La presse, 20 août 1994, B. Plus
[" LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 20 AOUT 1994 Paul Desmarais\tRoger D Landry\tClaude Masson Marcel Desjard.ns\tAlain Dubuc °reS,dent ^ ed'teUr\t°a'teur adi0'nt\t' information cd,tonale en chef Parizeau, Chrétien, même combat Au fil de ses déclarations, Jacques Parizeau a énoncé une strategie en cinq points face au déficit, aux coupures et aux impots qui est littéralement en train de le transformer en clone de Jean Chrétien.Le chef pequiste dénoncé systématiquement les compressions qui ont dénaturé les grands programmes de santé, d'éducation, de protection sociale, dont il entend préserver l'intégrité; il promet de ne pas augmenter les impôts; il s'engage à multiplier les investissements publics pour accélérer la relance, notamment dans son comté; il promet néanmoins de réduire le déficit d'une façon assez marquée ; et, pour y arriver, il compte sur la croissance économique.Ces cinq points reprennent, presque mot a mot.les axes de la campagne de Jean Chrétien.Et ce discours décrit une équation budgétaire qui ne tient pas.Nous savions, bien avant sa victoire prévisible, que Jean Chretien devrait faire marche arriére.Et nous savons donc déjà que Jacques Parizeau, avec les mêmes promesses et les mêmes demi-verites, après sa victoire presque assurée, devra lui aussi renier ses engagements au nom des impératifs financiers.Il y a bien sùr un scénario du pire, selon lequel le PQ au pouvoir, irresponsable, créerait le chaos dans les finances publiques.C'est peu plausible parce que la gestion financière des gouvernements péquistes s'est inscrite dans la même logique que celle des gouvernements libéraux: après le laxisme des années 70, Québec a entrepris un virage de relative austérité dans les années 80.Ce virage n'a pas été amorcé par M.Parizeau.mais bien par ceux qui lui ont ravi la direction du Conseil du Trésor, Yves Berube et ensuite Michel Clair.Et c'est cette meme politique que les libéraux ont suivie.La différence entre libéraux et péquistes ne résulte pas d'un affrontement idéologique entre une droite inhumaine et une gauche humaniste.C'est plutôt l'écart inévitable entre un gouvernement qui a dû se salir les mains et qui ne peut plus mentir et une opposition qui peut encore masquer son cynisme électoral derrière des promesses faussement naïves.Mais il n'en reste pas moins que celui de ces deux partis qui prendra le pouvoir se frappera à un mur.Après douze ans de compressions, la crise financière récurrente n'a toujours pas ete reglée de façon définitive.Et, à mesure que le temps avance.le gras se fait rare et les coupures, de plus en plus pénibles, menacent les missions de l'État.Nous sommes rendus au stade ou la seule façon de contrôler les finances passe par une redéfinition des objectifs de l'État et de ses façons de faire.On sait très bien ce que signifient ces changements.On a pu voir à quoi ressemblait un gouvernement qui veut vraiment éliminer le déficit avec Frank McKenna, au Nouveau-Brunswick, et Ralph Klein, en Alberta.Ce n'est pas joli.Aucun des deux partis qui s'affrontent ici n'a fait preuve du meme courage et de la même franchise.Mais il n'en reste pas moins que Daniel Johnson, sans être totalement limpide, a fait preuve à tout le moins d'une certaine sobriété budgétaire et entend se donner des moyens qui lui permettraient de contrôler son déficit, par une loi qui forcerait l'équilibre budgétaire, par une certaine remise en cause de la sécurité d'emploi, par un désir de réinventer l'État.Du côté de Jacques Parizeau, on flotte encore en pleine pensée magique.L'ex-ministre des Finances promet de revoir les compressions, promet la sécurité d'emploi, promet de très im- portantes dépenses d'investissement, mais il promet aussi, après s'être mis ces boulets aux pieds, de réduire le déficit plus rapidement que les libéraux.Il s'engage, en effet, à eliminer en deux ans le déficit des opérations courantes, ce qui revient a ramener le déficit global de 4,4 milliards à 1,7 milliard.Daniel Johnson, pour la même période, vise un déficit de 3,3 milliards! M.Parizeau n'est pas seulement le père Noël, il est aussi la Fee des étoiles.Ce sont des engagements franchement frivoles.Et ce n est pas un hasard si cette équation impossible s'inscrit dans la même logique que la démarche de Jean Chrétien.Elle trouve ses fondements dans les mythes et les doctrines d'une même génération, dont M.Parizeau a tant de mal à s'affranchir.Il croit encore que l'on peut couper sans douleur, «en regardant tout ça», que la reprise fera fondre le déficit, comme dans le bon vieux temps, que ses trucs usés de tripotage de chiffres éblouiront encore la galerie.Et surtout, il croit qu'il ne faut pas faire appel a l'intelligence des électeurs et que ceux-ci ne sont pas prêts â ce qu'un politicien adopte avec lucidité et franchise un discours d'austérité.La seule grande différence entre Jean Chretien et Jacques Parizeau, a cet égard, est que Jean Chrétien est entouré par des gens qui pouvaient mettre des bémols à ses élans et gerer l'Etat avec précision.Au Québec, tout indique que c'est M.Parizeau lui-même qui gardera la haute main sur la gestion des finances publiques.Ce n'est pas nécessairement sécurisant.Cela nous met face à deux scénarios: ou bien un gouvernement péquiste nous mettra dans le trou, ou bien, ce qui est plus plausible, il devra amorcer un virage radical, briser ses promesses et trahir les espoirs qu'il avait suscités.Alain DUBUC »» % Entre loi et bon sens On ne peut pas tout prévoir.Et les meilleures lois au monde ne pourront jamais suppléer totalement à l'absence de jugement ou de sens élémentaire de la justice et de î'ethique.