrir la « Poweilmante » en publiant la semaine dernière son autobiographie.Une semaine.H a fait la couverture du magazine Newsweek.La suivante, sa photo apparaissait à la une du Time, il récidive encore cette semaine (édition du 25 septembre ) dans une illustration du Newsweek, il a accordé des entrevues aux grands de la télé ett il a entrepris une tournée de promotion à travers le pays.sa condition la chance de faire des études universitaires.Et c'est là qu'il a découvert sa vocation, en s'enrôlant dans le programme de formation du corps des officiers de réserve.Sa trajectoire militaire a été fulgurante.Il a gravi les échelons en servant avec compétence en Allemagne, en Corée et à deux reprises au Vietnam.À la fin de 1969, l'armée l'a envoyé à l'Université George Washing- ton, où il a complété une maîtrise en administration.C'était le point de départ de sa carrière à Washington.Promu général à un jeune âge ( 42 ans ), il a occupé plusieurs postes importants au Pentagone avant de servir de conseiller à la sécurité nationale au sein de l'administration de Ronald Reagan, en 1987.Deux ans plus tard, George Bush le nommait Chairman of the Joint Chiefs of Staff, la plus haute fonction des forces armées américaines.Un souvenir indélébile C'est à ce poste que Powell s'est fait connaître du grand public.Au tout début de la guerre du Golfe, au cours d'un point de presse télévisé, il a laissé un souvenir mdélébile en expliquant, baguette à la main, la stratégie américaine pour renverser l'ar- mée de Saddam Hussein.Ce n'était pas compliqué.« D'abord, a-t-il dit sur un ton confiant, nous allons la trancher en deux.Et puis nous allons l'achevé .» ( En anglais, ça sonnait encore mieux : « First, we're going to eut if off, and then we're going to kill it.» ) La victoire de l'armée américaine a transformé Powell en héros national.Aujourd'hui, les experts et les commentateurs ont leurs réserves concernant le comportement de Powell pendant la guerre éclair.Certains lui reprochent de s'être fait tirer l'oreille avant de déployer toute la puissance américaine.D'autres le blâment de ne pas avoir profité de la débâcle irakienne pour éliminer Saddam une bonne fois pour tous.Mais le public est encore sous le charme de cet homme qui leur est apparu si décidé et si compétent dans un moment de crise.Et deux ans après la retraite de Powell, les sondages témoignent toujours de la popularité de l'ex-général.Soixante- dix pour cent de la population américaine a une opinion favorable de lui.Seulement cinq pour cent des gens le perçoivent de façon négative.Aux États-Unis, seule la mère Teresa décroche un meilleur score.Et ce n'est pas une blague.S'il décidait de se porter candidat, Powell serait un candidat redoutable.Dans un affrontement contre Bill Clinton, il récolterait 44 % des voix contre 41 % pour son adversaire, selon un sondage réalisé à la fin de juin.La force de Powell repose dans la diversité unique de ses appuis.Sa carrière militaire plaît aux conservateurs.Ses origines ethniques séduisent les minorités et les démocrates libéraux.Et le seul fait de ne pas être un politicien de carrière lui vaut la sympathie des indépendants.Pour une population divisée et pessimiste, il devient un antidote puissant.Le feu d'une campagne Mais Powell n'a pas encore subi le feu d'une campagne présidentielle.Sa vie n'a pas encore été scrutée par les médias.Ses idées n'ont pas encore été critiquées par ses adversaires.Nulle doute que son étoile pâlirait sous un tel barrage.D'autant plus que sa carrière militaire n'a pas été exempte de controverses : \u2014 une des divisions qu'il a servie au Vietnam a été impliquée dans le massacre de My Lai, au cours duquel des dizaines de civils ont été tués ; \u2014 il était l'adjoint au conseiller à la sécurité nationale des États-Unis à l'époque du scandale de l'Irangate ; \u2014 et son refus d'engager les forces américaines dans le conflit bosniaque a mis en relief son extrême prudence, voire sa timidité.Les idées politiques de Powell pourraient également décevoir certains de ses