La presse, 11 avril 1992, B. La Presse Plus
[" \u2022LA PRESSE.MONTREAL, SAMEDI 11 AVRIL 1992 pays des « Essex Men », pays tory Le vote des vieux masque une division nette au sein de la population active REAL PELLETIER envoyé spécial La Prcvsc A LOS Dit I S v ous avez aperçu bien sûr \u2014 vous y avez même flâné sans doute \u2014 ces longs quais linéaires sur pilot is bordés de boutiques de ba-bioles que Ton trouve sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre.Ils ont une histoire anglaise ces quais.Southend, par exemple, dans l'Es-sex, sur la côte est de l'Angleterre, possède un quai de ce genre, un «pier», dont les gens disent là-bas qu'il est le plus long du monde.Quand la brume se dissipe l'après-midi, les vieilles personnes vont se promener sur le «pier».Quand la brume s'accroche, les vieilles Anglaises se réfugient dans de petits halls à bingo sur le bord de mer.La région regorge de personnes âgées, des retraités, mais aussi, de gens actifs en fin de carrière, à revenus modestes, mais relativement à l'aise, qui ont choisi dans la discrétion de venir y terminer leurs jours.La culture politique britannique a identifié cette catégorie de gens: on les appelle les « Essex Men ».Avec le flair qui a contribué à sa réputation, Margaret Thatcher, invitée à faire un bout de campagne électorale \u2014 mais un bout seulement \u2014 pour appuyer John Major, a choisi d'adresser son dernier message, il y a dix jours, aux « Essex Men», avant de disparaître du paysage pour une tournée de conférences à huis clos, aux États-Unis.Hier matin, à Londres, beaucoup de commentaires circulaient sur.le rôle qu'avaient pu jouer la veille tous les « Essex Men» de Grande-Bretagne dans la victoire surprenante de |ohn Major.Un résultat qui a proprement tourné en dérision toute l'industrie britannique des sondages.Division Chose certaine, il existe, depuis maintenant treize ans, une histoire d'amour profonde entre les « Essex Men» et les tories.Ayant obtenu jeudi un renouvellement de bail au 10 Downing Street, fohn Major doit penser à eux.Mais les « Essex Men» mis à part, c'est une Grande-Bretagne active profondément divisée que va gérer John Major dont les tories ont recueilli 43 p.cent du vote contre 35 pour les travaillistes de Neil Kinnock.La majorité absolue des conservateurs n'est que de dix sièges et sept ministres de l'ancien gouvernement ont laissé leur peau dans l'aventure de jeudi.Tous les problèmes qui ont fait fondre la majorité tory de 102 sièges obtenue en 1987 ne vont pas disparaître comme le monstre du Loch Ness sous l'effet du résultat surprise de jeudi.La Grande-Bretagne des travailleurs et des jeunes attend beaucoup du prochain gouvernement.Pour John Major, il s'agit d'une victoire personnelle considérable.Pendant que Margaret Thatcher allait discrètement saluer les « Essex Men» du- rant la campagne, il lui fallait prouver, auprès de larges couches de la population qui avaient pris la «Dame de fer» en aversion, qu'il s'était bâti une autorité personnelle sur le parti, qu'il s'était démarqué de celle qui avait été sa marraine et son guide dans son ascension politique.Elle était fille d'épicier, il était fils d'employés de cirque.Margaret Thatcher, par projection, chérissait ce type d'homme.Son caucus 1l'avait chassée du pouvoir à l'automne 1990, ulcéré par sa vision rétrograde de la construction européenne ( un de ses fans, dépu- LA PRESSE EN GRANDE-BRETAGNE té au pays des « Essex Men », est carrément contre l'Europe) et par les effets électoralemcnt démobilisateurs de sa fameuse «poli tax», un impôt foncier appliqué par tète plutôt que sur la valeur de la propriété.Tous les tories ne faisaient pas une confiance aveugle à John Major, se retrouvant, pour la deuxième fois de sui- te, avec un chef qui ne venait pas d'«Oxbridge» (contraction des grandes écoles, Oxford et Cambridge) et qui n'avait pas mangé ses céréales avec une cuillère en argent, comme c'était la tradition à la tète du parti.Reste que ça marche.La Bourse de Londres, dès l'ouverture hier matin, nageait dans l'euphorie.La plupart des titres de l'indice FT grimpaient joliment, en particulier ceux des sociétés récemment privatisées.Ça marche, mais dès lundi matin, ceux qui, dans la nuit de jeudi à vendredi, ont célébré au champagne ou au « bitter », vont commencer à se faire poser des questions.Le 10 Downing Street ne sera pas la salle des fêtes de Balmoral.Les problèmes: LA RÉCESSION: Elle dure maintenant depuis deux ans en Grande-Bretagne.Elle pourrait tirer à sa fin si on en croit certains indices \u2014 déjà suspects parce que publiés en pleine campagne électorale \u2014 démontrant que les carnets de commande des entreprises auraient commencé à se regarnir, en même temps que les consommateurs auraient repris goût à la vie.LE CHOMAGE: En pleine campagne électorale, les Britanniques ont appris qu'en mars il avait atteint son niveau le plus élevé depuis septembre 1987, touchant en chiffres désaisonnalisés 2,65 millions de personnes.LES FAILLITES PERSONNELLES: Leur nombre a augmenté brusquement de 49 p.cent durant les deux premiers mois de 1992, après avoir grimpé régulièrement tout au long de 1991.Toutes les régions sont touchées \u2014 sauf incidemment le pays des « Essex Men », soit le sud-est de l'Angleterre.L'IMMOBILIER: En janvier et février, les transactions immobilières ont connu leur niveau le plus bas en dix ans.Dans l'intervalle le taux d'inoccupation des bureaux dans la «City», le coeur des affaires de Londres, marque 20 p.cent.Mauvaise nouvelle pour les frères Reichmann, on prévoit qu'en 1995, la «City» comptera 5 millions de pieds carrés innoccu-pés, soit plus que tout le gigantesque complexe de Canary Wharf que les financiers torontois sont en train d'ériger dans l'est de la ville.Voilà un aperçu des dossiers qui attendront réponse sur le bureau de |ohn Major dès lundi matin.Mais les grands problèmes de la Grande-Breta- La victoire surprenante de John Major a proprement tourné en dérision toute l'industrie britannique des sondages.gne pourraient se situer ailleurs que dans ces considérations conjoncturelles, à des niveaux plus structurels.Un observateur du Manchester Guardian ridiculisait la semaine dernière les prétentions des tories selon lesquelles l'industrie britannique avait atteint la plus forte croissance de sa productivité depuis 13 ans.C'est vrai, disait-il, mais cette croissance s'est stabilisée et demeure encore à 20 p.cent inférieure à ce qu'elle est en Allemagne.Pour sa part, Anthony Sampson, Tun des analystes les plus réputés de la scène britannique, prononce un verdict dévastateur sur ce que le régime tory a fait de la Grande-Bretagne.En cultivant, dit-il, aussi méthodiquement l'intérêt à court terme des possédants, les tories ont saboté la construction à long terme du pays.En décloisonnant les institutions financières \u2014 le fameux Big Bang\u2014 dans les années 80, Margaret Thatcher a ouvert la chasse aux acquisitions d'entreprises.Pour ne pas être prises de court, plusieurs sociétés industrielles convoitées par d'autres ont été contraintes d'engraisser leurs actionnaires.Ce faisant, elles ont coupé le fil conducteur de la croissance à long terme, la recherche et le développement.Mises à pied Ce fut, du même souffle, la grande vague des réductions de personnel.Jadis, l'entreprise démontrait sa prospérité en annonçant de nouvelles embauches; désormais elle allait pavoiser en affichant des mises à pied.C'était devenu à la mode.Résultat net: entre juin 83 et mai 87, l'indice FT des 100 principales valeurs industrielles cotées à la Bourse de Londres a été multiplié par 5, mais le taux de croissance de l'économie britannique en dix ans n'a été que de 1,5 p.cent par année en moyenne.Sampson, dont les réflexions ont fait l'objet d'un cahier spécial complet dans le quotidien The Independent un samedi durant la campagne, tient Mme Thatcher directement responsable de cet emballement artificiel de la vie financière britannique, tout axé sur le profit à très court terme, au détriment des structures de production à long terme.Bizarrement, note Sampson, sa main droite ne regardait pas toujours ce que faisait sa main gauche.11 cite le cas du transport ferroviaire.Il était dans les cordes de Margaret Thatcher que l'Eurotunnel, qui reliera l'Angleterre à la France par train rapide sous la Manche, soit financé privément.Mais le tunnel entrera en service avant que l'État ait complété les infrastructures d'accueil nécessaires, en sol britannique, des trains venant du continent.De la même manière, les petits copains des banques se sont lancés, corps et biens, dans le projet immobilier mirobolant de Canary Wharf sans que les infrastructures de transport, rail et routes, aient été mises en place pour que les usagers de Canary Wharf puissent s'y rendre.Mais il est bien connu que Margaret Thatcher se vante de ne jamais prendre le train, qui sert pourtant de mode de transport obligé quotidiennement à des millions de Londoniens, dans cette agglomération où, souvent, les rues sont larges comme des ruelles.Qu'importe: la «Dame de fer» n'aime pas le rail.Parce que c'est «collectif», que ce n'est pas « individuel ».Mais allez comprendre les Anglais! Le train reliant Londres à Southend, au pays des « Essex Men » \u2014 des gens si remplis de sagesse, disait encore Margaret Thatcher il y a dix jours\u2014 est considéré comme le plus brinquebalant d'Angleterre.î B2 _\t\tLA PRESSE, MONTRÉAL, SAMED111 AVRIL 1992\t 1 \u2022 1\t\t\t Éditorial\t\t\u2022 Paul Desmarais Roger D.Landry president du conseil president et éditeur d administration\tClaude M«isson Marcel Desjardins Alain Dubuc éditeur .îdiomt directeur de I information éditorialiste en chef \u2022X.\u2022\t\t\t Hôtel-Dieu : la révolte des Montréalais En soi, l'avenir de i Hotel-Dieu n'aurait jamais dù faire l'objet d'un débat aussi passionné.Mais si la décision du ministre Côté de déplacer l'hôpital à Rivière-des-Prairies suscite un tel toile, c'est parce qu'elle pose, de façon presque caricaturale, une question cruciale pour l'avenir de Montréal.|g La question est la suivante: Montréal peut-elle survivre longtemps aux bureaucrates de la Grande-Allée et aux politiciens régionalis-tes, sans devenir, tôt ou tard, un gros Charles-bourg?La levée de boucliers contre le déménagement de l'Hôtel-Dieu, c'est le ras-le-bol des Montréalais.Ils n'ont pas à accepter qu'une décision qui les affecte soit prise par des hauts-fonctionnaires incapables de pointer, sur une carte, le site qu'ils ont choisi pour le nouvel hôpital.Ils n'ont pas non plus à tolérer que la réaction du ministre consiste ni plus ni moins à traiter d'imbéciles ceux qui ne sont pas d'accord avec lui.Quand on veut expliquer le succès de Toronto et le semi-echec de Montréal, lune des différences qui explique sans doute le mieux l'écart entre les deux métropoles, c'est que la capitale du Québec est à Québec.Parce que Queen's Park est à Toronto, les Ontariens n'ont jamais douté du fait que le développement de la province et celui de sa métropole est intimement lié.Montréal doit lutter, pour se développer, contre une armée de fonctionnaires qui se méfient de Montréal et contre un gouvernement qui, en raison des rapports de forces politiques, tranche inmanquablement en faveur des régions.Ce clivage entre la métropole et la capitale a toujours constitué un frein considérable au développement de Montréal.C'est un grave problème.Mais il peut se transformer en catastrophe quand on y ajoute de la franche hostilité et de l'ignorance.Marc-Yvan Côté ne connaît pas Montréal, n'aime pas Montreal, ne s'entend pas avec ses représentants.On l'avait découvert quand il était aux Transports.En soi, le fait qu'un ministre ait une vision des choses qui ne soit pas celle d'une grande ville n'a rien de reprehensible.Mais ce qui est un non-sens, c'est qu'on le laisse tripatouiller dans des dossiers qui peuvent influencer un développement urbain qu'il ne comprend pas.En ce sens, Marc-Yvan Côté n'est pas le seul responsable.Le problème, c'est le cabinet Bourassa qui semble incapable de le contrôler.C'est aussi le comportement de chiffes molles des membres du comité ministériel sur Montréal, présidé par le ministre Daniel Johnson, qui n'ont pas ouvert la bouche.L'avenir de l'Hôtel-Dieu pose deux ordres de problèmes.Le premier est celui de déterminer la façon optimale de procurer les services de santé.Un dossier technique, difficile à trancher pour un observateur extérieur.Peut-être que le déménagement, pour des raisons techniques, est préférable.Mais c'est le devoir du ministre d'expliquer aux Montréalais pourquoi.M.Côté, qui a caché des pièces importantes du dossier, ne l'a pas démontré.Les appuis qu'il brandit ne sont guère plus convaincants, arraches par le classique chantage bureau-.cratique : si vous voulez le fric, dites oui.Mais il est également clair que l'autre volet, celui du développement urbain, est omniprésent.M.Côté en tient manifestement compte, quand il note qu'une ville ne peut pas refuser un investissment de 260 millions, quand il assortit son projet d'une promesse de bouts de route, d'un pont.Et c'est de cela que nous ne voulons pas.Une conception du développement qui se mesure en mètres cubçs de béton.Ce n'est pas le beu de Matane* qui est en action, mais le député de la région de Québec, de Charlesbourg, dont il plaque la dynamique a celle de la metrople.Rien ne ressemble moins à Montréal que Charlesbourg, banlieue d'une ville de fonctionnaires.Une grande ville, et surtout son centre, c'est beaucoup plus compliqué.Son succès repose sur des éléments intangibles, comme la synergie, comme sur des symboles qui servent de déclencheurs et qui ne sont pas toujours rationnels.Par exemple, pourquoi les gratte-ciel des institutions financières, à New York, s'entassent dans le même quartier, en cette fin de siècle de communications?On peut comprendre, à la rigueur, que Marc-Yvan Côté et d'autres ministres ne comprennent pas.Ce qui est toutefois inacceptable, c'est qu'ils n'écoutent pas.Et pour cette raison, avant de se lancer dans une aventure d'un quart de milliard, le gouvernement Bourassa doit forcer son ministre à consulter les Montréalais.Ils ne mordent pas.Alain DUBUC : I Des Fêtes propres?