À preuve, tout le dossier des congés, avec ou sans solde, accordés aux candidats en vue des prochaines élections.MME I.La régie de base veut que tout salarié puisse se prévaloir d'un congé sans solde pour tenter de se faire élire.Pour faciliter l'engagement politique de tout citoyen sans égard a sa fortune personnelle, la loi permet a l'employeur de continuer â payer son salaire à un candidat sans que cette somme soit comptabilisée comme contribution a sa caisse électorale.C est dans l'application de ce principe inattaquable que se posent des problèmes qui rele-vent plus du bon sens que des arguties juridiques.Cette semaine, trois cas ont retenu l'attention.Le meilleur exemple d'une interprétation raisonnable de la loi est fourni par Robert Perreault, candidat du PQ dans Mercier.qui a quitté la présidence de la STCUM, tout en conservant son poste de conseiller municipal à 30 000 $ par année.Par définition, ce dernier statut implique un travail à temps partiel qui n est pas incompatible, pendant quelques semaines, avec celui qu'implique une campagne électorale.Pas plus, en fait, que celui d'un député qui continue à être payé pendant qu'il tente de se faire reélire.il en va autrement, par contre, avec le poste de président de la STCUM.qui constitue un emploi a temps plein et peut entraîner des conflits d'intérêts en cours de campagne électorale et meme après la defaite toujours possible d'un président-candi-dat.C'est tout a l'honneur de M.Perreault de l'avoir compris.On ne peut malheureusement en dire autant de François Oui-met qui a choisi de demeurer a la tète de la CÉCM tout en portant les couleurs du Parti libéral, dans Marquette.Même si, techniquement, sa décision ne contrevient pas à la lettre de la loi électorale, il eût été plus sain qu'il obéisse à la même logique en quittant la présidence tout en demeurant commissaire.C est cependant a l'animateur radiophonique André Arthur que revient la palme du mépris absolu de toute règle d'éthique en matière de démocratie.Là non plus, rien ne s'oppose légalement a ce qu'il conserve son émission d'affaires publiques tout en étant candidat.Mais, étant donné la nature particulière de son travail, il parait évident qu'il bénéficiera d'une tribune exceptionnelle qui represente un privilège indu face à ses rivaux.Dans son cas.ce n'est pas que son salaire qui devrait être considéré comme un revenu de campagne, mais aussi la valeur du temps d antenne dont il dispose.Personne ne peut lui reprocher, comme a toute autre vedette, de miser sur sa popularité pour essayer de se faire élire.Mais des lors qu'il décide de jouer le jeu de la politique, il devrait avoir la decence d'en respecter toutes les règles.Y compris celles qui ne sont pas écrites parce qu'elles devraient aller de soi si on a un minimum de respect de son métier, du public et de la démocratie.mmwwm graviL La reine de qui?Etre la reine de la Grande-Bretagne et du Commonwealth, c est une chose.Mais être encore la reine du Canada, en 1994, c est autre chose.Un étrange anachronisme qui laisse croire que le Canada est incapable d'assumer seul son identite.Au moment ou r Australie s'apprête à rompre ses liens officiels avec la monarchie britannique, d'ici la fin de la décennie, un récent sondage Gallup montrait qu'un nombre croissant de Canadiens se disent favorables à la rupture des liens avec la monarchie.Même les très orthodoxes journaux anglophones, dont The Gazette et le Globe and Mail, s'interrogent sur la façon de pourvoir un jour ce pays d un chef d'État qui ne soit pas le roi ou la reine d un autre pays.Ce genre de reflexion, il n'y a pas si longtemps, aurait été perçu comme un inqualifiable crime de lèse-majesté.Mais les temps changent et l'actuelle visite du couple royal, venu présider l'ouverture des 15e Jeux du Commonwealth, passe presque inaperçue.Quelle est la pertinence de cette monarchie dans un pays où le sentiment antimonarchique va en grandissant?Ce sentiment atteint même ses propres sujets.Selon une etude publiée dans le Sundav Times de Londres, seule la reine Conserve encore un peu de l affection et du respect de ses sujets, la réputation des autres étant irrémédiablement ternie, et I avenir meme de la monarchie serait en danger.Il ne serait pas mauvais que le Canada se débarrasse de la monarchie britannique avant que les Britanniques le fassent pour nous.Claudette tougas DROITS HEbEHVLi A-t-il une bonne raison de voter pour le PQ celui qui n'est pas séparatiste?MARCEL ADAM eaucoup de Québécois votent de manière stratégique.Ils ne votent pas selon leur conviction ou leur penchant, mais pour tempérer les «excès» du suffrage universel ou pour faire contrepoids à l'engouement de l'électoral pour un par-_ \u2022 ti.C'est ainsi qu'ils voteront pour la formation qu'ils ne voudraient pas voir accéder au pouvoir, afin de donner une forte opposition au parti dont ils souhaitent la victoire; ou encore ils appuieront dans leur comté un candidat du parti qui n'a pas leur confiance parce qu'il s'agit d'une personne de qualité.Ce «finassage» a parfois l'inconvénient de priver le parti de prédilection de ces votcurs trop calculateurs de la majorité nécessaire à l'accomplissement de ses engagements les plus audacieux ou progressistes.Quand il n'a pas celui de porter au pouvoir le parti que ces électeurs compliques avaient appuyé par stratégie tout en le vouant à l'opposition Ce travers se manifeste plus particulièrement dans la conjoncture politique qui est la nôtre, où l'électorat est acculé à choisir entre un parti fédéraliste et un parti séparatiste, dans une élection qui doit permettre aux citoyens de simplement écon-duire ou reconduire le gouvernement sortant.Tout indique qu'une multitude de Québécois se proposent de faire un choix stratégique, le 12 septembre prochain, étant donné qu'une majorité d'électeurs se dit prête à élire le Parti québécois, pour ensuite battre son option indépendantiste au référendum.Si.en temps ordinaire, le vote stratégique a souvent des effets pervers, cet exercice risque d'avoir des conséquences que n'ont certes pas prévu les électeurs qui ont décidé de s'y adonner le mois prochain.L'autre semaine, un professeur de philosophie au Cégep Ahuntsic, Pierre-Yves Bonin, publiait dans Le Devoir un article où il mettait en garde cette catégorie d'électeurs.Pour lui, le votcur stratégique devrait y penser à deux fois avant de mettre le PQ au gouvernail aux prochaines élections.Si ils élisent ce parti pour rejeter ensuite son option, on se retrouvera dans un cul-de-sac, et les responsables de cette colossale perte de temps et d'énergie seront encore une fois ces électeurs qui sont à l'origine de l'im- passe dans laquelle se trouve aujourd'hui le Québec.Le voteur stratégique pourrait désirer tout simplement un bon gouvernement, remplacer une équipe usée par une équipé plus dynamique et plus agressive, prête à défendre contre vents marées les intérêts de ses commettants.Ce serait le même raisonnement que celui qu'il faisait en 1976: élisons une équipe nationaliste forte qui défendra les intérêts du Québec et, le moment venu, on lui rappellera les limites de son mandat.Mais le faits risquent de ne pas se dérouler selon le scénario prévu.D'abord, il n'est pas certain qu'advenant un non au référendum le PQ reste au pouvoir ou que M.Parizeau ne démissionnera pas.Les péquistes ayant rejeté la stratégie du bon gouvernement, un échec ébranlerait considérablement leur légitimité.Si le PQ décidait de s'accrocher au pouvoir, les gens qui ne voulaient qu'un bon gouvernement, se retrouveraient avec un gouvernement sérieusement diminué, a la merci de ses ennemis et tiraillé de l'intérieur par un parti vraisemblablement destiné a éclater aux prochaines élections.