La presse, 21 avril 1990, B. La Presse Plus
[" u 4 lus LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 21 AVRIL 1990 V r 8 Patientes mais efficaces, les femmes franchissent tous les obstacles MICHÈLE OUIMET n 1918, le gouvernement canadien accorde le droit de vote aux femmes.Pour le directeur du Devoir, Henri Bouras-sa, c'est «l'introduction mJ^MM du féminisme sous sa for-ÎK.me |a pjus nocîve< ia fem- me-électeur qui engendrera bientôt la femme-cabaleur, la femme-télégraphe, la femme-souteneur d'élections, puis la femme- député, la femme-sénateur, la femme-avocat, enfin, pour tout dire en un mot: la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-femme.* Le journaliste Olivar Asselin ajoute qu'on a accordé le droit de vote à des «milliers de cervelles d'oiseaux.» Henri Bourassa et Olivar Asselin ne sont pas les seuls à dénoncer le suffrage féminin.Le clergé, les hommes politiques et même certains groupes de femmes s'y opposent.Le Québec sera d'ailleurs la dernière province canadienne à accorder ce droit aux femmes le 25 avril 1940 après l'île du Prince-Edouard qui cède en 1922.Les luttes des femmes En 1922, une délégation de femmes avec, à leur tête, Marie Gérin-Lajoie, se rend à Québec pour rencontrer le premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau.À la une du Devoir, un journaliste écrit que leur arrivée «ne créa pas, au parlement de Québec, un mince émoi.S'il en est ainsi quand ces dames viennent demander des droits politiques, qu'en sera-t-il quand elles les exerceront?» Louis-Alexandre Taschereau.comme beaucoup de ses collègues à l'époque, s'oppose à cette requête.«C'est précisément parce qu'il veut que la femme remplisse pleinement sa mission qu'il veut l'écarter de la politique, déclare-t-il ; elle a un ministère d'amour à remplir, auquel l'homme est absolument impropre.» x Inlassablement, de 1927 à 1939, une délégation de femmes prendra le chemin vers Québec pour revendiquer ses droits.À chaque fois, un projet de loi sera présenté et défait par un vote écrasant.Et pourtant, les femmes ont eu le droit de vote de 1791 à 1834 ce qui en faisait des exceptions à travers tout l'empire britannique.Mais, selon l'historienne Micheline Dumont, rares sont les femmes qui ont exercé ce droit.Les suffragettes Qui étaient ces suffragettes qui ont soulevé l'ire du clergé, les sarcasmes des journalistes et l'ironie des politiciens qui refusaient de les prendre au sérieux?¦ Trois femmes ont marqué le mouvement en faveur du droit de vote, Marie Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain et Idola Saint-Jean.Marie Gérin-Lajoie, la pionnière, se heurte particulièrement au pouvoir religieux au début des années 1920.Mgr Louis-Adolphe Paquet par exemple, un théologien québécois écouté et respecté, vilipende le féminisme, ce «mouvement pervers, écrit-il en 1919, cette ambition fallacieuse qui entraine hors de sa voie la plus élégante moitié de notre espèce, et menace les bases mêmes de la famille et de la société.» La femme a une mission, expliquent lés membres du clergé, et cette mission l'attache au foyer.«Là son empire se fonde, écrit Mgr Paquet ; là ses talents se produisent; là sa vertu éclate; là son influence rayonne.Dieu l'a créée pour des {fonctions sans lesquelles la famille ne pourrait vivre, ni l'humanité se perpétuer.» Devant la virulence de ces attaques, la lutte pour l'obtention du droit de vote entre en veilleuse.Ce n'est qu'en 1927 qu'ldola Saint-Jean et Thérèse Casgrain reprennent le flambeau.Elles fondent deux associations distinctes, voire riva-lés.Idola Saint-Jean fonde l'Association canadienne pour le vote des femmes et Trois femmes ont marqué le mouvement en faveur du droit de vote Thérèse Casgrain Thérèse Casgrain préside la Ligue des droits de la femme.«Idola Saint-Jean trouvait le groupe de Idola Saint-Jean Mme Casgrain trop bourgeois, explique Micheline Dumont.Idola était plus près du peuple.C'est elle qui a surtout été ca- Marie Gérin-Lajoie ricaturée et ridiculisée car c'était une célibataire.» Mais la crise économique secoue dure- 0^^.Va Le plue grand quotidien (fonçais d Anur.quo LA PRKSSE MOMitEAL* SAMEDI 20 A TOIL 1940 CELTEX inc.1299s HT 5000 PORTATIF AVEC ACTIVATION f 953-0292 / Bureau: 967-9770 Françoise Gaudet-Smct s'est opposée au suffrage féminin.En 1965, à l'occasion du 25e anniversaire de l'obtention du droit de vote pour les femmes, elle s'explique, «le n'étais pas contre en principe.Mais la Québécoise, surtout dans les campagnes, n'y était pas prête.Elle menait son foyer, oui, mais la société la tenait en dehors de la chose publique.La politique, alors, c'était un trafic de votes, une occasion de soùlades, d'assemblées contradictoires et de batailles où la femme n'avait pas sa place.(.) La femme savait que sa force, son influence, ça n'était pas le jour des élections qu'elle se révélait J mais 364 jours par année.» ' En mars 1918, le directeur du Devoir, Henri Bourassa, signe; trois édsioriaux.où il dénoncé : avec véhémence le féminisme et le suffrage féminin.En voici les titres: Le premier s'intitule «Désarroi des cerveaux./Triomphe de la démocratie», le , C: deuxième « Le droit de voter \u2014 La lutte des sexes \u2022¦\u2022 \u2022 >V VtJ».!¦ À ceux qui avancent la soi-disant ignorance politique des femmes, Mme Casgrain réplique: «Si le suffrage ne devait être accordé qu'aux hommes de génie, bien peu le mériteraient».\u2022Tu:.î&sMsrâW [^la Presse\tm\t« Km \t\t Cinquante-plus Automobile Mode Alimentation Design et Art de vivre Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi vous offre ceWe La famille a dit NON au centre d'accueil.» «Ford: adieu Bronco 11.¦\u2022 Femme en fleur, femme) fatal*».\u2022 < Les homards des îles \u2022 La satisfaction de créer (Un couple âgé.dont le mari est bonjour Explorer.(Les finissantes du secondaire de la Madeleine s'en viennent.ses propres meubles.SEMAINE handicapé parvient a éviter le se font belles.] centre d'accueil.) Un texte de Jeanne Desrochers Un texte de Denis Duquel Un lexle d'Anne Richer Un texte de Hennit Chapdelaine Un texte de Ravmond Bernatchnz * 3 2* LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 21 AVRIL 1990 Editorial Paul Desmarais president du conseil d administration Roger D.Landry president et éditeur Claude Masson Marcel Desjardins éditeur adjoint directeur de linformaticn Alain Dubuc éditorialiste en chef Femmes et politique: une longue marche d'un demi-siècle Si le premier jalon de la marche des Québécoises vers l'égalité politique a été le droit de vote, il y a cinquante ans, force est de constater que le chemin est long et sinueux.Un demi-siècle après cette victoire, les femmes sont loin d'avoir obtenu la place qui leur revient sur le plan politique, ni dans les partis, ni à l'Assemblée nationale, ni dans les cabinets ministériels.La victoire du droit de vote, même si elle T^ revêt une grande valeur symbolique, a dtfv JrWI changé peu de chose a la condition des Wk femmes.Cela peut sans doute s'expliquei KBjL Â*p JHj par le fait que les gains politiques sont un m*\\nf MB p0jnt d'arrivée et non pas un point de de-part.L'égalité politique est l'aboutissement d'une bataille qui se mène d'abord sur le terrain social et économique.Les grandes victoires qui ont modifié profondément les rapports entre hommes et femmes ont d'ailleurs été de nature économique, avec leur entrée sur le marché du travail pendant la guerre, et leur retour massif à partir de la fin des années soixante Ce phénomène économique est indissociablement lié au changement des valeurs, à un tel point qu'il est difficile de savoir ce qui a précédé quoi.Il n'en reste pas moins que le fait que les femmes soient devenues des travailleuses a transformé radicalement les rapports entre les sexes, le rôle des femmes, la vision de la famille.Mais malgré des progrès évidents, il est clair que cette bataille du marché du travail et de l'économie n'est pas gagnée.Les écarts salariaux, les barrières à l'embauche, la relation entre le travail et la maternité, la concentration des femmes dans les emplois précaires sont autant d'obstacles qui ont été très imparfaitement franchis.C'est pourquoi il faut saluer des gestes comme celui de la direction de la police de la CUM qui prépare un courageux programme d'accès à l'égalité, ambitieux, mais précis.Selon ce projet, dans dix ans, un policier sur trois sera une femme.De tels programmes restent essentiels pour surmonter les barrières qui empêchent d'avoir accès à de trop nombreux métiers définis comme masculins.Ces métiers, comme par hasard, assurent le plus souvent des emplois stables et bien rémunérés.Sent-on les effets de ces progrès sur le terrain politique?Le pouvoir économique des femmes, l'augmentation de leurs compétences professionnelles, la modification des rap- ports entre hommes et femmes se traduiront-ils par une correction des déséquilibres politiques?On peut répondre oui, si l'on se fie au sondage CROP que publie La Presse aujourd'hui qui décrit une nette évolution des valeurs.Bien sûr, il faut être prudent dans l'interprétation d'un sondage où les répondants auront tendance à ne pas étaler leurs préjugés.Il y a souvent un écart entre les réponses que l'on voudra bien faire et les gestes spontanées que l'on posera dans la vie quotidienne.Il n'en reste pas moins que 82 p.cent des répondants affirment qu'il est souhaitable qu'une femme devienne premier ministre du Québec.On retrouve la même proportion pour ceux qui accepteraient que la moitié du conseil des ministres soit composée de femmes.Bien sur, les hommes et les femmes n'ont pas les mêmes attitudes.Mais l'écart n'est pas si énorme.88 p.cent des femmes souhaiteraient une femme premier ministre, et 73 p.cent des hommes.Et les deux tiers des répondants estiment que la chose est probable d'ici à dix an* C'est à ce moment que la bataille politique entamée en 1940 connaîtra vraiment un aboutissement.Alain dubuc Fêter encore sans les hommes ?Lf heure est à la fête, dit-on, c'est le 50e anniversaire du droit de vote des Québécoises.Malgré l'ombre de Poly, malgré tout le reste, on a choisi de se retrouver pour célébrer ces noces dorées.Sauf que pour marquer la tombée de la barrière qui bloquait l'entrée aux bureaux de scrutin, on a senti le besoin d'en dresser une nouvelle.Le principal événement est réservé aux femmes.Paradoxal, non ?