À 35 jours du début des célébrations du 350e anniversaire de la fondation de Montréal, tout semble baigner dans l'huile.Mais pas dans de l'huile sainte! Le vérificateur de la Ville de Montréal, Guy Lefebvre, déplorait cette semaine \u2014 avec raison \u2014 que le Conseil municipal et par conséquent les contribuables, soient tenus dans l'ignorance de ce qui se passe à la Corporation des célébrations du 350e anniversaire de Montréal.Le statut lui-même de la Corporation la définit comme un organisme entièrement autonome.Seul le Secrétaire général de la ville, Pierre Lefrançois, reçoit au nom de l'exécutif son plan d'affaires, ses budgets de fonctionnement et d'immobilisations, ses états financiers et les résolutions afférentes du conseil d'administration.Une situation inconcevable.Même le conseil municipal, organisme souverain, qui a la responsabilité ultime, ne reçoit aucune information.Pire encore, le vérificateur lui-même n'a pas droit de regard sur l'exploitation de la Corporation.À qui la faute?Elle est contenue dans le texte même du protocole curieusement rédigé.Et tout porte à croire que ce n'est pas accidentel.À preuve, la demande formulée par La Presse à la Commission d'accès à l'information dans le but de prendre connaissance de certains documents.La Corporation a refusé.La demande s'est rendue jusque devant les tribunaux.Le juge a donné raison à La Presse.La Corporation a porté la cause en appel, invoquant qu'elle n'était pas un organisme municipal au sens de la loi et que, par conséquent, non assujettie à la loi d'accès à l'information.L'histoire est à suivre.Les cinq mois de célébrations auront lieu.Mais les contribuables ont et auront le droit de savoir comment ont été dépensés les millions de leurs impôts.Par ailleurs, il faut également que soit rendue publique toute l'information pertinente à la compréhension des mille et une péripéties rencontrées par les responsables du projet, depuis la création de la Corporation du 350e anniversaire, en 1988.La lumière doit être faite sur ies démissions soudaines, inexpliquées, les retards multipliés, les tergiversations, le scepticisme des gens d'affaires, leur longue hésitation avant d'investir, la programmation tardive et l'embrouillamini autour de la chanson-thème.Alors seulement, on aura peut-être l'esprit à la fête.Claudette tougas La majorité de Major Le matin des élections britanniques, The Financial Times de Londres s'est prononcé pour les travaillistes, estimant qu'il fallait faire davantage confiance à un parti qui s'est modernisé au cours de 13 années dans l'opposition qu'aux conservateurs usés par le pouvoir.Les électeurs étaient d'un autre avis.À un changement trop radical, ils ont préféré une équipe qui a fait de grandes choses, malgré certaines erreurs.Ils ont également été effarouchés par les libéraux \u2014 les grands perdants des élections \u2014 dont un des objectifs principaux était d'introduire le scrutin proportionnel.En fait, les Britanniques continuent à se montrer plus internationalistes que continen-talistes.Le premier ministre John*Major est conciliant à l'égard des autres membres de la Communauté européenne mais il prolonge la politique de méfiance de Mme Thatcher à l'égard d'une intégration monétaire et sociale trop rapide.Là aussi, les électeurs se sont posé des questions au sujet d'un rapprochement trop contraignant avec la France et l'Italie où de récentes élections montrent un manque de cohésion, sinon un vide, politique.A l'heure actuelle, la continuité dans la politique extérieure du Royaume-Uni est précieuse.Les négociations du GATT auront besoin de grands efforts de dernière minute pour aboutir à un accord.Les travaillistes ont toujours été moins convaincus de la nécessité de libéraliser le commerce international que les conservateurs.Un changement d'équipe à Londres n'aurait pas aidé à parvenir à un compromis agricole entre la Communauté européenne et les États-Unis.L'avenir de l'Europe de l'Est, de la Russie et des autres fragments de l'Union soviétique dépend aussi d'une profonde entente entre les principaux pays occidentaux.Les conservateurs britanniques ont été une source d'inspiration pour l'Europe de l'Est depuis cette fameuse première rencontre, il y a presque 10 ans, entre Margaret Thatcher et Mikhaïl Gorbatchev.A un moment où les pays industrialisés devront augmenter leur assistance aux anciens pays communistes, il est de bon augure que John Major soit aux côtés du président Bush et du chancelier Kohi pour aider au développement de véritables economies de marche.Frédéric WAGMÈRE C4 eëe/xiw Mwr &Y4c L'éclairage sera contrôlé à distance et un système de filtres permettra, dans le respect de la tradition, de faire tourner la croix au mauve lors du déc s d'un pape.CWfte k ve ffsour PAS on fftPeTcos tes nues, dffflF Gri$ épve tes s ¦ .\u2014\u2014- VS^,.Les Québécois n 'ont pas à redouter la tenue d'un référendum oancanadien V [ MARCEL ADAM Le gouvernement fédéral semble envisager sérieusement de consulter le peuple canadien, advenant le cas où le processus en cours s'avérerait stérile.À plusieurs reprises, Brian Mulroney est revenu à la charge pour proclamer sa détermination d'utiliser ce moyen extraordinaire pour sauver la fédération si la situation justifiait de le faire.L'idée d'un référendum pancanadien sur la Constitution est si inusitée qu'elle suscite beaucoup de questions.le me limiterai aujourd'hui à commenter certaines réactions qu'elle a suscitées au Québec.Les nationalistes d'obédience séparatiste présentent une telle initiative comme une sombre machination du fédéral destinée à circonvenir la volonté des Québécois de disposer d'eux-mêmes.Que pourraient-ils dire d'autre?Ils ne peuvent quand même pas encourager Ottawa à poser un geste Miscible de faire échouer leur projet.Pour les autres un référendum fédéral est à proscrire et à combattre parce qu'il pourrait diviser dangereusement le pays.Ce sentiment les honorerait s'il n'était pas sélectif.Le Québec est également exposé à ce mal terrible mais ça ne les empêche pas de vouloir qu'il réédite les déchirements occasionnés par celui de 1980.Ils redoutent également que le reste du Canada impose de la sorte une réforme inacceptable aux Québécois.Aussi exigent-ils que si une telle consultation s'avère inévitable, qu'au moins elle soit à double majorité: une canadienne, une québécoise.Un savant politicologue de Québec trahissant des appréhensions de cette nature, a mis cette semaine en garde Robert Bourassa et Brian Mulroney contre toute propension à faire de la stratégie avec des outils aussi délicats et dangereux que sont les référendums.Pourquoi serait-ce tout à coup un mal d'agir de la sorte?Porce que le fédéral a décidé de faire comme Québec?Le référendum de 1980 ne s'inscrivait-il pas, pour les pé-quistes, dans une stratégie éta-piste destinée à faire accéder en douce le Québec à la souveraineté?Et les nombreux fédéralistes qui ont choisi de voter oui, ne l'ont-ils pas fait aussi par stratégie: obtenir un nouveau fédéralisme en faisant d'un mandat souverainiste une épée de Damoclês?Pour ce qui est du référendum de cette année, qui, depuis l'adoption de la loi 150, a reproché à Robert Bourassa de recourir au référendum par stratégie, soit menacer de faire une consultation sur la souveraineté pour mieux atteindre ses fins?le constate en revanche que l'éventualité d'un référendum fédéral de dimension nationale ne paraît plus retourner les ongles ni du caucus québécois du Parti conservateur, ni du gouvernement du Québec.On se souvient de la levée de boucliers que cette idée avait suscité l'automne dernier, lorsque le ministre Clark avait annoncé son intention de faire adopter une loi a cette fin, pour le cas où.Révoltée, la majorité des élus québécois du PC avait réussi à faire mettre ce projet au congélateur.Indignée, l'Assemblée nationale, presque à l'unanimité, avait interdit à toutes fins pratiques à Ottawa de consulter les Québécois.On se rappellera également que le ministre \"RémiUard avait été jusqu'à exiger que si le fédéral décidait d'aller de l'avant avec son infâme projet, il devrait obtenir l'assentiment de Québec sur ses modalités : mécanisme, formulation de la question, supervision de la réglementation et du déroulement.\u2022 Sans penser que si Québec peut exiger cela d'Ottawa, celui-ci serait justifié d'en faire autant pour ses consultations sur son avenir constitutionnel.Voici que Robert Bourassa vient de déclarer qu'il ne s'oppose pas en principe à un tel référendum, quoiqu'il s'interroge, il est vrai, sur son opportunité et ses modalités.Môme son ministre des Affaires intergouvemementales accueille maintenant positivement l'idée d'une telle consultation.Mon sentiment c'est que que Briun Mulroney évoque la tenue probable d'un référendum pour exercer de la pression sur ceux qui participent aux discussions en cours.Mais s'il échouait dans sa manoeuvre et se trouvait acculé à passer par-dessus les premiers ministres provinciaux pour solliciter in extremis l'arbitrage du peuple, je suis convaincu que ce serait avec un projet susceptible de répondre le plus possible aux principales attentes du gouvernement Bourassa.En vérité ce n'est pas au premier ministre du Québec qu'il chercherait de la sorte à forcer la main, mais à des homologues récalcitrants du reste du Cana- Mais leur forcer la main politiquement, non pas juridiquement.Car la Constitution ne peut être amendée autrement que par une sanction du nombre voulu de corps législatifs.Il faut donc rassurer les inquiets, lamais Ottawa ne rééditera le coup de 1942, avec son plébiscite sur la conscription (où la majorité recueillie dans les autres provinces avait prévalu sur celle des Québécois, et permis à Ottawa de se dégager d'un engagement qu'il avait pourtant pris envers le Québec).Il n'est pas non plus assez sot pour imposer au Québec une réforme inacceptable, à l'occasion d'un référendum visant à résoudre une crise découlant directement de la réforme de 1982 faite sans l'asssentiment de l'Assemblée nutionale.Sachant que dans l'état actuel des choses, un geste aussi cynique pourrait faire basculer le Québec irrémédiablement dans la souveraineté.t LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED111 AVRIL 1992 Plus B3 Opinions Le complexe de Janette JACOUES DUFRESNE collaboration spéciale ans une lettre publiée récemment, une enseignante.Madame Nathalie Forest, me rappelle que le sens de la vie est plus important que les objectifs intellectuels de mon test du mois dernier.Un coeur riche, dit-elle en substance, est préférable à une tête pleine.et même à une tête bien faite.Compte tenu des autres lettres d'enseignants que j'ai reçues, j'en conclus que cette formule résume la philosophie d'une partie des membres de la profession.L'intelligence coupée de la vie a toujours suscité une grande méfiance.Partout et en tout lieu, on s'est moqué des cuistres et des chiens savants.