partisans.Quand les libéraux connaîtront davantage son enthousiasme pour la libre entreprise, les réductions de taxes et la peine de mort, ils déchanteront peut-être.Et quand les conservateurs apprendront qu'il est en faveur de l'avortement, aes programmes d'accès à l'égalité et du contrôle des armes à feu, ils changeront peut-être d'opinion à son égard.Et il y a la question de sa couleur.Dans le cadre d'un sondage, les Blancs peuvent bien se dire prêts à voter pour un Noir à la présidence.Mais qu'adviendrait-il de leur tolérance dans l'isoloir ?La question fait sans doute partie des calculs de Powell.Ayant vécu dans les années 1950, l'ex-général a connu les horreurs de la ségrégation raciale.Mais il ne s'est jamais laissé abattre par l'intolérance.« Si j'étais confiné à un bout du terrain de jeu, alors j'étais décidé de devenir une étoile sur cette partie du terrain », a-t-il écrit dans son autobiographie à propos des obstacles auxquels il a fait lace au début de sa carrière militaire.Les États-Unis ont fait des progrès depuis.Et Colin Powell est convaincu d'avoir la compétence pour diriger le pays.L'heure est peut-être historique.Run, Colin, run.Sur les traces d'Eisenhower.ou de Ross Perot ?Le général George Marshall, secrétaire d'État dans l'administration du président Harry Truman et père du plan qui a ranimé l'Europe après la Seconde guerre mondiale, est l'idole militaire de Colin Powell.Mais c'est à Dwight Eisenhower que le héros de la guerre du Golfe fait penser.La comparaison a ses limites, certes.Mais comme Eisenhower, Powell fait rêver les Américains après avoir orchestré un triomphe militaire.Et comme l'architecte du débarquement de Normandie, il donne l'impression d'aborder la politique à reculons, .c-fusant de s'identifier de trop près à un parti ou à une idéologie.Lors de la campagne présidentielle de 1952, Eisenhower avait dû se faire prier avant d'accepter de se lancer dans la lutte à l'investiture du Parti républicain.Ses promoteurs de la première heure avaient réussi à abattre ses dernières réserves en réunissant 15 000 personnes au Madison Square Garden de New York.« I like Ike I I like Ike ! », avait scandé la foule en utilisant le surnom du général pour former un slogan qui allait rester.Eisenhower n'avait pas été élu à la Maison-Blanche en raison de ses idées.Il était tout simplement le symbole de valeurs rassurantes, dont la décence et la bravoure.Un critique de la droite Colin Powell suivra-t-il les traces d'Eisenhower ?Pour le moment, l'ex-général n'élimine aucune option.S'il se porte candidat à la présidence, a-t-il dit, il pourrait le faire comme républicain, démocrate, indépendant ou même comme chef d'une nouvelle formation politique.De toutes ces options, la quatrième est la moins probable.Et les trois au- tres présentent toutes des difficultés importantes.Ayant servi au sein de deux administrations républicaines, Powell est plus souvent identifié au parti de Ronald Reagan et de George Bush qu'à celui de Bill Clinton.Son conservatisme sur le plan fiscal s'inscrit bien dans l'idéologie du parti.Mais il se situe à gauche de la formation sur plusieurs questions, dont l'avortement, les programmes d'accès à l'égalité et le contrôle des armes à feu.Powell exprime également des réserves concernant le « Contrat avec l'Amérique » de Newt Gingrich, qu'il juge « un peu trop dur, un peu trop sévère, un peu trop cruel ».Et il s'inquiète des relents de racisme qui polluent le discours de la droite chrétienne.Dans le cadre d'une course à l'investiture du Parti républicain, ces positions nuiraient à Powell.Car elles ne manqueraient pas d'indisposer plusieurs militants conservateurs qui dominent le processus de sélection du candidat républicain à la présidence.L'exemple de Perot Powell s'est montré moins critique à l'endroit de la politique intérieure de Bill Clinton, se contentant de critiquer la façon « amorphe » dont le président mène sa politique extérieure.Mais l'ex-général a ses réserves concernant la gauche du Parti démocrate.