\u2014 Pourquoi ?ai-je demandé aux organisatrices pendant la conférence de presse qui lançait les 50 heures du féminisme, ce gigantesque forum qui se déroulera à l'UQAM du 27 au 29 avril.\u2014 Parce qu'on a choisi de se retrouver entre nous, seulement, pour faire le point ensemble.\u2014 Oui.Mais pourquoi une interdiction ?\u2014 Parce qu'on jugeait nécessaire d'être entre femmes seulement.Pour nous, ça allait de soi.\u2014 Mais que répondrons-nous à ceux et à celles qui nous demanderont de justifier une telle interdiction ?La salle s'est mise à rechigner.Et Simonne Monet-Chartrand, la femme du bouillant syndicaliste, féministe de la première heure, s'est levée pour parler.« Je ne peux pas croire qu'il faille encore nous justifier», a-t-elle lancé, avant de s'embarquer dans un long laïus pour expliquer que les hommes n'avaient jamais demandé la permission de se réunir entre eux dans les tavernes ou n'importe où ailleurs et que nous les femmes, n'avions donc rien à expliquer.Sauf que cette semaine-là j'avais justement écrit un article sur les tavernes.Certaines interdisent peut-être encore l'entrée aux femmes mais je n'ai pas pu les dénicher.Enfin.Là n'est pas la question et j'ose croire que l'accès aux tavernes ou le droit d'interdire les hommes à nos rencontres n'étaient pas les seuls objectifs des luttes menées par les grandes défricheuses qui nous ont précédées, comme Mme Monet-Chartrand.Après ce petit discours, la salle a applaudi chaleureusement.Et moi, féministe de 24 ans, je me suis sentie à mille lieues de toutes ces femmes, avec l'impression qu'en terre féministe on n'avait pas ie droit de poser trop de questions, surtout quand il s'agit de ségrégation à l'envers.«Non, ce n'était pas le fruit de ton imagination, ni de ta paranoïa», m'a rassurée Danielle Fournier, présidente de Femmes en tête, l'organisme ad hoc qui chapeaute les festivités, quelques jours plus tard.«Tu venais de toucher un point très sensible.Il faut réaliser que le mouvement des femmes au Québec, actuellement, est formé de Blanches, qui ont 30,40 ans et plus, avec une certaine scolarité.Et on se demande les plus jeunes elles sont où, et dans quelle mesure va-t-on être capable de les écouter nous dire des choses qui risquent de nous remettre en question, de nous obliger à nous poser d'autres questions.C'est à ça que nous sommes confrontées.» Des questions, en effet, j'en avais à leur poser.Comment un mouvement qui se donne comme but de faire tomber des barrières peut-il légitimement en dresser une autre ?Même si le spectacle du 28 avril, à l'aréna Maurice-Richard, est ouvert à tous, le forum, lui, ne l'est pas.Est-ce le besoin de se protéger?Plus de 5000 d'entre nous sont attendues à ce forum.Devons-nous quand même avoir peur qu'ils prennent trop de place, qu'ils monopolisent le discours?Va-t-on laisser entrer les REAL Women, parce qu'elles sont des femmes ?Et en même temps interdire l'accès à des hommes bouleversés par Polytechnique qui voudraient entendre ce que les femmes ont à dire sur la violence ?«C'est dur à expliquer sans se donner l'air de victimes, mais c'est vrai que la présence de deux hommes dans un atelier de 30 personnes change complètement la dynamique.En tout cas, c'est ce que j'ai souvent constaté», m'a confié Françoise David, coordonnatrice du regroupement des centres de femmes du Québec.Le but de cette rencontre, explique-t-elle, n'est pas de dialoguer avec les hommes, mais bien de parler entre nous.Et si des hommes essayaient d'amorcer la discussion, ce ne sont pas toutes les femmes qui réussiraient à prendre leur place, à ignorer les commentaires déplacés, à laisser passer sans broncher les énormités.Et les Pro-vie enragées alors ?On dirait que quand vient le temps de combiner hommes et féminisme, les femmes ont deux types de réactions.Celles qui disent «No way, on va encore se faire écoeurer» et celles qui disent « Yé, on va parler».Et ces dernières, plus jeunes, ont souvent l'impression que les premières n'ont pas vraiment envie de les écouter.Avec, en filigrane, une espèce de reproche, comme si nous les jeunes avions mal saisi la longueur du chemin que nos aînées ont parcouru et la montagne d'obstacles, dressés par les hommes, qu'Elles ont dû affronter.Je sais très bien que nous leur devons beaucoup.Énormément.A celles qui se sont battues, pour le droit de vote, pour le droit de parole, pour l'avortement, pour l'égalité salariale, bien avant que nous naissions.Pour l'instant, cependant, beaucoup d'entre elles ont de la difficulté à écouter celles qui posent de nouvelles questions, comme la mixité.Pourquoi ce sujet ?Parce que grâce à ce qu'Elles ont fait, je ne sens plus la nécessité de me mettre à l'abri avant de parler.Et quand je discute avec mes amis, mes frères je me dis que c'est maintenant tous ensemble, même si ce n'est pas évident du tout, qu'il faut essayer d'avancer.Marie-Claude lortie DROITS RESERVES Il y a 50 ans les Québécoises étaient enfin admises dans le processus politique MARCEL ADAM Il y aura en effet cinquante ans, mercredi prochain, que les femmes du Québec se faisaient accorder le droit de vote.Un droit que le Québec a reconnu après le gouvernement fédéral et toutes les autres provinces.Je rappelais samedi dernier que notre société a commencé il y a près de deux siècles à se montrer libérale au chapitre des libertés et droits humains.Mais, curieusement, ce libéralisme a été beaucoup plus lent à se manifester au chapitre de la démocratie politique.Nous sommes demeurés rébarbatifs aux valeurs démocratiques et libérales longtemps après qu'elles fussent implantées aux Etats-Unis et dans une large partie de l'Europe.Comment expliquer cela?Nos antécédents français marqués par l'absolutisme monarchique et la méfiance qu'inspirait la démocratie introduite par le Conquérant, voilà deux facteurs qui ont certainement pesé lourd dans notre retard à découvrir et apprécier les vertus de la démocratie.Mais il m'apparaît que le facteur le plus important a été l'influence de l'Eglise catholique.Réfractairc dès l'origine à la démocratie et à la philosophie libérale qui la fonde, elle n'a fini par vraiment accepter ces valeurs que depuis le Concile oecuménique.* Quand on sait l'immense emprise que l'Eglise a eu sur ce peuple qu'elle a littéralement pris en charge après la Conquête pour assurer sa survivance, et quand on prend en compte le crédit et la fidélité exceptionnels que celui-ci lui vouait, on comprend mieux pourquoi notre société a longtemps boudé la démocratie.Quel rapport, dirçz-vous, avec l'opposition de l'Eglise au droit de vote aux femmes?C'est une chose que de s'accommoder des institutions démocratiques introduites par l'envahisseur \u2014r et du droit de vote sur lequel elles reposent \u2014, c'en est une autre que d'accepter que les femmes partici- Cent sur le même pied que les ommes au processus politique.L'égalité des sexes est un principe démocratique auquel la hiérarchie catholique, sinon la doctrine, était \u2014 et demeure encore passablement \u2014 récalcitrante.Si on peut comprendre la réticence de l'Eglise (fondée en partie sur des raisons théologiques) à reconnaître cette égalité en son sein, il est plus difficile de la justifier dans un domaine qui n'est pas son affaire: l'ordre politique.On peut invoquer l'idée que l'on se faisait a l'époque du rôle de la femme dans la société, soit celui d'épouse soumise, de génitrice prolifique et de reine du foyer; idée oui était inconciliable avec celle de la femme s'impliquant .dans les affaires sordides de la cité.On peut aussi risquer une autre explication.Reconnaître le droit de vote aux femmes c'est reconnaître le principe de leur égalité avec les hommes.Et admettre implicitement que ce sont des êtres responsables capables de s'occuper des affaires qui les concernent.Or cela ne va pas sans conséquence.Reconnaître que les femmes peuvent dire leur mot et éventuellement réclamer leur place dans la Cité des hommes, c'est les encourager à ambitionner de jouer éventuellement le même rôle dans la Cité de Dieu.le suis porté à penser que si cette préoccupation ne fut pas déterminante, elle n'a pas été étrangère à l'attitude négative de l'épiscopat au sujet du vote des femmes.Jeudi dernier, au Grand Séminaire de Québec, devant une cinquantaine de chefs de file féminins, l'Eglise du Québec a fait en quelque sorte un mea culpa public.En reconnaissant que 1 épiscopat des années 1920 à 1940 s^est allié au gouvernement pour s'opposer au suffrage féminin, et en vantant les mérites de cette législation jadis honnie.