«Si un tel homme possède la vérité je me range définitivement du côté de l'erreur», disait un confrère d'université d'un de nos professeurs qui n'était pas assez vivant pour faire lever la pâte de sa propre culture.Pour instruire, il faut séduire.So-crate avait comme surnom «ero-ticos », le séducteur.Séducteur de la jeunesse, tel fut d'ailleurs le crime qui lui a valu la mort par la cige.Se pourrait-il cependant, qu'au Québec, le préjugé en faveur de la vie et de la séduction soit excessif?Que ce trait s'inscrive dans une men-I talité plus large selon laquelle on préférera les bons sentiments aux idées claires, la spontanéité émotive à la maîtrise du discours?Se pourrait-il même qu'il en résulte un malaise dans l'intelligence, qui serait l'une des causes des ratés de notre système d'éducation, un malaise que Ton pourrait appeler le complexe de Janette, en raison du puissant attrait qu'exerce cette femme dont les idées sont toujours enveloppées dans un sentiment?Un de nos grands éducateurs, Marie-Victorin, a pris énergique- ment position contre la culture livresque.Dans l'envoi de la Flore laurentienne, il écrit: «Je dédie ce livre à la jeunesse de mon pays.Devant le désarroi du monde beaucoup d'esprits mûrs se demandent si nous n'avons pas fait fausse route en condamnant le cerveau de nos enfants et de nos jeunes gens à un régime exclusif de papier noirci, si la vraie culture et le véritable humanisme n'exige pas un retour à la Terre, où les Antcc que nous sommes, en reprenant contact avec la Nature qui est notre mère, retrouveraient la force de vivre, de lutter, de battre des ailes vers des idéals rajeunis».Un peu plus tard, vers la fin des années 1950, le psychanalyste André Lussier publiera dans Cité Libre un article qui fera époque, où il dénoncera l'intellectualisme de nos maîtres à penser d'alors.Par intellectualisme, il entendait un assèchement de l'intelligence et de la volonté aboutissant, ne?à une maîtrise harmonieuse de soi-même, mais à un étouffement de l'affectivité et des instincts.II ne fait aucun doute que la greffe sur la culture classique n'a jamais parfaitement réussi au Québec, que bien des professeurs de littérature qui enseignaient Racine n'auraient jamais lu cet auteur avec plaisir s'ils avaient exercé un autre métier.Ce malaise n'est cependant pas propre aux Québécois.Il fait partie du destin de tous les Européens déracinés qui peuplent les Amériques.Il est notamment le sujet du livre d'Al-lan Bloom, L'ème désarmée, qui a connu un immense succès il y a quelques années.Telles sont sur ce continent les racines profondes du culte de la spontanéité en éducation et du rejet des méthodes aussi bien que des contenus traditionnels.Entre le paysage méditerranéen, la poésie de Virgile et de Dante, la peinture de Botticelli et la musique de Vivaldi, il y a des liens organiques qui ne font pas partie de notre expérience quotidienne.L'inspiration commune aux vitraux de Chartres, aux métaphores de Hugo et aux tableaux im- pressionnistes nous échappe en partie.Mais nous avons voyagé au cours des dernières décennies, davantage peut-être que tout autre peuple et, au même moment, le monde est venu à nous par les livres, les films, les conférenciers.D'autre part, nous constatons tous que le balancier est allé trop loin du côté de la spontanéité.L'heure de la synthèse L'heure de la synthèse n'est-elle pas venue?Une enseignante dans la quarantaine, qui manifestement a eu bien des comptes à régler avec les intelligences desséchées, m'avouait tout de même, il y a quelques semaines, que le balancier est allé trop loin dans l'autre sens et que les enfants de son école ont de la spontanéité à revendre mais bien peu de rigueur et d'attention.l'ai noté un net consensus sur ce point dans les divers groupes d'enseignants que j'ai rencontrés récemment.Soit dit en passant, précisément parce qu'elle repose sur l'attention, la formation intellectuelle est la meilleure cure psychologique qu'on puisse offrir à l'enfant; et l'amour le plus complet qu'un maître peut donner à son élève, c'est celui qui l'aidera à persévérer dans l'attention, jusqu'à ce qu'il ait trouvé la solution de son problème d'arithmétique.Pour l'enfant tiré dans tous les sens par ses désirs contradictoires \u2014 et quel enfant ne l'est pas?\u2014, le paradis, c'est la connaissance conquise en même temps que la distance par rapport à soi.Telle est la voie royale vers l'estime de soi.La psychologisation de l'éducation en est la négation parce qu'elle résulte d'une méconnaissance de la puissance de la faculté libératrice de l'être humain: l'intelligence.Est-il nécessaire de rappeler ici que l'éducation est une aventure par laquelle le plus humble enseignant peut entrer dans la famille d'esprit des plus grands philosophes?Le sujet de La République de Platon, par exemple, est celui qui est au coeur des préoccupations de la plupart des ensei- gnants.Voyant, comme nous tous, une analogie entre d'une part, la tête, le coeur et le ventre et de l'autre, l'intelligence, l'affectivité et les instincts, Platon se demande comment on peut parvenir à établir l'harmonie entre ces trois parties.L'intelligence doit régner certes, mais comment?Si le coeur ou le ventre sont supprimés ou seulement réprimés, il n'y plus d'harmonie car cette dernière suppose le maintien de l'identité des contraires réunis.Par contre si, dans le but de l'empêcher de régner par la contrainte, on prive l'intelligence de son rôle directeur, c'est bientôt l'anarchie, la décomposition intérieure et extérieure.Pour instruire, il faut séduire J'assistais récemment à une conférence de Doris Lussier sur la mort.La tête, le coeur et le ventre étaient bien à leur place dans la personne du conférencier, comme dans ses propos.Si bien que l'auditoire, qu'un cuistre aurait pourtant fait fuir, a été ravi de se laisser conduire de Hugo à Voltaire et de Voltaire à Aristote.Dans l'ovation qui a suivi, j'ai vu, par-delà l'hommage à un grand séducteur, l'approbation enthousiaste d'une définition incarnée de l'harmonie.Une harmonie qui est à la fois le but de l'éducation et le premier critère à partir duquel il faut choisir les oeuvres qu'on offre comme nourriture aux enfants.La musique de Bach, par exemple, ne peut qu'être bénéfique parce que l'intelligence y règne de façon souveraine sur une affectivité qui demeure colorée et sur des instincts dont la puissance est d'autant plus manifeste qu'elle est plus tempérée.À ces oeuvres qui donnent forme à l'être éternel en nous, il faut ajouter dans l'éducation des connaissances qui donnent prise sur le monde actuel.On revient ainsi à l'esprit, sinon à la lettre de mon questionnaire.P.S.l'aimerais pouvoir répondre à une lettre récente de monsieur Albert Caudet, dont j'ai malheureusement égaré l'adresse.et te logement social, bordel?FRAN CINE PELLETIER collaboration spéciale epuis que le dernier budget fédéral a mis la hache dans la construction de nouvelles coopératives d'habitation, et coupé de 622 millions $ les crédits alloués au logement social, c'est la , question que se pose Esteban To-.ledo.Et bien d'autres avec lui.Vidéaste de profession, père à temps partiel et militant à ses heures de l'Association des résidants et résidantes du Plateau Mont-Royal, Esteban vit, il faut dire, dans un espèce de bordel.Un 3 1/2 délabré de la rue Gilford, un de ces logements sombres et tortueux qui immédiatement vous interroge sur la santé mentale de la personne qui l'a conçu, un espèce de taudis, disons-le, qu'on croyait à jamais disparu.Du moins, dans le Plateau.Avec ses triplex renippés et co-propriétisés, ses boutiques spécialisées et ses lampadaires assortis, le Plateau, vieux quartier ouvrier créé durant la première grande guer-aujourd'hui re, fleure «l'embourgeoisement».Là où il y avait un magasin général mené par un vieux monsieur juif, par exemple, on trouve maintenant un commerce de rotin et de stores vénitiens tenu par un couple d'homosexuels.Ça vous donne une petite idée du changement survenu.Mais les apparences, en fait, sont trompeuses.Derrière la soi-disante gentrification du quartier, il y a toujours des «grosses femmes d'à côté» avec leur petit Marcel, beaucoup de familles monoparentales, en fait, beaucoup de gens qui, comme Esteban (gagnant 14000$ par année et payant 350$ de loyer), en arrachent.En termes de chiffres, le Plateau ressemble à ceci: 40 p.cent de ménages pauvres (dont 30 p.cent gagnent moins de 15000 $ par année), 32 p.cent de communautés culturelles (notamment grecques, portuguaiscs et latino-américaines) et 25 p.cent de familles monoparentales.Et une densité « trois fois plus élevée que dans l'ensemble de Montréal».Bref, pas si bourgeois que ça, le Plateau Mont-Royal.Plutôt, un quartier méli-mélo où le meilleur côtoie le pire, où les effluves de souflaki donnent la réplique aux odeurs de lilas et où «Jésus loves you» tout autant que «Jésus s enrishit » (sic).Peu surprenant, alors, qu'Este-ban Toledo rêve de vivre en coop.Pour lui, comme pour les 10000 autres Québécois présentement sur des listes d'attente, il n'y a pas d'autre solution pour vivre un peu décemment.(D'autant plus que les loyers du Plateau ont augmenté d'environ 65 p.cent depuis 10 ans!) Esteban est donc inscrit, ainsi que 40 résidants et résidantes du Plateau, au projet Le Colimaçon, une coopérative d'habitation de 24 unités de logement devant être construite en plein coeur du pays de Michel Tremblay, entre les rues Gamier et Fabre, à l'angle de la rue Mont-Royal, et qui a été soumise pour approbation à la Société d'habitation du Québec pas plus tard que le 20 janvier dernier.Mais qu'adviendra de Colimaçon maintenant qu'on sait que les compressions du gouvernement fédéral résulteront en 500 nouvelles unités de logement coopératif en moins au Québec cette année?La question est d'autant plus préoccupante qu'on a tendance à bouder le Plateau Mont-Royal \u2014 embourgeoisement oblige \u2014 en termes de logement social.Alors qu'au Centre-sud, environ 16 p.cent du stock de logements est à vocation sociale, dans le Plateau, c'est à peine quatre p.cent.«Ça veut dire qu'on est en train de créer des ghettos de pauvreté», explique Claude Jourdain de Atelier Habitation Montréal.D'ailleurs, de 1976 à 1986, plus de 30000 personnes ont quitté le Plateau en faveur de quartiers plus.abordables.La réponse du gouvernement du Québec en ce qui concerne Colimaçon, et les 1699 autres projets soumis cette année, ne viendra qu'après le dépôt du budget provincial, fin avril ou début mai.En attendant, Esteban Toledo \u2014 et ses amies.Renée Fugère, Maria Moreno, Veronica Acuna et Patricia Roca \u2014 rongent leur frein, en espérant que leur «lumière au bout du tunnel» ne sera pas fermée, comme disait Richard Desjardins en spectacle récemment, pour cause de récession.«Ça me révolte de donner 430 S par mois à un propriétaire qui ne fait rien»,dit Maria More-no, 39 ans, mère d'un enfant, qui, malgré une maîtrise en éducation des adultes, vit d'aide sociale actuellement, c'est-à-dire avec 826$ par mois.«C'est un cercle vicieux, explique-t-elle.On ne nous embauche pas parce que nous n'avons pas d'expérience québécoise et nous n'avons pas d'expérience québécoise parce qu'on ne nous embauche pas.» Il n'y a pas que les avantages financiers (dans une coop, les loyers sont fixés à 25 p.cent des revenus des locataires) qui sourient à Maria et les autres.11 y a aussi le contexte social, le fait que tout le monde doit participer à l'administration de la coop qui plait à ces femmes chefs de famille.«Ça brise l'isolement», explique Renée Fugère.En fait, un projet comme Le Colimaçon, axé vers une clientèle monoparentale (à 70 p.cent) et pluriethnique (à 40 p.cent), atteint, pour ces femmes-là, un triple objectif : outre des économies de loyer, il leur offre la possibilité de faire garder leurs enfants facilement, les voisines ne faisant pas défaut, tout en s'intégrant plus aisément à la «société d'accueil».Et les chicanes, qu'est-ce qu'elles en font?Du moment où il y a partage d'espaces intimes, après tout, la mésentente est facile, pour ne pas dire inévitable.N'ont-elles pas peur de ces prises de bec qui, en ce qui concerne la co-propriété en tout cas, sont désormais légendaires?Pas peur du tout, répondent-elles en choeur.De toutes façons, m'expliquera Claude Jourdain un peu plus tard, la coopérative et la co-propriété sont deux choses très différentes.«D'abord, un co-propriétaire c'est quelqu'un qui a investi du capital.Et il y tient à son capital!» dit l'expert en habitation.En d'autres mots, on se jalouse davantage en co-propriété tout simplement parce que ça nous «appartient».Là où en co-propriété chaque décision est vue comme la dilution du pouvoir de l'un ou de l'autre, en coopérative, c'est plutôt le contraire: chaque décision est un pouvoir accru puisque, des pouvoirs, a priori, personne en a.«Et puis, de poursuivre M.Jourdain, la co-propriété est très mal encadrée.Les gens achètent sans savoir dans quoi ils s'embarquent.» Alors que les coopératives, elles, ont leur «manuel de procédure», régissant la politique de gestion jusqu'à l'entretien ménager.Et, si des problèmes subsistent malgré tout, la Fédération des coopératives d'habitation est là pour y voir.Phénomène vieux d'à peine 10 ans, le Québec compte aujourd'hui 450 coopératives d'habitation dont chacune reçoit une centaine de demandes d'admission par année.