La presse, 6 mai 1995, B. Plus
[" Cinquante ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les soldats canadiens préfèrent ne pas se souvenir ANDRÉ DUCHESNE collaboration spéciale 2i linquante ans après la fin de la iDeuxieme Guerre mondiale, les soldats canadiens n'aiment pas ressasser les souvenirs de cet épisode troublant de leur vie, ponctué par la mort, la faim, la souffrance et la détresse.« Ça ne fait pas longtemps que je peux rester dans une pièce où on fait jouer LUy Mariette, raconte René Ca-ron, un motocycliste du Service Corps qui se trouvait en Allemagne» près de la frontière hollandaise, au moment de l'annonce de la fin des hostilités, le 8 mai 1945.Assis dans une petite pièce de l'hôpital des vétérans à Sainte-Anne-de-Bellevue, portant sa cravate de la légion qu'il a sommairement nouée, l'homme est visiblement ému.Il retient un sanglot avant de reprendre.« Sur le front, on nous faisait toujours jouer cette chanson.C'est vrai qu'elle est belle, mais pour moi c'était trop dur de l'écouter dans les rencontres d'anciens combattants.Cela me ramenait trop en arrière », dit-iL À ses côtés, Victor Rancourt, opérateur de radio dans le Régiment de la Chaudière, partage les mêmes sentiments.« Au moment du 25e anniversaire, on m'a invité à retourner sur les lieux des batailles et j'ai refusé.C'était trop près.» Dans cet hôpital où résident 650 vétérans, la guerre est un sujet pratiquement jamais abordé, sauf pour évoquer une anecdocte drôle.Comme ce jour de la Victoire, que MM.Caron et Rancourt ont joyeusement célébré en troquant leurs paquets de cigarettes contre une bouteille.M.Caron se souvient d'être allé avec son sergent écumer une distillerie et d'être revenu à son campement avec une provision de schnaps.« Disons que j'ai pris une grosse brosse, admet-il en riant.Les gars célébraient en tirant en l'air avec leurs armes.le me suis endormi à côté de ma bicyclette et en me réveillant, elle était percée de trous de balles.» Un mutisme compréhensible Ce mutisme des soldats, le Dr Bernard Groulx, chef du Département de psychiatrie de l'hôpital Sainte-Anne, l'explique par ce qu'il appelle « l'expérience de guerre », qui est marquante.« Lorsqu'une personne est frôlée par une voiture, elle se sent menacée par la mort un court instant.Les gens qui combattaient au front pouvaient vivre cette sensation durant plusieurs jours consécutifs », explique-t-il.Charlie Brady était prisonnier des Japonais à Hong Kong lorsque les Alliés ont libéré l'Europe.Ses camarades et lui ont eu vent de cette victoire mais n'y croyaient pas.Et lorsque les Alliés ont délivré leur camp en août, ils ont eu une réaction ambivalente.« C'était très émouvant, les gars étaient heureux et s'étreignaient.Mais pendant deux jours, nous nous sommes promenés comme dans un rêve, un autre monde.» Pour cet homme qui, ayant souffert de faim pendant quatre ans, pesait 86 livres à la fin du conflit, le moment le plus émouvant ne fut pas le jour de la libération mais le lendemain, lorsque l'aviation a parachuté des caisses de nourriture.L'Europe respire Amputés des deux jambes après que son véhicule eut sauté sur une mine, Léon Gagné, un militaire qui a photo robert MAïuoux.La Presse \u2022 Pour célébrer la fin de la guerre.Kees vanderheyden s'amusait à se déguiser avec ses amis.PHOTO PIERRE McCANN, La Presse C'est depuis peu de temps que Ren£ Caron peut écouter la chanson Uly Marféne au complet.rencontré sa future femme quelques jours après avoir débarqué en Normandie, se souvient.de ne pas avoir célébré.Interné dans un hôpital de Toronto, handicapé et sans nouvelle de sa Jacqueline, il a accueilli stoïquement la nouvelle de la Libération.\u2014 On l'a appris par la radio, puis par les journaux.\u2014 Avez-vous célébré ?Avez-vous serrez la main de vos camarades ?\u2014 Non, on ne se connaissait pas.Mais on était content.Le 8 mai 1945, son épouse Jacqueline Catherine demeurait encore dans son petit village de Rots, près de la côte normande.Elle revenait d'une journée de pèlerinage avec une amie lorsqu'elles ont remarqué le passage inusité d'un avion.«c Dans le village, c'était l'euphorie.Les gens trinquaient et tapaient sur des casseroles pour faire de la musique.On a alors compris que cet avion annonçait la fin.» Kees Vanderheyden partage des souvenirs semblables.Gamin de 11 PHOTO LUC-SIMON PERRAULT.La Presse Prisonnier à Hong Kong, Charlie Brady a entendu une rumeur concernant la libération de l'Europe.Son tour est venu quelques mois plus tard.PHOTO PIERRE McCANN.La Presse Victor Rancourt n'a pas voulu retourner en Europe pour le 25* anniversaire de la fin du conflit Pour lui.les durs souvenirs étaient encore trop frais.ans au moment où les fusils se sont tus, il a vu les troupes allemandes, puis alliées, défiler dans le jardin de sa maison de Oisterwijk, au Pays-Bas.Pour les enfants de ce pays, chaque fête était prétexte à se déguiser et l'annonce de la fin du conflit n'a pas fait exception.« Nous étions habillés en prince, en princesse, en cowboy et en Indien », raconte cet employé de Radio-Québec qui a publié l'an dernier La Guerre dans ma cour, un livre jeunesse relatant ses souvenirs.Montréal en liesse Même loin du conflit, l'Amérique se sentait profondément concernée par les événements qui se déroulaient en Europe puisque des milliers de ses fils étaient partis se battre.Gilles Pelletier, qui avait combattu dans les Forces françaises libres jusqu'en 1942, attendait avec fébrilité l'annonce de la fin des combats.« le séchais mes cours aux Beaux-Arts et je grimpais tous les jours au sommet du mont Royal dans l'espoir de voir passer un avion avec une banderole annonçant la nouvelle », dit-il.C'est toutefois à son école qu'il a appris la capitulation allemande.« Dans les rues, les gens dansaient sur les voitures et leurs propriétaires en riaient.Dès qu'on voyait un soldat, on le faisait grimper sur nos épaules pour le porter en triomphe.Des militaires avaient gonflé des préservatifs.Une élève des Beaux-Arts qu'on appelait la Grande Duchesse et qui était à mon bras dans la rue, s'est exclamée : Oh ! les beaux ballons ! » « Tous les soirs, nous écoutions les nouvelles en provenance de l'Europe et quand tout s'est terminé, les gens étaient fous, raconte la comédienne Juliette Huot.La rue Sainte-Catherine était remplie de gens d'un bout à l'autre.Des amis sont venus chez moi, rue McKay, et nous avons trouvé quelque chose à boire pour célébrer.» Pour Alys Robi, qui se trouvait à l'extérieur du pays mais qui a longtemps soigné les soldats canadiens et chanté pour eux en Angleterre, les célébrations avaient « quelque chose de grand » et le dénouement soula- geait ceux et celles qui, comme elle, comptaient un parent ou un ami au front.Pour les gens qui avaient perdu un proche, l'annonce de la fin de la guerre faisait ressurgir un deuil encore récent.C'est le cas d'Annette Ven-nat-Courchesne, mère du journaliste Pierre Vennat de La Presse, dont le mari André fut tué le jour du raid de Dieppe, le 19 août 1942.«Tous les gens célébraient mais moi, je n'avais aucune raison de le faire.Celles qui attendaient le retour de leur mari ou de leur fiancé étaient excitées, mais dans mon cas, c'était un jour triste.» Qu'ils soient militaires, résidants de pays occupés ou simples citoyens restés au pays, tous ceux que nous avons rencontrés manquaient de mots pour décrire ce qu'ils ont vécu.« Pour nous, la Libération, ça représente tout et on la célèbre chaque année », dit Jacqueline Catherine.Pour Victor Rancourt, qui a souffert de dépression à son retour, « cela prend du temps à revenir de là ».Cinquante ans n'ont rien effacé.Les souvenirs des Casques bleus seront encore plus pénibles Les Casques bleus vivront des syndromes plus près de ceux des combattants américains du Vietnam que des vétérans qui ont fait la guerre de 39-45.ans 40 ou 50 ans, les Casques bleus qui ont participé à des missions de paix dans des pays en guerre comme le Rwanda, la Somalie ou la Bosnie revivront des souvenirs encore plus douloureux que ceux des soldats de la Deuxième Guerre mondiale.Le quotidien des soldats onusiens est bien différent de celui des combattants alliés en 1945, croit le Dr Bernard Groulx, chef du Département de psychiatrie et psychogériatre à l'hôpital des vétérans de Sainte-An-ne-de-Bellevue.« Tous les jours, les Casques bleus sont les témoins de génocides des populations civiles, ce que les soldats de la Deuxième Guerre mondiale ne voyaient pas quotidiennement, rap-pelle-t-il.C'est vrai qu'il y a eu la découverte des camps de concentration comme ceux d'Auschwitz et Dachau, mais cela n'est survenu qu'à la toute fin de la guerre.» La vue de corps empilés pêle-mêle, de cadavres portant les marques de coups de machettes ou encore d'en- fants massacrés sans pitié est une scène insupportable pour quiconque en est témoin, soldat ou non.« L'être humain n'est pas fait pour voir cela, ajoute le Dr Groulx.Le problème, c'est que les images de ces atrocités demeurent dans le subconscient.» En somme, resume-t-il, nos Casques bleus vivront des syndromes plus près de ceux des combattants américains du Vietnam que des vétérans qui ont fait la guerre 1939-1945.L'hôpital Sainte-Anne compte au moins un ancien combattant ayant participé à une mission de paix du Canada, à Chypre.L'homme, au de-but de la cinquantaine, est revenu traumatisé de ce séjour.D'autres viendront sans doute prendre la place des combattants de la Deuxième Guerre mondiale dans 10, 20 ou 30 ans.Selon le Dr Groulx.ce genre de souvenirs a tendance à resurgir à l'approche de la vieillesse, où les gens font un bilan de leur vie. LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 6 MA11995 ÉDiïORIAL \u2022 \u2022\t\tPaul Desmarais Roger D.Landry président du conseil président d'administration et éditeur\t-Claude Masson Marcel Desjardins Alain Dubuc S éditeur adjoint directeur de l'information éditorialiste en chef \t\t\t \t\t\t \t\t\t Les défis du nouveau président de la France L es sociétés modernes sont disloquées, désemparées, fragilisées, éclatées.Elles manquent de valeurs pour les guider et de leaders pour les orienter.Les opinions des uns et des autres sont diamétralement opposées : de lextréme-drolte à l'extrême-gauche, conservateurs et réformateurs sont à couteaux tirés et le juste milieu semble disparu.Tout est toléré ou tout est défendu : les idées, les opinions, les gestes.C'est la tolérance à son comble ou l'intolérance totale.Les minorités ont pris la place de la majorité.La liberté des uns confronte et conteste même la liberté des autres de s'exprimer, d'agir.Pouvoir et contre-pouvoir s'affrontent.Les droits individuels sont en train d'éclipser les droits collectifs.Les droits pour soi et les responsabilités pour autrui.Les inégalités économiques et sociales accentuent les disparités entre riches et pauvres, réduisant partout la classe moyenne.Que l'on pense à ce qui vient de se produire en France, avec la mort d'un Marocain de 29 ans, Brahlm Bouraam, Jeté dans la Seine par des « skinheads », à la fin d'un grand rassemblement du Front national d'extrême-drolte de Jean-Marie Le Pen ; aux Etats-Unis, avec Oklahoma City ou, Il y a deux ans, avec le suicide collectif de waco ; au Rwanda et au Burundi, avec des milliers de morts ; en Serbie et en Croatie, avec la reprise des com- bats qui tuent des civils par dizaines ; au Moyen-Orient, en Haïti, en Afrique du Sud.en Algérie et ailleurs dans le monde.Conflits religieux, linguistiques, Inter-ethnlques, politiques, sociaux.Tolérance zéro.Le malaise est généralisé.pourquoi rappeler toutes ces situations à la veille du second tour des élections présidentielles françaises ?Justement parce que la campagne présidentielle a fait ressortir ces fortes tensions, ces graves contrariétés, ce désabusement généralisé des citoyens d'un pays qui se cherche, des citoyens qui n'ont plus confiance dans leurs leaders et même dans leurs institutions pourtant démocratiques, des citoyens pour qui le cynisme domine à défaut de valeurs communes solides.Le résultat du premier tour, le 23 avril, a démontré clairement que les Français se cherchent, qu'ils sont déroutés et divisés.Le taux prévu d'abstentions, demain, sera révélateur de ce désenchantement des électeurs.Le nouveau président de la France, qu'il se nomme Jacques Chirac ou Lionel Jospin, qu'il soit officiellement de droite avec un discours de gauche ou de gauche avec un discours de droite, aura un immense défi sur les bras.Après le dernier septennat d'un « François Mitterrand et les 40 voleurs », au « Plaidoyer impossible pour un président abandonné par les siens », le nouveau président devra tout faire pour redonner à cette fonction non seulement sa dignité et son prestige, mais surtout son respect et sa crédibilité perdus, allant Jusqu'à remettre en cause la pertinence même d'un se- cond septennat par un même personnage.Situation qui semble entraîner Inévitablement les affaires louches, les scandales et la corruption largement répandus dans le système.Et la perte de confiance qu'elle entraîne dans la population.Comment réconcilier les Français ?Comment leur donner une vision de ce pays autrefois beaucoup plus Influent que maintenant ?Comment réduire les Injustices sociales et économiques ?comment Intégrer les Immigrants sans leur aliéner les Français de souche ?comment demeurer ou redevenir une France puissante tout en épousant les principes et les projets de l'union européenne actuelle ou élargie, dominée par une Allemagne qui occupe une large place sur l'échiquier et les pays d'Europe de l'Est qui font sentir leur présence ?Au fond, comme tous les peuples le recherchent, comment redonner de l'espoir aux Français?La France, heureusement forte de son histoire, de son patrimoine, de ses richesses culturelles, Intellectuelles et technologiques, de sa capacité perpétuelle d'adaptation, de son charisme, de ses beautés, peut rebondir.