À cette occasion le président de l'Assemblée des évêques du Québec, Mgr Gilles Ouellet, a dit ceci: «À une époque où la théologie catholique identifiait encore la liberté de conscience à une dangereuse dérive protestante., la société québécoise et son épiscopat se sont confortés mutuellement dans leur conservatisme.» Ce qui laisse entendre que l'épiscopat était sur la même longueur d'onde que l'ensemble de la société et qu'il serait en conséquence plus juste de mettre en cause la mentalité d'une époque que de pointer du doigt un groupe en particu- lier \u2014 en l'occurrence la hiérarchie catholique.C'est vrai que l'ensemble de la population \u2014 et même des femmes \u2014 a été longtemps opposée à l'idée d'accorder le droit de vote aux femmes.Mais il est tout aussi vrai que l'Église exerçait à l'époque une influence considérable sur la société québécoise.Une influence si grande que les pouvoirs politiques aussi bien que les médias et les corps intermédiaires, ne se sentaient pas de taille à défier le pouvoir que la hiérarchie catholique tirait de son ascendant sur le peuple.Le magistère qu'elle exerçait par le truchement de la chaire aussi bien que du système scolaire qu'elle contrôlait jalousement, ont fait que durant longtemps la société québécoise, et au premier chef la mentalité populaire, ont été moulées selon son système de valeur et ses mots d'ordre.11 n'est donc pas exagéré de dire que le conservatisme du peuple \u2014 tant pour ce qui regarde le vote des femmes que pour le reste \u2014 était largement le reflet de celui de l'Eglise et de ses chefs.Dire cela ce n'est pas reprocher à l'Eglise du Québec le rôle historique qu'elle a rempli par la force des choses, en fonction des valeurs qui avaient cours en ce temps-là et auxquelles lé peuple adhérait de tout coeur.C'est essayer de voir s'il y a plus qu'une simple coïncidence dans le fait que la dernière province à reconnaître le droit de vote aux femmes, est aussi la seule province où l'Eglise catholique a exercé une telle emprise sur la société.¦WW LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 21 AVRIL 1990 Mus B3 La femme et la Terre JACQUES DUFRESNE collaboration spéciale cmain c'est le jour de la terre et nous célébrons aujourd'hui le 50e anniversaire du droit de vote des femmes au Québec.Un sujet s'impose de lui-même dans ce contexte et, com-pie j'espère vous en convaincre, il n'est pas artificiel : les valeurs féminines au secours de la terre.Ma première pensée est, bien entendu, pour Gaïa, cette femme mythique qui a donné son nom à l'une des hypothèses scientifiques les plus intéressantes de toute l'histoire de la science: l'idée que la terre-atmosphère possède les principales caractéristiques des êtres vivants: l'auto-régulation, la complexité, l'homéostasie.Ce n'est pas par hasard que lames Lovelock a choisi de donner le nom d'une femme à son hypothèse et que Gaïa fut l'heureuse cluc.Gaïa était chez les Grecs anciens à la fois la déesse-mère et la déesse-terre.L'événement le plus important pour l'avenir de la civilisation occidentale a peut-être été, vers le XVe siècle avant I.-C, la rencontre de la civilisation Cretoise, matriarcale, avec les envahisseurs achéens, barbares énergiques dont les dieux étaient typiquement mâles.Comme pour marquer leur passage à une société plus équilibrée, les Achéens, influencés en douceur par les Cretois, ont intégré de nombreuses divinités féminines à l'Olympe.Gaïa, mère de tous les dieux, et de Zeus en particulier, fut la première d'entre elles et la plus importante.La civilisation grecque dans ce qu'elle a de plus beau, de plus exemplaire pour nous est le produit de cet équilibre, où les notions de limite, de mesure, dont l'importance est plus que jamais décisive, occupent une place centrale.Je présume, on l'aura compris, que le pouvoir que les femmes ont acquis, par le droit de vote notamment, favorisera l'émergence des valeurs féminines.Les choses ne se passeront peut-être pas ainsi car il est probable que le pouvoir cor- rompt les femmes de la même manière qu'il corrompt les hommes, je rêve peut-être, mais dans ce cas je vous invite à rêver avec moi.Le rêve est parfois plus fécond que les projets rationnels.Et c'est peut-être là la façon féminine, et la bonne, de concevoir le développement.Encore plus que le père, qui est à la chasse, la femme traditionnelle, mère avant tout, rêve d'un bel avenir pour ses enfants et pour cela veut assurer leur sécurité dans l'immédiat.C'est pourquoi de nombreux historiens, au premier rang desquels, Lewis Mumford, auteur de La Cité à travers les âges, associent les villes et la femme.Si Dieu est du sexe de l'homme, la ville, nous dit en substance Mumford, est du sexe de la femme! À l'origine du moins.Avant la ville, qui n'était au début qu'un petit village, c'était la vie au jour le jour, l'aventure perpétuelle où aucune civilisation digne de ce nom ne pouvait prendre racine.Ce monde où les vertus viriles assuraient la survie était caractérisé par des outils et des armes de forme virile eux-mêmes: le javelot, la hache, etc.La femme allait équilibrer les choses en imposant la ville.Qu'est-ce que la ville à l'origine, sinon un prolongement du sein maternel, c'est-à-dire une enceinte destinée à protéger les vases contenant la nourriture pour les mois à venir?«Cette influence féminine, nous dit Mumford, se révèle dans les constructions villageoises: les huttes et leurs enclos protecteurs, dont beaucoup plus tard les psychanalystes devaient révéler le sens symbolique.Accueillir, protéger, nourrir, clôturer, ce sont là des fonctions féministes par excellence, qui se trouvent évoquées par les formes de l'architectonique villageoise: la maison et le four, l'étable et la huche, les citernes, le grenier et les silos.Elles seront reprises dans les constructions citadines \u2014 les fortifications, les lieux de rencontre et d'isolement, de l'atrium au monastère.La maison et le village, la ville elle-même parfois représentent les blasons du corps féminin.(.J En égyptien le même signe hiéroglyphe signifie tantôt la maison ou la ville, tantôt, la mère ».Très longtemps après la consolidation des premiers villages, le principe viril réapparaîtra en tant qu'élément civilisateur.Ce sera en L'historien Lewis Mumford associe les villes et la femme.Si Dieu est du sexe de l'homme, la ville, nous dit en substance Mumford, est du sexe de la femme.Grèce et à Rome la période des conquêtes caractérisées par la démesure.Les mégalopoles modernes, qui pour une bonne partie de la population n'offrent guère plus de sécurité que la forêt primitive, peuvent être considérées comme l'aboutissement ultime de cette vi-rilisation.L'émergence actuelle de la femme, dans la mesure où elle s'accompagne du triomphe des valeurs féminines, n'annonce-t-elle pas, pour les villes et la civilisation en général, une ère nouvelle axée sur la stabilité, la sécurité et l'art de vivre, plutôt que sur la croissance, le risque et le gaspillage?Si l'on retient les critères de Mumford, société de conservation et société féminine sont une seule et même chose.Dans ce contexte, l'hypothèse Gaïa prend une signification nouvelle qu'elle n'a pas tant qu'elle reste confinée à la sphère de l'écologie et de la cosmologie au sens strict du terme.Gaïa est femme, et si le principe anthropique1 est vrai, il semble qu'il a été prévu dès les premiers instants de l'univers qu'elle devienne un jour le berceau de la vie.Disons l'un des berceaux, car le principe anthropique n'exclut nullement que Gaïa puisse avoir des jumelles de par le vaste monde.Cette femme \u2014 cette vie \u2014 les photos prises de l'espace nous ont permis de la voir dans toutes ses couleurs, au milieu des astres gris et morts.Au cours des derniers siècles, la femme, pour ce qui est du moins des costumes sous lesquels elle se montre, a conserve toutes les couleurs de la vie.Les hommes ont troqué les leurs contre le grey flannel suit imaginé par les Anglais tristes de ce XIXe siècle qui est l'âge du charbon au cours duquel s'élabore un type de développement dont les excès menacent désormais les sources de vie.Oserai-je avouer que des réflexions de ce genre m'ont rendu les disciples de Krishna fort sympathiques?Leur costume