«C'est une preuve que ça marche», d'ajouter Claude Jourdain.Mais encore faut-il se battre avant d'y accéder.De 600 unités de logement nouvellement construites au Québec en 1983, par exemple, il y en aura, selon tout vraisemblance, que 180 construites cette année.Signe que le logement social n'est plus la priorité qu'elle était.Comme pour mieux s'encourager, Esteban Toledo, lui, a écrit sur son frigidaire, en grosses lettres noires et en espagnol, ces paroles de Be r t old Brecht : « 11 y a ceux qui se battent pendant une journée, et qui sont d'honnêtes gens.«11 y a ceux qui se battent une année, et qui sont de vraies bonnes gens.«11 y a ceux qui se battent plusieurs années, et qui sont encore meilleurs.«Et puis, il y a ceux qui se battent toute leur vie.Ceux-là font partie des indispensables.» Dans le petit 3 12 délabré de la rue Gilford, c'est de loin, je dois dire, ce qu'il y a de plus beau.Lysiane Gagnon Le coût d'une vie Voici un incident qui illustre fort bien la mentalité qui prévaut chez les décideurs du système de santé.À un récent colloque, le Dr Maurice McGregor, président du Conseil d'évaluation des technologies de la santé, faisait le calcul suivant: si toutes les Québécoises de 50 à 70 ans passaient une mammographie aux deux ans, ce programme de dépistage du cancer du sein coûterait 25 millions de dollars par année.Le Dr McGregor calcule que cela sauverait 238 vies.On sent qu'il a plutôt envie de dire que ce programme ne sauverait que 258 vies, compte tenu de la tournure que prend la suite de ses calculs : cela ferait, dit-il, 117,000 $ par vie sauvée, et 5,700 S par année-/viesupplémentaire.Sous-entendu: n'est-ce pas trop cher la vie?Il y a plusieurs choses à dire sur cet aveu si ex-traordinairement candide.1 ) Pourquoi est-ce l'exemple des coûts reliés au cancer du sein \u2014la maladie exclusivement féminine, celle qui tue le plus de femmes au Québec comme partout en Amérique du Nord \u2014qui vient à l'esprit du Dr McGregor?il aurait pu tout aussi bien calculer le coût « par année/vie supplémentaire», comme il dit, des traitements offerts aux sidéens qui n'ont aucune chance de survie.Ou celui des pontages coronariens ou des greffes d'organes \u2014 interventions coûteuses dont le taux de réussite est spectaculairement bas, à comparer avec la mammographie qui détecte le cancer à un stade où il est facilement «guérissable».Ou encore choisir ses exemples dans les coûts astronomiques entraînés par les maladies du coeur et les cancers qui frappent surtout les hommes et qui sont, en plus, souvent provoqués par le comportement (alcool, tabac ).2) Le Dr McGregor est peut-être un médecin compétent (encore qu'il semble avoir tendance à voir des éléments statistiques là où d'autres verraient des individus malades), mais il ferait un mauvais comptable.Tant qu'à faire des calculs, pourquoi le Dr McGregor ne tient-il pas compte des «économies» réalisées par le dépistage précoce des cancers du sein?Le taux de survie n'est pas le seul élément à considérer: un cancer détecté tôt évite ou limite les coûts reliés à la chimiothérapie, à la radiothérapie, aux chirurgies mutilantes et à la chirurgie esthétique consécutive à la mastectomie.3) La norme que le Dr McGregor semble trouver «chromée» \u2014 une mammographie aux deux ans passé l'âge de 50 ans \u2014 est en deçà de celle des associations médicales canadiennes, qui recommandent une mammographie annuelle, en particulier pour les femmes à risques élevés (celles qui par exemple ont des antécédents familiaux.) * * * Le fait que le président de cet organisme clé, pour illustrer le problème de «grosses dépenses» dont on n'est pas sûr qu'elles soient «rentables» \u2014 tout ce fric, et seulement 238 vies.\u2014 ait pris comme exemple une maladie qui n'affecte que les femmes est tout à fait révélateur.Le MSS décide d'économiser.Qui vise-t-il?Non pas les usagers, mais les usagères.Que vise-t-il?Les mammographies \u2014qui sont, avec l'auto-examen des seins et un bon suivi médical \u2014 l'outil par excellence de dépistage du cancer du sein en même temps qu'un mode de prévention efficace (puisqu'un cancer détecté tôt cause moins de ravages).Le MSS entend désassurer les examens médicaux complémentaires aux mammographies (ce qui prive la femme d'une consultation utile, voire nécessaire), et désassurer les mammographies pour les femmes de 40 à 50 ans.Nombre de radiologistes spécialisés en mammographie estiment au contraire que c'est entre 40 et 50 ans que les femmes courent le plus de risques.Selon le Dr Diane Michèle Provencher, gynécolo-gue-oncologue, le tiers des cancers du sein frappent des femmes de moins de 50 ans.(Sans compter ceux qui, ayant été diagnostiqués dans la cinquantaine à un stade avancé, avaient vraisemblablement commencé dans la quarantaine.) Or, plus on est jeune, plus le cancer évolue vite.Comme nous le signalions dans notre chronique de jeudi, certains experts, parmi les plus respectés au monde, recommandent une mammographie annuel-, le pour ce groupe d'âge.Il s'agit là d'une question controversée.Peut-être les radiologistes ont-ils tendance, par intérêt personnel ou par déformation professionnelle, à minimiser les risques reliés à la radiation.Exposer sa poitrine trente fois aux rayons-X entre 40 et 70 ans ne serait pas sans effet, et c'est probablement une précaution exagérée pour un grand nombre de femmes.Les gynécologues consciencieux soupèsent les risques en tenant compte du dossier de chaque patiente.À la patiente, aussi, de savoir quel type de risque elle préfère courir.Mais justement, il s'agit la de décisions qui doivent être prises dans une optique médicale, en fonction non pas des statistiques mais de chaque cas individuel.Les femmes ne doivent pas tolérer que ce genre de décisions soient prises dans une optique comptable et collective, par des gestionnaires dont la principale préoccupation est de limiter les coûts.Le MSS lance son programme de dépistage comme on ouvre un supermarché après une enquête de marketing: il limite arbitrairement la clientèle-cible, écarte les médecins, et invite les femmes à aller se faire mammographier comme à un comptoir de libre-service, à l'intérieur de normes conçues pour la moyenne alors que les besoins diffèrent.Les moins de 50 ans devraient être incluses, et l'intervalle entre les mammographies devrait varier selon les cas.(On ne fait pas de mammographie aux moins de 40 ans, sinon une mammographie de référence entre 35 et 40 ans, à cause de la densité du sein qui rend le dépistage difficile, et du risque de l'exposition aux radiations sur une trop longue période.D'ailleurs, le cancer du sein avant la quarantaine, s'il est hélas foudroyant, est rare.) Le bon sens et surtout l'intérêt des femmes commanderaient que les mammographies soient à la charge de la RAMQ quand elles sont prescrites par le médecin traitant.* * * Sur ce, chères lectrices et chers lecteurs, je vous laisse pour trois petites semaines, le m'enfuis là où personne ne parlera de négociations constitutionnelles.sûre que le dossier ne sera guère plus avance quand je reviendrai.Retour début mai. B 4 rius LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMED111 AVRIL 1992 Quand les juges font le procès l Parlement La Charte dix ans plus tard: «Nous n'étions pas préparés Nomme à la Cour suprême du Canada en 1980 par Pierre Elliott Trudeau, Antonio Lamer a été choisi par le premier ministre Mulroney pour remplacer Brian Dickson à In tête du plus haut tribunal au pays, en juin 1990.A 58 ans.cet ancien avocat de la défense de Montréal est considéré comme un des plus ardents défenseurs des droits et libertés au sein de la Cour suprême.À l'occasion des dix ans de la Charte canadienne des droits et libertés, le juge en chef a accepté de rencontrer La Presse pour parler des répercussions de ce texte constitutionnel sur l'appareil judiciaire.YVES BOISVERT Le métier de juge n'est plus ce qu'il était, et c'est la faute de la Charte canadienne des droits et libertés.Le jour de l'entrée en vigueur de ce texte constitutionnel ( 17 avril 1982), la «définition de tâche» des juges s'est en effet transformée de façon radicale, explique le juge en chef du Canada, qui a connu la Cour suprême avant et pendant la Charte.«Dans les systèmes de justice d'inspiration britannique, comme au Canada, les juges ont été formés à appliquer la loi.Que l'on soit d'accord ou pas avec la loi, le rôle du juge était de l'appliquer honnêtement.Les seules fois ou on pouvait avoir de Yinput dans la loi.c'est quand la loi n'était pas claire, qu'elle donnait ouverture à plusieurs interprétations.«Mais même là, il ne s'agissait pas simplement d'orienter la loi dans la direction qu'on voulait.Par les différentes règles d'interprétation, il fallait honnêtement rechercher l'intention du parlement qui avait adopté la loi, pour lui donner une interprétation conforme à sa volonté.«Quelques juges rebelles, des fois, ne le faisaient pas complètement, mais ils avaient tort.La vaste majorité des juges, c'est ce qu'on faisait», déclare Antonio Lamer, qui a commencé sa carrière de juge à la Cour supérieure de Montréal en 1969.«Il n'y avait qu'une exception: lorsqu'on prétendait que la loi ne respectait le partage des compétences, et qu'elle aurait dû être adoptée par l'autre parlement (le fédéral plutôt que la province, ou le contraire).Mais c'étaient des cas assez rares.» «En 1982, on a élargi le pouvoir de déclarer les lois inconstitutionnelles de façon notoire.L'article 52 de la Charte canadienne des droits et liber- à faire le procès des lois», dit Antonio Lamer Antonio Lamer, juge en chef du Canada, dans son bureau de la Cour suprême, à Ottawa.La Charte est invoquée dans à peu près le tiers des quelque 125 affaires qu'entend la Cour suprême bon an mal an.photo pc « On taille carrément dans le politique ! » tés commande de declarer inopérantes les lois qui ne rencontrent pas les normes de la Charte.«Et l'article l exige, quand on trouve qu'une loi restreint une des libertés énoncées dans la Charte, que l'on vérifie si la restriction en question est acceptable dans une société libre et démocratique.«C'est une activité à laquelle les juges n'ont pas été formés.De fait, on a été formés à faire exactement le contraire! Ce qui nous était bien interdit nous est maintenant commandé par lu Charte.Il a fallu que je change ma bibliothèque! J'ai commencé à lire de la jurisprudence américaine et européenne.Parce que les juges du Canada ont commencé à faire ce que les juges américains faisaient depuis deux cents ans.Le procès des lois C'est qu'on n'avait jamais fait «le procès des lois» devant les tribunaux, comme on le fait depuis dix ans, explique le juge en chef.Nos règles de preuve et la procédure n'ont d'ailleurs pas été conçus pour cela.Le procès ordinaire, dans le système adversaire pur, est tout à fait binaire: c'est une manière de partie de «souque à la corde», dit le juge Lamer: c'est une partie qui poursuit l'autre, et tout ce que A gagnera, il le prendra dans les poches de B.La corde ira d'un côté ou de l'autre, mais dans un seul axe.Mais quand on fait le procès d'une loi en s'appuyant sur la Charte, les choses se compliquent.Les problèmes sont alors « polycentriques », selon l'expression du juge Lamer, qui évoque la toile d'araignée: tirez sur un fil, et toutes les mailles vont bouger, dans des directions difficiles à prévoir.Le juge Lamer, qui insiste pour dire qu'il «ne prend pas position», donne l'exemple d'une loi qui imposerait la retraite obligatoire à l'âge de 60 ans.Supposons qu'un travailleur la conteste parce qu'elle viole le droit à l'égalité: la loi.à sa face même, institue une discrimination fondée sur l'âge.Il s'agirait alors de déterminer si cette violation du droit à l'égalité est acceptable dans une société libre et démocratique.«Supposons qu'on déclare que c'est contraire à la Charte.La décisipn aura un impact pas seulement pour Monsieur X qui vient nous demander de continuer à travailler.L'impact est pour tout le monde.Il se pourrait qu'il y ait plus de jeunes chômeurs, plus de gens sur l'aide sociale parce qu'ils ne pourront plus occuper les postes qui ne deviendront pas vacants.Peut-être que les promotions au sein des entreprises seraient plus lentes, parce que les gens en haut de la pyramide resteraient plus longtemps.Le vieillisemcnt de la population ouvrière aurait aussi un impact sur les mesures de sécurité au travail.Il faudrait peut-être prévoir plus de congés de maladie, mais d'un autre côté, il y aurait moins de congés de maternité.» Tirez sur la loi, et c'est tout le tissu social qui bouge.«Quand on se demande si une restriction à un droit fondamental qu'impose une loi est acceptable dans le cadre d'une société libre et démocratique, il faut avoir une idée des répercussions de notre décision.Il faut se demander ce qui se passerait si on décidait du contraire.«En général, le genre de preuve dont on a besoin pour faire cela, c'est le genre de preuve qu'on a présenté en commission parlementaire quand la loi a été adoptée.Pour et contre.Or, ce genre de preuve, souventes fois, est difficile à présenter devant une cour de justice parce que c'est du oui-dire, des opinions.De plus, un débat de cette nature-là se prête mal au système adversaire.» La solution?Faire entrer de plus en plus d'«intervenants» dans la cour.La Cour suprême, depuis quelques années, accepte volontiers la participation des groupes de pression quand elle l'estime justifié.