«On a vu en 1980, rappelle-t-il, que de mettre un bâton dans les pattes d'un cheval qu'on a lance a toute allure constituait rarement une straté- gie sans risque pour son cavalier.» Ce docteur en philosophie morale et politique avertit le voteur stratégique qu'il ne peut attendre le référendum de 1995 comme il attendait le référendum de 1980, «confortablement assis près de son téléviseur, prêt à znppcr le moment venu».Les situations sont différentes.Dans la stratégie péquiste.l'élection qui vient n'est pas l'équivalent de l'élection de 1976: elle a la signification et la portee du référendum de 1980.«C'est un mandat de négocier l'accession a la souveraineté du Quebec.pas un mandat de bon gouvernement.Par son vote, le voleur stratégique risque d'enclencher un processus qu'il aura ensuite beaucoup de mal a contrôler.» Il n'est pas facile de se resigner à voter pour un parti qui n'a pas la meilleure équipe et qui est visiblement rendue au bout de son rouleau.Pour le professeur Mon in, c'est cependant ce que le véritable stratège devrait faire, «s'il ne veut pas se retrouver encore une fois avec un Ouebec divise dans un Canada fort ».«La prochaine élection n'est pas une élection référendaire, mais celui qui n'est pas en faveur de l'independance n'a aucune bonne raison de voter pour le PQ».PQAU POUVOIR ysiane Gagnon LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 20 AOÛT 1994 l'indépendance Désuétude pouvait paraître la solution à ces problèmes purement nationaux.En I994, la situation des Québécois francophones est tout à fait différente.L'écart des salaires entre Québécois francophones et anglophones est disparu: les hommes francophones gagnent maintenant plus que les hommes anglophones.Avec le cadre fédéral actuel, nous avons réussi à assurer non seulement la survie, mais aussi l'épanouissement de notre langue: 84% des Québécois parlent français à la maison et 93% des Québécois parlent français couramment.Ce niveau de 93% demeure inégalé dans l'histoire du Québec, et ce, même avant la conquête de 1760! De plus, la flexibilité du système politique canadien nous a permis de prendre le contrôle de notre économie loreque nous avons créé nos propres institutions financières (Caisse de dépôt, SGF, SD1) et nationaliser certaines entreprises.Au niveau culturel, rien ne nous a empêchés de faire les lois protégeant notre langue lorsque nous l'avons jugé nécessaire.Ainsi, certains pourraient être tentés d'affirmer que la fédération canadienne est un véritable succès en soi, puisqu'elle a permis à un peuple minoritaire de s'affranchir sans avoir eu à recourir à une séparation coûteuse et cicatrisante.Certains indépendantistes «modernes» affirment maintenant que l'indépendance ne repose plus sur une sorte de nostalgie ou de frustration historique.La souveraineté ne serait plus ethnique, ni nationaliste, elle serait pratique: le régime fédéral est inefficace.Le but de la souveraineté serait maintenant de rapatrier du gouvernement fédéral les leviers économiques qui permettraient justement au gouvernement d'un Québec indépendant, un État unitaire, d'agir plus efficacement que le gouvernement fédéral pour régler nos problèmes.Si tel était le cas, pourquoi la France et la Grande-Bretagne, qui sont pourtant des États unitaires, appa- ¦ suffisait de voir les chefs péquiste et libéral a l'émission Le Point, jeudi soir, pour comprendre pourquoi le Parti québécois a saisi tous les prétextes pour faire dérailler l'organisation d'un débat télévi- remment sans chevauchement, font-elles face aux mêmes problèmes?En fait, les tenants de l'indépendance offrent, en 1994, une option politique développée pour solutionner des problèmes d'une autre époque.La souveraineté-associa-tion (souveraineté-séparation serait probablement plus juste), l'État-nation et l'État unitaire ne sont pas une solution aux problèmes du Québec du 21ième siècle.Nous avons maintenant les mêmes problèmes que tous les occidentaux: chômage, déficit, formation de la main-d'oeuvre en cette période de globalisation des marchés,.Lequel de ces problèmes sera réglé par la déclaration d'indépendance?Aucun.Ces problèmes nécessitent des solutions globales, des solutions négociées avec nos partenaires économiques.Ces problèmes ne sauraient trouver leur solution dans une déclaration d'indépendance.Trois autres raisons nous portent à penser que l'indépendance est une idée désuète et inutile en 1994.Premièrement, les États souverains ne sont plus les dépositaires des leviers décisionnels que prétendent rapatrier les indépendantistes par le biais de l'indépendance du Québec.Par exemple, ce n'est pas notre participation à la fédération canadienne mais notre participation à des accords commerciaux comme l'ALÉNA qui limite plusieurs des actions interventionnistes d'un gouvernement québécois.De plus, nos politiques économiques et même sociales sont très influencées par la participation du Canada au GATT, à L'ALÉNA, au G-7, à l'OCDE, au FMI.Par ailleurs, vu le prestige, l'apport historique et le poids économique du Canada dans ces organismes, notre influence comme Québécois est beaucoup plus importante et efficace par le biais d'une participation canadienne qu'elle ne le serait par l'entremise d'un Québec indépendant.Ainsi, l'accession du Québec à l'indépen- dance nous apporterait dans les faits que de biens maigres leviers décisionnels.Deuxièmement, tant que les indépendantistes affirmeront qu'un Québec indépendant utilisera la monnaie canadienne ou la monnaie américaine, les outils de développement économique qu'irait chercher un Québec indépendant sont encore plus minces.On ne peut parler de contrôle des leviers économiques sans un contrôle de la politique monétaire.Le contrôle exercé par le Canada sur sa propre politique monétaire est déjà limité alors qu'il utilise sa propre monnaie.Imaginons le contrôle d'un Québec indépendant sur la monnaie d'un gouvernement étranger sur lequel il n'aurait aucun pouvoir démocratique.Dans l'éventualité d'une séparation, les Québécois auraient donc moins de contrôle sur leur politique monétaire qu'ils n'en ont aujourd'hui.Les Québécois perdraient ainsi une partie de leur souveraineté! Troisièmement, les indépendantistes souhaitent négocier une union économique avec le