La presse, 13 août 1994, B. Plus
[" CAHIER Montréal, samedi 13 août 1994 Éditorial Opinions Keith Henderson n'a pas évoqué une seule fois la possibilité de quitter le Québec au cours d une longue entrevue.Mais il promet de se battre comme un beau diable pour garder la province au sein du Canada ou, au pire, faire en sorte que les «comtés loyaux» à la fédération puissent demeurer canadiens advenant la souveraineté du Ouébec.PHOTO MICHEL GRAVEl.là Presse Le chef du Parti égalité, menacé d'extinction le 12 septembre, s'attend toutefois à une victoire.du PQ MARIO FONTAINE Keith Henderson marque un temps d'arrêt.Pour laisser le temps à un flot de souvenirs de refaire surface, pour réaliser à quel point il est désormais seul de son clan.Car sous ses airs de matamore de la défense des anglophones, le chef du Parti égalité songe avec nostalgie à ses années de jeunesse.«À ce moment-là, dit-il, on était 41 dans ma famille à vivre au Québec.Mes deux frères, mes deux soeurs, des oncles, des tantes, des cousins, des cousines.Une famille normale, quoi.Aujourd'hui, ils sont tous partis.11 n'y a que moi à être resté.Quand ils me téléphonent, ils disent: t'es toujours là! Es-tu fou, es-tu masochiste?» Keith Henderson ne prétend pas que la situation politique du Québec explique à elle seule cet exode massif des siens.Dans certains cas, c'était un facteur secondaire.Dans d'autres, une préoccupation majeure.Mais pour tous, assure-t-il, cela témoigne du sentiment de déracinement de plus en plus fort dans la minorité anglophone.Son frère David lui a dit, après avoir quitté le Québec, s'être rendu compte à quel point il était stressé ici du fait de toutes ces querelles constitutionnelles et linguistiques.Comme si une chape de plomb avait été enlevée de ses épaules.M.Henderson, lui, n'a pas évoqué une seule fois la possibilité de quitter le Québec au cours d'une longue entrevue avant-hier.Mais il promet de se battre comme un beau diable pour garder la province au sein du Canada ou, au pire, faire en sorte que les «comtés loyaux» à la fédération puissent demeurer canadiens advenant la souveraineté du Québec.Une partition du territoire qui fait bondir les souverainistes.Même Daniel fohnson s'est senti obligé de défendre l'intégrité des frontières québécoises face aux prétentions du Parti égalité, ce qui ulcère doublement ron chef.M.Henderson en a conclu que le PE, désormais, est la seule vraie forma- t tion fédéraliste au Québec, la seule à poser les «vraies questions».Des questions du genre : le Québec a-t-il le droit de se séparer?\u2014 Bien sûr que non, répond le Parti égalité, à moins que l'ensemble du Canada soit d'accord.Pourquoi continue-t-on de légiférer sur la langue d'affichage?Pour quelle raison les francophones et les immigrants ne peuvent-ils choisir l'école de leur choix?L'herbe sous le pied Le Parti égalité avait plus de succès avec ces questionnements il y a cinq ans, à la veille du dernier scrutin.Né quelques mois avant les élections de septembre 1989, la formation avait alors canalisé la colère des anglophones contre le gouvernement libéral, qui venait de trahir sa promesse de permettre l'affichage bilingue.Résultat: quatre députés élus sous la bannière du PÉ, une première percée à l'Assemblée nationale.Le Parti libéral n'allait pas rester inactif face à cette érosion de sa clientèle traditionnelle.Il a commencé par assouplir les règles sur l'affichage commercial et a accepté la plupart des recommandations du rapport Chambers sur l'enseignement.La plupart, mais pas la principale: le PLQ a en effet refusé d'ouvrir l'école anglaise aux immigrants, comme cela se faisait avant 1974.À cette époque, 81 p.cent des nouveaux venus envoyaient leurs enfants dans les écoles de la minorité.N'empêche que le PLQ a suffisamment bien manoeuvré pour couper l'herbe sous le pied du Parti égalité.La formation ne comptait plus qu'un seul député à l'Assemblée nationale au moment de la dissolution.Pire, le dernier CROP-La Presse indique qu'à peine 2 p.cent des non-francophones ont l'intention de voter pour le PÉ.Oh shame, les anglophones et allophones sont quatre fois plus nombreux à vouloir voter péquiste.Lui-même candidat dans Notre-Dame-de-Grâce, Keith Henderson convient qu'il sera difficile de garder les acquis de 1989.La formation compte Keith Henderson Voici un portrait schématisé du président du Parti Egalité, M.Keith Henderson.NAISSANCE: Le 4 avril 1945 à Montréal.ETUDES: Dipômé de McGill, de Concordia et de l'Université de Toronto.ANTECEDENTS PROFESSIONNELS: Il enseigne l'anglais au cégep Vanier, a Montréal, a préside le département d'anglais pendant cinq ans et a été le président du Conseil académique de Vanier durant trois ans.CARRIERE POLITIQUE: Elu chef du PE en février 1993, il en était auparavant le vice-président.Président du comité sur la Constitution du PE._ ANTECEDENTS FAMIUAUX: Divorcé, père d'une fille._ CITATION CHOISIE: MSi Jean Chrétien peut devenir premier ministre du Canada, je peux devenir premier ministre du Québec\", avait-il déclaré à l'occasion de son élection comme chef du PE.PC moins de 2000 membres, les observateurs s'entendent pour prédire qu'elle sera rayée de la carte le 12 septembre.M.Henderson lui-même s'attend à une victoire du Parti québécois.Mais, rappelle-t-il, en politique il ne faut rien prendre pour acquis.Son rêve: un gouvernement libéral minoritaire, avec le Parti égalité détenant la balance du pouvoir.Cela ne s'appelle-t-il pas prendre ses désirs pour des réalités?«Oui.mais on ne sait jamais», répond le leader anglophone.Chrétien trop mou Quelque soit le vainqueur cela ne réglera pas le problème fondamental qui est, à ses yeux, la peur qu'ont les formations traditionnelles du nationalisme québécois.Elles n'osent pas parler des «vrais dangers de la séparation», soutient-il, et elles sont prêtes à toutes les compromissions pour préserver une supposée «paix sociale».Même fean Chrétien \u2014 qui n'est pourtant pas exactement un crypto séparatiste \u2014 n'est pas assez explicite à ses yeux.