jaune est la meilleure critique que l'on puisse faire du grey flannel suit et de sa charge symbolique.La date du jour de la terre a été bien choisie.Avril, c'est aussi le mois des couleurs, qui auront tardé à paraître cette année par exception, mais auxquelles il nous est plus que jamais permis de rêver.Une société équilibrée, où le principe féminin a sa juste place, est aussi une société dont la survie est davantage assurée par l'entente et la coopération que par la compétition et les litiges.Les Américains eux-mêmes semblent avoir compris que ce passage de la compétition à la coopération fait partie du grand virage vers la conservation qui s'impose de toute urgence.Dans une récente émission sur l'environnement au réseau PBS, on nous expliquait qu'on ne réglerait jamais le problème de l'environnement par des poursuites judiciaires, solution que les groupes de citoyens avaient retenue jusqu'à ce jour.L'économiste Hazel Henderson, une femme, et ce n'est pas un hasard dans ce cas, expliquait que la méthode de loin la plus efficace est celle qui consiste à rassembler des capitaux pour les groupes hostiles à la pollution et d'acheter ensuite leurs produits de préférence aux autres.C'est cette nouvelle mentalité qui explique une réussite dont j'ai déjà parlé dans cette page, celle d'Anita Roddick et de ses Body Shop.Théorie selon laquelle si les premieres reactions physicochimiques a l'origine de l'univers avaient varié, en plus ou en moins, d'une infime fraction de seconde, la vie et l'homme n'auraient jamais été possibles.50 ans plus tard.FRANCINE PELLETIER collaboration spéciale ientôt 50 ans, jour pour jour, que les femmes ont le droit de vote au Québec.Cinquante ans, donc, depuis l'émergence des premières militantes féministes (qui n'aimaient pas, soit dit en passant, s'appeler « sufragettes »).Des femmes qui, à force de pèlerinages à Québec, de ruses politiques \u2014 dont une visite au Vatican \u2014 et de détermination, réussirent à entrouvir la porte de l'égalité des sexes.Mais à l'entrouvir seulement.En fait, l'obtention du vote n'a pas changé grand chose pour les femmes.Malgré ce «privilège d'homme», les femmes demeuraient plus ou moins confinées au ménage, aux enfants et aux bonnes oeuvres.! Il a fallu la montée du féminisme, 30 ans plus tard, pour que s'effrite le mur séparant les hommes des ! femmes.N'empêche que Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean et Marie Gérin-Lajoie, pour ne nommer que celles-là, nous ont rendu un bien grand service.Tenant tète à l'opprobe et à l'injure, elles ont été les premières à forger une nouvelle identité pour les femmes.Les premières à nous montrer que, lorsqu'on n'a pas honte de qui on est, on se lève debout pour le dire.Plusieurs luttes et quelques gé-; nérations plus tard, la majorité des Québécoises jouissent d'un statut et d'une reconnaissance qui auraient été impensables sans le courage de ces femmes-là.Mais tout n'est pas gagné pour autant.Il suffit d'ailleurs d'entendre Pierre Péladeau pour se le rappeler.Mieux encore, il suffit- de mettre les pieds dans un centre de .femmes.\u2022 \u2022 \u2022 « ('pense que j'sus folle».Ce sont les mots qui servent très souvent de carte de visite aux femmes qui appellent ou se présentent au Cen- tre des femmes de Verdun.Elles sont environ 80 à le faire par semaine, leur gène et leur détresse sous le bras, n'osant pas vraiment demander de l'aide, n'osant plus rester chez elles non plus.«Parfois elles se servent d'un prétexte.Elles demandent le numéro du CLSC, par exemple», explique Evelyne Maltais, une permanente.Mais rapidement, la vraie raison de l'appel ressort.«J'sus en train de capoter entre mes quatre murs», disent souvent les femmes.La solitude, les problèmes familiaux \u2014 dont souvent la violence \u2014 la pauvreté sont lec problèmes que ces femmes ont en commun.Elles ont environ 40-45 ans, sont chefs de famille, assistées sociales ou femmes au foyer.Elles ont peu d'éducation et pas de travail.Et elles ont toutes des enfants.À les voir regroupées autour d'une table \u2014 certaines soigneusement maquillées et en blouse du dimanche, d'autres en espadrilles et vieux pantalons \u2014 dans un local propre, bien éclairé, avec des plantes et des rideaux faits-maison, on se croirait à nouveau au début des années 70.Après tout, c'est à ça que ressemblait le mouvement des femmes à ses débuts.À des petits locaux aux murs pastels bourrés de femmes qui parlaient.Et plus elles parlaient, plus elles découvraient ie besoin de parler.(Moi, toute éduquée que je suis, c'est comme ça que je suis devenue féministe.En échangeant avec d'autres femmes sur notre «vécu».En découvrant, surtout, que le monde que je me croyais pourtant promis était un monde, en fait, plein de refus.Ce fut toute une révélation.) Rien n'a donc changé depuis 20 ans?Non, si l'on considère les besoins qui sont ici exprimés.Les curieuses qui se pointent aujourd'hui au Centre de Verdun ont beau être plus seules, plus pauvres, plus démunies que les femmes d'il y a 20 ans, elles sont là essentiellement pour les mêmes raisons.Parce qu'elles ont besoin de sentir qu'elles existent.«l'appelle ça accéder à la citoyenneté», dit Françoise David, directrice du Regroupement des centres de femmes.«L'accès au pouvoir, ça commence par quelqu'un qui te demande ton avis sur quelque chose».Mais il y a aussi des choses de changées.Les centres de femmes sont beaucoup plus nombreux, d'abord.(Avec plus de 80 centres, le Québec est la province où il y a le plus de centres de femmes à l'heure actuelle).Et puis, les sujets de discussion sont autrement plus variés qu'ils étaient! Le sujet au café-rencontre du Centre des femmes de Verdun cette semaine: «À qui cette planète tient-elle à coeur?» Plus important encore, les centres de femmes sont devenus aujourd'hui de véritables piliers de la communauté.Ils sont connus par les gens du quartier.Policiers, travailleurs sociaux, CLSC, médecins y réfèrent constamment.«Quand les femmes se mettent à parler de leur boule dans la gorge», dit Evelyne Maltais, «beaucoup de médecins nous les envoient plutôt que de prescrire des tranquilisants».Indispensables au début du mouvement féministe, les centres des femmes le sont tout autant aujourd'hui.Pourtant, ce sont précisément ces centres qui sont aujourd'hui victimes des coupures du gouvernement fédéral.À partir de maintenant, ie budget de fonction-nement qui leur était alloué \u2014 par le biais du Programme de la promotion de la femme du Secrétariat d'État \u2014 n'existe tout simplement plus.Ce qui aura comme effet d'abolir certaines maisons et rendra la vie plus difficile aux autres.Le responsable du Secrétariat d'État, Gerry Weiner, dit cjue les raisons de ces coupures (qui visent encore plus durement les autochtones) sont purement économiques.Les femmes, elles, ne l'entendent pas ainsi.«Ce n'est peut-être pas un complot machiavélique de la part du gouvernement mais l'effet est le même», dit Dominique Dai-gneault du Centre de Verdun.«On nous coupe nos moyens d'action.En d'autres mots, on nous coupe la parole».Selon Françoise David, le Secrétariat d'État a une conception de la lutte pour l'égalité diamétralement opposée à celle des centres de femmes.«De plus en plus l'accent est mis sur les colloques, les films, les projets spéciaux.le ne nie pas l'importance de ces événements mais ce n'est pas comme ça qu'on parvient au changement social.Une telle approche ne rejoint pas les femmes ordinaires».Après avoir vu les bureaux du Secrétariat d'État envahis par des femmes en colère \u2014 «remettez-nous notre argent!» clamaient-elles la semaine dernière devant le Parlement \u2014 M.Weiner se dit maintenant prêt à trouver une solution au conflit.Mais cette solution n'inclurait pas le Québec, qui se voit d'ailleurs de plus en plus isolé dans ce débat.(Encore?) Selon le Ministre, les centres de femmes du Québec sont déjà très bien servis par le gouvernement provincial.«Si c'est ça le fédéralisme», dit Mme David, «alors à quoi ça sert?Seulement à défendre le pays?.» Les coupures des centres de femmes sont d'autant plus indigestes qu'elles sont dérisoires, il s'agit d'une épargne de 1,6 million seulement.Qu'est-ce que 1,6 million quand on sait que le gouvernement dépensera 13 millions pour célébrer la Fête du Canada cette année!) Et que dire du 1,6 million qui a servi à redécorer les bureaux empruntés par les ministres du Cabinet de passage à Halifax, les 560 millions d'augmentation à la Défense nationale cette année, les 32,6 millions de plus au Service canadien des renseignements de sécurité?Et j'en passe.On pourra toujours se consoler en pensant que la «spécificité» des centres de femmes est au moins reconnue par le gouvernement Bourassa.