« il faut que tout change pour que tout continue », a déjà dit une célébrité, cette société Inquiète, mais prête au changement sans révolution, vit dans l'attente qu'un président soit digne de ce titre et qu'il soit le président de tous les Français, au-dessus de la mêlée et même au-dessus des familles politiques.N'est-ce pas pour cela, fondamentalement, que la France a un président et non seulement un gouvernement ?Claude MASSON » i Ne percions pas le nord On a du mal à mesurer toute l'arrogance de M.Marcel Aubut.le président des Nordiques.D'une part, Il agit en homme d'affaires qui veut réaliser un Joli bénéfice avec son Investissement.D'autre part, il veut dicter au Québec la politique à adopter pour garder les Nordiques.En mélangeant astucieusement son intérêt personnel et son «civisme», Il a surtout réussi à fait mousser l'affaire et son prix de vente.C'est même à se demander si les Nordiques n'ont pas déjà été vendus et s'il ne reste plus qu'à l'annoncer en faisant porter à d'autres la responsabilité d'une déception très amère pour tous les amateurs des Nordiques et du beau hockey au Québec.Il existe, en effet, beaucoup de gens qui pleureraient le départ des Nordiques vers les Etats-Unis.Les chroniqueurs de sport, notamment RéJean Tremblay de La Presse, se battent bec et ongles pour sauvegarder un aspect Important et sympathique du Canada, même avant qu'il ne se rétrécisse dangereusement avec l'annonce du départ des Jets de Winnipeg.Mais nous ne pouvons pas endosser cette position, un reflet sans nuance des intérêts et des émotions des sportifs.SI le sort des Nordiques dépend du gouvernement du Québec, il faut accepter que les Nordiques voudront peut-être aussi chercher fortune ailleurs.Québec ne peut pas se lancer tête baissée dans tous les combats qui méritent son appui, ses moyens sont limités, alors que les bonnes causes ne manquent pas.Le gouvernement doit savoir choisir, même si sa décision fait mal.La politique est l'art du possible et ce qui est possible aujourd'hui est très différent de la vision qu'on avait du Canada, en 1972, quand les Nordiques sont nés dans l'Association mondiale de hockey.Ce n'est pas l'argent qui manquait, à l'époque, au Canada.Les prix des matières premières montaient de façon vertigineuse et l'escalade des salaires n'avait pas encore fait atteindre à l'inflation le rythme qui allait tous nous appauvrir.Le dollar canadien valait plus que celui des États-Unis.Dans un grand élan d'euphorie et d'irresponsabilité, n'importe quelle ville pouvait prétendre à une équipe de hockey.Winnipeg avait ouvert le bal des salaires en faisant de Bobby Hull un millionnaire, une moitié de l'AMH est morte de ridicule - les Miami screaming Eagles jouaient dans des centres commerciaux - et l'autre est entrée dans la Ligue nationale.Cela explique pourquoi il y a des villes qui ont actuellement une équipe et qui n'en auraient vraisemblablement jamais eu si l'expansion de la ligue avait suivi sa pratique oli-gopollstlque.C'est impossible de dire pour sûr si la ville de Québec a une économie qui lui permet d'avoir une équipe ou non.C'est une question relative, car la réponse dépend aussi de la prospérité d'éventuels acheteurs, que M.Aubut semble entretenir avec beaucoup d'assiduité.Ce tableau ne Justifie guère que le gouvernement se lance au secours des Nordiques.Pressé de faire des économies et de rétablir sa crédibilité financière, le gouvernement pourrait à la rigueur accorder une aide temporaire s'il avait une assurance que la situation à long terme des Nordiques était saine.Or, c'est plutôt le contraire qui se passe.C'est l'aide à long terme de M.Parizeau qui est demandée.Et « demander » est un mot très poil pour le manège de M.Marcel Aubut, qui semble croire qu'il peut non seulement dire à M.Parizeau ce qu'il doit faire, mais aussi comment le faire.Alors que M.Aubut n'offre aucune garantie sur la crédibilité de son projet d'un nouveau Cotisée, Il croit déjà pouvoir disposer à sa guise de Loto Québec et de ses casinos.Le gouvernement du Québec serait peut-être devant un dilemme si M.Aubut avait fait l'Impossible pour contenir les coûts de l'équipe et pour attirer plus de monde dans le cotisée actuel.Mais cet homme soigne avant tout son Intérêt personnel et celui des cinq autres actionnaires, et manoeuvre pour gagner sur tous les tableaux.En fin de compte, l'aide du gouvernement n'est pas sollicitée pour sauver le hockey à Québec, mais pour protéger les arrières financiers de M.Aubut.La réponse de M.Parizeau ne devrait faire aucun doute.Frédéric WACNIÈRE Le bons sens On a vu, cette semaine, une autre démonstration des effets pervers que peuvent avoir de bons principes appliqués sans nuances.Et l'importance de faire prévaloir la logique quand le respect des droits de chacun brime ceux de la majorité.Cette fols, c'est celui pour Ottawa de limiter à des Canadiens l'accès à la fonction publique qui est remis en cause.En somme, le droit pour le Canada d'exiger que ses fonctionnaires soient assez enracinés dans ce pays pour en comprendre les valeurs et les traditions, un enracinement qui, pour les nouveaux venus, est reconnu par l'obtention de la citoyenneté.Or, à en croire les défenseurs des droits des immigrants, cette exigence normale est une discrimination intolérable et un signal dangereux envoyé aux autres employeurs qui voudraient appliquer ce critère.C'est un bel exemple de dérive et si on peut déplorer que cette histoire se soit rendue au tribunal, il faut se réjouir que la Cour ait fait triompher le bon sens en reconnaissant à la société le droit d'imposer ce qui devrait aller de soi.Pierre CRAVEL » < B PI m DROITS RÉSERVÉS Des opposants à la réforme de 1982 de Trudeau en disent maintenant du bien MARCEL ADAM L e camp souve-rainiste ne parvenant pas à convaincre la majorité des Québécois de la nécessité de se séparer du Canada, s'ingénie maintenant à faire croire qu'accéder à la souveraineté est le plus sûr moyen d'obtenir enfin les changements auxquels sont censés aspirer les Québécois.Mais il ne suffit pas de tenter de faire croire que la souveraineté n'est rien d'autre qu'un moyen d'assurer l'indépendance du Québec au sein du Canada.Il faut aussi avertir ceux qui ont peur de la souveraineté qu'ils devraient surtout craindre les conséquences de son rejet.Au mieux, ce serait accepter implicitement la réforme constitutionnelle de 1982 faite sans l'accord de Québec, avec cette Charte des droits et libertés dont la dynamique, à la fois centralisante et homogénéisante, fera à la longue du Québec une province comme les autres.Au pire, comme en 1980, Ottawa récupérerait à son profit la victoire pour mettre définitivement le Québec au pas, au moyen de réformes destinées à rendre impossible toute nouvelle tentative de rompre le lien fédéral.C'est à croire que le référendum souverainiste est comme le boomerang australien, qui revient assommer le lanceur quand il rate le but.Lors d'un récent colloque de l'Institut de recherches en politiques publiques ( IRPP ), plusieurs ténors souverainistes ont développé avec éloquence cette thèse à double volet.Si la nouvelle vulgate souverainiste n'avait rien d'inusité pour les habitués du débat référendaire, on ne peut en dire autant des répliques du politologue Louis Massicotte et des ex-ministres libéraux sous Bourassa, Claude Ryan et Claude Forget.Ayant fait écho, la semaine dernière, au plaidoyer de ce dernier en faveur du statu quo, j'en ferai autant aujourd'hui avec celui des deux autres orateurs au sujet de la Charte.Le professeur Massicotte n'a pas approuvé la Loi constitutionnelle de 1982 et pense toujours que son adoption fut une erreur.Mais quand il regarde l'esprit de cette réforme, non seulement considère-t-il que « ce n'est pas une tragédie », il a parfois l'impression que le procès qui est fait à cette loi constitutionnelle «c est fondé essentiellement sur trois mots qui sont inscrits au bas du texte : Pierre Elliott Trudeau ».Dans cette loi de 1982 on trouve, dit-il, « une reconnaissance de la langue française beaucoup plus considérable que notre droit constitutionnel n'en a jamais connu ».Pour la première fois est consacré le «c droit du citoyen de communiquer avec le gouvernement dans sa langue et de se faire répondre dans sa langue ».Il note aussi « une asymétrie dans les dispositions relatives aux droits linguistiques des minorités scolaires », un régime s'ap-pliquant dans les neuf autres provinces ; un autre s'appli-quant au Québec, « moins favorable à la minorité linguistique » et assorti d'un droit de veto.Pour lui, la constitution de 1982 n'est pas « une monstruosité sans équivalent dans l'histoire des fédérations ».Il rappelle qu'en 1874, suite à la révision de la constitution suisse, le seul canton italophone, celui du Tessin, a décidé par référendum d'exprimer son opposition à cette réforme.Ce qui l'a amené à demander au paneliste et ex-ministre Claude Morin pourquoi, après l'accord du 5 novembre 1981, le gouvernement de Québec n'a-t-il pas demandé aux Québécois de se prononcer par référendum sur ce qui venait d'être fait sans son consentement ?( RDI ayant mis fin à la télédiffusion du colloque avant que M.Morin ait pu donner sa réplique, saura-t-on jamais comment il a répondu à cette troublante question ?).Se disant entièrement d'accord avec l'intervention du professeur Massicotte, Claude Ryan a dit pour sa part que c'est une erreur d'identifier la Charte des droits au nationalisme anglo-canadien.Garantir constitutionnellement les droits fondamentaux des citoyens est un objectif aussi français qu'anglais.Pour les Canadiens, avoir une charte comme celle-là, c'est un bien plutôt qu'un mal.Après avoir lu beaucoup de choses là-dessus, dit-il, « je cherche encore où est cet effet centralisateur démoniaque en gui certains voudraient nous faire croire ».Et de rappeler que, pendant neuf ans, il a administré sept ministères, légiféré abondamment et n'a jamais eu de problème avec la charte fédérale.Sauf dans le cas de la langue, mais « nous étions dans l'erreur et nous l'avons corrigée », dit-il.Malgré les nombreux différends qu'il a eus avec l'ancien premier ministre canadien, Claude Ryan a tenu à dire que, contrairement à l'image qu'on présente souvent de lui, « Trudeau est un Québécois avant d'être un Anglo-Canadien ».Il représente « une fibre de la personnalité québécoise qui n'est pas étrangère à ce que nous avons été, qui a ses racines jusque dans les débuts de la Confédération ».Après avoir été un des principaux promoteurs d'une révision de la constitution canadienne, Claude Ryan est maintenant d'avis qu'il n'y a pas de situation d'urgence justifiant une réforme constitutionnelle globale.Aux sécessionnistes, il conseille le réalisme politique.Il ne faut pas confondre les aspirations du peuple québécois avec celles des technocrates qui siègent à Québec.De plus, entreprendre un projet souverainiste sans un appui significatif dans les secteurs nouveaux de la société québécoise, « c'est trop dangereux comme semence de divisions ».L'ancien chef libéral a terminé en tenant Claude Morin partiellement responsable du rejet de la formule d'amendement présentée par Pierre Trudeau et « qui donnait un droit de veto beaucoup plus solide au Québec », au profit de celle qui « nous a marginalisés en 1981 ».Savourons l'ironie d'une situation où Pierre Trudeau ne parvient pas à faire adopter par Québec la formule d'amendement proposée par Robert Bourassa en 1971.à la conférence de Victoria, au temps où ce dernier était conseillé en la mpMère par devinez qui ?Eh oui, Claude Morin. Lysiane Gagnon LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 6 MA11995 Opinions Lettre de Toronto Toute possibilité d'un référendum honnête semble désormais exclue Le président et éditeur du Toronto Star.John HondericK et l'éditorialiste en chef de La Presse, .Main Dubuc, poursuivent ici leur correspondance sur leurs visions respectives du Canada et du Québec.La présente lettre de John Honderich paraît en anglais dans le Star.on cher Alain, le ne m'en cache pas : j'ai toujours admiré, même si c'était avec une certaine réticence, Jacques Parizeau.Mais c'est fini.Depuis les années 70 où, jeune journaliste, je suivais les voyages qu'il effectuait à Ottawa avec René Léves-que et lors de ses visites occasionnelles à Toronto, jusqu'à son élection de l'an dernier, ce politicien a toujours défendu résolument ses principes.Il possédait une intégrité intellectuelle, une vertu plutôt rare dans sa profession.Ses convictions profondes se résumaient en un mot : la souveraineté.Ainsi, lorsqu'il a promis de poser une question claire aux Québécois dans les huit ou neuf mois suivant son arrivée au pouvoir, cela me paraissait logique étant donné la franchise traditionnelle de cet homme.Que penser, donc, de ce fameux « virage » ?Par une démarche effrontée et cynique, M.Parizeau cherche maintenant à bricoler un projet susceptible de gagner l'appui d'une faible majorité de Québécois, sabordant du même coup ses principes et sa position.Le voilà maintenant séduit par le concept, nouvellement reformulé, de souveraineté-association qu'il a si longtemps vilipendé, «c Oui, j'ai changé de position », avoue-t-il.Puis, il ajoute : « le sais que je ne suis pas le plus crédible des nommes.» C'est le moins que l'on puisse dire ! Quelle occasion pour l'insaisissable Lucien Bouchard, que le journaliste du Star, Richard Gwyn, qualifie de «c fougueux », mot qui, selon Gwyn, renvoie au tempérament impétueux du cheval.Ainsi, toujours selon ce journaliste, il s'agit d'une personne « peu fiable, ombrageuse, une personne qui laisse tomber sa femme, par exemple, ou qui ne respecte pas ses engagements commerciaux ».M.Bouchard a suivi un cheminement tortueux sur les scènes politiques canadienne et québécoise, d'abord comme libéral, puis comme péquiste, ensuite comme député fédéral conservateur et enfin comme chef du Bloc québécois.L'adjectif semble donc fort bien choisi.En passant, les fougueux ne réfléchissent pas; ils se cabrent et partent à la course.Vu sous ce jour, le comportement de M.Bouchard, ces derniers mois, n'a rien de surprenant.La souveraineté ne marchera pas ?Passons à autre chose.Le moment est mal choisi ?Temporisons.L'alliance avec Parizeau ne marche pas ?Embarrassons-le en public.Le processus de consultation n'a pas les résultats voulus ?Passons outre.Et M.Parizeau succombe à cette stratégie, ce qui tourne tout le processus en dérision.Dans votre dernière lettre, vous avez affirmé que le processus était mis en doute et que M.Parizeau était pratiquement vaincu.C'est effectivement ce que l'on croit ici.D'ailleurs, je crois que le premier ministre Chrétien a tapé dans le mille lorsqu'il a accusé les séparatistes de « mépriser la démocratie ».