«On attend le résultat du scrutin du 12 septembre, puis après on mettra en garde les Québécois contre les dangers de la souveraineté, déplore M.Henderson.Ce sera trop tard.On est les seuls à faire dès maintenant le véritable débat, c'est-à-dire que le Que-bec n'a pas le droit de se séparer.» Même les médias anglophones ( The Gazette, la CBC) ne font pas leur travail de mise en garde, selon lui.11 ne s'agit pas de faire peur, clame M.Henderson, mais simplement d'exposer les enjeux en cause, de démontrer que le droit à l'autodétermination du Québec n'existe pas, que les Canadiens ne laisseront pas démanteler leur pays aussi facilement, en tout cas pas ceux du Québec.Il se défend toutefois de prôner le recours à l'armée pour garder le Québec dans la famille canadienne.Ce sera à Ottawa de décider comment protéger les citoyens qui lui restent fidèles en cas d'accession du Québec à la souveraineté, fait valoir celui que la seule perspective d'une guerre civile fait frémir.D'accord avec Mordecal Né dans le quartier Ahuntsic il y a 49 ans, M.Henderson est amoureux de Montréal.La ville la plus intéressante au Canada avec Québec, dit-il.Il vient de déménager dans une belle maison de Westmount, située entre deux magnifiques parcs.En congé sans solde depuis sept mois, il n'a toutefois guère le temps d'en profiter.Depuis qu'il a succédé à Robert Lib-man à la tête du Parti égalité, ce professeur de littérature anglaise au Collège Vanier est tellement pris par la politique qu'il n'a même plus le temps de lire, lui qui a écrit deux romans dont l'un, sur les années référendaires, vient tout juste d'être réédité.Ce qui ne l'empêche pas de suivre avec intérêt ce que font les confrères.Il est par exemple parfaitement d'accord avec le controversé Mordecal Ri-chler: les lois linguistiques québécoises sont assez ridicules, dit-il, et il n'est pas nécessaire d'étouffer l'anglais pour assurer l'épanouissement de la langue de la majorité.M.Henderson reconnaît qu'il entre une part de nostalgie dans sa vision du Quebec, de ce Quebec d'il y a 20 ans «ou on avait un esprit plus ouvert, plus libéral, où on était plus riche».Une société que le politicien n'est pas à la veille de retrouver, puisqu'il est le premier à deplorer que les ténors souverainistes ne se tiendront pas pour battus advenant un NON au référendum, qu'ils continueront à défendre leur thèse.Il voit en Lucien Bouchard un politicien qui a «le feu au ventre», un orateur charismatique «malgré un style vieillot».M.Henderson s'étonne par ailleurs qu'une «formation de gauche» comme le Parti québécois se soit donné jacques Parizeau pour chef.Daniel lohnson, enfin, lui parait plutôt sympathique au plan personnel, malgré ses travers de technocrate.Ce qu'il reproche cependant au premier ministre libéral, c'est d'avoir appuyé avec le reste de son parti le rapport de la Commission Bélanger-Campeau \u2014 qui prévoyait la tenue d'un référendum sur la souveraineté \u2014 pour se draper un peu plus tard dans le drapeau canadien afin d'aller chercher le vote des anglophones.Ces votes sur lesquels comptait, justement, le Parti égalité.Sept jours dans la misère de Goma Le journal de bord de notre envoyé spécial Denis Arcand en page b 6 t B 2\u2022 LA PRESSE.MONTREAL.SAMED113 AOUT 1994 MmMBm\t\t Éditoria\tPaul Desmarais président du conseil Jl d administration\tRoger D Landry Claude Masson Marcel Desjardins Alain Dubuc président et editeur ed'teur adjoint directeur de l information éditorialiste en chef \t\t Le recensement à l'âge des cavernes Il faut au moins deux preuves d'identité et de résidence pour obtenir la carte Accès Montréal qui donne droit à des rabais sur certains services municipaux.Mais on peut être inscrit sur une liste électorale sans présenter le moindre document et sans avoir jamais eu ni à attester ni à démontrer ses qualités d électeur.Cette bizarrerie n'est que l'une des aberrations du système de recensement électoral absolument archaïque en vigueur au Canada en général et au Québec en particulier.Alors que les contrôles d'identité fleurissent dans le monde de la consommation, notamment au Club Price et dans les clubs vidéo, l'exercice du droit de vote repose toujours sur la confiance absolue.À une époque informatisée au point d'avoir transformé nos sacs à main en sacs à puces, la confection de listes électorales se fait toujours «à la mitaine», échappant ainsi au progrès.Les défauts de cette méthodologie digne du Néanderthal technologique sont décriés à chaque élection.On lui reproche surtout ses coûts : plus de 40 000 recenseurs arpentent actuellement les rues et chemins de campagne en prévision du scrutin provincial.Sans parler des recensements scolaires et municipaux qui se font presque parallèlement.À la fin de l'hiver dernier, le Directeur général des élections du Québec recommandait la constitution d'une liste électorale permanente et informatisée, qui contiendrait toutes les données nécessaires aux élections scolaires, municipales et provinciales.Ce projet s'est heurté à un immobilisme intégral.Unique amélioration: cette année, les électeurs montréalais et les électeurs de la CÉCM seront recensés en même temps, dans le cadre d'un timide projet-pilote qui, s'il fonctionne bien, fera peut-être avancer un peu les choses.Si la problématique des recensements parallèles et de leurs coûts resurgit au détour de chaque élection, la question du contrôle du droit de vote, elle, est rarement soulevée.Actuellement, l'inscription sur la liste électorale se fait sur simple déclaration.Le manuel d'instructions des recenseurs précise, à la page six, les qualités requises pour avoir droit de vote au Québec.Mais, exception faite de l'âge, les informations recueillies ne portent même pas sur ces qualités! Ainsi, les recenseurs ne sont pas tenus de demander si l'aspirant-électeur jouit du droit de vote, s'il réside au Québec depuis plus de six mois et s'il possède la citoyenneté canadienne.Pas de questions, pas de preuve à fournir, tout se fait sur la gueule.Et comme les recenseurs sont payés au nom inscrit, à raison de 52 sous par tète de pipe, on imagine qu'ils ne font pas d'excès de zèle pour identifier les fraudeurs.Résultat : n'importe quel touriste s'exprimant suffisamment dans les langues d'usage pour donner son nom et son âge pourrait se faire inscrire et aller voter s'il en a envie.Ce système plein de trous repose sur trois postulats.Un : les vérifications d'identité, voire l'établissement d'une carte d'électeur, constitueraient des atteintes inadmissibles à la vie privée.Deux: la plupart des gens connaissent bien leurs voisins, lisent attentivement les listes électorales de leur quartier et s'empressent de dévoiler les irrégularités.Trois: le Québec constitue une société homogène faite de citoyens canadiens en bonne et due forme, et de quelques exceptions facilement repérables à leur apparence exotique.Pas besoin de dire que cette perception rurale du Québec ne reflète pas la réalité, surtout pas à Montréal.L'homme de Cro-Magrion connaissait peut-être bien l'habitant de