(En effet, les centres de femmes obtiendront 15 000$ de plus d'ici 1992).Mais au provincial, aussi, l'heure est au «désengagement».Après la culture, le gouvernement Bourassa sera-t-il tenté de dire aux groupes de femmes de se faire financer «ailleurs»?C'est à suivre.En attendant, fêtons?Des raisons d'espérer Il est fort difficile d'imaginer qu'on a pu, il n'y a somme toute pas si longtemps, être contre le droit de vote des femmes.Difficile d'imaginer que la presque totalité des élites québécoises \u2014 les Olivar Asselin et les Henri Bourassa en tète \u2014 se soient concertées pour priver la moitié du genre humain d'un droit qui est à la base même des sociétés démocratiques.A l'échelle de l'Histoire, pourtant, cinquante ans, c'est une fort courte période.Et l'on notera, en relisant les citations de ces messieurs qui nous trouvaient trop sottes ou trop délicates pour avoir le droit de participer à l'élection de nos députés, que certains de leurs arguments ont encore cours aujourd'hui, à peine voilés.A moins qu'elles ne doivent leur poste à une quelconque politique de «discrimination à rebours» \u2014 procédé qui les transforme en femmes-alibi qu'on place ici et là pour l'image ou pour combler des «quotas».les femmes sont encore soumises à l'obligation de faire leurs preuves là où un homme bénéficie d'emblée d'un préjugé favorable; encore tenues de porter à peu près seules le fardeau de la double tâche quand elles ont des enfants; et encore tenues d'être infaillibles.Qu'un homme se trompe, c'est une erreur individuelle.Qu'une femme se trompe, c'est une honte qui rejaillit sur toutes les femmes collectivement.«On a déjà eu une femme à ce poste, entend-on dire encore, et ça n'a pas marché.» Sous-entendu: la prochaine fois, on n'embauchera pas une femme.Les femmes ont accédé à diverses fonctions d'autorité, mais elles restent souvent jugées selon un double standard.La diplomatie, chez une femme, sera interprétée comme de la faiblesse; la détermina-lion, comme de l'agressivité; la beauté, comme un handicap professionnel; la laideur, comme la preuve que les femmes de carrière ne sont pas «féminines», etc, cic.Cela, c'est le sexisme discret de la bourgeoisie, celui qui se manifeste poliment dans les sphères d'autorité ou au sein des secteurs professionnels où la percée des femmes est récente.Il est une autre sorte d'inégalité bien plus grave parce qu'elle touche beaucoup plus de femmes, et qu'elle est inscrite au coeur même de la structure économique de toutes les sociétés: l'inégalité des fonctions réservées aux hommes et aux femmes, ou la dévalorisation des professions et métiers à prédominance féminine.Au Québec comme partout ailleurs en Amérique du nord, les femmes ont obtenu l'égalité salariale: le même salaire pour le même travail.Elles n'ont pas encore obtenu l'équité salariale.Les emplois «féminins» sont encore moins bien rémunérés que les emplois «masculins», même quand ces derniers exigent une scolarité moindre et moins d'aptitudes.L'infirmière, la secrétaire, la réceptionniste, l'employée de garderie, louche moins que le chauffeur d'autobus, l'apprenti-plonbier, l'employé d'entretien, le gardien de zoo.Les syndicats ont victorieusement milité pour l'égalité salariale.Cette nouvelle bataille, en vue de l'équité, sera beaucoup plus longue et beaucoup plus difficile.On sait pourtant que tôt ou tard, elle se fera et qu'elle sera gagnée.C'est cela qui a changé: malgré l'amer bilan qu'on peut encore dresser, les femmes ont maintenant des raisons d'espérer.* * * ¦ 11 suffit de voir le chemin parcouru, et de mesurer à quel rythme et avec quelle intensilé les choses ont changé.Quand on pense que la contraception ( relativement) efficace ne date que de I960! Quand on pense que ce n'est qu'en 1964 \u2014 et grâce aux efforts acharnés de Marie-Claire Kirkland-Casgrain, la première députée québécoise \u2014 que le gouvernement a mis fin (partiellement) à l'incapacité juridique de la femme mariée! Quand on pense que ce n'est qu'en 1959, sous le gouvernement Sauvé, que les collèges classiques féminins furent subventionnés! Quand on pense que jusqu'en 1908, les filles n'avaient que les «écoles ménagères» où s'instruire au-delà du primaire! Jusqu'en 1930, une femme, au Québec, n'avait pas le droit de pratiquer la médecine, lusqu'en 1941, elle n'avait pas le droit d'être avocate.|usqu'l943, elle n'avait pas le droit d'être pharmacienne, lusqu'en 1956, elle n'avait pas le droit d'être notaire! Et l'on sait (mais s'en souvient-on?) à quel point l'idée de permettre aux femmes mariées de retourner sur le marché du travail suscita, durant la guerre, d'épouvantables levées de boucliers.Seule la raison d'État \u2014 la nécessité d'une main d'oeuvre de relève \u2014 eut raison des objections de nos élites.Même un intellectuel aussi éclairé qu'André Lauren-deau était contre ie travail des femmes mariées, et des recherches ont montré que la fameuse crise de la conscription tenait au moins autant au refus de voir les femmes entrer à l'usine qu'au sentiment nationaliste.* * * C'est ce passé somme toute récent qu'il faut se remémorer pour se garder du pessimisme.La discrimination contre les femmes date de millénaires.Elle est si profondément ancrée dans l'humanité que le changement ne peut s'achever en deux ou trois générations.Il y a, parfois, de gigantesques percées \u2014 en Occident, les principales ont éfé faites \u2014, mais pour changer les mentalités, il ne faut pas que des secousses.Il faut aussi du temps.C'est pourquoi il serait dommage que le mouvement féministe, à qui l'on doit toutes ces victoires arrachées à l'ignorance et à l'injustice, succombe à son tour à la double tentation qui guette tous les groupes milifants: l'impatience et le sectarisme.Comme le dit si bien ma jeune consoeur Marie-Claude Lortie, en page B-2, c'est avec les hommes qu'il faut faire le chemin qui reste.Rectificatif Dans ma chronique de jeudi dernier, me fiant au reportage d'un journaliste chevronné du très sérieux Globe and Mail, j'ai écrit que l'assemblée d'élection des délégués au congrès de leadership libéral, dans le comté de Laprairie, avait été noyautée par des «membres instantanés» de la communauté sikh amenés par l'organisation de Jean Chrétien.C'est faux.L'assemblée d'élection des délégués n'aura lieu que le 15 mai.L'élection dont parlait le Globe and Mail était celle de l'exécutif, et, contrairement à ce qu'écrivait mon collègue, l'exécutif qui fut élu ne-compte pas un seul membre sikh.En outre, à en juger par la liste de membres présents que me fait tenir le président de l'association, M.Jacques Saada, la composition de cette assemblée du 19 mars reflétait très bie.i la population du comté.Je ne sais pas où le Globe est allé pécher ses informations, mais je regrette de les avoir reprises et je m'en excuse. B4 Plus LA PRESSE, MONTRÉ/ Ces petites souris nui m Deux «suffragettes» évoquent le contexte social et politique d LILIANNE LACROIX Supérieure à l'homme par la délicatesse du coeur et de l'esprit, elle lui est inférieure pour toutes choses qui exigent de la vigueur corporelle et intellectuelle.- Laurent Olivier David, 1917 Claire la pionnière LILIANNE LACROIX \u201e¦ e problème d'Idol a Saint-) can, c'est qu'elle fut trop en avance sur son temps.C'est pourquoi on l'a souvent ridiculisée.Mais dans ma famille, on l'admirait beaucoup.» Parce qu'elle fut la première à pénétrer dans le cénacle alors exclusivement masculin des députés provinciaux, Mme Marie- Claire Kirkland (Casgrain) a parfois été malmenée elle aussi.En janvier 1962, à ses débuts à l'Assemblée nationale, elle avait d'ailleurs droit à deux caricatures de Normand Hudon dans La Presse, deux oeuvres qui sont maintenant a- .ochées au mur de son cabinet de travail.L'une la dépeint l'air déterminé, tenant fermement un rouleau à pâte dans son dos, avec la légende: «La représentante du sexe faible.» L'autre représente son bureau à l'Assemblée nationale, un bureau qui a revêtu l'apparence d'une table de maquillage, alors que le miroir et la brosse à cheveux ont remplacé le coupe-papier et le buvard.Derrière, un petit rideau de dentelle orne les fenêtres.Mme Kirkland sourit : « Le rouleau à pâte, j'ai mis du temps à le digérer.» Ces petits affronts ont pourtant parfois joué en sa faveur: «Mon père, un médecin très apprécié, a été député pendant des années et je l'ai longtemps assisté.À sa mort, on a insisté pour que je prenne la relève.Jamais encore je n'avais songé à faire de la politique active.Nous étions cinq aspirants à la candidature libérale.Le soir de la convention, un des orateurs m'a conseillé de retourner à mes chaudrons.Ce fut le point tournant du congrès auquel assistaient un bon nombre de femmes.