reste du Canada.Si on observe l'expérience européenne, on remarque qu'une union économique est impossible sans une union politique à moyen terme.Une union politique implique nécessairement la création d'institutions politiques communes, tel un parlement ou une assemblée quelconque à court ou moyen terme.Il serait donc très probable que.d'ici quelques années, le Québec et le Canada sentent le besoin de créer ces institutions communes, afin de coordonner leurs politiques dans certains domaines.Pourquoi tout détruire pour revenir et rebâtir avec nos partenaires canadiens une structure qui, de toute façon, serait, dans quelques années, assez similaire à la structure actuelle?Pour nous, nés au coeur de la Révolution tranquille, l'idée nous apparaît désuète et peu utile.M.Blanchard est avocat et détient une maîtrise en droit international public et en relations internationales; M.Arsenault est ingénieur et détient une maitrise en administration des affaires.Nous faisons partie de la «génération constitutionnelle».En fait, depuis notre naissance, chacun des scrutins a porté directement ou indirectement sur la auestion de l'indépendance du luébec.Il y a toutefois une question que les intervenants ne semblent pas considérer: est-ce qu'en 1994 l'indépendance du Québec serait utile pour les Québécois?Nous ne le croyons pas.L'idée de la souveraineté a germé au cours des années soixante.Certains pourraient affirmer que cette idée de l'indépendance provient du même courant que la vague de décolonisation qui a déferlé à la même époque sur les pays en voie de développement.Cette source explique peut-être pourquoi certains nationalistes auraient qualifié les Québécois francophones de «< nègres blancs d'Amérique».Sans même aller jusqu'à faire ce parallèle avec le mouvement de décolonisation, il demeure qu'au cours des années soixante et soixante-dix, le Québec faisait face à des problèmes qui étaient clairement distincts de ceux du reste du Canada et du continent nord-américain.La situation économique, sociale et politique des francophones était alors inférieure à celle des anglophones.En effet, les Québécois francophones de l'époque ne bénéficiaient pas du même accès à l'éducation et aux mêmes emplois de qualité; ils n'avaient pas non plus le même accès au capital que leurs concitoyens anglophones.Ainsi, un gouvernement national représentant un État-nation francophone Il ne s'agissait pas d'un face-à-face mais on pouvait facilement comparer les performances, puisque MM.lohnson et Parizeau ont été interviewés successivement a quelques minutes d'intervalle dans le même studio et par le même panel.Or, autant M.lohnson semblait étonnamment en forme, à la fois déterminé, courtois et souriant, autant la performance de M.Parizeau paraissait laborieuse.En fait, s'il n'en tenait qu'au PQ, il n'y aurait pas de débat télévisé.Pour la raison classique \u2014 le parti politique qui est en avance a intérêt à éviter tout élément impondérable\u2014 mais aussi parce que la télé est un médium qui convient mal à son chef.jeudi, la télévision amplifiait tout ce qui agace l'électoral et qui explique que M.Parizeau traîne toujours plusieurs points derrière son adversaire pour ce qui est de la popularité personnelle: le côté arrogant, le côté suffisant, les rires abrupts, les mouvements d'humeur.Le souffle audible, l'air fatigue même si ses journées de travail, durant cette campagne, sont deux fois moins longues que celles du chef libéral, M.Parizeau a commencé l'entrevue par la lecture d'une loi que l'électeur moyen a complètement oubliée; par la suite, il tirait de son portefeuille une petite fiche rose pour se rafraîchir la mémoire.Il faut dire que le chef péquiste, qui est fort convaincant quand il est capable d'exprimer ses convictions en toute liberté, se trouve ces temps-ci, intellectuellement parlant, en fâcheuse situation.\u2022 Il ne peut plus, comme il le faisait avant la campagne, insister sur l'option indépendantiste de son parti pour la raison évidente que c'est un handicap électoral.Humiliation des humiliations, après avoir tant décrié la stratégie de ses prédécesseurs, le voilà presque obligé de revenir à la vieille prudence louvoyante qui a marqué toutes les campagnes du PQ sous René Lévesque, obligé de promettre qu'il ne fera rien d'autre, d'ici au référendum, qu'«un bon gouvernement»! C'est exactement le contraire de ce que M.Parizeau a toujours rêvé de faire, mais hélas, l'impératif politique \u2014et la réalité\u2014 l'ont rattrapé au détour.11 était presque pathétique, avant-hier soiri.de le voir diminuer la portée du programme politique qu'il a lui-même parrainé et qui dit que sitôt élu, le PQ enclenchera le processus menant à l'indépendance.Le mot «enclencher», qu'il savourait tant il y a six mois, était devenu tabou.La fameuse «déclaration solennelle» sur la volonté souverainiste du Québec, que le PQ se promet de faire adopter par l'Assemblée nationale, était ramenée au niveau d'une «reconnaissance solennelle» des nations autochtones dont plus personne ne se souvient \u2014 pire encore, au niveau de la loi 150 adoptée par le gouvernement Bourassa dans la foulée de la Commission Bélanger-Campeau! naturisme permet soi.des autres et < tainement moins passionnant.Il faut souligner que les vêtements nous donnent le pouvoir indéniable de ne «laisser voir» à autrui que ce qu'on veut bien, ainsi que la façon de le laisser voir.Celles qui maîtrisent le mieux l'art du vêtement méritent probablement des remarques du genre «On dirait que t'as maigri » même si, dans les faits, elles ont pris du poids.Avec un peu de doigté, on peut donc réussir à berner tout le monde sur notre véritable aspect physique.Enfin, tout le monde sauf soi-même.La conséquence directe, vous l'aurez peut-être deviné, c'est qu'on est du même coup leurré par l'aspect physique des autres.On finit par être convaincu que tous les autres ont un corps esthétiquement plus parfait que le nôtre et qu'il est vraiment temps qu'on se mette au régime.