la caverne d'en face, mais pas le Montréalais moyen dans un quartier de duplex.Cette confusion d'époques entraîne paradoxalement une atteinte à l'intimité bien plus grave que celle que l'on prétend eviter.La circulation de listes électorales permet à chacun de voir qui vit avec qui, et quelle vieille dame seule constitue la cible idéale pour un cambriolage.Les abus ne sont peut-être pas nombreux, mais ce curieux laxisme qui dévalue le sens du droit de vote est un argument de plus en faveur d'une révision qui permettrait à notre comptabilité électorale d'arriver enfin au 20ème siècle.Agnès GRUDA Les credos rétros de M.Parizeau Le premier ministre Johnson et ses ministres économiques ont critiqué en termes très durs le caractère archaïque du programme économique du Parti québécois.Le ton était excessif.Une victoire du PQ, contrairement à ce qu'ils ont affirmé, ne représenterait pas une «catastrophe».Mais il est clair que si Jacques Parizeau prend le pouvoir, le Québec entrera dans une phase d'expérimentation où il tentera d'appliquer, à l'aube du 21ème siècle, des recettes des années 50 et 60.En deux semaines, Jacques Parizeau, par bribes, a esquissé les éléments d'une philosophie économique qui, sans sombrer dans les excès de son navrant programme, en consacre le retour en arrière.On l'a d'abord vu avec l'élan nostalgique qu'a suscité au PQ le projet de vente de Sidbec, une société d'État mal en point, vestige d'une stratégie économique qui a perdu son sens depuis un quart de siècle.Ou celui qui a animé M.Parizeau qui, pour résoudre le problème du transport en régions, a présenté une politique du transport aérien où l'État contrôlerait l'octroi des routes, limiterait la concurrence et fixerait les tarifs.Une politique dont l'Occident s'est débarrassée en raison des impasses où elle a mené.En ce qui a trait au rôle de l'État, M.Parizeau, pour justifier ses promesses d'investissements publics, notamment dans son propre comté, s'est tué à répéter qu'il n'y a rien de mal à emprunter pour produire.Une vérité qui perd son sens quand le fardeau de la dette devient écrasant.C'est ce grand crédo des années 60 qui a mis tant de gouvernements dans le trou.Tout cela constitue un tout.Ce que Jacques Parizeau propose, c'est une culture différente, celle du culte de l'État, qui repose sur la conviction profonde que les gouvernements, s'ils contrôlent les bons «outils», peuvent triompher.Cette culture, profondément bureaucratique, faite de naïveté et d'arrogance, est ancrée dans la personnalité de Jacques Parizeau, étudiant des années 50 et haut-fonctionnaire des années 60.Ce qui étonne, toutefois, c'est que le PQ, en huit ans de pouvoir, avait progressivement abandonné ce discours qu'il avait en 1976.C'est comme si, sous le leadership de M.Parizeau, on assistait, sur le plan de la doctrine économique, au même retour à l'orthodoxie originelle que sur le plan constitutionnel.Entendons-nous bien.Jacques Parizeau n'annonce pas une révolution.Ses politiques de fond ne seront sans doute pas radicalement différentes de celles des libéraux, qui s'inscrivent dans la même tradition.Mais M.Parizeau va à contre-courant des efforts les plus prometteurs proposés à travers le monde et propose des recettes que la plupart des pays fuient comme la peste, qu'ils soient à gauche ou à droite, parce qu'en les appliquant, ils sont arrivés à une impasse.Ce que nous disons, c'est que l'approche éculée du Parti québécois ne nous permettra pas plus de résoudre les problèmes qui nous hantent que l'approche libérale.Et c'est ainsi que les réflexions que suscite le débat économique ne sont pas idéologiques, mais plutôt «générationnelles».Ce n'est pas un affrontement entre droite et gauche, ni entre libéraux et péquistes, mais bien entre les nostalgiques des années 50 et ceux qui devront se débrouiller après l'an 2000.Voilà qui fait une belle jambe aux électeurs, forcés de choisir entre un parti qui a de vieilles idées et un parti qui n'en a plus.Pour en finir avec Le Hir Depuis le début de la campagne, Richard Le Hir; candidat péquiste dans Iberville, a amusé la galerie en contredisant son parti jour après jour.C'était prévisible pour ceux dont l'intérêt pour l'économie avait permis de connaître le pdg de l'Association des manufacturiers.Ils savaient que sa faconde, sa fascination morbide pour les micros et les caméras, son indiscipline intellectuelle en faisaient une bombe à retardement pour un parti politique.Les stratèges péquistes ont, jusqu'ici, été bien patients pour leur encombrante vedette.Mais ses propos sur les Cris et le débat sur sa participation à Canada 125 ont également illustré a quel point il manquait de jugement Dans une * mise au point », que nous publions dans la page ci-contre, M.Le Hir conteste la teneur des articles de La Presse, signés par Denis Lessard, qui révélaient son rôle de consultant pour Canada 125.M.Le Hir affirme, sans pouffer de rire, qu'en tant que consultant pour Canada 125, jamais il n'a voulu que cette fête fasse la \u2022 promotion de l'unité nationale».Nous ne savons pas si M.Le Hir nous prend pour des imbéciles ou s'il en est un lui-même.Canada 125 fêtait le 125ème anniversaire de la Confédération.Pas celle du Groenland, celle du Canada.Par définition, cet organisme, sans être partisan, n'avait qu'une seule fonction, célébrer I unité canadienne.Il est bien difficile, comme a tenté de le faire M.Le Hir, de rejeter le fédéralisme tout en célébrant la fédération.4 JSS DcX HO/S-ÇviSû/m^ZëT MWSSnoN semT; Jvm(00$ VoUfl OU /A\t?U\\ éfOeÇTt**/ erçr Mffroi/c * y yvy \u2022 B ¦ Nom de la compagnie: Impro-Cible.Incorporation: lanvier 1993.Président: Raymond Arpin.Secrétaire-général : Dominique Meunier.Partrtiaircs: La Ligue Nationale d'improvisation et l'Agence de magiciens Michel Courteman-che.Mission: Faire rire et réfléchir.Services: Animation théâtrale personnalisée de tout type d'événements .Marché: Toute entreprise, association, organisme communautaire, gouvernemental ou para-gouvernemental, au Québec et au Canada.Expertise: Comédiens, improvisateurs de la LNI, commun testeurs et animateurs. LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMED113 AOUT 1994 Plus B 5 casse-tête des stratèges en communication Électeurs désabusés, méfiants à l'endroit des politiciens, saturés de promesses électorales.du bureau de Lm Presse QUÉBEC Wous êtes désabusé de la politique?Méfiant à l'endroit des politiciens?Vous mettez en doute leur désintéressement mais n'aimez pas, pour autant, qu'on les cloue au pilori?Vous êtes saturé de promesses électorales?Soyez sans crainte, pour les sondeurs, vous restez un Québécois moyen.Et pour les stratèges en communication.un véritable casse-tête.Car on ne «vend» pas un programme politique comme une automobile ou une boite de lessive.