|e fus élue haut la main.» En chambre, à un collègue de l'opposition qui lui rappelait les enseignements de saint Paul, qui n'a jamais été connu pour ses vues féministes, Mme Kirkland répliquait du tac au tac avec un extrait de l'encyclique Pacem in Terris de lean XXIII qui disait: «La femme a non seulement des devoirs, mais des droits égaux à ceux des hommes.» Depuis quelque temps, à la veille de ce cinquantième anniversaire du droit de vote féminin, Mme Kirkland est particulièrement sollicitée.Mais une récente opération à la hanche la force à limiter ses activités au minimum.Elle a même dû quitter temporairement son poste de juge à la Cour des petites créances.Et puis, toute cette agitation autour d'elle, bien que plaisante, lui cause un petit pincement au coeur: «J'aimerais qu'on se rappelle de moi pour les choses que j'ai réalisées au Parlement plutôt que comme la première femme députée.Je ne suis pas un bibelot.» Des réalisations comme ces réserves fauniques qu'elle a ouvertes au grand public comme ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche ; la mécanisation des permis de conduire quand elle fut ministre des Transports et Communications; son travail au ministère des Affaires culturci.es où «son budget de famine» lui a laissé un immense sentiment de frustration et évidemment l'adoption du projet de loi 16 qui donnait à la femme mariée une capacité juridique qui lui avait toujours été refusée.«Comme avocate, j'avais vu pendant dix ans des femmes victimes d'injustices considérables à cause du code civil.Être au Parlement, c'était une occasion pour moi de corriger cela.» Quand elle regarde tout cela aujourd'hui, Mme Kirkland se dit satisfaite mais avoue qu'elle a dû consentir quelques sacrifices: «À Québec, la compagnie des femmes me manquait.Et puis, il y avait mes enfants que je voyais un peu moins souvent.Mais le sacrifice qui m'a le plus coûté, c'est cette usure quotidienne que m'ont imposée le travail et les responsabilités.» Elle montre alors les cannes dont elle se sert pour se déplacer et protéger sa hanche artificielle encore fragile.Que pense-t-ellc de la situation de la femme aujourd'hui: «H y a encore du chemin à faire, mais surtout au niveau des mentalités.On a beau changer les lois et les règlements mais on ne peut changer les mentalités aussi facilement.Les hommes ont été rois et maîtres pendant des siècles.Quant aux femmes, il m'a fallu pas mal de travail pour les convaincre, dans le temps, qu'une autre femme pouvait être députée.Eh bien, encore aujourd'hui, il n'est pas rare de voir une femme qui préfère consulter un professionnel masculin.» À 65 ans, madame la juge se fait philosophe.Elle sait bien que pour changer les mentalités, il n'y a guère que le temps.__£BB ertaines de mes amies me trouvaient folle de perdre mon temps avec cette question de vote féminin, alors que j'aurais pu jouer au bridge.» Un sourire aux lèvres, Mme _ Germaine Biron-Parizeau retourne plus de 50 ans en arrière.«Quand on arrivait à Québec, dès l'entrée au Parlement, les agents qui montaient la garde se poussaient du coude en riant.«Tiens! Les v'Ià encore ! », qu'ils se disaient.» Elles, c'étaient Mme Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean et leurs compagnes, oh, à peine une trentaine qui, une fois par année, se retrouvaient au Parlement pour réclamer le vote féminin: «Nous étions à peine une poignée, admet Mme Parizeau, qui a maintenant 87 ans.Les députés et le premier ministre nous accueillaient poliment, mais nous revenions toujours bredouilles.Thérèse a fait ce pèlerinage 13 fois.et 12 fois pour rien.» Mme Parizeau, elle, a fait le voyage trois fois.Avec ses trois fils, dont le petit Jacques, Îui devait éventuellement devenir chef du arti Québécois, elle ne pouvait pas être aussi active qu'elle l'aurait voulu: «Le fer de lance, c'était Thérèse, dit-elle.Elle avait le tour de faire passer ses idées en douceur.Très pondérée, chic, élégante, elle disait souvent: «Quand on fait de l'action sociale, ce qu'on a sur la tête est aussi important que ce qu'il y a dedans.» Si la plupart de ces dames approchaient ou dépassaient la quarantaine, Mme Casgrain avait tout de même réussi à recruter de toutes jeunes femmes.Mme Jacqueline Sicotte- Béique, qui a maintenant 78 ans, cta de celles-là.Deux fois, elle a fait le vl Québec.«Je trouvais cela nécessaire; tout, les femmes sont des êtres humai; une intelligence.Pourtant, nous n! même pas le droit d'avoir un carnet c que.» Germaine Biron-Parizeau retourne plus de 50 ans en arrière.«Quand on arrivait bec, les agents qui montaient la garde se poussaient du coude en riant: \"Tiens! L encore r ' ¦ photo pierre mccann Trois femmes évoquent leurs souvenirs AGNÈS CRUDA rrWm ranchement, il n'y avait pas de quoi fêter.Il était à peu près temps!» Fille de chirurgien, Germaine Dufresne avait 32 ans le jour où le gouvernement québécois a consenti à laisser entrer les femmes dans les bureaux de scrutin.Mordue de politique, elle n'a jamais directement milité en faveur du vote des femmes.Mais elle attendait avec impatience le moment où elle pourrait \u2014 enfin \u2014 participer aux élections provinciales.« Ma mère et moi, on voulait que ça arrive au plus vite.Et on trouvait que ça prenait pas mal de temps.» Et son père?« Il était assez prudent pour ne pas en parler.» Un jour, bien avant que son désir ne devienne réalité, Germaine Dufresne a rendu visite à une de ses tantes, à Québec.«Ma tante m'a emmenée faire un tour à l'Assemblée.C'était encore du temps de Taschereau, quand Camilien Houde était chef de l'opposition», se souvient-elle.Ce jour-là, Idola Saint-Jean, fondatrice de l'Association canadienne pour le vote des femmes, effectuait l'un de ses nombreux pèlerinages dans la capitale provinciale.«Quand Idola Saint-Jean a présenté son bill, immédiatement tout le monde s'est mis à rire.Taschereau, Houde.Us ont pris ça pour une farce.» Germaine Dufresne, elle, n'a pas trouvé ça drôle du tout.«Ça m'a insultée ben gros!» Elle a été tout aussi fâchée du rôle que le clergé a joué dans ce débat.« Ils avaient peur de perdre les femmes, parce que ce sont les femmes qui tenaient la religion.Et bien, maintenant, ils ont perdu tout le monde.» Mme Dufresne se souvient encore de la lettre que le cardinal Villeneuve a fait para i t re dans les journaux, pour tenter d infléchir le cours du débat.«Maintenant, les évêques veulent s'associer aux célébrations du 50e anniversaire», dit-elle, en exhibant avec indignation un article paru dans le Devoir.«Us sont pas mal Tartuffe.» Finalement, le 25 avril 1940, ça y était: le gouvernement du Québec a décidé que les hommes n'avaient pas le monopole de la politique.Mais ce jour-là, Germaine Dufresne n'a pas célébré la victoire.«Il était à peu près temps qu'on se décide 1» Et aujourd'hui, elle déplore que l'histoire n'ait pas rendu justice à celle qui a déblayé le chemin en encaissant toutes les insultes: Idola Saint-Jean.Emma Douesnard, 90 ans et toute sa tète, a suivi d'un peu plus près les luttes pour l'obtention du droit de vote.Cadette d'une famille de dix enfants, elle avait vu ses soeurs se faire traiter de «suffragettes», pour avoir participé à une réunion avec Idola Saint-Jean.«Suffragette, ça voulait dire trop féministe.» Pourtant, ses soeurs et elle-même jugeaient les suffragettes «trop exaltées», et ont préféré s'engager plutôt dans l'action sociale en faveur des femmes, au sein de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste.«On allait dans les manufactures, on s'occupait des ouvrières», se rappelle Emma Douesnard, qui habite aujourd'hui un foyer pour personnes âgées, rue Victoria.«Mes frères, eux, n'admettaient pas que les femmes se mêlent aux réunions des hommes, ils n'admettaient pas qu'elles votent.» Ironie du sort, les quatre filles Douesnard ne se sont pas mariées.Les garçons, si.La Charte et les femmes YVES BOISVERT e toutes les énigmes qui se posaient aux juristes ( et aux autres ) au lendemain de ta promulgation de la Charte canadienne des droits et libertés, l'article 15 était la plus angoissante.¦;^'}\\ .\" .' -;: Tellement angoissante, d'ailleurs, qu'on avait décidé que cet article entrerait en vigueur trois* ans après les autres, histoire de voir de quel bois constitutionnel les juges se chauffe* raient, et de laisser aux gouvernements le temps de débusquer dans leurs lois les dispositions les plus grossièrement discriminatoires.Car l'article 15, dont on fêtait mardi le cinquième anniversaire, c'est celui qui proclame régal i té de tous et de toutes devant (et.dedans) la loi.Tou* te règle de droit discriminatoire serait désormais inopérante.Vaste programme, convenons-en; D'autant plus (et c'est de là que venait l'angoisse) que pas un chrétien ne pouvait dire avec assurance ce que signifiait cette fameuse (fumeuse?) égalité devant, derrière, par-dessus et à côte de la loi.v C'est que l'article 15, aux dires des juristes, est singulièrement rédigé.