« le suis agacé par les libéraux paternalistes qui prétendent savoir ce qui est bon pour la société mais qui ne s'arrêtent pas pour penser à ceux qui paieront éventuellement la facture », a écrit Powell dans son autobiographie.Il est certain que Powell pourrait échapper aux extrémismes républicains et démocrates en se présentant comme indépendant.Mais aucun indépendant n'est jamais parvenu à accéder à la Maison-Blanche.Pour des raisons financières, notamment.Au début d'une campagne présidentielle, les candidats républicains et démocrates reçoivent chacun 55 millions du gouvernement fédéral pour financer leur course.Or, un candidat indépendant ne peut toucher cette somme qu'après le scrutin et seulement s'il remporte cinq pour cent ou plus des voix.Cela constitue évidemment un obstacle considérable pour les candidats indépendants qui ne peuvent compter sur la fortune personnelle d'un Ross Perot.Mais le score remarquable de 19% réalisé par le milliardaire texan en 1992 fera sérieusement réfléchir Powell à une candidature indépendante.L'attrait d'un homme comme lui, au-dessus des partis traditionnels et des chicanes habituelles, serait indéniable. B8 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 23 SfeMIbMBWt 1995 MONDE Des exigences de dernière minute de l'OLP La signature de l'accord sur la Clsjordanle est à nouveau reportée Agence France-Presse TABA m L'OLP a dressé hier une liste de cinq exigences qui ont retardé au moins jusqu'à ce soir la conclusion d'un accord d'autonomie en Cisjordanie, dont elle avait annoncé dans la matinée la signature imminente.Ajournées hier soir pour le shabbat, le repos hebdomadaire juif, les discussions entre Palestiniens et Israéliens devaient reprendre ce soir à Taba, en Egypte.« Les deux parties sont tombées d'accord sur pratiquement tous les problèmes mais il y en a encore d'autres à régler.Nous nous retrouverons pour tenter de les résoudre en Quelques heures », a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Pérès.C'est seulement après avoir surmonté ces difficultés que l'accord sur l'autonomie sera paraphé par les représentants d'Israël et de l'OLP, a de son côté déclaré le porte-parole du chef de l'OLP Yasser Arafat, Marouane Kanafani.Israéliens et Palestiniens devraient signer solennellement l'accord sur l'extension de l'autonomie palestinienne jeudi prochain à la Maison Blanche, a es-timé un responsable du département d'Etat.«Notre impression est qu'ils sont très pro- ches » d'un accord, a-t-il ajouté.Le même responsable, parlant anonymement à des journalistes, a précisé que le secrétaire d'État Warren Christopher avait téléphoné à Yasser Arafat mardi pour le convaincre de ne pas claquer la porte « au moment où les négociations semblaient sur le point de s'écrouler» à cause du désaccord sur le contrôle du partage de Hébron ( Cisjorda-nie ).Le coordinateur américain pour le Proche-Orient Dennis Ross a lui aussi maintenu des contacts étroits avec les négociateurs israéliens et palestiniens, passant une bonne partie de la nuit de jeudi à vendredi ( heure de Washington ) au téléphone.« Les deux parties souhaitaient que nous soyons impliqués », a expliqué le responsable américain.Quinze mois de retard Le problème posé par le maintien de la présence militaire israélienne dans la ville de Hé-bron ( Cisjordanie ), est « presque » résolu, a indiqué de plus M.Arafat.Selon M.Kanafani, l'OLP souhaitait encore régler cinq questions avant de conclure l'accord, qui a déjà pris quinze mois de retard sur le calendrier initial.Selon lui, il s'agit de : \u2014 la libération des quelque 6 000 Palestiniens détenus par Israël.L'OLP veut en fixer un calendrier précis.\u2014 les limites du secteur autonome de Jéricho, que l'OLP veut redéfinir.\u2014 la carte exacte de la ville de Hébron telle qu'elle se présentera après la signature de l'accord.\u201e f \u2014 la rédaction de l'annexe juridique de l'accord sur l'autonomie.\u2014 la relecture par des juristes d'Israël et de l'OLP de l'ensemble du document, soit plus de 400 pages, ainsi
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