« C'est une tentative très cy-nique et transparente de confondre les Québécois, de vous tromper et de vous faire croire que vous pouvez vous séparer du Canada tout en demeurant Canadiens », a-t-il déclaré devant un public montréalais.Le plus étonnant dans votre dernière lettre était que vous reconnaissiez que le moment était venu pour le Canada anglais d'élever la voix.le suis entièrement d'accord avec vous.D'ailleurs, je précise que, selon moi, ce processus est déjà amorcé.À preuve : les deux derniers discours que M.Chrétien a prononcés au Québec.À mesure que progressera la campagne électorale en Ontario, je soupçonne que vous entendrez les chefs des trois partis se prononcer sur la question.Et ils tien- dront les mêmes propos, plus franchement même.La semaine dernière, la mairesse de Mississau-ga, Hazel McCallion, toujours d'humeur bagarreuse, a affirmé, lors d'une émission de radio, que « Bouchard devrait être accusé de trahison ».Il y a longtemps que nous avions entendu ce genre de discours.Certains fédéralistes, dont Jean Chrétien, soutiennent que la dernière saillie de M.Bouchard est une tentative astucieuse visant à provoquer des réactions négatives chez les Canadiens.Proposons un projet irréalisable de souveraineté-association, faisons en sorte que le Canada le rejette, puis présentons aux électeurs québécois une nouvelle preuve de leur humiliation.C'est peut-être le cas.Mais, pour ma part, je suis persuadé que les Québécois devraient savoir exactement ce que le reste du pays pense de la souveraineté-association.Si vous croyez que les événements récents ont suscité la méfiance chez les Québécois, imaginez la réaction ailleurs au pays.Pourquoi le Canada anglais voudrait-il entreprendre des négociations après avoir été témoin d'un tel cynisme ?Je dois vous avouer qu'il est fort désagréable de voir des gens badiner ainsi avec notre pays.Car voilà précisément ce que font messieurs Bouchard et Parizeau.Toute possibilité de référendum honnête sur le plan intellectuel est désormais exclue.Quel dommage ! À la prochaine, John Quand le ministre des Richesses naturelles lui-même ignore le sens du mot « watt ».Jean Cournoyer rappelle son passage difficile à la direction de ce ministère, en 1975 JEAN COURNOYER Présentement animateur radio-phonique, l'auteur a été ministre des Richesses naturelles sous Robert Bourassa.Le texte qui suit est tiré d'une allocution qu'il a livrée, ces jours derniers, dans le cadre du Débat public sur l'énergie.Lorsque j'ai pris la direction du ministère des Richesses naturelles, en 1975, j'ai été à même de découvrir le très bas niveau de mes connaissances en physique, l'avais depuis belle lurette oublié la signification du mot « watt » et le multiplicateur «< méga » ne me disait rien qui vaille.Quand mes conseillers utilisèrent par inadvertance le mot « téra », je les priai de me parler dans la langue que Molière comprenait.)e devenais titulaire du portefeuille le plus important, à mon sens, d'un gouvernement de l'époque de crise énergétique que nous traversions alors, et je ne savais même pas la nature des termes utilisés par ceux qui avaient le devoir de m'aviser dans un domaine aussi important pour le présent et l'avenir de la société québécoise.l'aimerais vous faire part du désarroi qui s'empare d'une personne qui doit se transformer du jour au lendemain, d'un citoyen ordinaire recyclé en ministre du Travail, en ministre responsable des eaux, des mines et d'Hydro-Qué-bec.Je livre à votre réflexion le drame auquel le système démocratique condamne ceux qui ont été élus pour de toutes autres raisons que leur profonde connaissance de tous les domaines occupés par l'État.À 5 heures de l'après-midi, je suis ministre du Travail, à 5 heures et 10 minutes du même jour, je suis ministre des Richesses naturelles.Au courant de la formule Rand comme si je l'avais moi-même formulée, mais ne connaissant Hydro-Québec que par ses slogans publicitaires « On est 12 012 pour vous servir» ou «Le chauffage propre, propre, propre », je deviens le ministre responsable de la grande société d'Etat chargée de « fournir de l'énergie aux municipalités, aux entreprises industrielles ou commerciales et aux citoyens de cette province aux taux les plus bas compatibles avec une saine administration financière ».Le lendemain matin, à 8 heures, à mon bureau de l'Assemblée nationale, le téléphone me sort de la torpeur dans laquelle m'a plongé l'inconnu.\u2014 Monsieur le ministre, c'est Rolland.le m'attends à ce que le président d'Hydro-Québec, Rolland Gi-roux, me souhaite bonne chance à l'occasion de ma nomination.Sa préoccupation est cependant plus formelle.\u2014 As-tu signé mon papier ?\u2014 Quel papier ?\u2014 Celui que je t'ai envoyé par livraison spéciale hier soir, il est sur ton bureau.Jean Cournoyer Devant moi, en effet, une enveloppe ornée du grand Q.\u2014 Non je ne l'ai pas lu, j'arrive à peine ; de quoi s'agit-il ?\u2014 L'augmentation des tarifs du premier janvier prochain.Robert est au courant.Tu n'as qu'à signer et l'envoyer à Julien Chouinard le greffier du Conseil des ministres.On cogne à la porte.\u2014 Entrez ! dis-je, en posant la main sur le récepteur téléphonique.Quelqu'un que je ne connais pas se montre le nez.\u2014 Je suis votre sous-ministre par intérim, dit-il.Puis-je vous dire quelques mots ?\u2014 Un instant, lui dis-je, je suis en conversation avec le président d'Hydro-Québec.\u2014 Justement, dit-il, avez-vous signé le document qu'il vous a envoyé ?\u2014 Non, pas encore ! \u2014 Tant mieux, parce que votre ministère a des réserves sérieuses quant à l'augmentation demandée.\u2014 Rolland, je vais lire ton document et je te rappelerai.\u2014 OK ! Fais ça vite et ne te laisse pas « empissotter » par des gens que tu ne connais pas.Il est 8 heures 10.Je suis en plein dedans, je ne sais pas encore dans quoi, mais je suis dedans.Le président d'Hydro-Québec avait fait courir son messager pour me faire signer un document que mon patron Robert avait approuvé.Mon sous-ministre avait couru pour éviter qu'un ignorant tranche, par accident, un litige entre deux organismes constitués de génies qui ne s'entendent pas.Ça s'est fait avec un ministre relativement aguerri puisque j'avais déjà cinq ans d'ancienneté comme membre du Conseil des ministres.Avec tout le respect que je dois à mes prédécesseurs et à mes successeurs, j'imagine que toutes les courses ne se sont pas terminées de la même façon.Si je vous ai dit ces choses, c'est pour bien mettre en perspective les rôles des différents intervenants dans l'établissement des politiques énergétiques, au cours des années 1975 et 1976.À cette époque, et depuis toujours, j'imagine, un seul ministre était important, le premier.Tous les autres constituaient des paravents nécessaires pour donner l'apparence de la participation mais n'étaient, pour les grands commis de l'État, que des personnes élues parce qu'elles pouvaient l'être et qu'on préférait dociles et vaniteuses afin de mieux les contrôler.Le ministre qui croyait être le représentant de la population devant les institutions devenait, au moment de sa nomination, le représentant des institutions devant la population.En quelques jours, on lui donnait un cours intensif, et accompagné de sous-ministre souffleur, on lui demandait d'expliquer à la population, via la presse, des décisions qui résultaient de formules mathématiques complexes avec lesquelles il n'était absolument pas familier.Quand j'ai lu le document de Rolland, j'ai vu qu'on y parlait de grande puissance, de tarifs domestiques et industriels, d'immobilisation, de plans d'investissement et de programme d'emprunt.Quand mon sous-ministre m'a parlé, il mettait en question la validité du programme de développement basé sur l'heure de pointe du 23 décembre.Il mettait en doute la validité de la projection à long terme des besoins énergétiques des Québécois et se demandait si l'on ne devait pas privilégier l'émergence du gaz naturel plutôt que de construire de nouveaux barrages éloignés et coûteux.Je ne comprenais rien, rien, rien.Et pourtant, l'on me demandait, d'une part, d'apposer et, d'autre part, de ne pas apposer ma signature au bas d'un document dont des spécialistes, de part et d'autre, connaissaient parfaitement la signification.Pour les fins de l'histoire, je n'ai pas signé le document.Mais j'en ai signé un autre.Je pense bien que c'est à ce moment-là que mes relations avec Hydro-Québec ont pris le tournant tragique qui m'a conduit directement à l'abattoir politique.C'est peut-être pour cette raison que c'est au cours de l'étude des crédits de mon ministère en commission parlementaire que les dirigeants d'Hydro-Québec m'apprirent qu'ils avaient mis dans leur programme la construction de deux à trois centrales nucléaires le long du Saint-Laurent, en plus de celle de Gentilly II.Avec une désinvolture qui caractérisait bien le mépris qu'ils entretenaient à l'endroit des ignares devant lesquels la loi les forçait à parader, ils annonçaient à la population du Québec que c'était la direction choisie par les experts comme voie de l'avenir dans la fourniture d'électricité.Certes, je me suis senti offusqué.Peut-être était-ce mon orgueil qui avait été blessé en apprenant, en même temps que la population, la direction que pre- nait un organisme pour lequel je devais répondre devant elle.Peut-être était-ce la crainte naturelle que m'inspirait cette forme de production d'électricité.À tout événement, je décidai que je ne serais plus ministre de l'Energie le jour où le gouvernement accepterait cette proposition d'Hydro-Québec.Mes conseillers immédiats m'indiquaient que la projection des besoins établie par Hydro-Québec était nettement exagérée et que les torts causés par la construction de barrages ou de centrales nucléaires étant ce qu'ils étaient, l'avenir appartenait à des solutions alternatives moins dommageables.En 1976, Hydro-Québec, projetait que l'augmentation moyenne de la demande d'électricité serait de 7,5 % par année, m'indiquait qu'en 1986, elle devrait avoir une puissance installée de 20 000 mW, le double de ce qu'elle produisait alors, et qu'en 1996, sa puissance installée devait atteindre 40 000 mW.D'une part, on me faisait valoir l'importance des économies d'énergie et, d'autre part, on invoquait la nécessité de créer des emplois pour les bureaux d'ingénieurs et pour les travailleurs de la construction.Victime de ses slogans.Hydro-Québec était condamnée à fournir l'électricité dont elle avait fait une promotion effrénée pour garder sa part de marché.Elle était sans doute prête à accepter une politique énergétique intégrée mais à la condition d'en être le maître-d'oeuvre.Intimement liée au premier ministre, Hydro-Québec était beaucoup plus encline à satisfaire les insatiables besoins de création d'emploi de ce dernier qu'à planifier une nécessaire modération dans l'évolution de la demande.La baie lames était la marque de commerce du jeune premier ministre.La baie James était une façon de créer des emplois, pas celle de remplir les besoins d'électricité des Québécois.(.) Certains me suggéraient du bout des lèvres, de peur d'être os-tracisés, de constituer une régie de l'énergie avec mission d'examiner à fond l'évolution des besoins, l'opportunité de les rencontrer et la façon la plus socialement et économiquement rentable de les satisfaire.Hydro-Québec^ le monstre sacre, l'État dans l'Etat, pouvait-elle accepter que soit créé un autre organisme aussi bien outillé qu'elle et ayant pouvoir coer-citif sur elle ?La réponse résidait dans l'esprit de Robert Bourassa, le seul véritable ministre du Québec.Sa relation privilégiée avec ce qu'on appelait alors le symbole de l'intelligence et de la capacité des Québécois l'empêchait sans aucun doute de causer la moindre égrati-gnure à Hydro-Québec.Il n'a pas essayé et 1976 s'achevant, il partit, je partis et Hydro-Québec accueillit les nouveaux arrivants qu'elle avait brillamment contribué à mettre sur la selle du pouvoir avec un petit « p ».Son créateur et son mentor prit la place de Robert.Et je partis aussi.Une bonne idée mal embrayée iFest avec un bel enthousiasme que le ministre de la Justice Paul Bégin s'est jeté sur une bonne idée : la légalisation des drogues douces.L'approche, basée sur la réadaptation plutôt que sur la répression, est fort louable.Mais l'embrayage présente quelques problèmes.Prenant la parole, il y a une semaine, à l'occasion d'un congrès sur la toxicomanie, le ministre se -disait « ouvert » à l'idée que « la société québécoise » tienne un débat sur le sujet.Il serait quant à lui partisan d'une politique de tolérance envers les simples consommateurs et d'une lutte sans merci aux importateurs et aux trafiquants.9 * * * Premier problème : on voit mal pourquoi ce qui pourrait être consommé librement ne pourrait être librement importé et vendu.L'illogisme est assez considérable, d'autant plus que l'une des raisons qui militent en faveur de la légalisation des drogues est précisément que la légalisation de la vente constituerait la façon la plus efficace de venir à bout des puissants cartels et des réseaux criminels qui profitent du système actuel.Seule la vente libre, au besoin assortie d'une réglementation restrictive, peut provoquer l'effondrement du marché noir, en même temps que la « de-criminalisation » de ces milliers de petits trafiquants qui aboutissent en prison et finissent par devenir des criminels endurcis.Deuxième problème : en rétrécissant le problème à la dimension de « la société québécoise », le ministre passe à côté de la réalité.C'est dans l'ensemble du Canada que ce genre de débat doit être fait, pour la simple raison que la législation sur les drogues et le Code criminel sont de compétence fédérale.Si Me Bégin voulait sincèrement faire avancer le dossier, il essaierait de mettre ses homologues des autres provinces et du fédéral dans le coup.C'est la seule façon de faire bouger les choses.Me Bégin croit-il que la concertation ne serait pas nécessaire avec l'indépendance?C'est pourtant absolument faux.L'union politico-économique aujourd'hui envisagée par son propre chef implique justement des opérations de concertation massives sur tous les fronts, celui des drogues au premier chef, puisque les souverainistes nouvelle mouture ne veulent pas entendre parler de de postes-douaniers entre les deux futurs États.Même si le Québec optait pour l'indépendance absolue, il ne pourrait s'isoler de ses voisins dans un pareil domaine, sous peine de devenir rapidement une enclave hors norme où afflueraient tous les « pushers » poursuivis ailleurs.Entre légaliser les drogues en concertation avec d'autres États occidentaux et faire du Québec le paradis des drogués, il y a une différence ! En fait, c'est là un dossier qui dépasse les frontières canadiennes.Le Canada pourrait difficilement faire cavalier seul en ce domaine, et légaliser des activités pour lesquelles certains Etats américains requièrent l'emprisonnement à vie.Hélas, à trop embrasser le concept de la « société distincte », on finit par se prendre pour le centre de l'univers.Le concept de société distincte a le dos large.Ainsi le ministre Bégin affirmait tout de go : « Au Québec, nous sommes beaucoup plus ouverts à ce type de discussion que dans le reste du pays.» Ah oui ?Je lisais, pas plus tard que le 12 avril dernier, un éditorial de l'influent Globe and Mail de Toronto intitulé : « N'est-il pas temps de démythifier la cocaïne ?».Là où Me Bégin envisageait timidement la légalisation de la possession* l'équipe éditoriale la plus conservatrice au Canada proposait que la cocaïne \u2014 une drogue bien plus controversée que le hashich et la marijuana \u2014 soit vendue sur le marché libre ! Le coroner-en-chef de la Colombie britannique, lui, est allé plus loin, en proposant la légalisation de toutes les drogues, les « dures » comme les autres.et le premier ministre Hartcourt, invité à commenter la suggestion, n'a pas dit qu'il était contre, ce qui est déjà fort audacieux.