«Aucun instrument juridique ne contient Une norme aussi laborieusement formulée», opinait le professeur Daniel Prouix, de l'Université d'Ottawa.Au surplus, l'article 15 «ratisse très large».Est-ce que tout un chacun pourra contester tine'loi du seul fait queîicétablit des distinctions, des catégories?Quelle loi ne «discrimine» pas un tantinet?C'était donc l'angoisse.Cinq ans plus tard, seulement quatre affaires mettant eK cause l'article 15 ¦a .Y./ r \u2022.eu .ont vu la lumière de la Cour suprême du Canada au bout du tunnel judiciaire.Aucune d'entre elles n'avait pour objet les droits des femmes.Mais la Cour suprême a tout de même posé quelques jalons fondamentaux de l'interprétation qu'elle entend donner à cet article-mystère dans les affaires Andrews et Turpin* Tout d'abord, dit la Cour, l'article 15 doit servir à des particuliers, pas à des corporations.Puis, et l'essentiel est là, l'article 15 a été adopté pour «protéger les faibles» et doit servir à des membres de groupes historiquement (ou autrement) désavantagés: handicapés, femmes, membres de minorités ethniques, etc.Pour les femmes, la chose est «encourageante», estime la juriste Gwen Brodsky, co-auteure d'une étude sur la question pour le Conseil consultatif canadien du statut de la femme» Mais ce ne sont là que des arrêts «préliminaires», et s'ils indiquent la voie qu'entend prendre le plus haut tribunal au pays, Us laissent un grand nombre de questions en suspens.Et avant jque les juges des tribunaux inférieurs digèrent la leçon de la Cour suprême, il coulera de l'eau sous les ponts.H faut faire oeuvre d'«éducation judiciaire», dit Mme Brodsky, car jusqu'à tout récemment, l'article 15 n'a pas été l'arme des faibles et des dénit*v nis, mais bien celle de ceux qui avaient les moyens de «faire jurisprudence».Mais les juges défont lés lois.Ce sont, les parlements qui les font.Si l'interprétation de la Cour est encourageante pour l'accès à l'égalité des femmes, es-' time Gwen Brodsky, ce n'est pas en regard des articles de loi qui pourront être invalidés par les tribunaux, mais plutôt des futures législations qui seront inspirées par la philosophie tracée par la Cour.Le père d'Emma, forgeron ven France, grand admirateur de Sir W Laurier, avait sur le sujet des opi plus mesurées.«Il trouvait que la fc pouvait bien aller voter, pourvu q ne néglige pas son foyer.» À l'époque, se souvient Mme D nard, les femmes voulant influer s cours de la vie politique étaient plut res.«Elles avaient trop d'ouvrai foyer.» Le 25 avril 1940, Emma Douesnar sait une retraite fermée, aussi a-t-ell» la nouvelle de quelques jours.Mais elle, il y avait de quoi se réjouir.«Quand nous avons appris ce qui passé, nous avons crié: \"On va votei va voter!\"» Le rouge et le bleu Pour Jeannette Guenet, 86 ans, ci d'avril 1940 est passé.presque inap Cadette d'une famille très pol \u2014 «mon père était rouge, ma mère] bleue, et les enfants étaient tous nat listes\u2014», elle a voté à toutes les élecj dès qu'elle eut atteint la majorité.« vrai, à l'époque c'était au fédéral.» Si elle garde encore en mémoire précision bien des campagnes et an tes électorales, ses souvenirs du dèbi a finalement donné droit de parole f que aux Québécoises sont un peu fie Infirmière, Jeannette Guenet n't tellement discuté de la question ave compagnes de travail.«De toute f.dit- elle, les femmes ne s'intéressaier tellement à la politique.La plupar taient comme leur petit ami, ou co leur père.» Et puis, à l'époque, les fen n'avaient pas tous les «pitons» pot aider à tenir maison.«Elles s'occup de leur famille, et le soir, elles étaier.mal fatiguées.» En fouillant un peu dans ses souve elle se rappelle que beaucoup d'hor étaient contre le vote des femmes, trouvaient que les femmes ne con saient rien, qu'elles allaient tout b verser.» Mais cette opinion n'avait pas < chez elle, où tous, enfants com avaient droit au chapitre.Dans son petit appartement qui plombe la rivière Des Prairies, « petite femme toute en douceur se vient que dans sa famille, le droit de des femmes, ça allait de soi.Et que la seule fois où l'on a essa; l'empêcher de voter, c'est quand un \u2022 nisateur «rouge», bien au fait de se?nions politiques, a tenté de magot pour ne pas la laisser apposer sa < électorale.Les f f braves egas ont osé présenter v .v^'?- .ré & ! Henry Miles, député libéral de Montréal-Saint-Laurent qui présenta le tout premier projet en 1922.Victor Marchand, député llbé- William Tremblay, député de ral de Jacques-Cartier.1927.Malsonneuve.1925 et 1929.Irénée Vautrin, député libéral Anatole Plante, député de Montréal-Saint-Jacques, de Montréal-Mercier.1 1930 et 1931.1933. SAMEDI 21 AVRIL 1990 Plus t (presque ) avalé le chat leur action, il y a 50 ans: 13 pèlerinages à Québec, 12 pour rien.une ge à près wec ions aan- l)ué-v'Ià Presse de id ns ne Ile este ra-au aîné >ur est 3n »ur ?u.;ée ait îa-\u2022ns est rec lo-iui iti- >as ses >n, >as zone es les înt >as rs, tes Ils lis-le- jrs is, ur-tte )U- )te de ga-pi-ler )ix Issues toutes deux de milieux bourgeois qui avaient pu leur procurer une éducation bien au-dessus de la moyenne, Mme Parizeau et Mme Sicottc-Béique avaient bien autre chose en commun, entre autres des familles très ouvertes et en faveur de l'émancipation féminine.en plus de maris en avance sur leur temps: «Un jour, Mme Casgrain a présenté mon mari en disant: \"Voici l'époux de Mme Parizeau.\" À la dame éberluée qui lui faisait face, Gérard, mon mari, a tout simplement lancé: «Eh oui, madame! Et ce n'est qu'un début.\"» Quant à Mme Sicotte-Béique, ses parents avaient tenu à lui procurer l'éducation supérieure du cours classique malgré les conseils de leurs proches: «Mes tantes disaient toujours à ma mère que pas un homme ne voudrait d'une femme aussi éduquée qui, de plus, mesurait 5'8.Si par-dessus cela, on ajoutait que j'étais suffragette, le comble y était.» Elle a marié Jacques Béique, un avocat qui l'a encouragée à poursuivre sa lutte.11 était allé à la bonne école, puisque grand-maman Béique avait été là, en 1906, aux côtés de cette pionnière qu'était Marie Gérin-Lajoie.«Le droit de vote, c'était la base, dît Mme Sicotte Béique.Sans droit de vote, on ne peut rien obtenir.» C'est avec un petit sourire qu'elle se rappelle que, malgré son ouverture d'esprit, son mari avait piqué une belle colère le jour où elle avait osé voter «contre lui»: «Cou' donc, lance-t-ellc encore d'un ton ferme, j'avais bien droit à mes opinions!» Si elles ont bien des expériences en commun, les deux dames partagent aussi une sainte horreur du mot «suffragettes»: «Ce mot a toujours été employé en guise d'insul- ; 1 te, pour nous faire apparaître comme des extrémistes», explique Mme Sicotte-Béique.Qui fut leur plus redoutable adversaire?Les deux dames sont unanimes: «Le Haut-Clergé et surtout Mgr Villeneuve».En riant, Mme Parizeau ajoute: «Mais je ne me suis jamais confessée d'avoir milité pour les droits de la femme».^ Même si elles se disent étonnées de la rapidité de l'évolution de la société face aux femmes, surtout due selon elles à l'accès pour les femmes à l'éducation, les deux ex-militantes avouent qu'il y a encore du chemin à faire: «On commence à considérer que les femmes sont des êtres humains, dit Mme Parizeau.Mais il y a encore des injustices, plus subtiles.Est-ce que le sommet sera jamais atteint?» Soudainement, elle fronce légèrement les sourcils: «Egalité, pour moi, ça veut vraiment dire égalité.Ainsi, je n'ai jamais été en faveur de la discrimination positive car je n'ai jamais cru qu'une injustice en corrigeait une autre.» Soudain, elle rit: «Avant longtemps, il va falloir protéger les hommes.» Si elle se disait « heureuse d'avoir participé à l'évolution de la société», Mme Sicotte-Béique avouait être toute étonnée qu'un organisme féministe qui lui avait demandé de trouver une ancienne photo de suffragettes.Tait par la suite refusée parce que quelques hommes apparaissait dans le portrait.Alors que nous parlions encore évolution sociale, Mme Parizeau a lancé: «Vous savez que j'ai reçu une invitation de l'épiscopat québécois qui célèbre le 50e anniversaire?» Mutine, elle affichait alors la mine satisfaite d'une petite souris qui aurait, à force de patience, réussi à avaler le chat.^ ; // me semble que la femme perdrait tout son charme h aller voter; il ne lui resterait plus qu'à porter le pantalon.Adieu les belles jupes! Mme C.Lebeuf.épouse du juge en chef de la Cour de Circuit Jacqueline Sicotte-Béique, 78 ans: «Nous n'avions même pas le droit d'avoir un carnet de banque.» photo paul-henri taibot.u presse Les vicissitudes de la vie politique au féminin MICHÈLE OUIIYIET ## an u-delà d'une succession de lois, CtJMA ce sont les mentalités qui ont le plus évolué depuis que les femmes ont obtenu le droit de vote, affirme Lise Payette, la première femme ministre de la Condition féminine.C'est en comparant ma vie avec celles de ma grand-mère, de ma mère, de ma fille et de ma petite-fille que je constate à quel point les choses ont changé.» Un changement important se produit en 1964 lorsque les femmes québécoises deviennent des adultes sur le plan juridique, un siècle après leurs consoeurs des autres provinces canadiennes.Elles obtiennent entre autres le droit d'être les gardiennes de leurs propres enfants, d'intenter un procès, d'être exécuteur testamentaire et de recevoir un héritage.La signature du mari n'est plus obligatoire si elle veut effectuer des transactions courantes et elle ne doit plus obéissance à son époux.C'est l'adoption de la fameuse loi 16 qui met fin à l'incapacité juridique des femmes mariées.