«On doit parler à plus de 4 millions d'électeurs, un groupe-cible aussi large est plus dangereux pour un communicateur, observe Lili Côté, «créatrice» chez Marketel.«On ne doit choquer personne, et le danger est de niveler par le bas.Cela débouche souvent sur un message moins original », déplore-t-elle.Sa propre feuille de route contredit toutefois cette évaluation.C'est elle qui, l'an dernier, pour l'agence BCP, avait trouvé la formule audacieuse de la publicité destinée à réhabiliter Jean Chrétien auprès des électeurs québécois: «Drôle de gueule, mais quel discours!».« Mais dans la campagne du PLC, on n'avait rien à perdre, on ne pouvait que remonter», dit-elle modestement aujourd'hui.Il fallait «évacuer les préjugés à l'endroit de M.Chrétien».Beaucoup plus populaires au Québec, les Jacques Parizeau et Daniel lohnson n'auront pas besoin d'une telle audace.Incisives quand il s'agit de faire le bilan de l'adversaire, de mettre en relief les risques de sa stratégie, plus rassurantes quand elles présentent le chef et l'équipe qui l'entoure, les publicités que diffuseront à compter de dimanche les deux camps ne sortiront guère des sentiers battus.Comme Lili Côté, Yves Dupré, de BDDS, croit que les Québécois sont devenus on ne peut plus sceptiques devant les promesses des politiciens.Aussi, le slogan libéral «L'emploi» aura besoin d'être très solidement étayé pour être crédible auprès de la population selon ce spécialiste, qui a collaboré à la campagne du NON au référendum de 1992 et à celle du Bloc québécois, l'an dernier.S'il est vrai que cette question se retrouve en tête de tous les sondages depuis cinq ans, ce choix est « un pari » pour les libéraux, car il évoque un problème sans élaborer de solution.Pour lui, la publicité politique présente des problèmes particuliers, le «produit» est passablement plus complexe à vendre qu'un bien de consommation, bien que «personne ne s'occupe des programmes de parti ».À l'inverse, le choix du slogan pé-quiste «l'autre façon de gouverner» répond à la première attente des Québécois, la volonté très forte de changement chez les électeurs après huit ans de pouvoir libéral, résume M.Dupré.Pour Lili Dupuis, en revanche, le slogan choisi par le PQ n'est pas exempt La publicité libérale prend l'autobus.PHOTO ARMANO TROTT1ER.U Prisse Lancement de la publicité du Parti québécois, hier, à Montréal.de faille.Toutefois, cette «autre façon de gouverner» peut évoquer le «bordel constitutionnel et l'instabilité», prévient-elle.Sa principale découverte dans le monde des campagnes publicitaires politiques, c'est l'importance «incroyable» de l'image du chef de parti.«C'est 80 p, cent de la campagne, s'il fait une faute tout le monde se plante», résume-t-elle.Les arguments économiques que ne manqueront pas de soulever les libéraux, pour souligner les risques de la souveraineté, peuvent être efficaces, pense-t-elle.En revanche «les promesses électorales, c'est la pire erreur à faire.Les gens sont totalement désabusés».Un rôle plus important Bien que leur impact reste bien limité, les campagnes publicitaires joueront cette fois-ci un rôle plus important que lors des précédentes élections.«Actuellement on a deux chefs qui, ni l'un ni l'autre, n'ont beaucoup de charisme.Les gens vont alors évaluer les équipes, le programme.Quand il y a un René Lévesque ou un Pierre Trudeau, les autres éléments viennent loin derrière, les gens veulent avant tout une forme de leadership en politique», explique M.Dupré.Aux États Unis, les publicitaires osent bien davantage s'aventurer sur le terrain miné de la publicité négative, qui met en vedette les défauts \u2014 parfois même physiques \u2014 de l'adversaire.Au Canada, et en particulier au Québec, ce genre de message s'est toujours retourné contre son auteur.«S'ils veulent faire monter M.Parizeau dans l'électorat, les libéraux n'ont qu'à l'attaquer, les gens vont dire: «Un instant, il a quand même des diplômes, c'est un économiste réputé!», prédit M.Dupré.En général les Québécois désapprouvent le recours aux éléments négatifs, à la violence notamment.En 1989, le Parti québécois avait rapidement retiré un spot qui montrait un jeune garçon venant de recevoir une raclée.Il symbolisait le Québec, et une voix hors champ lui demandait s'il voulait une autre claque.Le cas le plus célèbre reste la publicité agressive des conservateurs aux dernières élections fédérales.Un message télé mettait l'accent sur les défauts physiques de Jean Chrétien; vingt-qua-tre heures plus tard, la publicité était PHOTO MICHEL GRAVEl.Là Presse retirée de l'écran, et l'éphémère première ministre Kim Campbell offrait des excuses publiques.Cette fois, au PLQ, on soutient qu'on ne présentera pas l'adversaire, «dans un premier temps tout au moins».reconnaît l'un des dirigeants de cette campagne, John Parisella.La technologie est suffisamment souple aujourd'hui pour permettre à un parti de corriger le tir en cours de campagne.En revanche, dès le début on se promet de frapper durement sur «l'en-clenchisme» du programme du PQ, c'est-à-dire sur l'accession à la souveraineté du Québec.Rien de trop négatif dans le message du PQ.Au contraire les «spots» télé présenteront un Jacques Parizeau rassurant, à l'écoute des citoyens et entouré de son équipe.La souveraineté «elle est en filigrane», dira Pierre Boileau, le directeur du PQ.Au début.des chiffres Quelque soit le parti, au fédéral comme au provincial, toute campagne de publicité s'appuie d'abord sur des heures et des heures de discussions avec des petits groupes d'électeurs.