«On ne peut pas laisser aux deux seules personnes en présence le soin de décider de la preuve que l'on va recevoir pour décider d'une question aussi importante», explique le juge en chef.Ajoutons que la loi oblige toute personne qui conteste la constitutionnalité d'une loi à donner avis au Procureur général de la province ou du fédéral pour qu'il puisse venir défendre «sa» loi.Le temps de juger la loi, la Cour suprême se transforme donc en mini commission parlementaire.Des juges plus loquaces YVES BOISVERT Les juges sont plus que jamais présents dans les médias.Certains d'entre eux, et pas des moindres, voudraient avoir le droit de commenter leurs propres décisions.D'autres profitent des tribunes publiques pour faire valoir leurs intérêts, au nom de l'intérêt de la justice, tout comme d'autres groupes de pression dans la société.En un mot, sans aller jusqu'à exprimer des opinions politiques, les juges parlent plus, et sont en train de redéfinir la traditionnelle notion de «réserve» et de «retenue», qui veut qu'ils ne s'expriment qu'avec parcimonie en public, pour éviter de paraître partiaux ou de «juger à l'avance» certaines affaires.Cette tendance n'est-elle pas une des conséquences de la Charte, qui a fait entrer les juges dans la sphère politique?« Peut-être bien qu'il y a un lien avec la Charte», répond Antonio Lamer, qui, malgré une charge de travail tita-nesque, est sans doute le juge en chef le plus disponible de l'histoire de la Cour suprême.«Peut-être aussi s'agit-il simplement d'une évolution dans les attitudes des membres du pouvoir judiciaire.Je ne pense pas que les juges doivent aller trop souvent sur la place publique.Et ils doivent faire attention parce qu'ils n'ont pas de compte à rendre aux électeurs à tous les quatre ou cinq ans.«Mais il est vrai qu'ils sont plus accessibles.En fait, c'est peut-être seulement qu'on s'intéresse plus à eux.Parce que maintenant, ils rendent des décisions qui touchent les gens de plus près et qui ont d'importantes répercussions sociales.Le juge Lamer a souvent dénoncé les délais judiciaires, ce «sida du système judiciaire» qui sévit dans certains districts, et demandé au législateur de nommer plus de juges.N'est-il pas problématique pour un juge de réclamer des ressources additionnelles quand les cordons de la bourse étatique sont si bien serrés et que toutes les dépenses font l'objet de restrictions?Le juge Lamer précise : « 11 y a des endroits où il manque des juges, d'autres où il y en a assez, mais où il faut mieux les utiliser.À Montréal et à Longueil, il manque de juges mais pas pour longtemps.On a besoin de juges pour rattraper.Mais une fois le rattrapage fait, il ne sera pas nécessaire de combler les postes à mesure qu'ils vont se libérer.Pouvoir symbolique «Comme juge en chef, j'ai un pouvoir symbolique.Je ne peux rien faire, le ne suis pas responsable du budget, moi.» Tout de même, quand la Cour suprême fixe des délais à l'intérieur desquels un accusé doit être jugé, implicitement, elle met la barre à un certain niveau, et fait pression sur l'administration publique pour qu'elle débloque des ressources.Le juge Lamer se dit «extrêmement conscient du fait que quand les juges en chef font des suggestions comme ça, nous ne sommes pas comme les politiciens, qui eux doivent tenir comptes des priorités sociales.» «Chaque fois que vous nommez un juge, vous fermez un lit d'hôpital \u2014 ce n'est peut-être pas tant que ça.Mais à moins de taxer davantage, il faut chercher l'argent ailleurs.Bâtir un palais de justice, c'est fermer 15 lits d'hôpitaux .Il y a des choix.Est-ce que la société est mieux d'avoir une justice plus expéditive?Les policiers de Toronto en ont ras-l e-bol ! ANDRÉ SALWYN colhtbonition sptïciale TORONTO émissions, retraites anticipées.les départs se multiplient au sein du corps policier de Toronto et on craint même que cela ne se transforme en un véritable exode.Depuis le début de l'année, plus de 80 policiers ont, en effet, décidé de sortir des rangs, incapables \u2014 disent-ils \u2014 de continuer à fonctionner dans l'atmosphère qui règne désormais dans la Ville Reine.Cela représente une augmentation de 300 p.cent par rapport à l'an dernier.Le pire c'est que l'on s'attend à ce que ce chiffre atteigne le nombre record de 400 (presque un dixième du nombre total des policiers dans la Communauté urbaine de Toronto) d'ici la fin de l'année.La raison majeure de cette situation qui commence à inquiéter sérieusement les autorités municipales et provinciales, est le différend quasi-insurmontable sur la conception du rôle du policier tel que perçue par les policiers eux-mêmes et pal les politiciens qui les gouvernent.Fiers de leur devise: «Protéger et servir », les policiers de Toronto ont longtemps joui d'une excellente réputation et d'un appui au sein du public qui leur permettaient d'agir à leur guise sans avoir de comptes à rendre.Mais au cours des dernières années, avec le spectaculaire changement démographique qui s'est effectué à Toronto à la suite de l'immigration massive d'Asiatiques et d'Antillais ( les statistiques indiquent que les « wasps » représentent désormais moins de 20 p.cent de la population métropolitaine), les choses ont changé radicalement.Une grande transformation Bannières anti-racistes en-tête, certains groupes appartenant à des « minorités » ethniques ont vite fait de remettre en question l'image jusqu'alors sacro-sainte du policier défendeur du faible et de l'opprimé.Loin d'accepter les explications « officielles », ces minorités se sont mises à questionner \u2014 parfois avec raison d'ailleurs \u2014 certains agissements de la police.Un jeune noir tué au volant d'une voiture volée par un policier, il y a deux ans, est devenu un symbole per- mettant à ces groupes de changer l'image des « bons et braves » policiers de Toronto en celle de cowboys à la gâchette facile.Réagissant à la pression populaire, le gouvernement libéral de David Peter-son et le gouvernement néo-démocrate actuel, nommèrent des personnes beaucoup plus « modérées » à la Commission des services de police de la communauté urbaine de Toronto ( Metro Police Services Board ).Une des dernières en date, Susan Eng \u2014 bien connue depuis qu'elle refusa catégoriquement de prêter serment à la Reine lors de sa nomination comme commissaire en 1989, est désormais la présidente de la Commission, et son mandat, qui vient d'être renouvelé, ne prendra fin qu'en 1995.Trois chefs Il va de soi que ce renouvellement de mandat, effectué discrètement par Queen's Park au mois de janvier dernier et confirmé seulement la semaine dernière, n'est pas étranger au «départ » récent de trois chefs adjoints de la police de Toronto, Peter Scott, Bill Kerr et Walter Tyrrell.Quoique les journaux de Toronto se perdent en conjectures sur les diverses raisons invoquées pour ce départ, le Toronto Sun \u2014 lui \u2014 est catégorique: il publiait une caricature de Susan Eng entrain d'enfiler un gant de chirurgien dans le but évident d'effectuer un toucher rectal sur le chef de la police de Toronto.Pratiquement au même moment, ajoutant l'insulte à l'injure, la commission organisait une « fuite » de certains plans, apparemment élaborés par Madame Eng.Ceux-ci obligeraient les policiers: \u2022 à faire un rapport chaque fois qu'ils dégainent leur revolver.\u2022 à ne pas tirer sur des criminels en fuite.Par ailleurs, ces plans permettraient à tout civil de porter plainte contre un policier sans avoir à s identifier.Art Lymer, président de l'Association des policiers de la communauté urbaine de Toronto (Metro Toronto Police Association ), n'hésite pas à décrire ces plans comme de véritables « idioties » destinées à briser encore plus le moral des hommes.Les policiers eux-mêmes vont encore plus loin.« Désormais, nous ne prendrons plus aucun risque », déclare le détective Gord Rasbach, un vieux routier avec 15 ans de service, « cela n'en vaut vraiment plus la peine! « Il n'y a pas de doute à mes yeux que la Commission est beaucoup plus portée à prendre la défense de certains membres du public \u2014 et même des criminels \u2014 plutôt que la défense de ses policiers.» Pour la grande majorité des policiers qui sont d'ailleurs d'accord avec Rasbach, la nouvelle politique de la Commission les met devant ce qu'ils décrivent comme une impossibilité: celle de maintenir l'ordre («avec les mains attachées derrière le dos») dans une ville comme Toronto où le nombre de crimes violents augmente de 10 p.cent chaque année.En prédisant un avenir « difficile » Art Lymer est catégorique: « Les policiers de Toronto sont des hommes comme tous les autres.Ils ont leur limite et je crains fort que cette limite n'ait été atteinte». PRESSE, MONTREAL, SAMED111 AVRIL 1992 Plus * L'ABC du partage des pouvoirs 1 Le Québec en veut plus.Pourquoi?Comment?C'est moins clair.à MARIO FONTAINE '?s e toutes les questions qui font l'objet de l'actuel débat constitutionnel, c'est celle du partage des pouvoirs qui finira vrai-scmblablemcnt par constituer la clé de voûte d'une nouvelle entente.ou de l'échec des pourparlers entre Québec et Ottawa.Au-delà des arguties politiciennes, le partage des pouvoirs signifie en effet, dans la vraie vie, le transfert plus ou moins important de responsabilités d'un ordre de gouvernement à un autre.C'est-à-dire de fonctionnaires, d'argent, de puissance, de visibilité.La constitution actuelle accorde déjà certaines compétences exclusives aux provinces.Sauf exception, les discussions ne devraient pas être trop ardues dans des secteurs comme les affaires sociales, les forêts, l'habitation, les loisirs, les sports et le tourisme, les affaires municipales, certains pans de la politique familiale, les ressources naturelles et les mines, la santé.D'autres champs, à compétence partagée ceux-là, ne sont pas censés non plus poser de difficultés.On pense par exemple à la justice, aux affaires autochtones, à la fiscalité, au revenu et aux institutions financières, à l'immigration, aux pèches, aux transports.Le noeud de la question se trouve essentiellement dans les pouvoirs que le Québec entend s'approprier alors qu'ils sont de compétence partagée dans le moment, voire de compétence fédérale exclusive.Mais, au fait, pourquoi réclamer de nouveaux pouvoirs pour le Québec?Que fera-t-on qui ne se fait pas déjà?Le Québec sera-t-il automatiquement plus performant, plus dynamique?D'apparence banale, la question ne reçoit jamais de réponse claire: «pour assurer notre mainmise» sur tel ou tel secteur, entend-on le plus souvent.«Pour rapprocher les dispensateurs de services de leur clientèle», disent d'autres.«La nécessité d'abolir les chevauchements (près de 200) entre les deux ordres de gouvernement», en inspire certains, lorsqu'on ne fait pas appel aux arguments de principe: le fédéral a beaucoup étendu ses tentacules là où il n'avait rien à faire, grâce à son pouvoir de dépenser, qu'il retourne sur ses terres.La plomberie du partage des pouvoirs demeure elle aussi nébuleuse.Combien de points d'impôts le Québec récupérerait-il pour assumer ses nouvelles responsabilités?Combien de fonctionnaires devrait-il intégrer, l'impact serait-il positif ou négatif sur un plan strictement économique?Autant de questions sans réponses.Ou plutôt, autant de questions auxquelles le gouvernement refuse de répondre.Les ordres du premier ministre Bou-rassa, en effet, sont stricts: on ne dévoile rien.Le gouvernement a pourtant en main, depuis plus d'un an, une série d'études préparées par chacun des ministères sur l'importance des interventions fédérales au Québec et les conséquences d'un retrait d'Ottawa de ses champs d'intervention.Ces études résument le fonctionnement des programmes fédéraux, évaluent leurs coûts au Québec, élaborent divers scénarios.Le genre d'informations qui seraient fort utiles aux électeurs au moment du référendum.Pour l'heure, voici néanmoins quelques effets prévisibles d'un nouveau partage des pouvoirs dans un certain nombre de ministères.La liste n'est pas exhaustive, mais tente d'aborder la question de la façon la plus concrète possible.i m ACT ____ t I i l » \u2022 .«.«-ou.» a»\" >% \u2022 .