«Cette loi n'aurait pas été possible sans Claire Kirkland-Cas-grain, souligne la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Denise Crête.Et c'est l'arrivée des femmes en politique qui a permis ce changement.» À la même époque, l'introduction de la pilule anticonceptionnelle bouleverse le rôle traditionnel de la mère.Les femmes envahissent le marché du travail et le mouvement féministe se radicalise.Les gains En 1961, Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme députée à l'Assemblée nationale, 20 ans après l'obtention du droit de vote.En 1946, Mary Jack-son-Fowler est la première femme diplômée de l'Université McGill en génie mécanique et en 1953, la première Canadienne-française, Mariana Beauchamp-Jodoin, est nommée au Sénat.Mais ce n'est qu'en 1971 qu'une femme peut être membre d'un jury au Québec, qu'en 1979 que l'on reconnaît le travail des femmes collaboratrices de leurs maris et qu'en 1945 que les femmes obtiennent le droit de recevoir les allocations familiales.Avant cette date, les chèques étaient faits au nom du père.En 1975, la charte des droits et libertés de la personne du Québec reconnaît la discrimination fondée sur le sexe.«On revient de loin», affirme la présidente de l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS), Christine Marion.De très loin même si on prend la peine de relire les conclusions de la Commission Dorion, chargée d'étudier le statut juridique de la femme, et mise sur pied en 1930 par le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau.La Commission recommande que la femme puisse désormais disposer du produit de son travail sans l'autorisation de son mari mais demeure intraitable au chapitre de l'adultère.Le code civil précise en effet que le mari peut demander la séparation de corps pour cause d'adultère de la femme.Par contre, la femme peut demander la séparation seulement si le mari entretient sa concubine dans la maison commune.Les commissaires refusent de modifier ces articles du code civil en précisant que «quoi qu'on en dise, on sait bien que la blessure faite au coeur de l'épouse n'est pas généralement aussi vive que celle dont souffre le mari trompé par sa femme».Ce «double standard» sera aboli en 1954.En 1961, les collèges classiques féminins reçoivent leurs premières subventions du gouvernement québécois alors que les collèges masculins en reçoivent depuis 1922.Par contre, les écoles ménagères avaient de tous temps profité des largesses de l'État.«En 1953, note l'historienne Michèle Jean, 8,1 p.cent des garçons d'âge secondaire poursuivaient un cours classique alors que 0,61 p.cent des filles d'âge secondaire faisaient les mêmes études.» «En 50 ans, les femmes ont réalisé des gains importants sur les principes mais dans la vie de tous les jours, dans les mentalités, il reste énormément de travail à faire», affirme Christine Marion.«Dommage qu'on ne puisse faire une loi pour changer les mentalités, ajoute Lise Payette.Ma grand-mère par exemple, exerçait une immense influence au foyer.C'est elle qui administrait les finances de la maison.Rien ne se décidait sans elte.Mais dès qu'elle mettait le pied sur le perron, elle n'avait plus de pouvoir.Mon grand-père était le chef de famille et elle devait le respecter.» «Ma môre par contre, poursuit Lise Payette, a vécu à une époque où les femmes voulaient aller sur le marché du travail.Elle faisait des ménages mais l'argent qu'elle gagnait lui appartenait.Pendant la guerre aussi, je m'installais sur le balcon avec ma soeur et nous comptions le nombre de femmes assises derrière le volant d'une voiture.Lorsque nous en UN HOMME PRUDENT ¦i.;.; :.i;;;;;;t;c;:t:' itf cnfuentunrM^in : ; ; a a a ; t a a i t a : i : : i : b a sa c TASCHEREAU.\u2014Ne l'arrête» donc pa» devant let étalage* ! funJi Albcnc Bouraecii (ColkcùoM de la UNQ).comptions deux ou trois, c'était beaucoup.» Pouvoir au féminin De 1940 à 1975, deux femmes seulement ont été élues à l'Assemblée nationale.En 1976, l'élection de cinq femmes porte ce nombre à sept.Mais, note Lise Payette, «les femmes au pouvoir sont à la merci du conseil des ministres.Si ces derniers ont tendance à être \"machos\" dans leur vie privée, ces préjugés influenceront leur comportement en politique.Pour me faire comprendre, il fallait que je parle la langue masculine et je suis persuadée que ça n'a pas changé.» «Les femmes ont le pouvoir qu'elles veulent bien prendre», rétorque Lise Bacon, vice-première ministre et ministre de l'Énergie et des Ressources dans le cabinet Bourassa.On ne devient pas des hommes quand on est au pouvoir et je n'ai pas une attitude masculine.» Mme Bacon a été la deuxième femme à siéger à l'Assemblée nationale en 1973 après Claire Kirkland-Casgrain.Elle a aussi été la première à se représenter après avoir essuyé une défaite électorale.«H y a 50 ans, poursuit Lise Bacon, les femmes étaient à la maison.En 1940, lorsqu'elles ont obtenu le droit de vote, elles ont dù faire comprendre aux hommes qu'elles avaient aussi leur place.Aujourd'hui, on peut sourire mais c'est là que ça a commencé.» En 1973, alors qu'elle est ministre d'État aux Affaires sociales, Lise Bacon défend, devant ses collègues, le dossier des garderies.Deux ans plus tard, en 1975, c'est à titre de ministre des consommateurs, des coopératives et des institutions financières, qu'elle modifie la loi qui obligeait les femmes à obtenir la signature de leur mari pour adhérer à un syndicat.Mme Bacon a fait des choix difficiles.Dès l'âge de 21 ans, elle décide qu'elle fera de la politique mais, constate-t-elle alors, la maternité est difficilement con-ciliable avec ses ambitions, «le n'aurais pas fait la même carrière si j'avais eu des enfants.U ne faut quand même pas se raconter d'histoires.» «Il existe aujourd'hui un certain plafonnement dans la cause des femmes, croit Lise Bacon.On a cessé de lutter comme si les femmes étaient fatiguées.Ça prendra encore des années avant que les femmes puissent se dire qu'elles peuvent enfin se reposer et je n'ai pas l'impression qu'il y a une relève.» Pour Lise Payette, «les hommes restent nos partenaires amoureux et ça complique les choses.Notre discours est clair mais dans la pratique.c'est moins évident.» Willie a résisté LILIANNE LACROIX hère Mme Casgrain! \" %Ei Elle venait \"m'achalcr\" à chaque année pour que j'écrive des éditoriaux en faveur du vote féminin.» Maigre le charme légendaire de cette grande dame qu'était Mme Thérèse Casgrain, Willie Chevalier n'a jamais succombé.«Non pas que j étais contre le vote féminin, avouc-t-il.Mais, comme la plupart des gens à l'époque, le sujet ne m'intéressait pas outre mesure, l'étais jeune, j'avais d'autres chats à fouetter.» À 78 ans, M.Chevalier est maintenant à la retraite depuis sept ou huit ans.Mais comme journaliste au Soleil et comme directeur de l'information au journal Le Canada, il a bien connu cette époque.Chaque année, lors du pèlerinage annuel de ces dames à Québec, il écrivait d'ailleurs un petit compte-rendu: «Le plus dur pour Mme Casgrain, c'était de trouver à chaque année un député qui accepterait de présenter le projet.Plusieurs députés étaient en faveur de sa cause, mais voyez-vous, les chefs eux.sans compter le Haut-Clergé, étaient contre.Mais Mme Casgrain était une clame très distinguée.et très tenace.» Elle devait d'ailleurs avoir raison du chef libéral Adélard Godbout qui a accepté d'en faire une promesse électorale.L'élection terminée, Mme Casgrain.Idola Saint-|ean et leurs compagnes ont bien vite rappelé sa promesse au premier ministre.Mais celui-ci n'était pas au bout de ses peines.Adversaire farouche du vote féminin, le cardinal Villeneuve se prononce officiellement contre à la une des journaux.Déchiré entre sa soumission à l'Église et sa promesse, Adélard Godbout ruse avec le cardinal : il menace de démissionner et de confier le gouvernement de la province à T.D.Bouchard, un anti-clérical acharné.Déconcerté, le cardinal lâche prise et le vote féminin devient une réalité.En se remémorant ces petits détails qui ont fait l'histoire, M.Chevalier, qui devait éventuellement travailler avec M.Godbout.sourit: «Il était tout petit, mais il avait vraiment l'envergure d'un très grand premier ministre.C'était un vrai libéral, dans les deux sens du terme.» Selon M.Chevalier, une sorte de superstition entourait le vote féminin: «Les politiciens hésitaient à le promouvoir car en France, en Angleterre et ici au Canada, tous les gouvernements qui avaient accordé le droit de vote aux femmes avaient été battus aux élections suivantes.Ça faisait peur à plusieurs.Les politiciens n'ont pas changé.Ce qui compte pour eux avant tout, ce sont les votes.» Aux élections suivantes, le gouvernement d'Adélard Godbout tombait devant les forces conservatrices de Maurice Duplessis: «Rien à voir avec le vote féminin, assure M.Chevalier.Selon moi, c'est la guerre qui a eu raison de Godbout.Le peuple ne lui a pas pardonné son appui aux libéraux fédéraux qui ont imposé la conscription.» pwoiet de loi mutowismnt le vote des femmes ¦¦ .VX.> Gaspard Fauteux, député libéral de Montréal-Sainte-Marie.1934.En 1950, il devenait lieutenant-gouverneur du Québec.MU J 0 *\u2022
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