- \u2022 \u2022 * * * Me Bégin n'aimera pas cela, s'il comptait faire du millage pré-référendaire avec ce thème-là, mais il semble bien qu'il se trouve tout bonnement sur la même longueur d'onde, à propos du commerce des drogues, qu'une partie significative de l'opinion publique canadienne \u2014 laquelle est évidemment partagée sur la question.Tout comme au Québec.Sur une foule de questions, en effet \u2014 sur l'économie, le social, l'éducation \u2014 il y a peu de distinctions fondamentales entre les sociétés modernes que constituent les grosses provinces canadiennes, une large partie des États-Unis, l'Europe de l'Ouest, etc.Les questions de langue et de souveraineté exceptées, les mêmes grands débats se font ailleurs selon des lignes à peu près semblables, à cette différence près qu'au Québec, il y a moins d'affrontements entre la droite et la gauche ( à supposer qu'il y ait encore une «c gauche » au Québec ), puisque tout le débat politique est centré depuis un quart de siècle sur la question nationale.Mais le ministre Bégin, reprenant un refrain courant dans les milieux pêquistes et bloquistes, préfère croire que le Québec, société progressiste, généreuse, tolérante, serait l'antithèse du Canada, misérable terre balayée par un vent de droite et peuplée de réformistes obtus.Ainsi, Me Bégin, dans la même conférence, déplorait « l'attitude d'une bonne partie du Canada anglais à l'endroit des jeunes criminels, une attitude ( qui dit ) : Traitons-les comme des adultes, emprisonnons-les ! ».Et le ministre de se féliciter de ce que le Québec ait une approche bien différente.Ah oui ?Quelques jours après le meurtre des Toope, un sondage SOM montrait que 60 pour cent des Québécois approuvaient l'idée de traduire en cour criminelle ( plutôt que devant le Tribunal de la jeunesse ) deux mineurs de 14 et 15 ans.Et 79 pour cent des répondants reprenaient à leur compte l'affirmation voulant que le système judiciaire ne soit pas assez sévère avec les jeunes contrevenants ! Méfions-nous des stéréotypes.S'il est vrai qu'il y a des territoires traditionnellement à droite, comme l'intérieur de la Colombie-Britannique et l'Ai berta ( Edmonton exceptée ), il n'y a pas de ligne de démarcation manifeste entre le Québec et l'ensemble du Canada pour ce qui est des valeurs sociales. ±4 LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 6 MA11995 Plus Il y a 50 ans.les soldats canadiens libéraient les Pays-Bas m D'HISTOIRE lfrétait le four national de la Libération hier, le 5 mai» dans les Pays-Bas.Il y a en effet 50 ans, les Canadiens libéraient officiellement ce pays en obligeant les troupes allemandes qui s'y trouvaient encore à capituler sans condition.Le samedi 5 mai 1945, dans un hôtel de Wageningen, le lieutenant-général Charles Foulkes.commandant du Premier corps d'armée canadien, a dicté les articles d'une reddition sans condition au maréchal Johannes Blas-kowitz de la Wehrmacht.Sur la photo que La Presse a publiée à l'époque pour souligner l'événement, le lieutenant-général Foulkes, flanqué du prince héritier Bernhard des Pays-Bas, des brigadiers généraux canadiens W.-P.Gilbride et G.Kitching.faisait face au maréchal Blaskowitz, son adjoint, le général Reichilt, et d'un interprète.Les Pays-Bas ont été un des pays européens qui ont connu la plus longue occupation.En effet, les nazis y étaient arrivés dès mai 1940, un mois avant la capitulation de la France.Les premiers libérateurs y sont arrivés quatre ans plus tard, à la suite des débarquements du Jour ].Dès octobre 1944, les troupes canadiennes, dont un régiment de chez nous, le régiment de Maisonneuve, y parviennent en octobre 1944, lors de l'offensive alliée pour ouvrir le port d'Anvers, en Belgique, et nettoyent le territoire belge et néerlandais des deux côtés de l'estuaire de l'Escaut.En février 1945, les troupes cana- diennes font partie des forces alliées qui repoussent les forces allemandes au-delà du Rhin.Lorsque les alliés sont maîtres des rives du Rhin, la Première armée canadienne est chargée de libérer le reste des Pays-Bas, où les forces allemandes se rendent finalement le 5 mai.Plus de 7600 Canadiens avaient été tués dans les combats livrés pour libérer le pays.Des liens étroits se forgent immédiatement entre les deux pays, d'autant plus que les jeunes princesses hollandaises s'étaient réfugiées au Canada durant la guerre, d'où les magnifiques tulipes qui ornent les jar-dins de la capitale fédérale, gracieuseté du peuple hollandais.Aujourd'hui, 50 ans plus tard, les Pays-Bas sont en liesse et célèbrent le Jour national du Souvenir et de leur libération par les Canadiens.En fait les Néerlandais ont prévu des douzaines de cérémonies pour marquer l'anniversaire de leur libération de l'occupation nazie et une importante délégation canadienne, pilotée par le secrétaire d'État aux Anciens combattants du Canada, M.Lawrence Ma-cAulay, prendra part à nombre d'entre elles.Hier, c'était le jour national du Souvenir, commémoration du dernier jour où les nazis étaient encore mai-très d'une partie du pays.Aujourd'hui, c'est le Jour national de la Libération.Après demain, pendant que le monde entier commémorera la reddition complète des Allemands, à Reims, en France, les Néerlandais tiendront une cérémonie importante à Apeldoorn.Et finalement, le 8 mai, on commémorera la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe par une importante cérémonie canadienne à Groesbeck.L'armée la moins professionnelle du monde D'octobre 1944 à mai 1945, La Presse a parlé des nôtres en Hollande à presque tous les jours.Mais il est bon de mentionner que la libération des Pays-Bas a été réalisée par des volontaires qu n'avaient rien du soldat de carrière.En fait, comme le soulignait un sous-titre de La Presse de janvier 1945, il s'agissait de « l'armée la moins professionnelle du monde ».La Presse reproduisait un texte du quotidien Libération de Paris, en date du 3 janvier 1945, dans lequel le correspondant de guerre Roger Gaillard racontait son «Nouvel an en Hollande avec les Canadiens français ».« Lorsque le régiment a quitté le Canada pour aller s'entraîner en Angleterre, en attendant le D Day.le colonel n'était encore que sergent.Ce n'est pas un militaire de profession.Dans le civil, à Montréal, il est marchand de grains.Même maintenant, après les combats de Caen, de Falaise, de Calais et d'Anvers, son allure n'a rien de militaire, au sens que nous sommes habitués à donner à ce mot.Tout à l'heure, à la proue de sa che-nillettte, tanguant sur les labours, solidement posé sur ses jambes bien écartées, le visage tanné par le vent glacé, on aurait cru un fermier rentrant chez lui sur son char à blé.« Pas un seul officier de ce régiment n'est ce que nous appelons un officier d'activé.Pas de réservistes non plus puisqu'il n'y a pas de service militaire au Canada.Tous ont commencé leur instruction militaire avant la guerre.La plupart étaient étudiants en 1939, quelques-uns agents d'assurances, commerçants, avocats, fermiers.Il en est ainsi dans toute l'armée canadienne.C'est l'armée la moins professionnelle du monde.C'est aussi l'armée la moins contrainte du monde, puisque la totalité des effectifs se battant actuellement en Europe est faite de volontaires, des simples soldats aux cadres supérieurs.Les Canadiens, somme toute, ne conçoivent ni le soldat professionnel ni le soldat non volontaire.» Mais cela, au contraire, ne nuisait nullement à leur réputation.Le correspondant parisien de Libération écrivait d'ailleurs en janvier 1945 que « les Canadiens sont évidemment mieux adaptés que n'importe quels Européens à la guerre d hiver dans les bois d'Europe septentrionale.L'ennemi doit s'en apercevoir ».Roger Vailland devait conclure que si l'armée canadienne était «c la moins professionnelle du monde », elle était «c une armée des plus brillantes » : « Bien instructif pour nous aussi que cette armée de volontaires non professionnels ait été des plus brillantes pendant les batailles de Normandie et de Belgique et maintenant encore, en Hollande, tienne victorieusement tête à des troupes allemandes encadrées par le traditionnel corps d'officiers prussiens.» L'exploit d'un Montréalais Ils furent des centaines de militaires québécois francophones à combattre aux Pays-Bas et des dizaines à s'illustrer, surtout avec le Maisonneuve et les Fusiliers Mont-Royal, deux glorieux régiments de Montréal, le Royal 22e Régiment et le Régiment de la Chaudière.On ne peut résumer ici les exploits de chacun.Mais La Presse du 18 avril 1945 titrait à la une : « Exploit d'un Montréalais », expliquant en sous-titre qiT« un caporal sème la terreur chez l'ennemi avec dix parachutistes français ».Le correspondant de la Presse canadienne accompagnant les troupes canadiennes aux Pays-Bas, Russ Mun-roe, expliquait que ce militaire canadien-français, dont il ne pouvait donner le nom mais pouvait tout de même préciser que son père demeu- rait à Montréal, rue Sainte-Elisabeth, avait raconté s'être engagé comme volontaire dans les forces combattantes françaises par goût de l'aventure lorsque le général De Gaulle a demandé des volontaires, en 1942, après avoir été rejeté par l'armée canadienne à Montréal pour « défectuosités aux pieds ».Inspecteur dans les usines de munitions après avoir été licencié de l'armée canadienne en 1941, jusqu'au jour de 1942 où il s'est engagé dans les troupes de De Gaulle, il avait poussé son goût de l'aventure également sur le plan sentimental et profité de ses mois d'entraînement en Angleterre pour faire la cour et épouser une Anglaise de Derby.Il avait également participé au Jour I, le 6 juin 1944, en sautant avec des parachutistes français derrière les lignes allemandes.Avec 10 parachutistes français, il fut parachuté le 7 avril 1945 derrière les lignes ennemies, juste devant les positions de la Première armée canadienne, afin d'effrayer les Allemands et semer la diversion.Pendant toute la journée, notre caporal montréalais et ses compagnons français ont eu des escarmouches avec des soldats allemands, dont plusieurs semblaient pris de panique, croyant que les 11 Earachutistes étaient, dans les faits, eaucoup plus nombreux qu'ils ne l'étaient en réalité.Ayant réussi à faire croire que la région était infestée de parachutistes alliés, le petit groupe rendit les Allemands nerveux et ceux-ci commencèrent à se retirer pour être pris en souricière par les onze parachutistes sur les routes.Cette guérilla dura pendant quatre jours avant que l'armée canadienne ne puisse rejoindre cette avant-garde.« Lorsque tout sera fini, je retournerai à Montréal », avait déclaré à Munroe cet héroïque soldat de chez nous.Heure de gloire pour l'armée canadienne : le général canadien Charles Foulkes, ( à gauche ), commandant du l« corps d'armée canadien, dicte les termes de la reddition sans condition des troupes allemandes aux Pays-Bas au maréchal Blaskowitcz ( au centre à droite ), commandant en chef de la Wehrmacht dans ce pays, le S mai 1945.Parti capitaine en octobre 1940, Jean-Victor Allard devait en revenir en octobre 1945.général de brigade et décoré du Distinguée! service order.On l'aperçoit Ici à son retour de la guerre accueilli par sa fille et un autre héros canadien-français, le général de brigade Paul Triquet.lauréat de la Victoria Cross.De nombreux actes d'héroïsme Les deux premiers Canadiens français à atteindre le grade de général d'armée et de commandant suprême des Forces armées canadiennes en tant que chef d'état-major, les généraux Jean-Victor Allard et Jacques Dextraze, ont tous les deux commandé aux Pays-Bas, le premier comme général de brigade, le second comme lieutenant-colonel commandant des Fusiliers Mont-Royal.C'est a ce titre qu'ils ont obtenu la reddition des troupes de tout un secteur de Groningue.Dans ses Mémoires, publiées aux éditions de Morta-gne et rédigées en collaboration avec Serge Bernier, aujourd'hui historien chef des Forces armées canadiennes, le général Allard raconte : « Le lieutenant-colonel Jimmy Dextraze, avec un drapeau blanc et monté sur sa chenillette de commandement prend l'initiative de se présenter au poste de commandement ennemi, pour demander au commandant de se rendre.N'ayant plus de communication avec ses collègues, celui-ci décide qu'il viendra négocier les conditions avec moi.Dextraze l'amène à mon poste de commandement.Je ne perds pas de temps.Mon pistolet est bien exposé sur ma table lorsque je lui dis qu'il n'y a aucune condition à discuter et qu'il ferait tout simplement mieux de se rendre.l'ajoute que son équivalent du secteur nord de la ville est sur le point d'en terminer ainsi.Il consent et, accompagné de nos hommes, va ordonner le cesser-le-feu.» Souvent la libération donne lieu à des scènes de réjouissance touchantes.