\\ m k * .'mm \u2022 .IT ma .X* .1 1 f ê m 4 i .s* .Zx : ¦ ' 1 \\ Environnement Situation actuelle ¦ Important contentieux Québec-Ottawa à ce sujet, notamment dû aux interventions fédérales dans le développement de Grande Baleine.La Constitution de 1867 ne traite pas de la protection du milieu, de sorte que le Parlement fédéral a été prompt à considérer le secteur comme sien en vertu de ses pouvoirs résiduaires (les pouvoirs qui ne sont pas spécifiquement énumérés dans la Constitution actuelle).En pratique, il s'agit d'une juridiction partagée, plusieurs responsabilités étant exercées de façon concurrente.Rapatriement des pouvoirs ¦ Fin du chevauchement actuel et contrôle prépondérant du Québec sur l'ensemble du secteur.Négociations d'ententes avec le Canada, les États-Unis et divers organismes internationaux.Québec ne serait plus astreint aux contrôles d'Ottawa dans le développement de ses grands projets.R&D Situation actuelle » ¦ Secteur non prévu par la constitution de 1867.Double juridiction, en pratique, dans ce domaine dont l'importance s'est considérablement accrue au cours des dernières années.L'Ontario reçoit la part du lion des subventions fédérales en R& D.Rapatriement des pouvoirs ¦ Fin des pressions économiques fédérales sur les universités et les centres de recherche et définition d'objectifs spécifiquement québécois, autour notamment du concept de «grappes industrielles» du ministre Gérald Tremblay.Assurance-chômage Situation actuelle ¦ Secteur de compétence fédérale exclusive.Le gouvernement Mulroncy ne contribue plus à la caisse, qu'alimentent désormais seuls employeurs et travailleurs par leurs cotisations respectives.Du fait de son nombre élevé de chômeurs, le Québec retire environ un milliard de plus de l'Assurancc-chômage qu'il n'y fournit.Rapatriement des pouvoirs ¦ Fin des chevauchements et nécessité pour le Québec de combler le déficit entre les recettes de la nouvelle Caisse et les primes à verser aux chômeurs.Agriculture Situation actuelle ¦ L'agriculture est «l'enfant oublié» du partage des pouvoirs, selon l'expression du sénateur Beaudoin.En pratique, Ottawa et Québec gèrent chacun leur propre ministère.Ottawa a juridiction sur le commerce interprovincial et international, fixe les politiques de soutien des prix.Le Québec, plus que toute autre province, a toujours défini ses propres politiques agricoles et mis ses organismes autonomes sur pied (crédit agricole, assurance stabilisation, Société québécoise d'initiatives agro-alimentaires, etc.).Des organismes souvent concurrents de leurs vis-à-vis fédéraux.Rapatriement des pouvoirs ¦ Première chose à faire: harmoniser les politiques de tarifs et de mise en marché entre Ottawa et Québec.Puis prendre charge des offices de commercialisation et de l'établissement de quotas, qui relèvent désormais de Québec seulement.Rassurer du coup cer^ tains fermiers des autres provinces qui ont menacé récemment d'user de représailles, dans le domaine du lait notamment.L'Union des producteurs agricoles n'y croit pas trop, soulignant que le Québec importe plus de produits agricoles du reste du Canada qu'il n'en exporte, dont 80 p.cent de son boeuf.Le commerce international agricole demeure de responsabilité fédérale, sauf en cas de souveraineté.e!6 Éducation Situation actuelle ¦ L'éducation est de compétence provinciale exclusive, à l'exception des écoles pour les autochtones et les militaires.Le gouvernement fédéral, de par son pouvoir de dépenser, impose néanmoins ses orientations au niveau post-secondaire en subventionnant les universités et la recherche.Il finance des campagnes publicitaires traitant directement d'éducation.Rapatriement des pouvoirs ¦ Fin probable des incursions fédérales et transfert des sommes vers Québec.Peu de changements majeurs si le Québec demeure dans le giron canadien.Advenant la souveraineté, le Québec n'étant plus astreint à la constitution canadienne n'aura plus à tenir compte de l'article 93 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique.Il pourra dès lors remplacer les commissions scolaires confessionnelles de Montréal et de Québec par des commissions scolaires linguistiques.Formation professionnelle Situation actuelle ¦ Ottawa, par l'intermédiaire de la Caisse d'assurance-chômage, injecte chaque année des centaines de millions de dollars pour la formation professionnelle, un secteur que Québec considère lui revenir en vertu de ses pouvoirs exclusifs en éducation.Le fédéral accepte de coder ce volet, à condition de pouvoir imposer ses objectifs pancanadiens.Rapatriement des pouvoirs ¦ Contrôle total sur la formation de la main-d'oeuvre et sur les congés de maternité, actuellement gérés par l'Assu-rance-chômage.Redéfinition des priorités en fonction des intérêts du Québec et de ses objectifs industriels.Cette question est intrinsèquement liée à celle de la main-d'oeuvrc, actuellement au coeur d'un contentieux Ottawa-Québec.Négociations, advenant la souveraineté, sur les questions de mobilité des travailleurs et de reconnaissance des certificats de compétence.Communications Situation actuelle ¦ Les postes relèvent du fédéral uniquement, comme la radio et les télécommunications.Compétence partagée en matière de téléphone.Une des principales pommes de discorde Ottawa-Québec.Dans ses propositions de septembre dernier, le gouvernement fédéral annonce qu'il entend garder la mainmise sur le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes ( CRTC ).Rapatriement des pouvoirs ¦ Comme pour la culture, il s'agit d'une revendication historique du Québec.Le rapport Allaire accepte l'idée d'un partage des pouvoirs quant aux postes et aux télécommunications.Pour le reste, il réclame que le Québec exerce sa pleine souveraineté dans ce secteur qui n'est pas spécifiquement énuméré dans la constitution canadienne.Le Québec, via une Régie, réglementerait toutes les entreprises de radio, de télévision et de càblodistribu-tion diffusant sur son territoire.Advenant l'indépendance, Bell Canada dépendrait exclusivement du Québec, qui déterminerait ainsi la tarification de cette entreprise qui dessert 88 p.cent des abonnés québécois.Le Québec aurait aussi la compétence exclusive d'attribuer les fréquences en matière de télécommunications et de conclure les accords internationaux s'y rapportant.Culture Situation actuelle ¦ La Constitution de 1867 était virtuellement silencieuse en matière de culture.Depuis lors, la culture est généralement considérée de compétence provinciale exclusive.Utilisant son pouvoir de dépenser, Ottawa a cependant mis sur pied plusieurs institutions dans le domaine dont les Archives publiques, les Musées nationaux, le Conseil des Arts, l'Office national du film et Téléfilm Canada.La contribution fédérale aux arts et à la culture au Québec en 1990 était évaluée à 283 millions.Rapatriement des pouvoirs ¦ Pour cause de surenchère, de conflits et d'inefficacité engendrées par la présence des deux ordres de gouvernement, «le Québec doit exercer la juridiction exclusive dans tous les champs de compétence et d'intervention touchant la culture», dit le programme du Parti libéral du Québec.Quant au Parti québécois, il se propose advenant la souveraineté de rapatrier les nombreux fonds et organismes fédéraux.Les activités de Radio-Canada seraient ainsi englobées dans celles de Radio-Québec.l'Office national deviendrait l'Office national de la cinematographic québécoise, etc.Peu ou pas de pertes d'emplois comme telles, mais un changement d'employeur. JPlus LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED111 AVRIL 1992 Aristide constate la mollesse des pressions contre Haïti LOUIS B.ROB IT AILLE collaboration spéciale PARIS «l^P ments occidentaux concernés utilisaient les moyens nécessaires, le gouvernement de facto de Port-au-Prince tomberait dans les trois jours.» Éternellement souriant, fort diplomate, souvent énigmatique, le président légitime d'Haïti, )ean-Bertrand Aristide, ne cachait pas, au cours d'un déjeuner cette semaine avec quatre journalistes (dont le représentant de La Presse) que les pressions exercées \u2014 notamment par les États-Unis, le Canada, et la France\u2014 à rencontre des militaires au pouvoir à Port-au-Prince étaient actuellement très insuffisantes.Ou plutôt: «Si elles étaient suffisantes, je ne serais pas à Paris aujourd'hui», a-t-il ironisé.Tout en réaffirmant, à plusieurs reprises bien sûr, qu'il avait les meilleurs rapports imaginables avec les présidents Bush et Mitterrand et le premier ministre Mulroney.Venu à Paris pour la sortie de son livre', le président Aristide, accompagné de son ministre des Affaires étrangères Sabalat et de son ambassadeur en France, Etzer Charles, sortait d'une entrevue avec M.Mitterrand.«Il m'a fait une très grande impression, nous dit-il, il a une vision très claire des événements et du dossier.» À quoi il ajoute: «Il m'a fait une impression aussi forte que votre premier ministre, M.Brian Mulroney.» À la fin du déjeuner, au cours duquel il laisse ses accompagnateurs lâcher leurs critiques (essentiellement contre les États-Unis) tout en restant lui-même très prudent, il déclare en souriant : « l'ai appris à être diplomate.Ce n'est pas facile de l'être tout en restant un militant.» M.Sabalat, un colosse créole avec collier de barbe, qui avait été président de la Commission électorale avant de devenir le ministre du père Aristide, rappelle de son côté plus explicitement les «pressions» exercées à son égard par l'ambassade américaine pendant l'élection présidentielle.«Notre victoire électorale est d'autant plus méritoire qu'elle s'est faite contre la volonté américaine.» C'est lui qui rappelle que, dans les derniers jours, les garde-côtes américains ont intercepte un cargo pétrolier sud-américain au large d'Haïti.mais qui en revenait après avoir déchargé sa cargaison à Port-au-Prince, tout cela en violation de l'embargo décrété par l'Organisation des États américains.«Les garde-côtes américains sont plus efficaces lorsqu'il s'agit d'intercepter les boat People.» ajoute Christophe Wargny, co-auteur du livre du président Aristide.Ce dernier ne relève pas les flèches envoyées contre Washington, dont on laisse entendre ouvertement que ses positions divergent nettement de celles de Paris: mais, bien sûr, Haïti fait partie de la «chasse gardée» des États-Unis, qui supportent mal une vraie ingérence des autres pays, notamment la France.Le président haïtien, pour sa part, attaque indirectement, en rappelant sa forte sympathie pour les sandinistes du Nicaragua: «Il ne s'agit pas de prendre des modèles.Mais, en matière d'alphabétisation, les sandinistes ont obtenu des résultats remarquables, en ramenant le taux d'analphabètes de 56 à 12 p.cent de la population.» Et pour lui, la défaite des mêmes sandinistes aux premières élections démocratiques tenues dans le pays est le résultat d'une «manipulation électorale».Pas question de s'effacer devant un candidat de «compromis» Sur la question des pressions à exercer sur le général Cedras et la junte mi- litaire, le président en exil est nettement plus explicite.«Il faut appliquer totalement et véritablement l'embargo, dit-il.La population en souffre, c'est évident, mais cet embargo est très populaire même parmi les couches les plus pauvres.C'est devenu un slogan pour tout le monde: des femmes enceintes ont l'intention de baptiser leur enfant viveTembar-go! Dans les bidonvilles on interpelle les Blancs sous le nom de blanc-embargo!.» t Selon lui, la suppression de l'aide occidentale a produit des résultats indéniables sur l'économie haïtienne, déjà sinistrée: «Il ne reste que deux heures d'électricité par jour, on licencie dans les entreprises faute de fournitures en énergie».Mais il faudrait maintenant des mesures radicales pour mettre le régime à genoux: «Avec un vrai blocus d'Haïti, le régime se trouverait privé de pétrole à très brève échéance et ne pourrait que tomber.Je demande également aux gouvernements de facto et aux commanditaires du coup d'État, dont la liste existe».En somme, les déclarer personna non grata dans les pays occidentaux.«Après tout, ajoute en souriant M.Aristide, les États-Unis sont allés chercher au Panama pour le juger comme trafiquant de drogue M.Noriega.Or, il y a actuellement au pouvoir à Port-au-Prince, non seulement le chef d'une mafia militaire qui pratique le trafic de drogue sur une grande échelle, mais aussi un homme responsable de crimes contre l'humanité, et qui a les pieds installés sur 2000 cadavres.» Des professions de foi Aux questions \u2014 diplomatiques \u2014 qu'on lui pose sur ses convictions «démocratiques» et plurialistes, le père Aristide répond par des professions de foi énergiques: pendant qu'il a exercé le pouvoir explique-t-il, on a «commencé l'assainissement de la justice et de l'armée», on a fait reculer le trafic de drogue.« Le peuple veut avant tout la justice, dit-il.Quand le gouvernement va dans le sens de cette justice et qu'il y a confiance, cela se passe dans.la paix.Quand je serai de retour en Haiti, il n'y aura pas de vengeance \u2014 mais pas d'impunité non plus.Le peuple haïtien a fait preuve d'une patience exemplaire jusqu'à maintenant.Mais s'il n'y a pas de retour à la légalité, cette absence peut déclencher une réaction dangereuse.» Jean-Bertrand Aristide \u2014 dont les propos sont fort sévères dans son livre, notamment sur la hiérarchie catholique ou les USA \u2014 ne renie rien de ses convictions.En faveur de la «théologie de la libération».En faveur de la «justice», dont l'urgence passe bien avant la discussion sur les systèmes économiques.Avec un vocabulaire un peu empathique \u2014 où il est question d'«eschatologie», de «praxis», etc.