(.) Peu importe, il faut tout de même se rendre à l'évidence, les vêtements sont une nécessité.La question est à savoir à quel moment ils ont un rôle à remplir et dans quelles conditions ils sont superflus.Dans un tout autre ordre d'idées, je crois qu'il faut ajuster nos montres en ce qui a trait aux «regards concupiscents».On dira ce qu'on voudra, je crois que ce serait jouer à l'autruche que de prétendre que les centres naturistes sont exempts de nudistes lançant des regards furtifs à gauche et à droite, un peu comme on le fait lorsqu'on est vêtu.Même si une personne nue est moins belle et sexée que lorsqu'elle porte un tailleur à la mode, elle n'en demeure pas moins rayonnante par sa simplicité, son authenticité et sa véracité.Cette beauté émerge naturellement de tout être vivant.Selon moi, il serait profondément absurde de s'extasier devant la beauté d'un chien de race, de s'émerveiller devant le spectacle d'une baleine bleue remontant à la surface de l'eau un instant tout en demeurant de glace devant les êtres humains qui nous entourent.Chaque être humain est à ce point unique qu'il faut savoir admirer cette spécificité propre à chacun.En chaque personne que je croise dans un centre naturiste, je vois un désir d'exister pleinement et d'être plus près de soi, des autres et de la nature.Selon monsieur Cornellier, on perd son âme et tout ce qu'on a d'humain en soi lorsqu'on retire la dernière épaisseur de vêtements qui nous couvre.Serait-ce dire que notre âme réside dans notre slip?|e crois au contraire que celui qui parvient à surmonter ses craintes et ses peurs ne peut au contraire que sortir grandi d'une pareille expérience.Après coup, on se demande généralement comment on a pu croire aussi longtemps qu'il n'existait qu'une seule façon d'être, de vivre et d'exister: dans le «textilisme».m!» | L'auteur est étudiant en génie et membre de la Fédération québécoise de naturisme.gf^ uel plaisir que de lire l'arti-cle de Mylène Roy dans l'édition du 10 août de La Presse.L'auteure y dépeignait plutôt bien ce qu'est le naturisme.Mais quelle attaque perverse à l'endroit des nudistes et des naturistes que celle de Louis Cornellier, dans l'édition du 13 août.Oser comparer le libre choix de gens qui décident de leur plein gré de laisser leurs vêtements de côté avec le traitement qu'on réservait aux prisonniers juifs dans les camps de la mort, c'est établir un parallèle aussi perfide qu'inexact.|e ne pouvais pas laisser passer sous silence pareille ineptie.Premièrement, je voudrais signaler à monsieur Cornellier que l'idée première du nudisme ne consiste pas à se comparer aux autres, mais de profiter des éléments ambiants (l'air, le vent, le soleil, l'eau, le sable) sans accoutrements inutiles et trop souvent inconfortables.Qui aurait l'idée de prendre sa douche ou son bain vêtu d'un maillot de bain?Personne ne veut s'embarrasser de vêtements inutiles pour se laver ou se laisser tremper.Personne n'aime se sentir contraint dans une culotte munie d'élastiques trop serrés.Et, si ces élastiques étaient trop lâches, la culotte ne tiendrait pas en place.Personne n'a envie de priver son corps des jets chauds et apaisants de la pomme de douche.Personne ne voit de véritable utilité à porter un maillot pour prendre sa douche.Alors on la prend nu sans même se poser de questions, parce que c'est plus confortable ainsi et que cela va de soi.Non seulement cela est-il plaisant de sentir les jets d'eau sur la peau, mais la peau sait aussi apprécier les bains de soleil intégraux, ainsi que les bains d'air.Alors, pourquoi ne goûtons-nous pas à l'ivresse des bains de soleil plus fréquemment?Parce que la loi l'interdit, parce que la pudeur nous commande de ne pas faire ce que les autres ne font pas, parce qu'on est trop habitué à associer nudité à sexualité et érotisme, parce que le nudisme et le naturisme sont perçus comme étant des mouvements que seuls quelques individus marginaux en mal de sensations fortes pratiquent et parce que l'appareil génital est inesthétique et mérite d'être recouvert.Ah ouais ?Premièrement, cette loi est-elle vraiment nécessaire?Il est permis d'en douter car, en Allemagne, n'importe qui peut profiter du soleil à son aise dans les parcs pu- A voir aller M.Johnson en conférence de presse, peu après son arrivée à la tète du parti, l'hiver dernier, on pouvait avoir des doutes sur sa capacité de se tirer d'affaire dans ce genre de confrontation.Il paraissait intimidé, peu sûr de lui, hanté par la peur de gaffer.Icudi soir, il en aura surpris plusieurs par son aplomb et l'aisance avec laquelle il s'est sorti de tous les petits pièges qu'essayait de lui tendre le panel d'intervieweurs.Sur la question constitutionnelle, ses options sont claires.On peut ne pas les aimer, mais elles sont simples, faciles à expliquer.Quand il dit vouloir préserver « l'autonomie du Québec dans l'exercice de ses compétences», c'est un retour au fédéralisme classique.Quand il dit qu'il est plus facile de signer des ententes avec ses voisins quand on s'entend bien avec eux, c'est l'enfance de l'art et le gros bon sens.Quand on l'accuse d'être dans le camp de Trudeau, il rappelle énergiquement son opposition au rapatriement de 1982.Quand il signale que la stratégie «allairiste» de son parti a échoué, ce n'est que vérité élémentaire, comme en fait foi l'échec retentissant de Charlottetown, et Bourassa lui-même serait le premier à l'admettre.( Il est vrai que M.lohnson, à l'époque, était opposé à la stratégie libérale.On ne peut pas dire que la suite des événements lui a donné tort.) Sa position est en tout cas plus facile à défendre que celle du PQ, qui nous dit que dès le lendemain d'une victoire péquiste, le Québec sera en route vers l'indépendance.mais que la décision de prendre la route ne sera pas prise avant un référendum.Cette position, confuse au départ, est encore plus difficile à tenir dans le climat volatil d'une campagne électorale.D'où la nécessité, pour le PQ, de faire une campagne discrète, où les apparitions du chef sont soigneusement encadrées et ne l'exposent pas trop à la confrontation.Le style du chef péquiste, en outre, se prête moins bien au médium télévisuel.Autant M.Parizeau a tendance à se perdre en digressions flamboyantes, autant M.lohnson répond aux questions de façon succinte et sobre.Cela donne une performance qui coule mieux et présente moins de risques de bavures.Autre élément qui dessert M.Parizeau a la télévision: c'est un homme émotif et passionné.Or, trop d'intensité passe mal à la télé.