« À Hogeveen, raconte le général Allard, toute la population nous attend à bras ouverts, bouteilles de genièvre à la main.Ayant suivi l'avant-garde de près, je me retrouve soudainement au milieu de cette foule qui, ayant reconnu la bande rouge sur mon képi et le fanion sur ma jeep, se presse autour de moi.Sans le secours de l'officier de liaison hollandais qui m'accompagne, je ne sais pas comment je m'en serais sorti.Les drapeaux apparaissent à toutes les fenêtres et on commence à danser dans la rue.Il nous faut utiliser des hauts-parleurs durant quelques minutes avant de parvenir à persuader la foule qu'il vaut mieux qu'elle se disperse car les Allemands sont tout près et constituent toujours une menace.» Mais toutes les libérations ne sont pas aussi gaies, certaines étant mêmes nettement éprouvantes.Ainsi, à Bei-len, ratissant le secteur, le général Allard raconte : « Une de mes patrouil-les découvre un camp de concentration où on avait entassé des milliers de prisonniers politiques, en grande majorité des Juifs.Les SS allemands, aidés de quelques Hollandais, s'apprêtaient à les faire monter dans des camions pour les amener je ne sais où.Après une courte fusillade, les gardes se rendent.Les prisonniers peuvent prendre leur propre sort en main.Il y en a quelques milliers, qui sont dans un état des plus déplorables.N'ayant pas le temps de m'occuper d'eux, je leur fais donner des rations et les remets aux autorités civiles.Mais quelle vision d'horreur m'est restée de ce jour ! » Les exploits des militaires canadiens-français en Hollande sont trop nombreux pour être tous relatés ici.Le 23 octobre 1944, par exemple, les Fusiliers Mont-Royal délivrèrent Ne-rerheide mais subirent de lourdes pertes.Envoyé en renfort avec le Maison-neuve, le lieutenant Robert Saey s'empare d'une voiture d'état-major allemande, la décore d'un drap blanc de peur d'être pris pour un Allemand.Le volume Bon coeur et bon bras, qui sous la direction de Jacques Gouin, raconte l'histoire du Maison-neuve de 1880 à 1980, ajoute : « Mesure de prudence excessive, semble-t-il, dans le cas de cet officier qui peut se vanter d'avoir fait une centaine de prisonniers et libéré deux aviateurs américains.Le maire de la ville l'invita à signer le livre d'or à l'hôtel de ville.» Au début de novembre 1944, le régiment de Maisonneuve participe à l'invasion, malheureusement avortée, de l'île de Walcheren au cours de laquelle le soldat I.C.Carrière détruisit à lui seul un puissant canon qui risquait de transformer en massacre la retraite des Canadiens.Pour cet exploit, Carrière se vit accorder la Médaille militaire ( Military Medal ).C'est le Maisonneuve qui protégea d'ailleurs la retraite à cet endroit et on rapporte que le dernier soldat canadien à quitter l'île de Walcheren était un gars du Maisonneuve.Blessé mortellement, le soldat Fortier succomba à ses blessures en Angleterre, le 8 novembre 1944.Le général.Jacques Dextraze commandait un bataillon des Fusiliers Mont-Royal lors de la campagne de Hollande.Un autre héros, le lieutenant Louis Fontaine, mérita la Croix militaire ( Military Cross) le 8 février 1945.Il racontait 35 ans plus tard, en 1980: « C'est tout de même une drôle de sensation que de marcher vers l'inconnu dans la mi-obscurité, en file indienne, côtoyés par ces monstres métalliques, patauger toujours dans cette boue, entendre le sifflement des obus alliés en vol vers l'ennemi, la crainte.la frayeur ! » C'est également aux Pays-Bas que le brigadier-général Julien Bibeau et le major Çharlebois méritèrent la Croix du service distingué ( Distinguée Service Order ), le brancadier Çharlebois et le caporal Ouellette, la Médaille militaire, le caporal J.-M.Beaulieu, la Médaille de conduite distinguée ( Distingued Conduct Medal ).Mercredi de cette semaine, la municipalité de Groningue ( Groningen en néerlandais ) a honoré les vétérans canadiens qui l'ont libérée.Dans l'histoire officielle du Maisonneuve, régiment ainsi nommé en l'honneur du fondateur de Montréal, il est écrit : « Le samedi 14 avril 1945, Groningue paraissait être le dernier bastion ennemi en Hollande.Le Maisonneuve se porta à l'attaque d'une raffinerie de sucre du côté ouest de la ville.Le lieutenant Robert Sawey, responsable des mortiers, livra un véritable combat de rues d'une maison ou il s'était caché, et réussit à maîtriser la situation au risque de sa vie.» Après avoir libéré la ville, pendant deux jours, les gars du Maisonneuve furent reçus et fêtés dans les familles hollandaises.Du reste, les citoyens de Groningue n'ont jamais oublié le Maisonneuve, puisque longtemps plus tard après la guerre, ils lui décernèrent une plaque commémorative. LA PRESSE.MONTRÉAL SAMEDI 6 MA11995 PLUS t~~ Au congrès de Madrid, un atelier a mis en présence des historiens des deux AHemagnes.Le mur venait de tomber il suffit de mentionner le nom de Lionel Croulx pour réaliser comment on et il fallait fondre les interprétations historiques véhiculées des deux côtés du mur.interprète et réinterprète l'histoire, selon ses convictions et ses projets.Montréal a rendez-vous avec histoire CÊRALD LEBLANC ma .-V le fais partie des historiens d'un pays dont non seulement l'avenir est imprévisible mais dont le pas-se lui-même est susceptible de changer.» Ce suave aveu d'Aa-ron I.Gourevitch, un intellectuel russe, illustre merveilleusement le rôle ambigu des historiens dans l'interprétation du passé.Dans son article, paru dans la dernière livraison de la revue Diogène, le professeur Gourevitch explique qu'après la levée de la censure, on s'est aperçu que «c le pouls de la vie intellectuelle clandestine n'avait cessé de battre ».« On aurait pu s'attendre, ajoute-t-il, à voir sortir des cachettes des historiens les manuscrits sur lesquels ils avaient travaillé durant les décennies de réaction.Mais il n'en a rien été.Les tiroirs des historiens étaient vides.» Aaron Gourevitch explique ce singulier silence des historiens par leur proximité d'un pouvoir soucieux de légitimer sa propagande.« Organiser le passé en fonction du présent », disait Lucien Febvre en définissant la fonction sociale de l'historien.Les deux côtés du mur Tous les cinq ans, les interprètes du passé tiennent un grand congrès international.Cet été ce sera à Montréal, du 27 août au trois septembre.En 1990, c'était à Madrid.Brian Young, historien à McGill, participait aux assises de Madrid.Il se souvient d'un atelier mettant en présence des historiens des deux AHemagnes.« Le mur venait de tomber et il fallait fondre les interprétations historiques véhiculées des deux côtés du mur.C'était passionnant à voir ! » Rosemary Schade, historienne à Concordia, ajoute qu'en pratique, c'est la version ouest-allemande qui a prévalu.« On a fermé plusieurs départements d'Allemagne de l'Est, devenus de purs nids de propagande, et la transition n'a pas été facile, comme le reste de la réunification », précise Mme Schade, née en Allemagne d'une famille écartelée entre l'Est et l'Ouest.Ce n'est pas seulement dans l'éclatement de l'empire soviétique qu'apparaît la difficulté de démêler l'histoire des intérêts du présent.« Par métier, les historiens sont les premiers producteurs de la matière première dont se nourrissent la propagande et la mythologie », n'écrit-il pas Eric J.Hobsbawm.La France n'en finit plus de démêler l'écheveau du régime Vichy ; l'Italie préfère entourer de silence ses années fascistes.Chez nous, on n'a qu'à rappeler les noms des historiens Ramsey Cook, chantre du Canada unitaire, de Pierre Trudeau et de David Bercuson, prophète d'un Canada débarrassé du poids québécois.Où trouver le vrai Groulx ?« Si le Québec devient indépendant, on réinterprètera l'histoire nationale.On essaiera de fondre les versions francophones, anglophones et autochtones du passé », estime le professeur Young.Il suffit de mentionner le nom de Lionel Groulx pour réaliser comment on interprète et réinterprète l'histoire, selon ses convictions et ses projets.René Lévesque en tète, les nationalistes ont honoré le chanoine \u2014 « Notre état français, nous l'aurons ! » \u2014 comme père du nationalisme canadien-français.Depuis une dizaine d'années, ce sont les fédéralistes qui font leurs choux gras de l'ethnocentrisme et de l'antisémitisme du vénérable curé, preuve que le nationalisme québécois est vicié.Finalement, l'histoire ne nous au-ra-t-elle rien appris, sauf ce que nous savions déjà, qu'il y a des fédéralistes et des séparatistes au Québec ?Non, répond Brian Young, elle enseigne autre chose.« Groulx est un bon exemple de l'utilisation qu'on peut faire à partir d'une partie, vraie, de la réalité.L'histoire invite à un équilibre et à une vision globale.Groulx a très bien joué le rôle d'intellectuel catholique de la première moitié de notre siècle, avec sa culture limitée et marquée d'une certaine fermeture.Il a très bien saisi et mis en valeur les racines de la société québécoise.On s'est aperçu, durant les années 60, qu'il était au bout du rouleau, qu'une nouvelle façon de percevoir l'histoire forçait une réinterprétation de la société.» lean-Claude Robert, expert de l'his- toire du Québec et de Montréal de l'UQAM, ajoute que le débat actuel était nécessaire.« C'est l'absence de débat ouvert qui risque d'entraîner le nationalisme dans le repli sur soi.Le débat historique permet de voir que notre nationalisme, cristalisé à un certain moment par Groulx, a évolué avec les historiens néo-nationalistes ( Brunet, Frégault, Seguin ) et continue d'évoluer, comme le nationalisme « cana-dian », qui n'est plus impérialiste comme au XIXe siècle.» Du choléra à l'État-providence M.Robert préside le comité organisateur du grand congrès de cet été, où siègent les professeurs Schade et Young ainsi que d'autres historiens des quatre universités montréalaises.« Le congrès, selon le professeur Robert, coincide avec un point tournant de la profession au Québec.Depuis 1960, a émergé une génération d'historiens spécialisés et réticents devant une démarche trop interprétative.Quand j'ai fait ma thèse sur « le Les perles historiques de Diogène iogène, c'est le cynique grec qui dormait dans un tonneau et se promenait avec une lanterne en plein jour dans l'espoir de trouver un homme.C'est aussi le nom de la revue du Conseil international des sciences humaines, qui consacre son dernier numéro à la responsabilité sociale de l'historien.Voici quelques perles glanées dans cette substantielle publication.\u2022 « L'histoire est une perpétuelle controverse.» fan Romein \u2022 « Doter un peuple ou une nation d'un passé commun et fonder sur cette lointaine origine une identité collective, telle est sans doute la fonction sociale de l'histoire la plus ancienne et la plus constante.Comme dit John Updike, l'historien reste le spécialiste de la tribu.» Enrique Florescano \u2022 « Lorsque, dans le silence de l'abjection, l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien parait chargé de la vengeance des peuples.» « L'histoire peut négliger de com- battre les mythes, les mésinterpréta-tions et les erreurs, omettre de s'opposer aux falsifications historiques.Mais elle peut aussi susciter l'attention du public sur ce qui est oublié ou refoulé.L'histoire peut exercer toutes sortes d'influences, tout comme ne pas en exercer du tout.» Christian Meier \u2022 «t On avance que notre époque s'est considérablement éloignée de toute l'histoire passée.On illustre cela par le fait que le nombre des vivants dépasse aujourd'hui celui de tous les morts pris ensemble.» Christain Meier \u2022 « Il n'y a qu'une science des hommes dans le temps, qui sans cesse a besoin d'unir l'étude des morts à celle des vivants.» Marc Bloch \u2022 « Ce qui en soi est mortel accède par l'histoire à l'immortalité, ce qui est absent devient présent, les vieilles choses rajeunissent, les jeunes gens égalent bien vite la maturité des gens âgés.» Marsile Ficin \u2022 « Il n'est de collectivité humaine qui ne fasse et n'ait fait partie d'un monde plus vaste et plus complexe.Une histoire destinée aux seuls Jluifs ( ou aux Noirs américains, aux Grecs, aux femmes, aux prolétaires, aux ho- mosexuels, etc.) ne saurait être une bonne histoire, quand bien même elle peut réconforter ceux qui la pratiquent.» Eric I.Hobsbawm \u2022 « Ce que l'expérience et l'histoire nous enseignent, c'est que les peuples et les gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire et qu'ils n'ont jamais agi selon les doctrines qu'on pouvait en tirer.» Friedrich Hegel \u2022 « L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la formation d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent un danger pour la nationalité.» Ernest Renan \u2022 « Pour reprendre les termes de Jacques Le Goff, l'historien doit s'intéresser non seulement aux intentions de César, mais aux humeurs des soldats de ses légions, non seulement aux plans de Christophe Colomb, mais aux attentes des marins de ses caravelles.» Aaron I.Gourevitch \u2022 « L'historien est un penseur qui confronte sa propre vision du monde, et donc la vision du monde propre à son milieu, à celle des hommes qui font l'objet de son étude.» Aaron I.Gourevitch choléra de 1832 dans le Bas-Canada », je ne risquais pas de soulever trop de vagues.Ce fut différent avec mes travaux sur l'histoire du Québec et de Montréal.Nous assistons à un certain retour du balancier, où les historiens abandonnent la loupe pour rechercher une vision plus globale.» Les points de contact avec les problèmes chauds de nos sociétés ne manqueront pas au congrès de Montréal, qui gravitera autour de trois grands thèmes : les anciens et nouveaux nationalismes ; les relations hommes-femmes ; les grandes diasporas du monde.«C'est souvent indirectement qu'on touche aux problèmes d'ici, durant les discussions et table rondes, dans les échanges informels avec les collèges d'autres parties du monde.L'histoire devient de plus imbriquée d'un pays à l'autre», selon M.Robert.L'histoire revenue à l'école Même si le thème n'est pas directement à l'ordre du jour, la présence ou l'absence de l'histoire nationale dans les écoles d'ici et d'ailleurs ne manquera pas de faire surface.lean-Paul Bernard, historien à rUQAM et consultant dans l'élaboration des programmes scolaires, estime que le Québec est revenu à un certain équilibre.