« 11 faut à la fois comprendre et mesurer.Ces deux démarches sont essentielles et indissociables», résume Grégoire Golin, de Créatec, la firme de sondage qui fournit, depuis 1985, les données de base pour préparer les campagnes libérales.Comprendre d'abord.Pour ce faire, les sondeurs rencontrent dans un premier temps une série de groupes restreints de huit à dix personnes, et les font discuter pendant deux heures.Pour raffiner les résultats on créera par la suite des groupes particuliers, formés d'allophones ou même de « nationalistes» non souverainistes, toujours pour discerner ce qui sera susceptible de les convaincre ou ce qu'il désapprouvent chez le parti adverse.Ensuite il faut mesurer, car une fois les thèmes définis, ils seront testés à nouveau dans des sondages aux échantillons beaucoup plus vastes.Ces études peuvent mener à des résultats contradictoires.Conseiller des conservateurs en 1993, Grégoire Golin préconisait une campagne axée sur l'emploi, déjà vu comme la principale préoccupation des gens.Son constat s'est heurté à celui de Décima Research, \u2014 l'équipe du To-rontois Allan Gregg qui avait conduit les tories aux victoires imposantes de 1984 et 1988.Décima préconisait le «parler vrai», une campagne sans fard qui insisterait sur l'ampleur du déficit et la médecine de cheval nécessaire pour assainir les finances publiques.Cette idée fut retenue par les stratèges anglophones du PC.En plein milieu de campagne, en chute libre dans les sondages, Kim Campbell tenta de ramener le cap sur l'emploi, peine perdue toutefois.Pour Marcel Giner, le spécialiste retenu depuis 15 ans par le Parti libéral du Canada au Québec, il ne faut pas exagérer l'effet d'une campagne de publicité pour promouvoir un «produit» politique.Pour lui, l'issue du vote est pratiquement scellée trois ou quatre mois avant le jour du scrutin.«L'opinion publique est déjà fondée, les jeux sont faits.Qu'on le veuille ou non, on a un parti qui a été au pouvoir pendant deux mandats.Les Québécois veulent toujours plus et aucun parti politique ne peut les servir plus de deux mandats», résume M.Giner.À l'inverse, «M.Parizeau a bien compris que ce que veulent les Québécois, c'est un bon gouvernement.Il l'a dit clairement il y a quelques jours.Le seul cheval de bataille qu'avait M.lohnson était la souveraineté, la séparation; en fait la peur, comme d'habitude.Mais M.Parizeau l'a selon moi désamorcé», conclut le spécialiste du PLC au Québec.Toute l'opération de préparation prend plusieurs mois, dans le cas du PLQ, le travail était déjà avancé le printemps dernier.L'échéancier était identique au PQ, souligne le directeur du parti Pierre Boileau.Le «positionnement» était passablement défini au printemps, mais on a marqué un temps d'arrêt pour réévaluer toute la stratégie.Avec de nouvelles assurances, on a terminé en juillet la campagne exactement sur la même lancée: la volonté de changement des électeurs québécois, d'expliquer M.Boileau.« Le dégoût de la politique partisane » Michel Philibert veut maintenant informer les jeunes NDLR-Ces dernières semaines, notre collaborateur Mathias Brunet a rencontré des jeunes qui s'intéressent à la vie politique et qui participent à la campagne électorale.Nous en présentons deux autres aujourd'hui.MATHIAS BRUNIT collaboration spéciale Lorsque Michel Philibert claque la porte de la Commission jeunesse du Parti libéral avec Mario Dumont et cie il y a deux ans, il se dit: fini la politique partisane.Après avoir fondé puis animé le Centre des jeunes dirigeants d'entreprise durant quelques années, il déniche le poste idéal en mars: président du Conseil permanent de la jeunesse.Le jeune homme âgé de 27 ans se retrouve au coeur des grands débats sur les jeunes sans pour autant prendre position pour une formation politique ou une autre.Un emploi qu'il occupe à temps plein.« La Commission Jeunesse s'est fait tasser par le Parti libéral en 1990, dit Philibert.l'ai l'impression d'avoir été manipulé, trahi.l'ai gardé de l'amertume.Le Conseil permanent de la jeunesse, c'est de la belle politique.Nous prenons nos décisions sans tenir compte d'une ligne de parti.Le gouvernement nous consulte régulièrement sur différents dossiers, comme la présence de la Sûreté du Oué-bec dans les écoles ou l'exode des jeunes dans les régions.» Michel Philibert Michel Philibert, originaire de l'Épiphanie, courtier d'assurances de formation, diplômé en finances à l'UQAM, 8 commencé à militer à l'âge de 20 ans, au sein de la Commission jeunesse.Par curiosité.Il ne savait rien du milieu politique.Sa famille avait toujours voté libéral mais on ne iasait pas nécessairement politique à longueur de soirée chez lui.Un modèle pour le jeune homme, toutefois: le grand-père.Clément Philibert, maire de l'Epiphanie dans les années soixante.Le Conseil permanent de la jeunesse ne prendra pas position au cours de la campagne.Son mandat est plutôt d'informer les jeunes sur le contenu du programme des différents partis, sans les commenter.On compte distribuer des brochures dans plus de 1400 organismes de jeunes et organiser un débat avec les jeunes candidats de partis.«Et nous nous réservons le droit d'intervenir si les questions touchant la jeunesse sont absentes lors de la campagne», ajoute Philibert.Michel Philibert a quitté un parti pour faire de la politique non-engagée, ce qui serait le voeu d'une grande partie de la jeunesse d'aujourd'hui, selon lui.«Plusieurs croient les jeunes désabusés de la politique.Faux.Ils sont plutôt dégoûtés de la politique partisane.Ils la perçoivent comme une caricature de la démocratie.Les politiciens ne leur inspirent plus confiance.Leur implication est davantage personnelle, générale.On en voit de plus en plus au sein des groupes voués à la protection de l'environnement, de groupes communautaires, à la Croix-Rouge.» L'avenir des jeunes, il ne le voit pas rose, mais pas noir non plus.«Nous aurons la vie plus difficile que la génération qui nous précède.Les jeunes devront composer avec la précari-, té de l'emploi, avec le déficit accumulé par nos ainés.Il nous faudra redoubler d'ardeur pour prendre notre place.» Des solutions?Philibert hésite.«Si j'en avais, je les crierais haut et fort.Peut-être le mieux-être de notre génération passe-t-il simplement par la stimulation de l'économie.Parizeau et lohnson proposent beaucoup.Mais il n'y a rien de magique.Nous devrons tous nous retrousser les manches dans notre secteur respectif.Ne pas attendre l'action des partis politiques.» « Faire ma part pour améliorer le monde » François Rebello est au coeur des grands débats étudiants MUNET collaboration spéciale ¦ 1 est au coeur de tous les grands débats étudiants depuis deux ans: Hausse des frais de scolarité, réforme de l'enseignement collégial, consultation sur l'enseignement primaire et secondaire.François Rebello dirige la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) depuis mars, après avoir occupé le poste de secrétaire-général de la Fédération des association étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM) durant un an et demi.Un interlocuteur de premier plan du gouvernement en terme de questions d'éducation.Durant la présente campagne, son groupe et lui entendent être actifs.Envoi de questionnaires à tous les candidats, analyse en profondeur des programmes des partis, organisation d'une rencontre avec les trois chefs des partis pour qu'ils présentent leur vision de l'éducation au Québec, prise de position en faveur d'une formation.Rebello, fils d'un père indien et d'une mère canadienne française, milite depuis deux ans à peine.