( À l'inverse, M.Parizeau est le rêve du journaliste de presse écrite \u2014 lequel peut rebâtir une entrevue en choisissant, dans ce discours-fleuve regorgeant d'anecdotes et de réflexions, les éléments les plus intéressants.M.lohnson, au contraire, laissera la presse écrite sur sa faim.) Même lors du débat qui l'avait opposé à Robert Bourassa, lors du référendum sur Charlottetown.en 1992, le chef péquiste avait été incapable d'avoir le dessus.Pourtant, il avait la partie belle, face à un Bourassa obligé de défendre un accord minable qui ne faisait l'affaire de personne.Ceux et celles qui parviennent * surmonter leurs craintes et leurs peurs ne peuvent que sortir grandis de l'expérience du naturisme.très, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, profiter du soleil.Et, finalement, l'appareil génital est-il vraiment plus inesthétique qu'un genou, un pied ou un nez?Si ce sont les poils qui le rendent inesthétique, pourquoi ne pas couvrir le visage des hommes barbus?Pourquoi ne pourrait-on pas voir en ces parties du corps humain le symbole de la vie plutôt que de se borner à ne voir que la «perversité», comme le t Louis Corneil-ler?C'est justement le traitement différent cjue l'on accorde aux fesses, aux seins et aux appareils génitaux qui permet aux bars de danseuses nues de proliférer et c'est aussi ce qui fait que la plupart des hommes sont particulièrement friands des seins féminins, alors qu'ils ne sont souvent pas plus éro-gènes que les leurs.(.) |e ne veux rien enlever aux vêtements.Que ferions-nous sans eux au beau milieu de l'hiver et lorsqu'il pleut?Que serions-nous sans la possibilité de nous donner un style pour mieux exprimer notre personnalité?Comment le jeu de la conquête amoureuse pourrait-il se jouer sans l'arsenal conventionnel de la séduction?Il serait cer- blics et on ne fait pas de cas de la nudité.On observe des tendances similaires du côté des pays Scandinaves.Deuxièmement, la pudeur, comme une voix intérieure, nous dit exactement le contraire de ce que laisse entendre le nudisme: le besoin impérieux de ne laisser personne nous apercevoir nu, car il semblerait que ce soit contraire à la bienséance.Paradoxalement, dans les clubs sportifs, les douches communes sont monnaie courante et personne n'en a jamais fait un plat.Le réflexe commandé par la pudeur, qui fait qu'on ne se laisse pas regarder nu par autrui, est alors mis de côté volontairement sans qu'on ne se sente impudique à outrance pour autant.Troisièmement, nudité et sexualité sont-ils vraiment indissociables?La nudité d'autrui peut être un stimulant sexuel dans la mesure où on en décide ainsi.La réalité des sites naturistes est que la crainte d'avoir une érection et l'embarras que cela risquerait de provoquer suffit à garder les gens bien sages.De toute manière, il n'y a rien de particulièrement érotique à voir des dizaines de gens tous aussi imparfaits les uns que les au- Cela dit, il ne faut pas surévaluer l'importance d'un débat télévisé.Le PQ a une telle avance dans l'électoral francophone qu'il est virtuellement assuré de la victoire.Le seul espoir raisonnable que les libéraux puissent entretenir, à l'heure actuelle en tout cas, est que le PQ récolte moins de comté* que prévu. LÀ PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 20 AOÛT 1994 Plus B Une facture qui grimpe sans arrêt CLAUDE FICHER n !97b, les contribuables québécois ont versé 5 milliards en taxes et impôts à leur gouvernement provincial.Cette année, après neuf budgets péquistes et neuf budgets libéraux, la facture atteint 20 milliards.Le graphique ci-contre illustre a quel point vos taxes et impôts ont grimpé pendant cette période.Mais ces chiffres ne fournissent qu'une partie du portrait.Ils ne tiennent compte que de deux choses: l'impôt sur le revenu des particuliers et les taxes à la consommation.Pour faire bonne mesure, il aurait aussi fallu y ajouter les impôts des compagnies, les droits, permis et amendes, et les revenus provenant des sociétés d'État.Toutes ces sources de revenus sont, en bout de ligne, alimentées à divers degrés par l'argent des particuliers.L'impôt sur le revenu et les taxes à la consommation, par contre, sortent directement de vos poches et représentent à eux seuls quelque 70 p.cent des revenus autonomes du gouvernement.Leurs chiffres sont facilement comparables sur une longue période.Ces taxes et impôts ont donc quadruplé en 18 ans.Mais attention.Ces chiffres sont exprimés en dollars courants, c'est-à-dire qu'ils ne tiennent pas compte de l'inflation.Pendant la même période, les prix ont presque triplé.Le dollar de 1994 ne vaut plus que 39 cents par rapport à celui de 1976.Pour donner une idée plus conforme à la réalité, on doit donc convertir les chiffres en dollars constants, c'est-à-dire ceux qui tien- nent compte de l'inflation.Voyons ce que cela donne.Les 20 milliards de taxes et impôts que nous paierons cette année ne valent plus que 7,7 milliards si on les exprime en dollars d'il y a 18 ans.Or, on vient de voir qu'en 1976, les Québécois avaient payé 5,3 milliards en taxes et impôts.En termes réels, en tenant compte de l'inflation, leur fardeau a donc augmenté de 45 p.cent! Si les taxes et les impôts avaient monté exactement au même rythme qje l'inflation, ce n'est pas 20 milliards que nous devrions collectivement payer au gouvernement cette année, mais 14 milliards.Vous voyez d'ici la différence sur votre chèque de paie! Une deuxième réserve ri'impose.Malgé deux récessions, le Québec a connu, au cours de ces 18 dernières années, une croissance économique certaine.Le Produit intérieur brut (PIB), qui mesure la taille de l'économie québécoise et exprime notre richesse collective, est passé pendant cette période de 48 à 161 milliards.Lorsque les gens font plus d'argent, il est normal que les revenus du gouvernement augmentent; ce ne seraient donc pas les augmentations de taxes qui seraient responsables de l'alourdissement du fardeau des contribuable;;, mais la croissance économique! Ce n'est pas aussi simple.La croissance économique des 18 dernières années, au Québtc, exprimée en dollars qui tiennent compte de l'inflation, se situe à 31 p.cent; et nous venons de voir que les impôts et taxes, pendant la même période et également exprimés en dollars constants, ont monté de 45 p.cent.La voracité des gouvernements, péquistes et libéraux, a été énorme: non seulement ont-ils été totalement incapables de se limiter à épouser la courbe de l'inflation, encore leur a-t-il fallu bouffer l'argent des contribuables plus rapidement que ne l'autorisait la croissance de l'économie.De façon concrète, les travailleurs savent tous ce que cela a signifié sur leurs portefeuilles: pratiquement toutes les hausses salariales ont été absorbées par les taxes et les impôts! Reste à savoir qui, des pequistes ou des libéraux, ont été les moins durs envers les contribuables.Un coup d'oeil au graphique semble montrer que les revenus du gouvernement ont augmenté beaucoup plus rapidement sous les péquistes et qu'ils ont fini par plafonner sous les libéraux.Mais ces chiffres, on l'a vu, ne tiennent pas compte de l'inflation; or, les prix ont monté beaucoup plus vite sous l'administration péquiste.Encore une fois, convertissons le tout en dollars constants.On verra alors qu'en termes réels, les revenus provenant de l'impôt des particuliers et des taxes à la consommation ont grimpé de 28 p.cent pendant les neuf années où le Parti québécois a été au pouvoir, et de 14 p.cent pendant les neuf années où le Parti libéral a tenu les rênes du gouvernement.Le texte ci-contre nous permettra de nous rappeler quelques souvenirs à cet égard.Milliards $ 21 20 19 18 17 16 15 14 13 12 11 10 8 _5_ 3_ 1 LES IMPÔTS ET LES TAXES DES QUÉBÉCOIS DEPUIS 1976 vIvX' \u2022'.