« Sans jamais disparaître, contrairement à ce qu'on laissait entendre, l'histoire a été emportée dans la tourmente des options au secondaire, comme la géographie et toutes les disciplines autres que le français et les maths.« On consacre maintenant, au secondaire, deux ans à la géographie et deux ans à l'histoire : en secondaire II, l'histoire générale, et en secondaire IV, l'histoire nationale Québec-Canada.Au collégial, l'histoire est redevenue obligatoire dans les options de sciences humaines et l'on a privilégié, comme ailleurs au Canada et de plus en plus aux États-Unis, la dimension internationale de la civilisation occidentale.» Peut-on encore enseigner une histoire québécoise commune aux francophones, aux anglophones, aux allo-phones et aux autochtones ?« Au secondaire, on a essayé de présenter une vision historique des faits, en faisant état des diverses interprétations : par exemple la confédération de 1867, comme pacte entre deux peuples ou union économique entre provinces.On ajouté aussi à la fin, comme possibilité d'enrichissement, les points de vue ouvrier, des femmes et des autochtones.» « Dès que le professeur ouvre la bouche, c'est alors que la réalité propre de chaque classe intervient dans le regard sur les autres que sont les acteurs du passé.» B6 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 6 MA11995 Plus Trop tard pour Jospin ?Le socialiste a réduit Vécart avec Chirac, mais il est minuit LOUIS-BERNARD ROBITAILLE collaboration spéciale PARIS près les revirements spectaculaires de la campagne électorale, les surprises du premier tour et la déroute \u2014 apparente au moins \u2014 des sondages, Plus aucun observateur politique à aris ne se hasarde à faire une prédiction !sur ce qui va se passer demain dans les isoloirs où sont conviés quelque 40 millions d'électeurs.Tout au plus, après de longues considérations sur la difficulté des reports de voix à droite, le politologue jean-Claude Casanova glisse-t-il prudemment : « Le plus probable reste l'élection de Jacques Chirac.» Il aurait pu ajouter sans grand risque : l'écart entre les deux candidats sera beaucoup moins important que ce que semblent indiquer les résultats du premier tour.« Avec 48 p.cent des voix, Lionel Jospin aura rempli son contrat », déclarait Claude Estier, un de ces proches lieutenants.À une époque plus ancienne où les votes étaient beaucoup plus « «structurés »» dans le pays \u2014 entre gauche et droite, entre centristes et gaullistes \u2014 l'issue du second tour n'aurait fait aucun doute pour personne, au vu des résulats du premier.Même si effectivement le maire de Paris a, en fin de parcours, fait un assez mauvais résultat ( 20,6 p.cent ), qui provoquait un doute réel sur sa capacité de séduire l'électorat, il n'en reste pas moins que le rapport de forces entre la « droite gouvernementale » et la « gauche gouvernementale » donnait un avantage écrasant à la première.Lorsque Mitterrand a été élu en mai 81 avec 51,5 p.cent contre Giscard, sa candidature et celle du communiste Marchais totalisaient près de 42 p.cent au premier tour.En 1988, lorsque Mitterrand écrasait Chirac ( avec 54,5 p.cent ), lui et le candidat communiste frôlaient encore les 41 p.cent au premier tour.Et Mitterrand, avec 34 p.cent des voix, avait presque autant que Chirac et Barre réunis au premier tour.Le 23 avril dernier, Lionel Jospin a certes fait un très bon résultat compte tenu de l'état de décomposition avancée du Parti socialiste depuis mars 1993.Mais il reste 11 points derrière celui de Mitterrand sept ans plus tôt lorsque Balladur et Chirac totalisent 39 p.cent des voix.Même en lui ajoutant les 8,7 p.cent du communiste Hue, cela donne à Jospin une réserve de voix de gauche de 32 p.cent seulement.Mais pour faire une comparaison adéquaute, il faut alors ajouter côté Chirac les 5 p.cent de Philippe de Villiers.Quel que soit le mode de calcul, l'écart reste gigantesque : 32 p.cent à gauche, 44 p.cent à droite.Autant dire que si dans cette configuration, Lionel Jospin gagnait demain soir, il s'agirait d'un exploit phénoménal : cela voudrait dire qu'il a fait le plein des voix de Robert Hue ( ce qui est normal ), mais aussi d'Ariette Laguillier et de Dominique Voy-net, ce qui est beaucoup plus aléatoi-re : la gauche ne retrouve normalement qu'entre 50 et 70 p.cent de ces voix.Mais même en additionnant la totalité de ces voix, on n'en est encore qu'à 40 p.cent ! Et les appuis de Jean-arie ?Pour gagner, Jospin devrait donc compter, soit sur une bonne partie des 15 p.cent obtenus par Jean-Marie Le Pen, soit sur des reports désastreux des voix de droite sur Chirac.Pour l'instant, à la fois l'expérience des autres scrutins et les sondages indiquent un ralliement massif à Chirac des électeurs de Balladur et de Villiers.Quant au mystérieux bloc des voix d'extrême-droite, on sait qu'il n'est pas du tout monolithique : dès le soir du 23 avril, des électeurs de Le Pen ( environ 15 p.cent ) faisaient savoir qu'ils voteraient pour Jospin ( pour nuire à Chirac en fait ), 50 p.cent pour Chirac, tandis que 35 p.cent s'abstiendraient.Si l'on met toutes ces approxima-tons bout à bout, on constate que sur papier au moins, Jacques Chirac garde une confortable avance, même si de toute évidence sa candidature n'a pas suscité un fol enthousiasme au premier tour.Il part d'un niveau personnel très bas \u2014 mais Lionel Jospin a un handicap encore plus formidable à surmonter.Cela étant dit, cette campagne électorale a connu de tels rebondissements, l'électorat est apparu si éclaté au premier tour et la situation est tellement fluide que plus personne n'ose jurer de rien.Comme le dit encore Casanova, « les différences entre les deux candidats paraissent aujourd'hui si faibles que des électeurs centristes \u2014 par exemple \u2014 pourraient, au nom de l'Europe, voter pour l'inof-fensif Jospin au détriment d'un Chirac imprévisible dans ce domaine et influencé par l'anti-européen Séguin ».Le débat télévisé de mardi soir \u2014 et qui n'a attiré «que» 18 millions de téléspectateurs \u2014 a amplement confirmé cette analyse : les deux candidats, fort courtois l'un vis-à-vis de l'autre, avaient des positions communes sur la plupart des grands sujets ( immigration, chômage, relance ) ou en tout cas leurs divergences apparaissaient plutôt d'ordre « technique » ( code de la nationalité, reprise des essais nucléaires, quinquennat présidentiel plutôt que septennat ).On était loin des « ruptures » et des choix de société.Cette quasi disparition de la frontière gauche-droite peut évidemment jouer dans tous les sens, donc également en faveur de Jospin qui, s'il n'enthousiasme pas lui non plus, n'effraie personne et a été reconnu universellement ( y compris par ses adversaires ) comme un homme intègre.Une qualité appréciable par ces temps de désillusion.Comme il n'y a pas véritablement de vague de fond en direction de Chirac, Jospin peut également bénéficier, non pas tellement de la tradition idéologique de la gauche, mais d'une sorte de pesanteur sociologique : en France, les agriculteurs, les commerçants et les cadres supérieurs votent massivement à droite.Inversement les ouvriers et les fonctionnares votent massivement à gauche.Peut-être une partie de ces derniers se sont-ils détournés de la gauche pour sanctionner le régime roitterrandien.les promesses non tenues et les scandales.Les travailleurs On sait même qu'une partie des ouvriers ont voté Le Pen.Comme Jospin, même s'il n'impressionne pas, a au moins « une bonne tête », et que personne n'a vraiment rien contre lui, qui sait si à la dernière minute, ces électeurs « populaires » ne retrouveront pas le vieux réflexe et ne mettront pas un bulletin Jospin dans l'urne?« Dans une configuration qui lui est a priori totalement favorable, Jacques Chirac suscite chez les observateurs un doute qui ne parvient jamais à s'effacer totalement : d'une part, et malgré de grands succès politiques, il a toujours eu un problème à s'assurer une popularité durable au sein de l'électorat ; d'autre part, cela fait deux fois de suite à une présidentielle que, tout juste avant le premier tour, il s'effondre in extremis et fait un score décevant au premier tour.D'où la question qui se pose aujourd'hui : même s'il a un fauteuil présidentiel qui lui tend les bras, est-ce que Chirac réussira envers et contre tout à trébucher sur la marche ?Cela constituerait un coup de théâtre au moins aussi spectaculaire.que la victoire de Jospin elle-même.Cela relèverait même du mystère.Car, de l'avis général, Jacques Chirac a fait une excellente « campagne du deuxième tour ».Ce qu'on pouvait redouter de sa part au lendemain du 23 avril, c'est que, devant la dispersion extrême des voix de droite ( et d'extrême-droite ), F« agité » Chirac se jette dans toutes les directions pour essayer d'aller récupérer à la fois les anti-européens qui ont voté De Villiers et les pro-Européens de Balladur, sans compter, d'abord et avant tout, les citoyens exaspérés ( ou racistes ) qui ont voté Le Pen.Le tout sans trop effrayer au centre.Malgré ce que le Monde annonçait par deux fois avec beaucoup d'insistance, Chirac a justement évité la chasse aux voix lepénistes.Le discours « social » et teinté à gauche lui avait au moins permis de remonter contre Balladur puis à le battre.Il n'a pas commis l'erreur \u2014 peut-être fatale \u2014 de changer de nouveau de cap.Il n'y a pas eu, après le 23 avril, de grands discours sécuritaires, de charges violentes et précises sur l'immigration.Sur ces sujets, Chirac est demeuré assez consensuel et à peine plus « dur » que Jospin : tout le monde est d'accord en France pour que l'immigration soit effectivement stoppée et que les illégaux soient reconduits aux frontières.Mais le candidat n'a pas infléchi son discours à droite ou annoncé de nouvelles mesures pour donner des gages.Ce qui a frappé tous les observateurs, lors du fameux débat, c'est que Chirac \u2014 pas plus que Jospin bien entendu \u2014 n'a pas du tout tendu de perche en direction du Front national ni cultivé ses thèses.Comme si les deux candidats « républicains » s'étaient judicieusement mis d'accord pour ne pas utiliser dans un sens ou dans l'autre l'argument Le Pen \u2014 ce qui ne sert qu'à lui faire de la publicité.Mardi soir, Jacques Chirac s'est présenté avec décontraction comme un candidat à la fois « social » ( relance par la hausse des salaires ) et « «libéral »» ( abaissement des charges pour les entreprises ).Comme si l'ex-trême-droie n'était pas du tout son problème.En un mot, il a bien occupé le centre du terrain, où se gagnent les élections.Si, après l'avance gigantesque accordée à la droite au premier tour, et l'excellente campagne qu'il a menée depuis, Jacques Chirac échouait finalement à se faire élire à la présidence pour la troisième fois, il n'y aurait qu'une explication ( bien peu éclairante ) à fournir.C'est ce que lui aurait dit sa propre femme Bernadette, au soir du 12 mai 88 : « Décidément les Français ne vous aiment pas.» C'est-à-dire : les Français qui ne sont pas de son parti, le RPR.Mais cela fait la majorité du pays.PHOTO AFP Le candidat socialiste Lionel Jospin réussira-t-il demain à faire encore mentir les sondeurs ?PHOTO AFP Jacques Chirac, candidat de la droite : des problèmes avec l'électorat « grand public ».Les avatars de la monnaie unique construction JEAN-LUC BIACABE ET CHRISTIAN DE BOISSIEU Les auteurs enseignent au Centre d'observation économique de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris et à l'Université de Paris! et Centre d'observation économique de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.Irise mexicaine, faillite du comté id'Orange ou de la banque Ba-rings, report massif des capitaux vers le deutschemark, l'actualité récente a été particulièrement agitée sur les marchés financiers internationaux, rappelant, si besoin était, les défis que font naître pour l'économie planétaire la mondialisation financière et la réréglementation des marchés financiers.Comme en réponse à ces événements, d'intenses débats se déroulent en ce moment dans les instances européennes sur les modalités de passage à la monnaie unique.Alors que les échéances prévues par le Traité de Maastricht ( 1997 )se rapprochent, des questions jusqu'alors éludées ou dont les réponses semblaient pouvoir attendre deviennent d'une pressante actualité.Pour l'instant, les commentaires se sont essentiellement polarisés autour des problèmes de respect des critères de passage à la monnaie unique : avec quel degré de rigueur les appliquer ?Combien de pays les respecteront-ils ?Quand les respecteront-ils ?D'autres débats portent sur le coût pour le système bancaire du changement d'unité de compte, laissant d'ailleurs un peu trop dans l'ombre les avantages collectifs à en attendre.Face à l'ampleur du chemin à parcourir et en dépit de tous les assouplissements que le Traité permet dans l'application de ses propres critères, il est quasiment acquis que nombre de pays, et non des moindres, ne pourront intégrer l'Union monétaire avant un délai, sinon prévisible, au moins planifiable.Pour ne s'en tenir qu'aux poids lourds de l'Union européenne, il semble, en l'état actuel des choses, que l'Italie, le Royaume-Uni et l'Espagne ne seront pas en mesure, pour des raisons diverses, d'accéder d'ici à la fin de la décennie à la monnaie unique.Prenant acte de cet état de fait, de nombreux projets ont fleuri au cours de ces dix-huit mois ( Europe « à plusieurs vitesses », « cercles concentriques » ).Ces schémas, partiellement destinés à répondre au problème de l'élargissement de la communauté aux pays de l'Est, ont aussi trouvé à s'appliquer à celui de l'Europe monétaire, à un moment où elle est particulièrement malmenée et où les dernières turbulences monétaires ( dévaluation de la peseta et de l'escudo ) ont accentué la fracture entre le « noyau dur » et la « périphérie ».Rares ont été pour l'instant les analyses sur les conséquences en matière de taux de change de l'exclusion de certains pays de ce premier cercle d'adhérents.Le scénario le plus courant est celui d'une coexistence entre une Union monétaire, qui