«Avant, je me concentrais sur mes études en politiques à l'Université de Montréal et sur le hand-ball, je faisais partie de l'équipe du Québec.le ne pensais pas vraiment à la politique.» À sa troisième année universitaire, sa vie prend une nouvelle tournure.Il devient coordon-nateur de l'Association de sciences politiques de son uni- Françols Rebello versité.Il s'attaque au problème de la qualité de l'enseignement dans le département.Son premier dossier, et il est important, celui de Denis Monière, accusé, de plagiat sur le travail d'un étudiant.L'affaire fait les manchettes, tout un baptême pour Rebello.L'année suivante, il joint les rangs des jeunes souverainistes du Québec.Pendant la campagne référendaire de 1992, il tra-.vaille dans le camp du NON auprès des étudiants universitaires des campus montréalais.Malgré ses idées souverainistes, il ne s'identifie pas pour autant au Parti québécois.Deux ans de militantisme seulement, mais déjà de belles preuves de faites.Les gens du milieu en font l'éloge.Grand rassembleur, articulé, de bonnes idées, un flair politique très développé.Le dossier le plus préoccupant pour Rebello à l'heure ac- tuelle: la question de l'emploi.«Le taux de placement des diplômés universitaires est d'environ 50 p.cent deux ans après leur sortie de l'université.C'est épouvantable.Et on ne tient même pas compte des décro-cheurs.La situation est semblable en France.Là-bas.il réagissent davantage.Il faut en venir la nous aussi.» La FEUQ n'a pas encore annonce ses couleurs en vue des élections.Rebello et son groupe ont étudié les -/ogrammes des partis, ils sont restés sur leur appétit.«Les libéraux n'ont pas beaucoup de nouvelles idees, en fait, il n'en ont pas du tout.On y retrouve les mêmes éléments qu'il y a plusieurs années.Chez le PQ, on retrouve peu de reflexions récentes également.Rien sur le manque de dynamisme et le renouvellement des enseignements, sur le financement étudiant.Nous travaillons actuellement avec l'aile jeunesse du parti pour faire valoir nos points.En fait, le Parti de l'action démocratique dirige par Mario Dumont a les meilleures idées nouvelles.» François Rebello étudie actuellement en Économie à l'Université de Montréal, après avoir complété son baccalauréat en Sciences politiques.La politique active, il n'y songe pas pour l'instant, «le veux arriver à changer les choses qui me paraissent le plus inacceptables dans le domaine de l'éducation et de l'emploi.Les problèmes internationaux me préoccupent également beaucoup.Mais je peux faire ma part pour améliorer le monde sans passer par la politique.» LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMED113 AOÛT 1994 _\tQ\tB7 «,.,.p\trlus mWfwFM .à ¦ Des hommes armés et masqués, paysans et Indiens réunis par centaines tt bien organisés, sortirent des grandes forêts tropicales pour s'emparer des principales villes du Chiapas et exiger la fin de l'injustice et de l'exploitation.L'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), menée par le mystérieux sous-commandant Mareos, réussit à tenir en échec les forces gouvernementales et à contraindre le pouvoir à la négociation.Un Mexique pratiquement inconnu du reste du monde se faisait connaître au grand jour.» PHOTO REUTE* Inquiétude au pays Les Mexicains face aux électioi plus importantes des 50 dernières Zapata CILLES TOUPIN envoyé spéciêl mmMmê La Presse à MEXICO À huit jours de l'élection présidentielle mexicaine, l'intensité et l'incertitude politiques ne cessent de croître au pays de Zapata.Pour la deuxième fois seulement en un siècle, c'est-à-dire depuis l'élection du président Madero en 1910 au lendemain de la Révolution, les Mexicains participeront le 21 août \u2014 du moins l'espérent-ils \u2014 à une élection véritablement démocratique.Cette situation nouvelle, dont il est difficile de prévoir l'issue tant les scénarios possibles sont nombreux, annonce une transformation profonde de la société mexicaine, menottée par 65 années d'un pouvoir sans partage du Parti révolutionnaire institutionnel (PR1).À peine remis du «choc national» de la défaite de leur équipe en Coupe du monde aux mains de la Bulgarie, les Mexicains se sont donc jetés dans la campagne électorale avec toute la ferveur qui les caractérise.C'est que cette fois \u2014 fait inusité dans toute 1 histoire de leur pays \u2014 trois candidats ont des chances de triompher le soir du 21 août: Ernesto Zedillo du PR1, Cuau-thémoc Cardcnas du Parti révolutionnaire démocratique (PRD) et Diego Fernandez de Cevallos du Parti action nationale (PAN).Six autres partis sont dans la course mais ils ne font pas le poids devant les trois ténors de cette campagne 1994.Mais que s'est-il donc passé pour que disparaisse ainsi subitement hégémonie du PRI et l'unipartisme mexicain?Avant le 1er janvier dernier, rien ni personne n'auraient pu prédire le pa-.norama politique actuel.Que le PRI aurait eu à se battre contre deux adversaires solides pour conserve\" le pouvoir, cela était encore inconcevable, inimaginable, le soir du 31 décembre 1993.Les dirigeants du plus vieux parti politique mexicain avaient la conviction que le sexennat du président Carlos Salinas de Cortari allait se terminer sans histoire et que le parti officiel ne courait aucun danger.Zapatistes Alors aue dans la capitale on fêtait le nouvel An, des images incroyables parvenaient de la forêt du Lacandon, dans l'État du Chiapas, le plus lointain et le plus oublié des 31 États mexicains.Des hommes armés et masqués, paysans et Indiens réunis par centaines et bien organisés, sortirent des grandes forêts tropicales pour s'emparer des principales villes du Chiapas et exiger Ernesto Zedillo du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI).la fin de l'injustice et de l'exploitation.L'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), menée par le mystérieux sous-commandant Marcos, réussit à tenir en échec les forces gouvernementales et à contraindre le pouvoir à la négociation.Un Mexique pratiquement inconnu du reste du monde se faisait connaître au grand jour.Pour le PRI traditionnel, c'était le commencement de la fin.Rien désormais ne serait comme avant pour des millions de Mexicains, et surtout pour les 45 millions de citoyens (sur une