\u2022'/'.\u2022'\u2022y.!\tïSffl^ x&ivi'i\" ::::: lâ uM'ë, k mi tMm w ¦2 f S a rv gmA^mmi V- ** V ¦M %M -y ê m «tïX* *> m mMk m a.Ht w0Mmm WAVW H-V\tK.V - V « te Si tâg m- .\t¦¦¦ r, Wfe 4 Kl S; ai m «S h ; V: M* MA ¦Sri?: Hi lis Jlw#l liÉi rosi\tr ^msSA m ; i m ¦ Ê h.W>i- 4 m itfoMMtfl »s3 .> .v x.ii PS ^ v s* : ¦ < m :ï> j p \u2022 4 \u2022\u2022 mm wm ¦ j IflÈÉfil FÎSS \u2022\u2022\u2022 :.M ¦ > : Si Wm'.M L I m m 9&K mè L Armée zapatiste de libération nationale lorsqu'elle a pris le village de Huixtan, au centre de l'État du Chiapas, en janvier dernier.Le Chiapas est devenu le symbole des élections GILLES TOUPIN cnvoyc spécial La Presse A SAN CKISTOHAL DE LAS CASAS.Chiapas ans l'interminable ascension de deux heures qui mène de Tuxtla Gutiérrez, la capitale du Chiapas, à San Cristobal de las Casas, là où les montagnes touchent aux nuages, les barrages de l'armée fédérale surprennent le voyageur dans les lacets des cols ou au bord des ravins.En tenue de combat, ils sont plus de 20 000 soldats à patrouiller et à monter la garde autour du «territoire zapatiste».L'éclair aveuglant qui a frappé le Mexique le 1er janvier 1994 est ainsi venu de son État le plus lointain et le plus oublié.Lorsque l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) s'est emparée cette journée-là des principales villes du Chiapas, non seulement le désespoir et le retard de cette région frontalière étaient révélés au grand jour, mais aussi la faiblesse d'un processus de modernisation archaïque qui, jusqu'au 31 décembre, paraissait s'imposer dans tout le pays sans résistance majeure.Aujourd'hui, le Chiapas est devenu la grande référence, le symbole, le tournant majeur des élections de demain.La révolte zapatiste a bouleversé la scène politique du pays, rendu caduc le programme du gouvernement et redistribué les rôles des partis.Les effets pervers de la politique économique menée par «la génération du changement» n'étaient pas que le lot de ce pauvre Etat riche, mais une gangrène qui s'est répandue jusqu'au sud des États-Unis.«Soudain», commente Antonio Garcia de Léon, professeur d'économie à l'Université nationale autonome de Mexico, «derrière les bons indicateurs macro-économiques, derrière le contrôle de l'inflation et la réduction des dépenses publiques, derrière les sacrifices imposés aux salariés et aux producteurs, il y avait des hommes, des femmes et des enfants qu'enfonçaient encore dans la misère les ajustements visant à adapter le Mexique aux nécessités de l'Accord de libre-échange nord-américain.» Les zapatistes ont préparé la résistance De Tapachula, sur la côte du Pacifique, à San Cristobal de las Casas (73 000 habitants), la route est longue et périlleuse.Les trois zapatistes venus rencontrer La Presse ont voyagé toute la nuit.«C'est important, dit l'un d'eux (qui demande que je ne mentionne pas leur nom) que l'on sache au Canada ce qui se passe vraiment ici.» Sans cagoule, attablés autour d'une énorme tortilla dans un coin d'une po-sada loin des oreilles trop curieuses, ils expliquent sans tarir le succès de la fameuse Convention nationale démocratique (CND) qui a eu lieu la semaine dernière dans la forêt des Lacandons et où 6000 représentants de la société civile mexicaine étaient présents.«Nous avons la conviction que les élections de dimanche ne seront pas honnêtes.Nous avons donc préparé la résistance civile.Nous avons consolidé le pouvoir populaire et nous sommes prêts a prendre tous les moyens pacifiques possibles pour mettre en place ce gouvernement de transition dont a besoin le Mexique.Nous sommes en train de mettre sur pied un Conseil na- BÊÈ ¦il Bllii La Presse tional de lutte populaire.Si on nous vole nos élections, nous sommes prêts.Nous allons prendre des terres, bloquer des routes, exiger que l'armée sorte du Chiapas.S'il y a des actes de violence, ils ne viendront pas de nous.Mais nous avons organisé un véritable front de défense de la terre.«Actuellement, poursuit le jeune homme, la crise interne du système politique mexicain est irréversible et les autorités locales mènent une guerre de basse intensité.Ils tentent de mettre sur pied des scénarios de provocation pour que l'armée intervienne et accentue la répression.Nous, on a décidé à la Convention de privilégier la négociation.Mais s'il le faut, si la voie électorale et la résistance pacifique ne suffisent pas.nous irons jusqu'à la guerre civile.» Le réveil des ethnies À I uxtla Gutiérrez.les caciques indiens et ladinos (métis d'Espagnol et d'Indien), grands propriétaires terriens qui profitent du système, occupent la grande place (le Zocalo).«Ils veulent, dit l'un de mes interlocuteurs, qu'on applique la loi aux zapatistes, qu'on les déloge par la force.Ils font des marches, des assemblées, ils bloquent les rues, ils occupent des terres et provoquent en secret l'armée fédérale.afin que celte dernière réplique contre nous et les petits paysans.» C'est qu'en fait, l'insurrection armee du 1er janvier a provoqué le réveil politique des ethnies mayas mais aussi ta-rasques.mixtèques et chontales à la stupéfaction des caciques.Il est significatif de constater que le gros des troupes de l'EZLN est composé de paysans mayas et que son programme politique s'appelle le Manifeste de la forêt du Lacan don .«Les indigenes, explique le père dominicain Pablo Romo, bras droit de l'évéque Samuel Ruiz de San Cristobal et directeur du Centre Fray Bartolomé des droits de la personne, ne s'identifient pas aux partis politiques.Leur cohésion sociale repose sur la règle de l'unanimité et ils ne s'intègrent pas bien dans le jeu démocratique des partis, où c'est la loi de la majorité qui règne.D'ailleurs, au Chiapas, les partis politiques n'ont aucune prise sur la population.11 n'y a que le Parti révolutionnaire institutionnel qui a une base dans la région, parce qu'il est là depuis 65 ans.Mais encore là, c'est une base corporatiste et non pas populaire.» «Si la Convention n'a pas officiellement appuyé un parti politique, a déclaré l'un des zapatistes, ils ont décidé tacitement de voter contre le PRI.Et voter contre le PRI dans la conjoncture actuelle, c'est voter pour le Parti de la révolution démocratique (PRD) de Cuauhtémoc Cardénas, les autres partis n'étant que des leurres souvent finances en douce par le PRI pour enlever des voix à l'opposition véritable.» Au Centre Fray Bartolomé, abrité dans l'une des dépendances de l'évè-ché.l'activité est intense.