\u2014 il disserte sur un modèle de développement «original, qui transcende les modèles existants».Une manière de dire que les États-Unis n'ont aucune raison légitime de redouter quelque «gauchisme» de sa part.En tout cas, il est clair sur un point: pas question pour lui un seul instant de renoncer à sa propre légitimité sous le prétexte de laisser passer un candidat «présentable» (sur le plan démocratique) et acceptable par les États-Unis.«Ni le président français, ni M.Bush ni M.Mulroney, dit-il, n'ont évoqué une seule fois devant moi l'hypothèse de mon retrait.D'ailleurs, même si je le voulais, je ne le pourrais pas.Je suis littéralement prisonnier de la volonté explicite de mon peuple, qui m'a mis à cette place pour cinq ans.le suis le serviteur de ceux qui m'ont élu.» Ce que le président légitime demande, en particulier aux Etats-Unis, ce n'est même pas un effort extraordinaire, ou un changement de politique, encore moins une intervention armée.C'est beaucoup plus simple, conclut-il à propos des Etats-Unis: «Aujourd'hui, ils se trouvent simplement obligés d'actualiser leurs propres déclarations officielles.» .avec François Mitterrand à Paris.avec Brian Mulroney à Ottawa.PHOTOS Rcvter .avec George Bush à Washington.À Moscou, même les morts ont la vie dure PAUUE ROB IT AILLE collaboration spéciale MOSCOU jj^^ ,a morgue numé- ro deux de Moscou, on entre comme dans un moulin.Pas une âme qui vive dans le corridor menant au bureau du médecin légiste.Sur le chemin, quelques corps gisent comme des paquets oubliés.L'odeur du formol ci de la chair en décomposition montent au nez.Oleg Kriger, le médecin légiste, vide son sac.Il n'en peut plus de ses conditions de travail.«La morgue est surpeuplée; la mafia nous menace; et surtout, nous sommes sous-payés! Nous sommes traités comme des chiens!» Mais, à la morgue numéro deux de Moscou, il n'y a pas que les employés qui sont à plaindre.L'humiliation est généralisée.Ici, même les morts ont «la vie dure».Le médecin fait visiter sa morgue en s'excusant pour la saleté.Dans le sous-sol, des dizaines de corps nus d'hom- mes, de femmes et d'enfants sont empilés pêle-mêle sur de longues tables ou sur le ciment humide.Les quelques places réfrigérées sont louées aux «croque-morts» nouveau style qui travaillent à leur compte.«À chaque jour j'ai quatre morts de plus et je ne sais plus où les mettre.L'administration fait la sourde oreille, lorsque je lui demande d'empêcher ces 'petits businessmen' de prendre toute la place.» Les gens de la morgue sont aussi en concurrence directe avec ces entreprises de pompes funèbres privées.La morgue aussi offre aux familles des défunts ses services.Dans le corridor exigu et sordide du sous-sol, les employés s'affairent à embaumer des corps.Dans la chambre du fond, un petit homme fabrique des cercueils.«C'est 800 roubles minimum, 1500 pour un cercueil de qualité», dit-il en montrant les boites de bois enrubannées rose, rouge ou orange.À l'extérieur, des autobus attendent les familles et les cercueils.À la charge de l'Etat Mais plusieurs Moscovites, incapables de payer pour des funérailles qui coûtent souvent l'équivalent de six mois de salaire, laissent à l'État le soin de disposer du cadavre.Le gouvernement doit aussi prendre à sa charge les corps non identifiés.« Il y en a trop, confie !e médecin légiste.Surtout, des nouveau-nés que l'on retrouve dans les poubelles ou souvent enfouis sous la neige.» En tout, donc, à la morgue du docteur Kriger, un dixième des corps sont laissés à la discrétion de l'État.«On s'en débarrasse de deux façons, explique le médecin.On en met un certain nombre dans des cercueils tout simples que l'on incinérera à la chaîne.» Et il y a la seconde méthode, «barbare» celle-là.11 fait une pose d'un air dégoûté.«Des hommes avec des bras gros comme ça, explique-t-il à l'aide de ses mains, dépècent les corps que l'on entasse ensuite dans de petites caisses de bois.On sauve beaucoup d'argent de cette façon.» À l'entrée de la place, il montre les dites caisses de bois.Le jour de la «collecte», un camion, habituellement utilisé pour livrer des légumes, vient chercher les cadavres non réclamés pour les amener au crématorium.Les familles qui s'aperçoivent trop tard de la disparition d'un parent (ils ont un mois pour le faire), recevront du crématorium l'urne remplie des cendres puisées au hasard, dit le médecin.De toute façon, il n'y a plus de place dans les cimetières.Plus tard, le médecin légiste Kriger dira que la morgue donnera des yeux» des os et d'autres organes aux hôpitaux et aux cliniques dans le besoin.Les familles des défunts n'ont aucun mot à dire.Le corps appartient à l'Etat Le corps, selon la loi russe, appartient à l'État.«On ne les vend pas, tient à préciser Oleg Kriger, parce qu'en Russie, le commerce d'organes est défendu.Les clients payent pour les manipulations d'extraction seulement.» 11 explique ensuite comment la morgue numéro deux manque d'argent et comment tous les moyens légaux sont bons pour arrondir les fins de mois.Des moyens légaux, parce que le docteur se défend bien d'être séduit par les nombreux pots-de-vin fréquents dans son métier.Pour effacer quelques trous de balles ou d'autres preuves nuisibles sur un cadavre, un médecin légiste peut se faire beaucoup d'argent.Mais le docteur dénonce les mafiosi qui souvent, raconte-t-il, envahissent sa morgue en grands seigneurs.«Tous des musulmans, des Tchétchènes (des habitants du Caucase reconnus pour leur participation au crime organisé), lance-t-il, parce que selon l'islam, l'autopsie est interdite.Parfois, ils menacent de ramener un cadavre en tirant des coups de feu en l'air dans la cour.Il faut appeler la police.Au jour de l'An, je me suis fait réveiller par une infirmière.Dix hommes, des couteaux pointés sur elle, exigeaient le corps d'un défunt copain.|e lui ai dit de leur donner.» Oleg Kriger prétend que s'il s'en va, la morgue sera contrôlée par des bandits.Et si déjà, le respect pour les défunts laisse à désirer, faute de moyens, tout pourrait être bien pire.«Oui, tout cela est bien triste, conclut-il.Mais comme le dit le vieil adage, s'il fallait pleurer sur tous les vieux oncles que l'on enterre, on ne pourrait jamais faire notre travail.» LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMED111 AVRIL 1992 Plus B7 DENIS SAMSON collaboration spéciale Le 9 septembre 1676.mourait à Paris le fondateur de Montréal, dans l'oubli et l'indifférence.Les historiens ne s'entendent pas sur le lieu de sa sépulture et tous supposent que celle-ci est perdue.De récentes recherches, à Paris, nous permettent d'apporter des faits nouveaux qui obligent à revoir complètement cette affirmation.En fait, la sépulture de Maisonncuve est probablement intacte et attend depuis 300 ans l'hommage des Montréalais.Maisonneuve a fondé Ville-Marie, le 17 mai 1642, avec Jeanne Mance et 40 colons venus s'établir pour défricher et préparer une mission pour «la conversion des Sauvages» de la Nouvelle-France.Montréal était une fondation ni politique, ni militaire, ni commerciale mais bien religieuse.L'idéal des fondateurs et de la Société Notre-Dame a été bien décrit dans les «véritables motifs» de 1643 qui déclarent vouloir «assembler un peuple composé de Français et de sauvages qui seront convertis pour les rendre sédentaires, les former à cultiver les arts mécaniques et la terre, les unir sous une même discipline, dans les exercices de la vie chrétienne.»1 Pendant plus de vingt ans, Maison-neuve a défendu ce projet.Il luttait contre les Iroquois (armés par les Anglais d'Albany) qui attaquaient chaque été la petite colonie.Il luttait aussi contre le gouverneur de Québec qui voulait réduire l'indépendance de Montréal ; mais cette indépendance avait été solennellement reconnue par les lettres patentes de 1544, signées par la Régente Anne d'Autriche.Maisonneuve avait été nommé gouverneur à vie par la Société Notre-Dame.MONTRÉAL EN FÊTE Le départ contraint de Montréal en 1665 Après avoir remporté tous les combats et protégé son monde.Maison-neuve perdit la dernière bataille.L'avènement du règne personnel de Louis XIV, en 1660.modifia radicalement le statut juridique de Montréal.Le roi décida de fusionner les deux colonies, Québec et Montréal, et imposa le régime du Conseil souverain qui siégeait à Québec.De plus, la Société Notre-Dame, ruinée par cette entreprise coûteuse, vendit la seigneurie de l'île de Montreal au Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris.Maisonneuve était maintenu gouverneur de Montréal mais devenait un personnage gênant.On voulait faire de Montreal une colonie comme les aunes, c'est-à-dire commerciale, ce à quoi s'opposait son fondateur.Le nouveau gouverneur de Québec, Monsieur de Mésy, venu établir le régime du Conseil souverain, voulait étendre son autorité à toute la colonie, y compris Montréal.Le heurt était inévitable.Étaient-ce les premières querelles Québec-Montréal?En 1664, le Conseil impose un véritable blocus des marchandises à destination de Montréal, provoquant la colère des habitants.En juin.Maison-neuve est convoqué à Québec et destitué par le Conseil.Maisonneuve résiste et prouve par les lettres patentes de 1644 que le Conseil n'a pas autorité pour le destituer.Le statu quo est maintenu mais Maisonneuve n'a plus de puissants alliés à la Cour et ses heures sont comptées.Maisonneuve était très populaire et aimé du petit peuple qu'il défendait depuis vingt ans.Sa destitution n'était pas chose simple.Le nouveau gouverneur de Tracy, arrivé en 1664, l'oblige à rentrer en France.Sans avoir démissionné, Maisonneuve quitte Montréal, à l'été de 1665, pour ne plus revenir.11 ne renonça jamais à son titre de gouverneur de Montréal.Des actes juridiques passés à Paris, dans les dernières années de sa vie, l'attestent; ainsi, en 1668 et 1671: «Paul de Chomedey, escuyer, sieur de Maisonneuve, ci-devant gouverneur de la dite île de Montréal».2 Un nouveau gouverneur de Montréal est nommé en 1669, quatre ans après le départ de Maisonneuve; le document déclare: «désirant pourvoir à la charge de gouverneur de l'île de Montréal, vacante par la démission du sieur de Maisonneuve.»* Aucun document de la main de Maisonneuve n'atteste cette démission et jusqu'à la fin, dans son testament, il se déclare gouverneur de Montréal.Où vivait Maisonneuve à Paris?Sans être ni pauvre, ni riche, Maisonneuve a bénéficié d'une certaine aisance dans sa retraite; il a gardé son domestique de longue date, Louis Fin, et a loué un logement à Parts.Il n'est pas réapparu sur la scène politique et a vécu retiré.Il sortit de l'ombre une seule fois, à la demande de Marguerite Bourgeois qui connaissait bien le grand homme qu'il avait été.11 agit comme procureur, en 1670-71, afin d'obtenir les lettres patentes établissant !a Congrégation Notre-Dame.En 1668, Maisonneuve habite un logement rue Saint-Martin, paroisse Saint-Médéric.Peu après, il déménage chez les Pères de la Doctrine chrétienne, rue des Fossés Saint-Victor (actuelle rue du Cardinal-Lcmoine, 5e Arrondissement).C'est là qu'il vit jusqu'à sa mort, survenue en 1676.Quelle était cette communauté religieuse et où vivait Maisonneuve?Nos propres recherches à la Bibliothèque historique de Paris et de précieux renseignements, fournis par les historiens de la Société historique et archéologique du 5e Arrondissement, nous ont est enterré Maisonneuve, fondateur de Montréal ?m ¦¦ r, \u2022Se Paul de Chomedey de Maisonneuve, 1612-1676 Le couvent des Pères de la Doctrine chrétienne, à Paris, avec la maison donnant sur le fossé où est mort Maisonneuve et la chapelle où il fut enterré.conduits à de nouvelles hypothèses sur la sépulture de Maisonneuve.Ceux qui ont reconstitué la vie de Maisonneuve ont affirmé que le couvent des Pères de la Doctrine chrétienne a été entièrement détruit.4 Au contraire, de l'avis de monsieur Reulos\\ l'ensemble des bâtiments subsiste toujours.