accueillerait grosso modo les pays de la zone mark et la France, et un ensemble de monnaies régies par des règles s'appa-rentant à celles de l'actuel SME, ayant vocation à intégrer l'Union plus ou moins vite.Mais que se passera-1-il durant cette période?Quelles relations de change prévaudront entre le futur écu et les devises de la périphérie ?Quels garde-fous empêcheront des comportements non-coopératifs?Est-il totalement inconcevable d'envisager que les pays non membres de l'Union, frustrés d'être exclus, pratiquent ou accentuent, lorsque c'est déjà le cas, des politiques de dévaluation compétitive ?Comment réagiront alors les pays appartenant à l'Union face à de telles pratiques ?Ces risques de dérapage sont loin d'être mineurs.Contraintes relâchées Un tel retournement d'attitude n'aurait en fait rien d'exceptionnel.Pensons, par exemple, au revirement de la politique économique britannique après la sortie de la livre du mécanisme de change du SME en septembre 1992.Et il ne faut pas trop compter, à un horizon prévisible, sur des modifications importantes dans le système monétaire international qui feraient prévaloir plus de stabilité des changes au plan mondial et pourraient limiter de ce fait, indirectement, l'ampleur du conflit du taux de change entre le « noyau dur » et la « périphérie » de l'Europe.Il est aussi imaginable qu'un tel décrochage des taux de change des monnaies non membres de l'Union puisse être imposé par les marchés.Sans sous-estimer l'attachement européen de certains de ces pays, on peut d'abord craindre que l'éloignement de la perspective d'adhésion à la monnaie unique ne conduise à un relâchement des politiques de convergence.On sait combien, dans certains pays d'Europe du Sud, les contraintes européennes ont servi dans le passé à pallier l'absence d'autodiscipline nationale.Mais on peut aussi constater, tout en le regrettant, que certains de ces pays se sont finalement habitués à vivre avec l'idée d'une monnaie en dehors du SME.L'idée européenne ne semble plus avoir chez eux la même capacité de peser sur les crises politiques comme ce fut le cas dans un passé récent en Italie avec le plan Amato en 1992.Face à de telles dérives des politiques économiques, les marchés des changes pourraient être alors conduits à sanctionner ces pays par des attaques contre leurs monnaies.Autre éventualité importante, il serait dans la logique des choses, et c'est ce qu'anticipe implicitement le Traité de Maastricht lui-même, que la création de l'Union monétaire crée une dynamique favorable à la nouvelle monnaie unique.Gagnant en « qualité », celle-ci pourrait faire apparaître sous un jour encore moins favorable les autres monnaies européennes restées en dehors.Là aussi, le risque est important qu'on observe de fortes pressions sur ces dernières.Que ce soit par des pratiques délibérées ou sous l'effet de la création de l'Union, la probabilité est donc élevée que de forts décrochages de la lire, de la livre ou de la peseta interviennent à la suite de l'entrée dans la phase III.Ces mouvements aggraveraient l'actuelle sous-évaluation de la lire, voire de la livre : malgré les incertitudes liées aux estimations des parités de pouvoir d'achat, la sous-évaluation serait aujourd'hui de près de 20 p.cent pour la monnaie italienne et d'environ 10 p.cent pour l'anglaise.Un tel scénario, s'il se réalisait, se- rait bien sûr néfaste aux pays déjà membres de l'Union, qui subiraient de fortes pertes de compétitivité-prix.Il serait aussi dommageable pour le projet d'Union lui-même qui perdrait une grande partie de sa raison d'être.Laisser durablement en dehors de l'Union monétaire des membres importants de l'Europe communautaire ouvre ainsi la boite de Pandore des politiques non coopératives et peut déboucher à terme sur une partition irréversible de l'espace européen.Rattrapage ultérieur Entre ce scénario catastrophe et ce-lui, tout aussi peu souhaitable, qui consisterait à intégrer ces pays en dépit de leurs déséquilibres ou de la tiédeur de leurs engagements, la voie apparaît étroite.Au moins le premier scénario souligne-t-il le risque qu'il y aurait à ne pas prévoir une voie médiane entre l'adhésion et l'exclusion.Quelle forme pourrait-elle prendre?Plusieurs voies sont ici possibles.On peut d'abord envisager d'associer ces pays, sous des formes à déterminer, aux procédures décisionnelles de l'Union ( en particulier, au sein de la future banque centrale européenne).Que rien d'irréparable ne soit décidé sans leur accord.On peut aussi concevoir un calendrier « additionnel » à celui contenu dans le Traité de Maastricht, qui prévoirait des phases de « rattrapage » pour les pays ne satisfaisaient pas aux critères.Sans doute faudra-t-il aussi davantage formaliser les liens entre l'Union monétaire et le reste du SME, en particulier en prévoyant des modalités d'interventions concertées sur les marchés de change en cas d'attaques contre certaines monnaies extérieures à l'Union mais ayant vocation à s'y agréger assez rapidement. I LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 6 MA11995 Plus r L'autre façon d'acquitter II est permis d'innocenter un homme accw d'agression sexuelle sans pourfendre celle qui l \\ BOISy*RT lus on se penche sur le jugement d'acquittement du doc* teur Marc Bissonnette, moins on comprend ce ?ui a poussé le juge ierre Brassard à faire des commentaires désobligeants sur la présumée victime.Car des cent mille façons d'acquit-ter un homme d'agression sexuelle, il y en a une qui est unanimement réprouvée : l'attaque gratuite contre la plaignante.Il y a quatre mois, à Chicoutimi, le juge Louise-Charles Fournier, de la Cour du Québec, a acquitté deux jeunes touristes français d'agression sexuelle aux dépens d'une adolescente de 17 ans.Dans cette affaire comme dans le procès Bissonnette, on était devant un cas où « quelqu'un mentait » : les accusés ou la plaignante.Dans le cas de Chicoutimi, la jeune femme disait avoir été agressée par quatre des cinq jeunes Français venus la reconduire chez elle en fin de soirée.Les cinq Français ont défilé à la barre et ont nié avec aplomb tout contact sexuel avec elle.Le juge Fournier a acquitté les accusés.Mais même si la défense lui avait fourni une occasion de conclure au « coup monté », en faisant grand étalage des problèmes psychologiques de la plaignante, le juge Fournier n'a pas franchi ce pas.Il y a des cas, a-t-il dit, où un juge doit admettre qu'il ne sait pas ce qui s'est passé.Il n'a pas à choisir entre deux versions, mais bien à se demander si la preuve de la Couronne est probante au-delà de tout doute raisonnable.La Cour suprême a bien enfoncé le clou ces dernières années : même si le juge ( ou le jury ) pense que l'accusé ment, il faut néanmoins se demander si la preuve, dans son ensemble, ne laisse subsister aucun doute raisonnable sur sa culpabilité.L'accusé peut paraître mentir mais dire la vérité, ou mentir sur un détail et dire la vérité sur l'essentiel.Bref, la prudence s'impose quand vient le temps d'évaluer la crédibilité d'un accusé.Le revers de cette exigence envers l'État accusateur, c'est qu'on peut être acquitté sans être innocent.Le système se préoccupe surtout de faire en sorte qu'aucun innocent ne soit condamné.Aussi, tout en acquittant les deux Français, le juge Fournier avait bien souligné n'avoir aucune raison de ne pas croire cette adolescente.Elle est apparue très sincère, digne de foi, touchante, même.Les accusés eux aussi ont semblé crédibles et ne se sont pas contredits.En pareil cas, rien ne permet d'exclure leur témoignage, et l'acquittement s'impose.Les conséquences d'une condamna- PHOTO ROBERT SKINNER.La Presse le Dr Marc Bissonnette, un chirurgien plasticien, était accusé d'avoir vidé sur la table d'opération une patiente de 26 ans sous sédation.Il a été acquitté.tion criminelle sont trop graves pour fonder un verdict de culpabilité sur une preuve pleine de zones d'ombres.Et être acquitté d'agression sexuelle ne veut pas dire avoir été victime d'un «c coup monté ».L'acquittement de Chicoutimi n'a pas soulevé de protestation des groupes de défense des victimes d'agression sexuelle.Pourquoi ?Parce que le juge Fournier a été respectueux de la plaignante, et qu'il a bien justifié son jugement.Bien sûr, il y a de fausses accusations, et pas plus tard que le mois dernier, une femme a été condamnée pour parjure à Montréal pour avoir faussement accusé trois hommes d'agression sexuelle.Mais de cela aussi, la preuve est difficile à faire.Avant de blâmer une plaignante, de l'humilier publiquement, ne doit-on pas exiger une preuve sérieuse ?Dans l'affaire Bissonnette, la défense s'est bien gardée de plaider quel- que coup monté que ce soit.Le contre-interrogatoire de la plaignante, quoique long, a été respectueux.Pourtant, le juge Brassard s'est mêlé de commenter son comportement Trois mois pour « céder » Dans cette incroyable affaire où Bissonnette, un chirurgien plasticien, était accusé d'avoir violé sur la table d'opération une patiente de 26 ans sous sédation, l'accusé se défendait en plaidant avoir eu une relation sexuelle libre avec la jeune femme avant de l'opérer.La tante de la patiente a dit avoir assisté au viol en regardant par la fenêtre de la clinique, située au demi-sous-sol de l'immeuble.La mère de la plaignante était avec elle et a dit avoir vu le sexe du médecin sorti du pantalon de chirurgie.La description de l'agression sexuelle était très sommaire ( un ou deux coups de bassin, disait la tante ), et les deux femmes ne se souvenaient d'aucun détail physique de la salle d'opération.Quant à la patiente, elle était censée dormir pendant l'agression, et ne pouvait donc en témoigner.La défense s'est bien gardée de lui demander directement si elle n'avait pas eu une relation sexuelle avec son médecin avant d'être opérée, cependant.Une fois le témoignage de la jeune femme terminé, la Couronne a réalisé que certaines questions importantes ne lui avaient pas été posées.Au lieu de la faire revenir à la barre, avec l'accord de la défense, la Couronne a déposé une déclaration écrite de la patiente.Celle-ci y déclarait n'avoir jamais eu de relation sexuelle avec le médecin et disait exiger le port du condom lors de ses relations sexuelles.La Couronne pensait ainsi démontrer comment il était improbable que cette jeune femme couche avec son médecin sans utiliser de condom.Ce fut une erreur importante, car un barman est venu dire à la cour qu'il a eu à la même époque une demi-douzaine de relations sexuelles non protégées avec elle.Son témoignage est incontestable, car des traces de son sperme ont été découvertes sur les organes génitaux de la jeune femme.Le barman a dit qu'il avait vu cette fille venir à son bar pendant deux ou trois mois avant de « sortir » avec elle.Elle n'avait pas l'air d'une fille légère, a-t-il dit.L'analyse de la crédibilité des témoins faite par le juge Brassard lui donnait au moins trois motifs d'acquittement qui étaient suffisants à eux seuls : il a cru l'accusé complètement ; il n'a pas cru les témoins de la Couronne parce que non fiables selon lui ; il a cru la preuve d'expert de la défense disant qu'une agression sexuelle sous sédation aurait « réveillé » la patiente, et donc qu'elle était à peu près impossible.On peut ne pas être d'accord avec cette analyse.Le comité de discipline du Collège des médecins, face aux mêmes faits ( mais avec des règles de preuve moins exigeantes ), a d'ailleurs conclu que Bissonnette mentait et que les témoins de l'accusation n'avaient apparemment aucun motif de mentir.Quoi qu'on pense de la vision des choses du juge Brassard, on voit qu'à ces trois raisons d'acquitter Bissonnette, il a voulu ajouter une charge contre la plaignante.Il n'a pas fallu longtemps à cette jeune femme pour sortir avec le barman, a-t-il dit.En 1993, à Montréal dans la province de Québec, trois mois de fréquentation entre deux adultes avant une relation sexuelle, ce n'était pourtant pas exactement un record de vitesse.Puis, le juge ajoute que le Dr Bissonnette, lui, qui a suivi sa patiente de 1989 à 1993, a mis beaucoup plus de temps avant de « céder » et de coucher avec elle ( selon sa version ).Comme si le fait de coucher avec ce barman signifiait qu'elle était universellement disponible.On voit dans ces commentaires percer une vision des rapports hommes-femmes ou l'homme serait la victime de ses pulsions irrésistibles envers la femme, objet de tentation.Bissonnette n'allait pourtant pas jusqu'à dire qu'il avait été agressé ! Ce n'était qu'une « petite phrase », de celles que les juges redoutent de prononcer en « glissant ».Mais dans ce cas-ci, le juge Brassard savait ce qu'il faisait.Il avait déjà présidé des procès très médiatisés ( le boxeur Alex Hiton, Glenn Crossley, le conducteur qui a heurté mortellement Victor Davis, etc.).Il y a eu jusqu'à 15 journalistes dans la salle d'audience pour suivre le procès Bissonnette.L'heure n'était pas à l'improvisation.La Cour d'appel dira si le juge Brassard a bien analysé la preuve et s'il a respecté les règles de droit.En attendant, il faut admettre que si l'acquittement était bien fondé, il y avait au moins une « autre façon d'acquitter », comme dirait le slogan.Le « meilleur des mondes médiatiques » La tendance à la concentration internationale des communications n'a cessé de s'accentuer ANDRÉ LANCE World Media BELGIQUE Ancien président du groupe Ti-me-Warner, le défunt Steve Ross, déclara fièrement, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, que son groupe avait certainement joué un rôle décisif dans les changements politiques survenus en Europe centrale et orientale.Quant à Ted Turner, il peut se flatter d'avoir offert en direct à la télévision russe en même temps qu'au reste du monde les images de l'assaut de la Douma ( le parlement de Moscou ), en septembre 1993.Dans un monde où le pouvoir symbolique demande à s'exercer à l'échelon planétaire, le développement des grands groupes de communication constitue un enjeu important qui semble avoir définitivement échappé à toute possibilité de réglementation démocratique.Concurrence et concentration Tous les étudiants en journalisme connaissent au moins la concurrence qui opposait les grandes agences de presse dès la fin du XIX« ST »afsu-p« ET »e siècle.Et tous les amateurs d'histoire