«Seulement pour le dernier semestre, affirme le père Romo, nous avons eu 1000 cas de violation des droits de la personne.» ««Vive Don Amado!» Plus tôt, sur la grande place de San Cristobal, face à l'impressionnante ca- thédrale de style colonial espagnol, le petit peuple d'indigènes et de paysans venus des montagnes et des villages environnants assiste à un rassemblement du PRD.Les orateurs se succèdent et sont acclamés par des « vive Za-pata» et «vive Don Amado».Même la grande Rosario lbarra de Piedra.à la tête au Mexique des «Mères des disparus politiques», était venue de Mexico pour parler aux Chiapanecos.Mais c'est Don Amado que le petit peuple attendait.Il est arrivé au milieu du discours de Rosario lbarra, soutenu par des aides, et il a pris place sur une chaise au milieu de l'estrade dans les clameurs de la foule.Don Amado Avendano Figueroa est un candidat indépendant au poste de gouverneur de l'Etat qui se présente sous la bannière du PRD, parce que la loi électorale mexicaine interdit les candidats indépendants.Il est celui qui a été victime d'un «accident» de la route récemment et qui a miraculeusement survécu.Ses compagnons de voyage sont morts.À peine sorti de l'hôpital, en mauvais état, il revient dans la course aux derniers jours de la campagne.«Trop longtemps, dit le présentateur de Don Amado.le peuple du Chiapas a été orphelin de candidats.et trop longtemps les candidats ont été orphelins de peuple.» Les choses seront-elles différentes après le vote de demain?En attendant.les petites femmes mayas, vêtues de leurs étoffes multicolores, proposent sur la place des muecas (poupées) affublées de cagoules et d'un vague bâton représentant une arme.Les boutiques de San Cristobal ne sont pas en reste: elles proposent tee-shirts et même chaussettes à l'effigie de l'énig-matique commandant Marcos.accompagnée du sigle de l'Armée zapatiste de libération nationale.A la source de la rébellion zapatiste: l'Alena Lu Presse À SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS LW Accord de libre-échange nord-américain (Alena), signé par le Canada, les États-Unis et le Mexique et entré en vigueur le 1er janvier dernier, a été l'une des principales causes de la rébellion armée des indigènes du Chiapas, menée par l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).Peuplé de 3,5 millions d'habitants, l'État du Chiapas compte au moins 30 p.cent d'Indiens d'origine maya dont les Tzeltales, les Tzotziles, les Choies et les Tojlabales.Issus d'une autre branche, il y a aussi les Tarasques, les Mixtèques et les Chontales.Pour ces petits producteurs agricoles disséminés dans la forêt de Lacandon.(la sel va lancandona) et les hautes terres du centre de l'État (los Altos), l'Alena signifie qu'ils vent être littéralement écrasés devant la compétence des producteurs canadiens et américains.C'est pourquoi l'une des premières demandes de l'EZLN demeure encore aujourd'hui la modification de certaines clauses de l'Alena.Le sous-com-mandant Marcos.à la tète de l'insurrection du 1er janvier, l'a bien précisé: «!l doit y avoir des changements au traité qui tiennent compte des indigènes du Chiapas, sinon nous allons être détruits sans qu'une seule balle ne soit tirée.Avec cet accord, nous sommes voués à disparaître.» Le malheur du Chiapas, c'est qu'il soit, de tous les États mexicains, le plus éloigné des États-Unis et du Canada.«L'Alena n'a rien apporté à San Cristobal de las Casas», explique le père dominicain Pablo Romo, bras droit de l'evèque Samuel Ruiz et directeur du Centre Fray Bartolomé pour les droits de la personne.« Il ne nous a attiré aucune aide pour développer des industries chez nous et la seule fabrique de la ville, spécialisée dans le textile, vient de fermer ses portes.Tout ce qui a été prévu pour le Chiapas, c'est d'en faire une curiosité touristique, une sorte de lurassic Park où les indigènes ne seraient qu'une curiosité anthropologique.Il est bien certain, poursuit le prêtre, que les gens ici ne savent pas au juste ce qu'est l'Alena, mais ils savent ce que représente le salinisme pour eux (NDLR.les politiques du président Salinas) et ils savent que Salinas les a appauvris depuis six ans.Alors, ils se méfient d'un accord issu de Salinas.» Pour l'économiste chiapanèque et professeur à l'Université autonome du Chiapas, lorge Lopez Arévalo, auteur de plusieurs études sur la question, le ministre mexicain du Commerce (aime Serra Puche ment lorsqu'il prétend que l'Alena apportera des bénéfices au pays et au Chiapas.Les producteurs nationaux, soutient lorge Lopez, sont dépassés «non seulement parce qu'ils font face à des obstacles structurels, mais aussi parce qu'ils n'ont pas les avantages extraordinaires des Canadiens et des Américains, dont des subventions à la production, de l'aide économique s'ils doivent cesser de produire en cas d'une trop grande demande, des appuis à la commercialisation ou des programmes d'exportation ».De chaque cote de la petite route qui serpente la capitale de l'État, Tuxtla Gutiérrez.à San Cristobal, les plantations de mais se succèdent à perte de vue.même sur les coteaux les plus abruptes.Le Chiapas est l'un des prin- MEXIQUE Chiapas Tuxtla Gutierrez 6 San Cristobal de las Casas Lieu des discussions de paix Autoroute pan-americaine Las Margaritas Les gens et le lieu: La plupart des habitants du Chiapas sont au moins partiellement d'ascendance indienne.Potentiellement riche en ressources naturelles, le Chiapas demeure néanmoins l'un des États mexicains les plus pauvres En grande partie sous-developpé, son économie repose sur l'élevage du bétail et la culture du cafe.du cacao et du caoutchouc.GUATEMALA 50 km cipaux états producteurs de mais du pays.A court terme, il souffrira des conséquences négatives de l'Alena.En incluant dans l'accord cette culture qui constitue l'aliment de base du peuple mexicain, «on met en jeu l'autonomie alimentaire du pays et la survie des producteurs, qui sont pour la plupart des paysans indigènes».Ainsi, toujours selon M.Lopez.les AP-
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