À la révolution française, en 1790, le couvent a été nationalisé, divisé en lots et vendu.Le cimetière intérieur a-t-il été déménagé au Grand Ossuaire de Paris dans les Catacombes?S'il n'a pas été déménagé, comme toutes les sources et plans semblent l'indiquer jusqu'à maintenant, alors la sépulture de Maisonneuve est toujours sous un des bâtiments actuels, dans un périmètre de 50 mètres sur 100 mètres, au coin des rues Cardinal-Lemoine et Rollin.Mats sous lequel?Pour y voir clair, examinons de plus près l'histoire de ce couvent.Les Pères de la Doctrine chrétienne, voués à l'enseignement dans les quartiers pauvres, sont fondés par César de Bus à la fin du XVIe siècle.5 Il s'agissait donc d'une jeune communauté.Us se sont implantés en France en 1609 et se sont installés sur la rue des Fossés Saint- Victor à Paris en 1627, dans une grande maison délabrée déjà existante.En face de cette maison, malgré la pente très raide, se trouvait un large et profond fossé qui longeait la fortification érigée au XIIIe siècle par Philippe-Auguste.En 1646, le roi fit combler les fossés et raser les remparts, tout en maintenant les portes Saint-Marcel et Saint-Victor, voisines du couvent des Pères.Vers 1663, la rue est rabaissée d'un étage pour en réduire la pente, ce qui laisse des cicatrices encore visibles aujourd'hui sur le collège des Écossais (toujours en place), voisin du couvent des Pères de la Doctrine chrétienne.Les Pères retiraient des loyers de location des maisons leur appartenant, dont celle qu'habitait Maisonneuve.Alors qu'Armour Landry croyait pouvoir localiser au numéro 8 de la rue Rollin (anciennement rue Neuve Saint-Étiennc ) la maison où serait mort Maisonneuve, les recherches de madame Zéphirin affirment que la première maison des Peres construite sur cette rue date de 168b, soit dix ans après la mort de Maisonneuve7.De plus.Landry base son hypothèse sur « un plan de Paris par louvin de Roche- fort, datant du milieu du XVIIe siècle».Or ce plan, retrouvé à la Bibliothèque historique de Paris, est, en fait, le plan de Jaillot de 1774, donc, cent ans postérieur à la période de Maisonneuve.À cette même Bibliothèque, nous avons trouvé le plan de louvin de Ro-chefort de 1572 qui correspond à la période pendant laquelle Maisonneuve vécut chez les Pères de la Doctrine chrétienne8.Nous y voyons figurer le couvent, la chapelle et une maison donnant sur le fossé (voir plan).Cette dernière maison, dont l'emplacement est désormais connu, est nécessairement celle où a vécu et est mort Maisonneuve.Une plaque commemorative y a été installée il y a plusieurs années, au 73 de la rue du Cardinal-Lemoine, pour indiquer le lieu où mourut Maisonneuve .Malheureusement, cette plaque a été mise sur le mauvais édifice; il faudrait corriger cette erreur et indiquer la vraie maison où est mort Maisonneuve.Le testament La veille de sa mort, 8 septembre 1676, Maisonneuve dicte son testament aux notaires,0.Il se déclare tou- jours «cy devant gouverneur de 1 \"Isle de Montréal en la Nouvelle France».Il est «gisant au lit malade de corps» mais sain d'esprit.Les notaires déclarent qu'il demeure «sur le fossé d'entre les portes St Marcel et St Victor paroisse St Etienne du Mont (.) en une antresolle au premier estage ayant veue sur la cour des R.P.de la doctrine chrestienne et sur le fossé».Cette dernière déclaration confirme l'hypothèse de la maison sur la rue du Cardinal-Lemoyne, la seule indiquée sur le plan de 1672, donnant sur le fossé et sur la cour des Pères.La maison identifiée par Armour Landry, ne donnant pas sur le fossé mais sur la rue Rollin (autrefois rue Neuve Saint-Etienne) doit être exclue.Le testament de Maisonneuve qui ne laisse rien à sa famille (il n'avait pas été marié) est entièrement tourné vers Montréal.Ses principaux héritiers sont la Congrégation Notre-Dame de Marguerite Bourgeois et les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu fondée par Jeanne Mance.Oublié de tous, Maisonneuve se souvient.Il lègue également des montants d'argent aux Hospitalières de Troyes où vivait sa soeur religieuse qui a grandement inspiré sa vocation en Nouvelle-France; il fait quelques dons à des amis et règle ses dettes.Importante pour nous est la volonté de Maisonneuve sur sa sépulture.Il ordonne «l'inhumation de son corps en l'église desdits R.P.de la Doctrine chrestienne de la maison de St Charles ausquels il donne et lègue tant pour le droit de sepulture que pour les prières qu'ils luy feront faire à leur discretion la somme de cinq cens livres».Le fondateur de Montréal choisit donc d'être enterré dans cette modeste chapelle.Son titre de gouverneur et probablement aussi sa grande piété lui accordent ce privilège.La sépulture de Maisonneuve Le fondateur de Montréal meurt le 9 septembre 1676, à Paris, dans son logement.Plusieurs historiens ont dit qu'il avait été enterré dans le cimetière de Saint-Etienne-du-Mont, dont Louis-Bernard Robitaille fait mention dans un livre récent11.Si le corps de Maisonneuve avait été enterré dans ce cimetière, il aurait été déménagé au Grand Ossuaire quand on a vidé les cimetières de Paris au XIXe siècle.Mais, en fait, les documents prouvent qu'il n'a pas été enterré dans ce cimetière.Les archives de la paroisse Saint-Etienne-du-Mont nous renseignent sur le décès de Maisonneuve.Il est dit que: Le jeudi, dixième, fut transporté en l'église des Pères de la Doctrine Chrestienne, Paul de Chomedey, escuyer, sieur de Maisonneuve, gouverneur de l'isle de Montréal en la Nouvelle-France, pris sur le fossé entre la porte St Marcel et St Victor12, concorde avec le testament et ne laisse aucun doute: Maisonneuve a été enterré dans la chapelle des Pères de la Doctrine chrétienne et non au cimetière Saint-Etienne-du-Mont.Qu'est-il advenu de cette chapelle?Elle est visible sur le plan de Jaillot, en 1774.Elle existe encore sous le Second Empire, vers I860, alors qu'elle a été transformée en classes par les Frères des Écoles chrétiennes l\\ Armour Landry déclare l'avoir vue, en 1931, «transformée en entrepôt pour un trafiquant en alimentation»14; il dit que, par la suite, elle à été remplacée par une grande maison d'enseignement.Or, cette grande maison d'enseignement publique existe toujours mais elle se situe nettement plus à l'est d'où les plans localisent la chapelle.La chapelle n'a propablement pas été démolie mais plutôt englobée dans les ailes des bâtiments actuels.Comme il est de coutume à Paris de ne pas creuser les caves, le cimetière intérieur de la chapelle est probablement en place.Les bâtiments, aujourd'hui privés, sont en grande partie occupés par l'Hôtel des Grandes Écoles, rue du Cardinal-Lemoine.Monsieur de Maisonneuve est sans doute là, ignoré des Parisiens et oublié des Montréalais.Il reste à trouver d'autres preuves.Quelle aile, exactement?Ouel plan des sépultures?Une fouille archéologique de ce secteur pourrait nous révéler si le cimetière intérieur a été bouleversé.Mais, si la sépulture de monsieur de Maisonneuve est là, ce qui est probable, Montréal pourrait exhumer de l'oubli son fondateur.L auteur est charge de cours a la maîtrise en Muséologie et chercheur au CREST ( Centre de recherche en evaluation sociale des technologies > a l Université du Ouebec a Montreal: il est également membre du Conseil d administration de I Ecomusee de l'Au-delà.LEcomusee de l'Au-delà, fonde le 17 septembre 199v a pour objectif de preserver et de faire connaître le patrimoine paysager, culturel et historiaue des cimetières de Montreal et d encourager l'exploration de toutes les facettes des thématiques de la mort et de l Au-delà.LEcomusee a réaliser sa premiere exposition \u2022 La Fete des Morts, une Fete pour les Vivants* a l agora de l'UOUAM.du 31 octobre au 8 novembre 1991.I >Cite dans Desrosiers.L-P.Paul de Chomedv sieur de Maisonneuve.Montreal et Pèrii.Fides.1967.p.68-69 2>0p Cit.p.290.308.3K3p cit P.290 DC est le cas notamment de Derosiers op.cit.p 304 et de Landry.«A la recherche du lieu ou Paul de Chomedey de Maisonneuve a vécu ses derniers tours*.Montreal, artisans, histoire, patrimoine.1979 Montreal Fides, p.72.5)Histonen emente.M.Reulos est president de la Société historique et archéologique du Seme arrondissement.6)Nous devons ces renseignements a Y.Zephinn.\u2022 Chez les Peres de la Doctrine chrétienne rue des fosses Saint-Victor (actuelle rue du Cardinal Lemoi-nei*.La Montagne Sainte Genevieve et ses abords.1988 no 290.Société historique et archéologique du 5eme arrondissement, p.12-21.7)2ephirin.op.cit.p 16.9 >Nous avons obtenu une copie de ce plan par monsieur Reulos qui en possédait une version imprimée du debut du siècle.9>Cette plaque dit: A cet emplacement s'élevait la maison des Peres de la Doctrine, chrétienne ou mou-*ut en 1676 Paul de Chomedey seigneur de Maison-neuve ne a Neuville sur Vanne Aube fondateur de Montreal \u2022 nous ignorons qui a installe cette plaque.10 »Cite dans C.Lanctot.Montreal sous Maisonneuve 16C2-1665 Toronto.1969.p 277.II iRobitailie L B Maisonneuve.le testament du îouverneur Montreal.La Presse 1991.p.275.12 Kite par Desrosiers, op cit.p 310 13 «Zephinn op cit p.15.14)Landry.op Cit.p.72. B8 Plus LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMED111 AVRIL 1992 Le putsch de Fujimori: l'intérêt de l'armée, l'orgueil du FMI JOONEED KHAN F est finalement Dé-jean Bélizaire, le président du Sénat haïtien, qui aura articulé la meilleure condamnation du coup d'État au croit, où le président Alberto Fujimori, élu triomphalement avec 60 p.cent des suffrages au second tour des présidentielles en 1990, s'est approprié dimanche les pleins pouvoirs avec l'appui des forces armées, a dissous le Congrès, arrêté ses principaux opposants, instauré la censure, suspendu la Constitution et congédié la moitié des 28 juges de la Cour suprême.«Ce coup de force de l'exécutif péruvien contre le pouvoir le plus authentique et le plus représentatif de la souveraineté du Pérou est une atteinte aussi grave à la démocratie dans notre hémisphère que le renversement par la force d'un président élu», a-t-il déclaré dans une lettre au secrétaire général de l'OEA (Organisation des États américains), |oao Baena Soares.Après s'est laissé conscrire dans la tentative de légitimation de l'opération panzouiste (le coup d'Etat du 29 septembre 1991 en Haiti), Bélizaire a découvert de rude façon l'égoisme myope des putschistes et l'énorme coût social de leur action, ce qui le poussait fin février à négocier à Washington, sous l'égide de l'OEA, un accord avec le président renversé Jean Bertrand Aristide pour ramener Haïti à la légitimité démocratique.«Je ne demanderai pas d'embargo contre le Pérou car finalement c'est le brave peuple de ce pays qui en sera la victime», ajoute Bélizaire dans sa lettre, avec beaucoup d'à-propos.Sanctions Déjà, les États-Unis ont suspendu toute nouvelle aide au Pérou, ce qui touche 45,4 millions votés dans le budget 1991 et 275 millions demandés cette année.Us réexaminent aussi une aide de 21.8 millions afin de décider quelle part allouer au titre de l'assistance humanitaire à ce pays torturé de 24 millions d'habitants où la majorité gagnent moins d'un dollar par jour et où la guerre civile a fait plus de 25 000 morts en 10 ans.Cela comprend une somme de 30 millions qui devait permettre au Pérou d'honorer le service de sa dette de 20 milliards afin de se qualifier pour de nouveaux crédits de développement du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.Le FMI lui-même a suspendu un prêt de 200 millions destiné au secteur financier et un autre de 22 millions pour des projets sociaux.L'Allemagne réexamine son aide de 161 millions et songe à annuler la visite de Fujimori prévue le mois prochain.Le Groupe de Rio (Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Mexique, Paraguay, Chili, Venezuela, Uruguay et Pérou) menace d'isoler tout pays «qui avancera dans une direction non constitutionnelle» et l'OEA a appelé pour lundi un Conseil ministériel sur le Pérou.Dans une tentative fébrile de conjurer la menace d'un embargo comme celui qui frappe Haïti, le régime Fujimori insiste qu'il s'agit d' «une situation d'exception et de caractère temporaire» et multiplie les assurances quant à un «retour rapide à un régime démocratique» par le biais d'une nouvelle Constitution rédigée par des notables, d'un référendum et d'élections législatives.Remaniement de façade Le nouveau gouvernement de «reconstruction nationale» n'apporte pourtant qu'un remaniement de façade, où seul le premier ministre change et où deux généraux conservent la Défense et l'Intérieur.Mais Fujimori, qui a justifié son putsch en accusant la Chambre (180 députés), le Sénat (60 membres) et la Cour suprême d'être corrompus et de faire obstruction à ses projets d'assainissement et de réformes, affirmait mercredi soir, dans un discours à des exportateurs à Lima, qu'il jouissait du soutien populaire.Le lendemain, il citait un sondage montrant que 75 p.cent des Péruviens l'approuvaient, contre seulement 19 p.cent.Mais il s'agissait en fait d'un sondage auprès de 320 habitants de Lima.La vérité, c'est que la cote de Fujimori, qui était de 70 p.cent en janvier, a chuté à 30 p.cent début avril avec l'accentuation des difficultés économiques et sociales des Péruviens.Blanchiment de l'argent Ses apologistes, au premier rang desquels se trouve le ministre des Affaires étrangères Augus-to Blacker, affirment que le Congres bloquait ses projets de loi visant a contrer le blanchiment de l'argent de la drogue, à lever le secret bancaire, a punir les fonctionnaires corrompus et à intensifier la lutte contre les guérillas du Sentier lumineux et du Tupac Amaru.Ft ils accusent les juges I irtwvh- .ï Y III j ' \" \"\u2022.
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