population de 80 millions) qui vivent dans la pauvreté extrême.Un climat de folie s'est ensuite emparé de la scène politique mexicaine.Le 23 mars, le candidat du PRI, Luis Donaldo Colosio, désigné par le président sortant Carlos Salinas de Gortari, est assassiné en pleine campagne électorale à Tijuana.La négociation avec le EZLN est un échec et le négociateur du gouvernement.Manuel Camacho, démissionne avec fracas.Les pressions internes et externes au système se multiplient et la violence achève de miner la crédibilité du gouvernement de Carlos Salinas de Gortari.Pour ajouter au désastre, l'enquête sur la mort de Colo- sio est étouffée alors que la presse rapportait la thèse de l'élimination de Colosio par les dinosaures du parti qui auraient vu dans le successeur de Salinas un réformateur menaçant.Dans ce contexte, alors que les can- didats à la présidence jouent leurs dernières cartes de la campagne, personne ne peut dire aujourd'hui ce qui se passera après le 21 août; les possibilités les plus extrêmes sont évoquées ici, allant de la transition pacifique du pouvoir à l'anarchie et même à la guerre civile.«Les gens sont fâchés, irrités», explique Maria Emilia Farias, ancien consul général du Mexique à Montréal de 1991 à 1993.«Ils ne sont pas dupes, lis n'ont pas oublié qu'en 1988 on leur a volé la victoire de Cuauthémoc Carde-nas.Ils ont dû subir pendant six ans un gouvernement qui ne représentait pas leurs intérêts.Aujourd'hui, ils constatent amèrement que leurs conditions de vie ne se sont pas améliorées.» Cuauthémoc Cardenas du Parti révolutionnaire démocratique (PRD).Dans les petits quartiers populaires et souvent insalubres qui ceinturent la mégalopole de Mexico, le PRI a lancé au début de la semaine une offensive dont les résultats en disent long sur l'état d'esprit de bien des Mexicains.Des équipes volantes ont ainsi apposé des auto-collants sur les pare-chocs des voitures qui se lisaient comme suit: «Un vote pour Zedillo c'est un vote pour la paix».Les habitants n'ont pas tardé à ajouter à la phrase, également sous forme d'auto-collants, un commentaire cinglant: «et pour la faim».Gare à la fraude Malgré tout, pour le PRI et Ernesto Zedillo, la victoire le 21 août est loin d'être exclue.Mais, cette fois, il ne saurait être question de fraude électorale.Ou s'il y a fraude, comme le croit Carlos Fazio.journaliste au quotidien El Dia, il faudra que ce soit une «fraude propre».Mais le Mexique, grâce à une reforme partielle de Salinas, possède aujourd'hui des instruments juridiques et électoraux plus fiables qu'en iquc 1988.De plus, une véritable armée de citoyens s'est mobilisée pour surveiller le déroulement du scrutin, les partis seront présents dans chacun des bureaux de vote et les observateurs étrangers seront là par centaines.La bonne vieille tentation de trafiquer le scrutin est encore là, s'accordent à dire les commentateurs mexicains.Mais il est certain que si le PRI se laisse aller à ses penchants historiques, le peuple mexicain ne l'acceptera pas.Cela est clair pour tout le monde.Sans compter qu'au début de la semaine, parmi les serpents et les moustiques de la forêt du Lacandon, six milles citoyens, tous représentants de ce que l'on appelle ici «la société civile», choisis lors d'assemblées de quartiers, de villages et d'organismes populaires à travers tout le pays, se sont rassemblés pendant trois jours pour entamer le dialogue avec l'Armée zapatiste et préparer, en cas de fraude électorale, une véritable révolte civile.Cette Conférence nationale démocratique (CND).denigree par Zedillo mais qua- Diego Fernandez de Cevallos du Parti action nationale (PAN), au milieu de partisans.lifiée de contribution «valeureuse» par Cuauthémoc Cardenas (PRD) et Diego Fernandez (PAN), a choisi la voix pacifique des urnes pour sortir le pays de la crise.Revirement Cette mobilisation sans precedent du peuple au Mexique contre la fraude électorale et pour le changement, en dehors des organismes et partis officiels, est symptomatique du grand revirement qui s'est opéré dans les mentalités depuis le soulèvement zapatiste de janvier.«Depuis un demi siècle, commente Manuel Manrique, journaliste et fonctionnaire à l'Unicef, l'abstentionnisme a favorisé le PRI.Ce dernier a toujours été élu avec moins de 50 p.cent de participation.Les Zapatistes ont fait réaliser aux Mexicains qu'ils pouvaient sortir de leur passivité et faire bouger les choses en se présentant aux urnes.Il y aura plus d'électeurs dans les bureaux de vote le 21 août et les résultats témoigneront de cette variante.» Pour Ernesto Zedillo, l'enjeu reste de convaincre les Mexicains d'une élection propre et honnête.Contraint par toutes les forces de l'opposition à jouer le jeu électoral.Zedillo a ressorti un discours que d'autres avant lui ont abondamment utilisé.11 a promis cette semaine, maigre les froncements de sourcils des aparatchiks du PRI.de séparer le gouvernement du parti et de renoncer à la vieille coutume du «de-dazo », c'est-à-dire la désignation par le président de son successeur.Les Mexicains goberont-ils ces promesses trop souvent entendues?L'opposition croit pour sa part qu'il n'y aura pas de transition démocratique, de modernité politique au Mexique, si le PRI remporte la victoire.Et si le PRI, malgré tout, se tire d'affaire le 21 août, l'opposition croira-t-elle en cette victoire?Le PRI, qui prend l'eau de toute part, pourra-t-il gouverner?Que feront les Zapatistes et la CND?Et si c'est le PAN ou le PRD qui gagne avec une marge minime, le PRI, qui contrôle i appareil d'État de A à Z, acceptera-t-il de ceder le pouvoir malgré les promesses de Salinas de le faire?Un scénario semblable à celui du Chili d'Allende n'est pas à écarter non plus.Pas plus d'ailleurs qu'une solution mitoyenne d'une coalition de la droite PAN-PRl qui instituerait un gouvernement provisoire de transition démocratique.«Des temps durs s'annoncent pour le Mexique», confie Carlos Fazio.