de cinéma connaissent la lutte acharnée que les majors américaines ont menées, au lendemain de la Première Guerre mondiale, pour conquérir la planète.Or, depuis le milieu des années 80, la tendance à la concentration internationale de l'industrie de la communication n'a cessé de s'accentuer, en même temps \u2014et c'est là le paradoxe\u2014 que la concurrence devenait plus apparente.Traditionnellement, et en particulier aux États-Unis depuis les années 20, la politique réglementaire dans le domaine de la radiodiffusion était justifiée au nom de la lutte contre les effets néfastes de la concentration ( symbolisée par les trois grands réseaux classiques : CBS, NBC, ABC ).Depuis les années 70, la critique de cette politique réglementaire a conduit à la levée progressive des mesures anticoncentration, accusées d'être elles-même génératrices d'effets pervers entravant le développement de la concurrence : c'est ainsi que l'on a assisté successivement aux Etats-Unis à la déréglementation du câble, de la diffusion satellitaire, du networking des chaînes hertziennes et que l'on voit actuellement sauter l'un des derniers tabous établis dans les années 20 : l'interdiction pour les sociétés de téléphonie d'intervenir dans le domaine de la diffusion et du câble.De même, dans le domaine du cinéma, l'interdiction pour les studios de posséder des circuits de salles est progressivement tombée en désuétude durant les années Reagan.La fin des séries monstres Résultat de cette politique de déréglementation : plus de 200 chaînes sont proposées aux opérateurs de réseaux câblés.Mais cette multiplication d'acteurs intervenant sur le marché s'accompagne de nouveaux mouvements de concentration et d'intégration.Ironie de l'Histoire, la diversification croissante de l'offre qui ne garantit pas le pluralisme nécessite des investissements de marketing de plus en plus importants.La télévision numérique, qui permettra bientôt aux câblo-opérateurs d'offrir à leurs abonnés jusqu'à 500 canaux, ne fera qu'accroître cette importance du marketing et ce n'est pas un hasard si une entreprise de téléachat ( QVC ), spécialisée dans le marketing interactif, se trouve au coeur des grandes manoeuvres financières en cours autour du groupe Paramount.En retour, la fragmentation de l'of- fre conduit à un affaiblissement des budgets de production mobilisables par chaque chaîne.La situation est déjà extrême en ce qui concerne les images d'information : outre CNN, seules deux agences d'images sont encore capables d'agir à l'échelle mondiale.Dans le domaine du cinéma, on constate une tendance à la réduction du nombre de films à gros budgets.Quant à la période dorée de la production des séries monstres, façon Dallas ou Dynasty, elle est belle et bien révolue.Cette crispation du marché américain, sous des apparences de flatteuse luxuriance, entraîne les entreprises américaines d'ailleurs souvent tombées aux mains d'investisseurs étrangers à accentuer leur déploiement international.Les marchés étrangers constituaient classiquement pour Hollywood une véritable rente : films et programmes audiovisuels étant amortis sur le marché national, les ventes à l'étranger généraient quasi automatiquement des bénéfices.Ces temps sont révolus.Désormais, les Américains doivent considérer les revenus d'exportation comme des ressources indispensables au montage financier d'un projet.Les apports en coproduction passés par des distributeurs ou des diffuseurs étrangers tels que le français Canal Plus, l'italien Fininvest ou le luxembourgeois CLT deviennent de plus en Ï>lus indispensables.Cela signifie que es intermédiaires de distribution ou de diffusion deviennent des freins à la rentabilisation de l'internationalisation du marché et qu'il importe aux grands groupes américains de devenir leurs propres distributeurs ou diffuseurs en Europe.Le succès des mégacomplexes construits en Europe par les majors est exemplaire de cette stratégie où il ne suffit plus de contrôler l'offre, mais où la maîtrise du dernier maillon de la chaîne de distribution, celui du contact direct avec les consommateurs, est devenue essentielle à la fois pour la connaissance du marché et la remontée maximale des recettes.Le projet de Blockbuster, de mailler à l'échelle européenne un réseau de vente au détail de vidéocassettes, ou celui de Ted Turner de fournir à l'Europe le cata-logue de dessins animés « ST » o b12 « ET » H a n n a h Barbera* ST »ob0« ET », en contournant les diffuseurs natinaux, relèvent de la même tendance.L'Europe en panne Face à cela, l'Europe parait toujours plus démunie et divisée.Les tentatives de la fin des années 80; visant à investir directement aux États-Unis, ont le plus souvent échoué.TV South, le Crédit Lyonnais et, dans une moindre mesure BouyguesTFl ou Canal Plus ont payé cher leur attraction pour le mirage hollywoodien.Seul Philips semble encore croire à une possibilité de stratégie « à la japonaise » permettant d'être présent aux États-Unis par le contrôle de catalogues ou d'entreprises de production.Par ailleurs, les stratégies réglementaires visant à limiter la concentration ont généralement fait long feu sur le continent.Témoin, l'impossibilité pour les gouvernements italiens successifs d'endiguer la puissance de Silvio Berlusconi ou pour les tribunaux allemands de limiter le développement du groupe Kirch.Peut-on imaginer que des problèmes qui n'ont pu être résolus à l'échelle nationale le soient à l'échelle européenne ?La croissance du marché intérieur de la radiodiffusion a logiquement conduit au développement à l'échelle européenne de quelques grands groupes privés de radio-diffuseurs.Experts et responsables Klitiques se sont alors interrogés sur pportunité de textes européens dé- finissant un cadre anti-concentration à l'échelle de ce grand marché.Le Conseil de l'Europe, la Commission européenne et le Parlement européen se sont penchés sur cette question, sans que, jusqu'à présent, un consensus ne se dégage sur une réglementation européenne ou une option libérale.La difficulté de mettre en place des dispositifs anti-concentration conduit à effectuer un choix.Soit soutenir les petites entreprises par des aides à la presse, à la production et à la distribution cinématographique et audiovisuelle, soit appeler les citoyens à la vigilance.Les aides, pratiquées depuis plusieurs décennies, n'ont pas toujours rempli leur mission mais, sauf à sacrifier aux desiderata des représentants de l'industrie américaine, on voit mal comment on pourrait en remettre radicalement en cause le principe : la contribution au développement du pluralisme demeure une obligation légale et morale des États européens.Quant aux appels à la vigilance du public, ils ne sont pas nécessairement simples voeux pieux.Encore faut-il éviter tout manichéisme : après tout, certains grands groupes internationaux jouent un rôle indéniable dans la mise à disposition du public d'informations critiques ou d'oeuvres littéraires, cinématographiques, audiovisuelles ou musicales de première qualité.Le raffinement du marketing est tel que le public ne peut qu'être globalement satisfait par la variété de l'offre qui lui est présentée.N'est-ce pas en définitive dans le marketing culturel que réside le véritable danger de l'aliénation des esprits ?George Orwell dénonçait danv « 1984» le danger de l'émetteur unique.En réalite, c'est bel et bien « Le Meilleur des Mondes » et la fragmentation de la société en couches sociales satisfaites de leur sort décrite par Aldous Huxley qui s'annonce. B8 \u2014.LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 6 MA11995 Ma * : - 1 MAISONS D'ENSEIGNEMENT PRENEZ DE L'ASSURANCE AVEC UNE FORMATION À TOUTES ÉPREUVES Le décloisonnement des institutions financières et la déréglementation qui a suivi l'adoption de la loi 134 ont entraîné des changements importants et de grands bouleversements dans le domaine de l'assurance de dommages.Avec le libre-échange, la globalisation des marchés, l'apparition de nouveaux géants financiers qui apportent une vive concurrence et surtout la possibilité qu'auront les banques de vendre des polices d'assurance directement aux consommateurs en 1997, il devient impératif que les entreprises qui oeuvrent dans le domaine de l'assurance prennent toutes les mesures pour satisfaire les consommateurs de plus en plus exigeants.Ces entreprises doivent donc posséder des employés bien formés, polyvalents et aptes à maîtriser les nouvelles stratégies de mise en marché et l'impact du nouveau code civil sur les contrats d'assurance.Cette formation vous pouvez l'obtenir dans certains cégeps du Regroupement des collèges du Montréal métropolitain.Un DEC spécialisé et des AEC à l'avenant Il existe un programme à temps complet à l'éducation régulière de jour, d'une durée de trois ans, qui saura combler ceux qui désirent une formation exhaustive dans le domaine des assurances.Le programme TECHNIQUES ADMINISTRATIVES.OPTION ASSURANCES GÉNÉRALES forme des spécialistes de l'assurance oeuvrant dans le secteur de la distribution, du paiement des réclamations et de la sélection des risques.Ceux qui désirent devenir courtier apprendront à recruter des clients, à calculer des primes, et connaîtront les différents types de polices.En tant que rédacteur en production, vous saurez fixer des tarifs, déterminer des conditions de contrat, établir des montants d'assurance.Les enquêteurs de sinistre, quant à eux, apprendront tous les rouages du métier comme la rédaction de rapport, l'enquête lors de sinistre ou de vol, la négociation de règlement ou encore la préparation de preuve lors de procès en cas de litige.Les finissants de ce programme sont en demande et les plans de carrière proposés par les entreprises sont alléchants.L'AEC en assurance de dommages L'AEC en assurance de dommages se présente sous plusieurs formes.On peut, si on le désire, suivre ce programme de jour, à temps complet, pendant un an ou encore à temps partiel pendant trois à six ans selon le rythme que l'on désire et selon la disponibilité des cours.C'est un programme d'études fabriqué par compétences.Il s'adresse à trois professions particulières du domaine des assurances: agent ou courtier d'assurance, souscripteur et expert en sinistre.Les étudiants à ce programme apprendront à communiquer avec la clientèle, à rédiger des rapports, à utiliser des techniques de vente, à utiliser des techniques d'informatique, à appliquer des notions de base en comptabilité financière, à associer des notions de mécanique du bâtiment et des normes de prévention, à situer tes lois et les règlements relatifs à l'assurance de dommages et finalement à analyser les différents produits d'assurance.Les agents et les courtiers sauront promouvoir des produits d'assurance, conclure des transactions et assurer le service à la clientèle.Les souscripteurs pourront eux aussi promouvoir des produits, analyser une proposition d'assurance et souscrire un risque d'assurance.Finalement les experts en sinitre pourront bien entendu réaliser une enquête et régler un sinistre.Les ateliers de formation sur mesure Les entreprises du secteur des assurances peuvent obtenir de la formation créditée ou sur mesure qui permettra à leurs employés d'actualiser leurs connaissances et augmenter ainsi leur productivité.À titre d'exemple voici une formation sur mesure qui pourrait être offerte aux divers intermédiaires actifs dans le domaine des assurances.Pour les agents, les courtiers, les souscripteurs et les experts en sinistre une formation spéciale sur le nouveau code civil peut être envisagée.On retrouvera aussi des cours et des ateliers en gestion du temps et milieu de travail, en stratégie de mise en marché, en techniques de vente, en promotion de produits et en communication avec la clientèle.Des cours et des ateliers offerts selon les désirs des entreprises.Le cégep, un choix qui s'impose Les cégeps, par l'entremise des Centres de formation aux entreprises offrent des programmes et des ateliers de formation qui collent à la réalité du marché.La formation tient compte des particularités d'action et des besoins spécifiques des personnes en formation.C'est pourquoi on retrouve parfois des ateliers de formation qui sont communs à tous les intermédiaires et d'autres qui sont particuliers aux diverses disciplines, ce qui permet aux finissants d'intégrer immédiatement les acquis de leur formation dans leurs activités concrètes et quotidiennes.Cette chronique vous est offerte par le Regroupement des collèges du Montréal métropolitain qui regroupe les cégeps suivants: Ahuntsic A ndré-Laurendeau Bois-de-Boulogne Dawson Edouard-Montpetit John Abbott Maisonneuve Marie- Victor in Montmorency Rosemont Saint-Laurent Vanier Vieux Montréal v r l * \u2022 : * : ; | - H I ?« s - 11 IL RESTE ENCORE QUELQUES PLACES AUX COURS DU JOUR ÉLECTRONIQUE \u2022 TECHNICIENS \u2022 TECHNICIENNES Evaluez sérieusement une carrière dans ce secteur remploi y est exceptionnel \u2022 les milieux de travail sont diversifiés les salaires sont élevés \u2022 les conditions de travail sont excellentes le travail est motivant \u2022 l'avenir est grandement ouvert Choisissez Teccart pour votre D.E.C.c'est le pionnier de la formation \u2022 trois programmes sont offerts: la formation branchée : .en électronique le placement de ses diplômés est remarquable le cours est pratique, au point près de la réalité industrielle l'étudiant obtient un suivi personnalisé 243.06 Technologie de l'électronique industrielle (Instrumentation/Contrôle) 243.11 Technologie de l'électronique 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Inscription pour sessions d'été et d'automne.Formation professionnelle niveau collégial \u2022 Graphisme AEC 900.49 \u2022 Infographie AEC 901.86 \u2022 Illustration 9 Multimédia \u2022 Jour/soir \u2022 formation sur mesure en entreprise COLLÈGE 388-572S -(514) 526-2501 r-:- SALETTE 188).Bout iaint-l«R« Kontréal (Québ«) H2M IM2 ÉUC/înuoe FORMATION INTENSIVE \u2022 début des cours en mai i99s Programme double Graphisme et infographie jumelés Production infographique Session d'été intensive Illustration Session intensive d'été Admissible aui différents d-i.de à h formation (Sprint, crédit d'impôt, prolongation des prestations d'assuran«-
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