«Peu importe le résultat des élections, l'instabilité et la turbulence s'installeront au lendemain du 21 août.Les Mexicains devront rapidement se trouver une porte de sortie et régler leurs problèmes s'ils ne veulent pas que les capitaux étrangers fuient et que le pays s'enfonce davantage dans la crise.» LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED113 AOUT 1994 Le Monde fyiiMf&iw- jtffcWSWBft mf&x ggm isBiSÈS Ww.: La France retire ses troupes : nouvel exode hutu vers le Zaïre d'après Reuter et AFP KIGALI ¦ Anticipant le départ des forces françaises, des milliers de réfugiés hutus, craignant les représailles tutsies, ont pris la route en direction du Zaïre hier, à partir de la région de Gikongoro, dans le sud-ouest du Rwanda.Plus au nord, à la frontière rwando-zaïroise, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) craint qu'un nouveau fléau ne s'abatte sur les camps, après le choléra et la dysenterie.Le volcan Nyiragongo, qui domine les camps de Katale et de Kibumba, à 15 km au nord de Goma, montre en effet des signes inquiétants d'activité et deux volcanologues sont en route pour évaluer les risques.Pour la première fois, le HCR a en outre dénoncé les exactions de «20 000 soldats» de l'ancienne armée rwandaise (FAR) qui «sèment la terreur» parmi les réfugiés à Goma.« Nous sommes exaspérés par cette bande de voleurs qui gênent la distribution de vivres et menacent tout !e monde, surtout ceux qui évoquent un retour au Rwanda», a déclaré Syl-vana Foa, porte-parole du HCR.Parallèlement et pour les mêmes raisons, les autorités de Kinshasa décidaient le rappel immédiat des troupes zaïroises de la région.Autour de Gikongoro, à 80 km de la frontière zaïroise, les réfugiés qui s'étaient fixés sur le pourtour oriental de la «zone sûre» contrôlée par les Français ont pris la direction du Zaïre à pied ou en voiture après avoir regroupé leurs biens.L'ONU juge possible que près d'un million de réfugiés, en majorité des Hutus qui craignent les représailles des Tutsis, quittent la zone protégée en direction de la ville zaïroise de Bukavu lorsque les troupes françaises quitteront la «zone sûre», d'ici une dizaine de jours.Selon des officiers français, des réfugiés, au rythme de 600 par heure, pénètrent dans la foret de Nyungwe, à 20 km à l'ouest de Gikongoro, et se dirigent vers l'ouest.Les Nations unies espèrent cependant disposer d'une vingtaine d'observateurs des droits de l'homme au Rwanda d'ici le retrait français.Plus d'un million do Rwandais sont déjà massés dans des camps gigantesques frappés par les maladies dans l'est du Zaïre.Depuis la fin des combats au Rwanda, environ 120 000 réfugiés ont regagné leurs foyers, mais la plupart refusent de rentrer.Leurs craintes sont entretenues par l'ancien gouvernement hutu et les anciens soldats de l'armée gouvernementale défaite par les rebelles du Front patriotique rwandais.Ceux-ci disent aux ré- fugiés qu'ils seront massacrés s'ils regagnent le pays.Le HCR estime que 40 à 50 millions de dollars seront de toute façon nécessaires au rapatriement de 500 000 personnes et se plaint des efforts insuffisants des pays donateurs.Autour de Goma, après le choléra, la dysenterie et la malnutrition, on craint maintenant une épidémie de typhus.Les analyses effectuées cette semaine à Marseille sur des échantillons sanguins et des poux prélevés dans le camp de Mugunga se sont révélées négatives, mais l'Organisation mondiale de la Santé ne veut rien annoncer de définitif, les échantillons ayant pu se détériorer pendant le voyage.Le professeur français Didier Raoult, responsable du centre de Marseille, est en route pour Goma afin d'examiner la situation.Le HCR estime à 27 000 le nombre de morts depuis un mois dans la région.À 15 km au nord de Goma, le volcan Nyiragongo qui domine les camps de réfugiés de Katale et de Kibumba, où vivent plus de 400 000 personnes, inquiète les responsables de l'Onu.Le lac de lave du Nyiragongo est actif depuis 1982, mais cette activité semble s'être «légèrement accrue» depuis juillet.La dernière éruption du Nyira- gongo remonte à 1977.A l'époque, 64 millions de m5 de lave s'étaient déversés vers le sud.En une vingtaine de minutes, la lave avait parcouru 10 km, s'arrêtant à quelques centaines de mètres de l'aéroport de Goma.11 y avait eu 70 morts.ACCORD EX Deux Rwandais, recrutés par les organisations caritatives, transportent un réfugié souffrant de dysentérie vers une clinique de Médecins du Monde, au camp de réfugiés de Mlgunga.La dysentérie a déjà tué des dizaines de milliers de Rwandais ayant trouvé un abri au Zaïre.\tphoto reuter En Somalie, rien ne change, les clans font toujours régner la loi Heu 1er MOGADISCIO ¦ Des accrochages ont opposé des Casques bleus à des miliciens, hier en Somalie, au moment où l'ONU tente à nouveau de favoriser un règlement entre les factions rivales du pays, a annoncé un porte-parole.Des soldats de l'Onusom ont repoussé une vingtaine de Soma-Iiens armés qui cherchaient à voler un véhicule de l'ONU à Baï-doa, au coeur d'une région où une famine fut à l'origine de l'intervention militaire initiale sous direction américaine.Selon le commandant Richard McDonald, porte-parole de l'Onusom, les Somaliens ont pris la fuite et il n'y a pas eu de victimes parmi les Casques bleus.À Mogadiscio, une fusillade a également éclaté entre des soldats de l'Onusom et des Somaliens qui ont tenté sans succès de détourner un véhicule près d'un point de contrôle de l'ONU.L'incident a eu lieu dans la partie sud de la ville, contrôlée par le clan de Mohamed Farah Aidid.Victor Gbeho, émissaire de l'ONU en Somalie, s'est rendu jeudi à Kampala pour tenter d'obtenir le soutien de dirigeants régionaux aux efforts visant à pacifier les factions somaliennes, a indiqué George Bennett, porte-parole civil de l'Onusom.L'ONU a organisé ces dernières années une série de conférences où les chefs de clan ont pris des engagements de paix régulièrement rompus au bout de quelques jours.À Harare, le président zimbab-wéen Robert Mugabe a engagé les clans somaliens à mettre fin à leurs querelles sans plus tarder.«11 doit être clair que nous n'entendons pas déployer nos soldats en Somalie indéfiniment et j'ai la certitude que les autres Etats disposant de troupes dans ce pays partagent nos sentiments», a-t-il dit.Le contingent du Zimbabwe a perdu trois hommes en Somalie.Automatique, climatiseur, vitres et serrures électriques et beaucoup plus * par mois 4 V H ON D A \u2022 Bjsi; iur l'utilisation d'une berline Accord EX 1S94 neuve à boite automatique (CD 563RI.soit 333 S par mois durant un bail de 36 mois (paiement total de 11 988 S) Versement initial de 2 500 S.premier versement mensuel et dépôt de garantie exigibles.Franchise de 72 000 km 10,10S/km excédentaire).SAC.Option d'achat disponible.Taxes, immatriculation et assurance en sus Informez-vous dès aujourd'hui.CHEZ LES CONCESSIONNAIRES PARTICIPANTS SEULEMENT.mm POUR FAIRE CONNAISSANCE.» TOUT SIMPLEMENT Trait d'union ANNONCE GRATUITE TOUS LES JEUDIS ET SAMEDIS DANS - fc\t-~- 2m.**»*\t- fd® £\t6-3-.\tr.vro £ arM^tvftVur*- 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